Un dîner à l’hôpital pas comme les autres

Un dîner à l’hôpital pas comme les autres

Début de l’enregistrement.

Nathalie : Bonjour je m’appelle Nathalie et je suis membre du Comité des familles.

Lucas : Pourquoi es-tu venue organiser le diner de ce soir ? En fait c’est le projet chorba. Ça fait deux ans que je viens régulièrement à tous les repas au Kremlin-Bicêtre. C’est une fois par mois. Nous venons diner avec les patients.

Lucas : Bonjour Jean vous venez d’arriver au service de réadaptation du Kremlin-Bicêtre. Comment se passe votre quotidien ?

Jean : Je viens d’arriver aujourd’hui, pour le moment je ne connais pas encore. Je ne sens pas trop l’ambiance. C’est un peu mou chez moi. C’est comme si les gens n’étaient pas motivés pour les nouveaux venus. On verra comment ça va se passer.

Lucas : Comment vous avez trouvé le diner de ce soir organisé par le Comité des familles ? Un diner qu’on organise chaque mois.

Jean : Pour le diner je n’ai jamais eu cette habitude je ne sais pas. Mais en tout cas c’était impeccable. J’aime bien l’ambiance. Je ne savais pas que des associations faisaient ce genre de diner. C’était impeccable.

Lucas : Bernard vous êtes depuis deux mois dans le service de réadaptation. Quel est votre quotidien dans l’hôpital ?

Bernard : Pour le moment je ne fais pas grand-chose. Comme j’ai toujours travaillé de nuit. Le matin je dors mais la nuit je ne dors même pas. Je travaille depuis 1976 je travaillais à la poste au centre de tri la nuit. Là je suis arrêté depuis l’année dernière. Je ne me suis pas encore adapté. On m’a dit que ce sera très difficile. Je me couche à 9 heures et à minuit une heure je ne dors plus. Ça c’est dur. Mais ici je suis bien.

Lucas : Quelle est l’ambiance dans le service ?

Bernard : C’est super, rien à dire. Je n’ai pas de problème ça ce passe bien avec tout le personnel. C’est très rassurant. On arrive désemparé et puis ici ça va mieux.

Lucas : Que pensez-vous du diner du Comité des familles ?

Bernard : C’est très bien c’est super. Comme je ne savais pas je me suis retrouvé là et c’est impeccable. C’est vraiment bien,c’est un bon repas. J’ai très très bien mangé. Le repas était excellent. Je ne m’attendais pas.

Lucas : Bonjour Moustapha vous êtes au service de réadaptation depuis un an. Comment se passe votre quotidien ?

Moustapha : J’essaie de faire avec je ne me plains pas. Je fais avec il y a une bonne ambiance. Nous remercions l’association qui vient nous voir chaque mois.

Lucas : Qu’avez-vous pensé du diner ?

Moustapha : C’était très bien nous avons bien mangé. Il y avait une bonne ambiance.

Lucas : Barack tu es aide soignant depuis quatre ans au Kremlin-Bicêtre qu’est-ce que tu as pensé du projet chorba ?

Barack : Ce que vous faites c’est un plus pour les résidents qui sont ici, pourvus que ça dure, j’espère que vous aurez les budgets pour continuer ainsi.

Lucas : Que penses-tu des associations qui viennent à l’hôpital pour apporter un petit peu de fraicheur ?

Barack : C’est très bien, je trouve ça génial. Heureusement que vous êtes là car vous apportez du confort en plus.

Fin de l’enregistrement

Sandra : Et je remercie Lucas Vitau stagiaire à l’émission de radio Vivre avec le VIH. Yann tu vas régulièrement partager ce repas avec les personnes du service du Kremlin-Bicêtre. Le service de réadaptation comme l’a dit Lucas tout à l’heure. C’est par ailleurs toi qui a préparé le repas, mais tu n’as pas pu y aller. Tu as entendu le repas était excellent donc bravo cher cuistot. Toi qu’est-ce que ça te fait de venir partager ce repas. Ça t’apporte quelque chose ?

Yann : Tu sais je ne suis pas dans l’administratif. Donc je crois plus aux actions directes ça me ressemble plus et c’est vrai qu’en 2000 j’ai fait une tuberculose où je suis resté plus d’un mois à l’hôpital. Heureusement que j’avais des amis qui m’amenaient régulièrement de la nourriture ne serait ce que pour avoir quelque chose de l’extérieur qui ressemble à la vie. Parce qu’il faut savoir la nourriture de l’hôpital est souvent insipide. En plus les retours que nous avons eu des aides-soignants au niveau psychomotricité et soin qui sont plus faciles après notre passage, il y a une compréhension, une envie d’aller vers le kinésithérapeute car on leur donne toujours le projet de venir nous voir une fois sorti, de passer au local et de s’intégrer complètement pour casser cette solitude donc c’est vraiment quelque chose qui me tient coeur.

Sandra : Il faut savoir que ses patients sont pour la plupart séropositifs. Ils ont soit découvert leur séropositivité très tardivement ou ont arrêté leurs traitements et du coup sont dans un état de santé assez grave avec des atteintes neurologiques. En général elles ne restent pas là très longtemps et là j’ai entendu dire qu’il y en avait un qui était là depuis deux mois.

Yann : Oui monsieur X qui lui est là depuis longtemps. Ça allait mieux parce que de temps en temps il part l’été à Berck dans un centre de personnes handicapé où ils ont le grand air et tout ça. Mais bon ce sont des pathologies très lourdes où les personnes peuvent rester très longtemps. On en a vu qui sont restés deux ans à l’hôpital.

Sandra : L’aide-soignant a dit qu’il espère que l’on sera toujours financé pour faire ce projet. Je veux lui dire que nous ne sommes pas financés. Avant nous étions subventionnés par l’ARS (Agence régionale de santé) puis ils ont décidé que nous ne rentrons pas dans les cases tout simplement.

Yann : C’est un vrai problème pour les subventions dès que l’on parle de convivialité il y a un espèce de rejet. Ça donne l’impression qu’on va sortir les bouteilles de champagne et éclater tout le monde mais ce n’est pas le cas.

Antigone Charalambous : Je vois là une problématique qui se rejoint c’est la socialisation et tout ce qui est convivial est vécu comme la santé sexuelle, pas comme de la santé pure et dure. Donc l’ARS ne voit pas comme le dit Sandra où caser le côté socialisation. Pour l’équilibre d’une personne.

Yann : C’est pour ça que l’on fait souvent des plats pimentés, pour leur pimenter la vie, la libido.

Sandra : Tu es bien prétentieux Yann. Effectivement ils sont contents de manger des plats épicés.

Yann : Souvent les femmes du Comité font un couscous ou des plats africains. Pour la semaine dernière j’avais fait un agneau coco currys avec haricots verts et pommes de terre et une salade de fruits frais. Rien de plus diététique me direz vous.

Antigone Charalambous : Ça me parait très équilibré, je ne sais pas ce que disent les diététiciens nutritionnistes.

Yann : Lait de coco c’est végétal alors nous n’avons pas de matières grâces.

Sandra : Les légumes, les fruits, très bien. Chapeau.

Yann : Ce n’est pas ce que je mange à la maison, c’est plutôt confit de canard.

Sandra : Certaines personnes ont des interdits alimentaires. Et c’est marrant Lucas était là pour la première fois et il y avait un patient qui en voulait alors Lucas a bien pris le temps de lui découper la viande, lui écraser les pommes de terre. Puis il s’est rendu compte que ce patient-là devait manger un plateau-repas. Donc voilà le patient a voulu passer entre les mailles mais heureusement il y a toute une équipe qui est là pour dire non, ce patient n’a pas le droit.

Yann : Le plus grand danger c’est que ça passe à côté. Très souvent ils ont ce risque que l’aliment ne soit pas écrasé il peut s’étouffer. C’est le grand risque de l’équipe médicale. Souvent ils nous préviennent. Soit on peut écraser un aliment en bouillie parce que certains membres du Comité ont été choqués par l’état de santé aussi de certains patients au Kremlin-Bicêtre même si on les prépare on leur propose de participer au repas, il faut savoir qu’il y a certaines personnes que l’on aide aussi à manger à la petite cuillère comme avec un enfant. Tout cela rappelle un miroir de la mort, du futur pour certaines personnes.

Sandra : Il faut s’attendre à voir des personnes gravement malades mais en tout cas il y a toujours besoin de bénévoles. Donc si vous souhaitez participer vous nous appelez au 01 40 40 90 25 ou vous nous laissez un message sur le site comitedesfamilles.net ce sera un plaisir. C’est une fois par mois pour l’instant le dernier mercredi à 19H au métro Kremlin-Bicêtre. Plus d’information vous nous appelez.

Transcription : Lucas Vitau