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Yann, 52 ans, séropositif : «On a quand même une accélération du vieillissement du corps» – Comité des familles

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Yann, 52 ans, séropositif : «On a quand même une accélération du vieillissement du corps»

Yann, 52 ans, séropositif : «On a quand même une accélération du vieillissement du corps»

hourglass-1703330_1280.jpgYann, 52 ans, séropositif : « On a quand même une accélération du vieillissement du corps »

Yann : Bonjour, je m’appelle Yann, j’ai 52 ans. J’ai appris ma séropositivité en 1990, donc ici, je pense que personne n’était né.

Au moment où avec ma compagne on avait décidé de se marier, elle était enceinte de 5 mois. On a eu la chance en plus à l’époque il y avait toujours avant le mariage, il y avait des analyses prénuptiales où ils regardaient les IST, c’est-à-dire les infections sexuellement transmissibles, genre la syphilis et tout ça. Puis là, en 1990, le médecin était un petit peu à l’affût, il nous a proposé à ma compagne et à moi de faire le test du VIH. Donc bien sûr, moi j’avais 24 ans et elle 22 ans, on a dit oui. J’ai reçu le résultat, à l’époque, c’était par la poste. Donc j’ai reçu le résultat 3 semaines après. J’ai ouvert mon enveloppe, j’ai vu que j’étais séropositif. Je n’ai pas attendu le retour du travail de ma compagne, j’ai ouvert son enveloppe, j’ai vu qu’elle était séronégative. Mon premier réflexe, je me rappelle bien, ça a été de me jeter un cognac au premier bar que je trouve en face, en bas de chez moi, histoire de faire passer la douloureuse. Et quand ma compagne est rentrée, je lui ai donc annoncé. Ca faisait 2 ans qu’on était ensemble, elle était enceinte de 5 mois, donc gros risque aussi bien pour elle d’être en incubation, c’est-à-dire qu’elle pouvait très bien déclarer la maladie, étant donné qu’on avait des rapports sexuels non-protégés et aussi mettre au monde un enfant séropositif, en l’occurrence, le nôtre. On a commencé à mettre les préservatifs et puis les préservatifs n’étant pas vraiment… comme on avait bien goûté à l’amour sans, après je me retirai avant l’éjaculation. On n’était pas en courant mais sachez aussi qu’il y a un liquide séminal chez les garçons, un petit peu comme la mouille chez les filles. Ce liquide-là qui arrive bien avant l’éjaculation au moment de l’excitation, c’est un petit liquide. Chez certains garçons il y en plus que d’autres. Mais en tout cas, ce liquide est très porteur de virus aussi. J’aurais très bien pu contaminer ma future femme. J’ai été très entouré, je travaillais à l’époque dans un milieu artistique où j’ai pu l’annoncer à mes patrons qui ont très bien réagi, parce qu’ils étaient déjà au courant et quand on n’est pas au courant, c’est vraiment une maladie qui fait peur. C’est pour ça aussi qu’on vient dans les collèges et lycées, c’est pour que vous, quand vous croisez un séropositif, vous ne pensez pas que c’est un pestiféré ou qu’il a fait telle et telle bêtise pour attraper cette saloperie.

Il n’y a pas de classe sociale, ça touche n’importe qui cette maladie. C’est pour ça que la seule chose qui vous préservera c’est de prendre conscience que vous avez un corps et que ce corps vous appartient. Uniquement à vous. Donc personne ne peut vous obliger de faire quoique ce soit avec ce corps, que ce soit bien clair, aussi bien pour les garçons que pour les filles. Je rappelle et je le dis souvent, un garçon qui refuse de mettre la capote, si la fille tient, comme la plupart des femmes tiennent le monde, si la fille tient le coup et qu’elle lui dit “écoute c’est ça ou tu te la mets derrière l’oreille” et bah le garçon, il mettra la capote. C’est un homme qui vous parle donc je peux vous dire comment ça fonctionne. (rires)

Ensuite, je n’ai pas été traitée immédiatement, c’est-à-dire je n’ai pas été mis sous médicament en 1990, parce que comme Gustave, mon état de santé et ma charge virale, c’est-à-dire le taux de virus que j’avais dans le sang n’était pas fort. Donc les médecins ont dit “on va attendre avant de le traiter”. Il faut savoir qu’à ces époques-là, moi je prenais 17 médicaments le matin, 17 le soir et que les effets indésirables étaient très forts, avec des nausées, des chiasses, j’en passe, je ne vais pas vous faire un tableau, on n’a pas encore déjeuner. C’était vraiment lourd. En 1992, j’ai commencé à être traité, mais avec tellement de joies parce que ni ma compagne ni l’enfant qu’elle avait dans le ventre, le nôtre, étaient contaminés. Donc maintenant j’ai une grande fille qui a 28 ans, qui est née séronégative. Je ne suis plus avec la maman, avec cette femme de l’époque, mais le VIH n’a rien à voir. Je le précise toujours, parce qu’elle aurait pu avoir peur ou me lâcher, notre séparation n’est pas due au VIH mais simplement une histoire d’amour qui finit comme ça existe trop souvent. Bref.

J’ai rencontré ensuite le monde associatif. Moi, je suis toujours assez acteur dans les associations. J’avais rencontré une association où le mercredi je ne travaillais pas donc je pouvais aller faire le repas le mercredi, dans cette association. Cette association a fermé. Jusqu’au jour où je rencontre une copine qui me dit “écoute, j’ai rencontré une association qui s’appelle Le Comité des familles”. A partir de là, c’est vrai que je me suis impliqué beaucoup plus dans l’association parce qu’elle me ressemblait et qu’elle avait une diversité comme le soulignait tout à l’heure Gustave, où on peut très bien avoir, alors une grosse concentration d’Africains (parce que l’Afrique subsaharienne, le manque de traitement fait que les gens n’ont pas par plaisir arrivent en France mais simplement pour survivre), mais aussi des gays, des couples sérodifférents, c’est-à-dire qu’un des deux seulement est séropositif. Quand on tombe amoureux, on ne sait pas forcément le statut de l’autre et il y a des gens qui sont séropositifs et qui vivent avec des personnes séronégatives. A partir de là, ma vie associative a commencé.

Un jour j’ai rencontré une charmante jeune fille, du Cameroun, qui était séropositive aussi, que j’ai rencontrée dans une association. Au bout d’un moment, on s’est mis ensemble, on a décidé d’avoir un enfant. Donc là, c’était très simple étant donné qu’elle était traitée donc il n’y avait aucun risque que l’enfant soit contaminé ou quoi que ce soit étant donné qu’on prenait très bien nos traitements. Il faut que vous sachiez qu’un séropositif qui prend bien ses traitements, qui a une charge virale indétectable, est-ce que tout le monde a compris ce que c’est la charge virale ? La charge virale, c’est le taux de virus qu’on a dans le sang. Les médicaments actuels permettent de réduire le virus à un point qu’il est en sommeil en fin de compte. Ce qui permet pour le séropositif comme nous tous ici, ce qui permet d’avoir des rapports sexuels si on le désire sans protection. Parce qu’une personne qui est traitée n’est plus contaminante. Ca, il faut bien que vous le compreniez, c’est une évolution énorme de la science, parce que c’est très récent. Les trithérapies font que non seulement je me protège, je me soigne en prenant les médicaments mais en plus je ne contamine plus les personnes. J’ai rencontré donc ma future chérie avec qui je suis toujours. On a un enfant de 9 ans maintenant.

Je ne vous cache pas, comme le disait John, pourquoi on vous dit d’éviter cette maladie ? Comme on va beaucoup dans les collèges et lycées, c’est vrai qu’il y a beaucoup de réponses qui nous interpellent, notamment “mais monsieur maintenant ce n’est grave, vous avez des médicaments”. Oui, c’est vrai qu’on a des médicaments qui malheureusement ont des effets aussi indésirables. Il faut savoir qu’on vit pratiquement aussi longtemps qu’une personne séronégative mais on a quand même une accélération du vieillissement, des problèmes d’articulation, respiratoires, et j’en passe. Pourquoi je vous dis ça ? C’est parce qu’en fin de compte, l’annonce quand on apprend qu’on est séropositif, même en 2017 c’est quasiment le même traumatisme, si jamais vous l’apprenez, ce que je ne vous souhaite pas, que dans les époques où on savait qu’on allait mourir 3-4 ans après. C’est à partir de 1996 que sont sortis ces médicaments qui me permettent de vous parler aujourd’hui. C’est pour ça qu’on est très en colère quand on voit un petit peu les politiques mondiales, de savoir que dans la plupart des pays, les gens crèvent encore de cette maladie alors qu’on a tous les moyens pour pouvoir envoyer des médicaments. Ca dépend après où on veut répartir l’argent. Est-ce qu’on veut acheter un porte-avion ou est-ce qu’on veut soigner des gens ? Donc nous, dans notre association, on s’occupe aussi beaucoup de gens qui arrivent, qui sont dans un isolement et dans une précarité absolue. Donc nous, on est un peu les bourgeois du sida, de la séropositivité. D’abord parce qu’on ne cumule pas, enfin je parle pour moi, je n’ai pas vécu de discrimination dans le milieu du travail, pratiquement dans tous les jobs je l’ai dit. J’en ai faite une arme de cette maladie en me disant il faut qu’elle te serve à quelque chose. Le fait aussi d’avoir des enfants, ça me donne envie de me battre pour les voir grandir, et surtout pour continuer la lutte et le rappeler. Donc moi, ma fille qui 28 ans, elle est au courant de tout ça, elle est militante, l’important quand je viens ici, c’est de me dire, si j’ai réussi à la fin du témoignage, à vous sensibiliser pour qu’il y en ait un certain nombre de vous qui aillent se faire dépister. Se faire dépister, ça veut dire quoi ? Ca veut dire connaitre son statut sérologique, ça veut dire vivre sa sexualité de manière plus adulte et plus responsable. Ca veut dire que si on est dans une relation sérieuse avec quelqu’un, homme ou femme, ça veut dire que peut-être bah oui, je t’aime, j’ai envie d’arriver le préservatif, viens on va faire le dépistage et comme on fait le dépistage VIH, faisons le dépistage global de toutes les IST, j’imagine bien que les infirmières scolaires ici n’arrêtent pas de vous dire c’est gratuit, il y a quand même plein d’endroits où on peut le faire gratuitement et anonymement. Donc ça peut être un jeu aussi, c’est un peu comme le port de préservatif, pour certains garçons c’est une angoisse totale et ce n’est pas de la plaisanterie, on peut mettre un préservatif et on a une érection qui n’est pas satisfaisante. Donc tout ça, c’est un jeu qu’on peut faire avec sa partenaire, c’est-à-dire, “tu vois bien que je galère pour mettre le préservatif, aide-moi”. Dédramatiser la sexualité et parlez-en. La sexualité, ce n’est pas non plus ce qu’on voit dans les films pornos. On peut prendre du plaisir sans crier.

J’ai d’autres choses importantes à vous dire c’est que, quand on va dans les collèges et les lycées, on y va aussi bien sûr, pour vous foutre la trouille mais aussi pour vous dire que la vie continue. Ca, c’est aussi grâce à la science, c’est grâce à tous mes amis qui m’entourent parce que Gustave le disait bien, la pire des punitions dans cette maladie, c’est l’isolement. Pour beaucoup de personnes quand elles l’annoncent, elles se font rejeter. Donc ayez un oeil de compassion envers les séropositifs et dites-vous bien que c’est une maladie qui touche tout le monde, toutes les classes sociales. C’est une loterie. Donc préservez-vous, protégez-vous, dépistez-vous et vous ne vivrez que mieux votre sexualité.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Yann, au micro de l’émission Vivre avec le VIH qui témoignait face à des lycéens à Enghien-les-Bains. Percutant !

Mohamed : Très beau message. Très bien, j’ai bien apprécié comment il leur a parlé.

Sandra : Si là les gamins ne sont pas partis se faire dépister, on ne sait plus quoi faire là ! (rires)

Mohamed : Ils devraient bien percuter normalement.

Sandra : Oui. Les jeunes ont appris pas mal de choses. Après je sais que derrière, il y a les infirmières qui étaient là ce jour-là, avec les profs, donc une autre couche va être mise. On peut espérer que ces 40 élèves vont maintenant voir les personnes séropositives autrement et puis, si ce n’était pas le cas déjà, prendre soin de leur corps et de leur sexualité. Si jamais vous avez envie aussi de tenter cette expérience, de témoigner face à des étudiants, des lycéens, on témoigne aussi dans des facs de médecine, parce qu’il ne faut pas croire, les étudiants en fac de médecine ils ont encore beaucoup à apprendre parce qu’ils connaissent beaucoup le VIH sous l’aspect scientifique mais après pour ce qui est de la vie avec le VIH, ils ne connaissent pas grand-chose. Donc si vous voulez rejoindre la bande, n’hésitez pas à nous appeler au 01 40 40 90 25 et puis vous demandez Yann, il se fera un plaisir de vous expliquer comment fonctionne ce projet qu’on appelle le projet Madeleine, en hommage à Madeleine. Elle a témoigné dans des lycées pour faire de la prévention et qui est décédée il y a maintenant plus de 10 ans et pour lui rendre hommage, on a décidé d’appeler ce projet comme ça, Madeleine Amarouche et de faire de même.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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