A quel âge mettons le sexe au placard ?

, par Sandra

A quel âge mettons le sexe au placard ?

Sandra  : Penses-tu qu’il y a un âge où on n’a plus de sexualité ?

Johnson : Je ne pense pas. Moi en tant que Johnson, je pense qu’à tout âge on peut pratiquer la sexualité. Mais quand même je crois que, par exemple les femmes à un certain âge elles ne manifestent plus le désir sexuel. Mais l’homme je pense que c’est le contraire. Avec les hommes, je pense que le désir sexuel ou l’envie de pratiquer le sexe peut continuer au-delà de 70 ans. Maintenant il faut infirmer ou confirmer ce que j’ai dit. Mais je pense qu’a priori, à tout âge on peut pratiquer le sexe. Maintenant il faut peut-être d’autres éléments pour dire le contraire. Comme l’homme et la femme sont différents psychologiquement, morphologiquement, différents dans plusieurs domaines. Déjà la femme à 50 ans est ménopausée alors que l’homme peut encore faire des enfants après ça. Il faut maintenant consulter les spécialistes pour nous dire la réalité. Est-ce que le désir sexuel continue à tous les âges au niveau des hommes et des femmes ?

Antigone Charalambous : Il y a énormément de choses que Johnson a dites qui sont très… Juste permettez-moi de dire quelque chose. On a tout intérêt ,même si on le prend d’un point de vue du plaisir ou du bien-être, très important de parler de santé sexuelle ou de sexualité avec des patients qui sont séropositifs parce qu’on sait directement que c’est lié, qu’il y a un lien avec l’observance. Donc les troubles sexuels qui apparaissent chez des personnes qui vivent avec le VIH, on sait à peu près, on va dire un peu plus de la moitié des personnes auraient des troubles sexuels, ce qu’on appelle les troubles sexuels. Rien que pour ça, on a tout intérêt à en parler. On sait aussi que ces troubles sexuels sont liés parce que touchent aussi à l’estime de soi, parce que touchent à la question relationnelle, parce que touchent à la question sociale aussi donc la place de la personne influence sur l’observance de la personne. Donc ne serait-ce que d’un point de vue de santé public, on a tout intérêt à en parler. Donc il y a un enjeu de santé publique. Après ce qui est intéressant, la question des femmes qui seraient ménopausées à peu près à 50 ans et donc qui auraient peut-être pas ou plus de désir sexuel. Très intéressant. En règle général, culturellement, la sexualité est liée un peu moins peut-être dans certains pays par exemple la France, la question du désir sexuel chez la femme est liée mine de rien à la procréation. Je dis bien culturellement. Biologiquement aussi peut-être, il y a une question hormonale qui joue un rôle indéniablement. Mais culturellement, surtout dans les pays africains, une femme est mise en avant, est mise en valeur plutôt par sa capacité procréatrice. On peut parler aussi de la question de la culpabilité des femmes séropositives pour avoir un enfant ou pour être reconnues en tant que femmes. Ca c’est une question spécifique on va dire aux femmes. Maintenant aux hommes, parce que Johnson disait que hommes et femmes sont différents. Oui ils sont différents. On vient de donner un exemple sur la question de la procréation et le désir d’enfant. Mais ils ne sont pas différents au point de ne pas pouvoir trouver des points en commun et au point à ce qu’on ne puisse pas parler de sexualité en général ou de désir sexuel en général. On peut se comprendre. L’empathie existe. Je pense qu’on peut ressentir ce que ressent l’autre. Quand par exemple un homme parle de son manque de désir sexuel, une femme qui va aussi avoir une baisse de libido. Je pense qu’elle peut se sentir interpeler malgré le fait que ce soit un être humain de sexe différent que le sien. Du coup, c’est intéressant de voir qu’est-ce qu’il y a de spécifique chez chacun par rapport au désir sexuel mais, garder en tête que nous sommes quand même mine de rien, il n’y a rien du moins biologiquement qui fasse qu’on soit différent face au désir sexuel. Culturellement en revanche oui, il y a des choses qui sont différentes. Rien que par exemple qu’une femme ne se sente pas légitime pour poser une question liée à sa sexualité, à son praticien plus que les hommes (c’est pour ça que j’en parle, c’est parce que c’est plus que les hommes) peut nous questionner. Pourquoi une femme n’oserait pas ? Peut-être parce qu’elle ne se sent pas autorisée à parler de sexualité. Parce qu’elle ne sent pas qu’elle a le droit à une sexualité active, désirée. C’est vrai que la question de la sexualité désirée est très essentielle. C’est pour moi l’objectif d’une bonne santé sexuelle. C’est qu’on arrive à ce que l’être humain arrive à pouvoir avoir une sexualité désirée. C’est dans cela que j’entends que le concept de la santé sexuelle est facteur d’émancipation. Ce qui veut dire aussi que l’environnement juridique, social, culturel va pouvoir aussi accueillir ou laisser encore une fois les espaces par exemple dont on parlait tout à l’heure à la personne pour qu’elle puisse avoir une sexualité désirée.

Johnson : Je voudrais revenir pour dire qu’effectivement, ce que… J’ai pris la monopause comme un exemple de différence entre l’homme et la femme. Mais la ménopause n’empêche pas le désir sexuel. Une femme peut être ménopausée et continuer de manifester le désir sexuel. Mais je veux dire est-ce qu’à 80 ans par exemple, parce que Sandra a posé la question est-ce qu’à tout âge... Alors est-ce qu’à 80 ans une femme peut encore manifester du désir sexuel. Est-ce qu’un homme après 100 ans peut encore demander une femme pour partager le sexe avec elle ? En fait, moi je ne suis pas biologiste, je ne fais pas de biologie donc je ne sais pas comment. Mais je sais que le corps avec le temps perd de sa vitalité, de sa vigueur. Je me dis peut-être qu’à 80 ans si un homme peut encore pratiquer le sexe, peut-être pas une femme. Maintenant il faut le prouver auprès d’autres personnes qui sont beaucoup plus spécialisées. Puis il faut reconnaitre qu’effectivement l’homme et la femme dans beaucoup de domaines sont différents. Psychologiquement ils sont différents. Dans beaucoup de choses. Leurs façons de réagir à certaines choses, ils ont la même intelligence mais la femme ne réagit pas toujours de la même façon que l’homme. Même au niveau sexuel, la femme n’a pas les mêmes aptitudes que l’homme. Donc ils sont quand même différents. L’un et l’autre, c’est pourquoi ils sont complémentaires. Les besoins sexuels de l’homme ne sont pas toujours les mêmes que ceux de la femme.

Sandra : Donc tu connais les besoins sexuels des femmes ? Tu sais comment donner du plaisir à ta partenaire par exemple ?

Johnson : Oui, je donne un exemple. L’homme par exemple au niveau de la jouissance il va plus vite au coït que la femme. L’homme arrive plus vite à la satisfaction que la femme. La femme est beaucoup plus exigente, elle est beaucoup plus lente à être satisfaite et cela va demander aussi chez l’homme une certaine performance à pouvoir amener la femme jusqu’au bout du plaisir. Voilà pourquoi dans les rapports sexuels un homme qui va rapidement, il laisse la femme sur sa faim. Or lui, en un temps, deux mouvements, il est déjà satisfait, il est parti mais la femme ce n’est pas le cas. D’abord elle ne s’allume pas vite. Il faut d’abord l’allumer avec le temps que cela exige. Donc les deux n’ont pas le même comportement par exemple dans la pratique du sexe. Et chez la femme l’homme doit beaucoup être à l’écoute de la femme pour voir comment l’amener au plaisir. L’homme peut être satisfait, la femme peut ne pas être satisfaite alors que les deux ont eu le sexe ensemble. Tout cela relève de la santé sexuelle à mon avis. Une femme qui est frustrée deux fois, trois fois, elle n’est pas en bonne santé sexuelle.

Sandra : Avant de donner la parole à Antigone, je me rappelle qu’une fois il y a un sexologue qui est venu au Comité des familles, qui s’appelle Jacques Waynberg et il a dit que la femme au final est le sexe fort et que l’homme est le sexe faible parce que la femme a la capacité d’avoir plusieurs orgasmes, ça dure plus longtemps alors que l’homme une fois qu’il a atteint le coït, il dort quoi (rires). Voilà, c’était juste pour rebondir à ce que tu viens de dire. Donc, par rapport à l’âge. Est-ce qu’une femme de 80 ans peut encore avoir du désir sexuel ?

Antigone Charalambous : Autant que je sache le désir n’a rien à voir avec les possibilités physiques ou de performances du corps. Je peux toujours désirer de pouvoir grimper le mont Everest, je ne suis pas sûre que demain physiquement je pourrais être prête à le faire. Je crois qu’il faut un entrainement. On peut tout désirer, on peut tout souhaiter. C’est la question de l’imaginaire. Ca me permet de parler de l’imaginaire. Très souvent dans toutes les questions pathologies mentales on va dire, on voit que d’une manière ou d’une autre ce qui est touché, c’est cette fonction de l’imaginaire, cette imaginaire que nous avons. Parce que justement, l’imaginaire est la fonction que nous avons justement en tant qu’humain qui nous permet de nous échapper. C’est ce qu’on appelle la rêverie. Quand nos conditions de vie sont particulièrement dures, c’est la première à être atteinte. Le corps aussi. Mais en fait les deux vont ensemble. Il me semble qu’au contraire on peut voir les choses différemment. A 80 ans, une fois qu’on se connait si bien, ça c’est dans un idéal, on peut explorer, ce qui se passe dans le développement humain, on peut explorer d’autres facettes de la sexualité, des sexualités. D’autres facettes de nous-même, d’autres facettes de la relation à l’autre. Je ne pense pas non plus qu’une érection d’un homme qui a 80 ans est la même que celui qui a 50 ou 40 ou 20. Non. Elle sera très certainement beaucoup plus molle et donc elle je ne suis pas même pas sûre qu’on pourrait parler de pénétration. En tout cas telle qu’on peut l’imaginer. Encore une fois les possibilités de lubrification vaginale chez une femme qui a 90 ans, physiologiquement pour le coup on peut aussi se poser la question. C’est pour ça que nous avons des lubrifiants vous allez me dire. C’est pour ça que j’ai envie de dire là je trouve qu’on focalise énormément sur une sexualité génitale, sur le coït. Or, la relation sexuelle, je dis bien la relation sexuelle peut se faire à travers le corps entier et son imaginaire et sa capacité de rêverie et sa voix et les yeux et le nez, l’odorat, tous les sens absolument ou même juste avec l’imaginaire. Maintenant il y a des personnes qui déclarent être particulièrement satisfaites de leur cybersexualité. On peut la questionner mais ce sont des personnes qui sont satisfaites, parce que tu parlais de satisfaction Johnson, qui sont satisfaites rien qu’à l’idée de. C’est quand même assez intéressant. Je ne sais pas si la répétition d’une cybersexualité, ce qu’on appelle le cybersexe si elle ouvre des horizons ou si elle en referme. A voir. Je ne pense pas que nous sommes les mêmes face à cela. Mais ce serait dommage de réduire la relation sexuelle, le rapport sexuel ou tout ce que vous entendez par là au coït et à une pénétration. Parce que dans ce cas-là, comment est-ce qu’on entend par exemple une sexualité féminine homosexuelle ? Il n’y a pas de pénétration pour le coup ou s’il y en a elle est autre. C’est ça aussi la question des sexualités pour le coup ou de la santé sexuelle. C’est de pouvoir utiliser justement tout ce que notre condition humaine et notre imaginaire peut nous proposer. On peut la créer notre sexualité. C’est ça que j’entends.

Transcription : Sandra Jean-Pierre