Nou pa ka joué

, par Sandra

JPEG - 80.4 ko
Nou pa ka joué

Sandra : J’avais envie de vous faire découvrir une chanson qui s’appelle « Nou pa ka joué ». Un clip de prévention en fait financé par l’INPES. Je l’ai déjà diffusé à l’émission mais on n’en a jamais parlé ensemble. Donc là, comme c’est le thème, je vous propose d’écouter ça et puis vous me donnerez votre avis ensuite.

Diffusion de la chanson « Nou pa ka joué »

Sandra : Alors France Lert, est-ce que c’est votre style de musique ça ?

France Lert : Oui, je trouve ça très... c’est tout à fait un rythme dans les cordes des Antilles en tout cas. Parce que je pense qu’en Guyane c’est un petit peu différent. Faut pas oublier que c’est 4 pays différents. Il se trouve que c’est des départements français mais c’est des pays différents. Et ce que souligne ce clip, c’est aussi quelque chose dont on n’a pas encore parlé, c’est les rapports hommes/femmes qui quand même, les femmes dans le modèle des relations hérité de l’histoire, parce que l’histoire ce n’est pas n’importe quoi dans les départements d’outre-mer. Les rapports hommes/femmes sont quand même compliqués, notamment dans les relations sexuelles. C’est vrai que les clips essayent de mettre la responsabilité sur chacun de façon à ce que les hommes acceptent d’utiliser des préservatifs, ce qui n’est pas toujours facile mais on y arrive aussi, quand on regarde l’utilisation du préservatif au premier rapport sexuel dans ces territoires d’outre-mer, elle a continué à progresser comme partout en France mais les rapports de genre et les femmes sont particulièrement défavorisées quand elles sont atteintes par l’infection VIH. Donc on a quand même une situation qui est difficile pour les femmes et avec aussi des femmes qui vivent seules. Enfin, dans le VIH, elles ne vivent pas tellement plus seules avec des enfants, c’est une caractéristique les familles monoparentales. Il y en a un petit peu plus dans les départements d’outre-mer. On sait que c’est une situation sociale qui est particulièrement difficile. Elle se rencontre mais pas exagéré dans le domaine du VIH. En revanche, la vie des personnes séropositives montrent, c’est que comme en métropole on a énormément de gens qui sont seuls. Faut bien avoir en tête que la solitude, ça renvoie au rôle des associations. Beaucoup de gens vivent seuls parce que, à cause de leur séropositivité en grande partie, ils ne réussissent pas, enfin, on ne les laisse pas réussir à reconstruire des unions durables. Ça, c’est une caractéristique, vous savez qu’en métropole 40% des personnes qui vivent avec le VIH vivent seules, c’est encore plus fort dans les départements d’outre-mer. C’est là où, vous savez que je suis une fan des soirées séromantiques, c’est très important de dire aux personnes, pas de le dire mais de faire en sorte que la vie de couple, la vie sexuelle, reste un droit, reste une possibilité pour les personnes qui vivent avec le VIH et c’est encore plus nécessaire aux Antilles mais là, je crois que les soirées séromantiques, il n’y en a pas encore.

Sandra : Je n’en ai pas entendu parler en tout cas. Et toi Tina, que penses-tu du titre « Nou pa ka joué » ?

Tina : C’est de la prévention. J’en ai discuté avec mon conjoint qui a grandi en Guadeloupe, pour lui, le préservatif il en a vraiment beaucoup entendu parler et c’est quand même un message qui passe mais ça reste un petit peu, c’est un peu tout ce qu’on dit du VIH. Donc du coup il manque cette dimension de qu’est-ce que c’est finalement être séropositif et qui fait que bah finalement ça s’arrête là et une fois que le personnes ont été contaminées, elles ne savent pas quoi faire. A un moment donné le message préservatif, il y a eu une confiance à un moment donné ou une impossibilité de suivre cette recommandation mais par la suite c’est le trou noir. Et du coup...

Sandra : Mais, tu te rappelles il y avait aussi un clip de prévention qui s’appelle « Faites passer le message » qui a aussi été financé par l’INPES, c’était pour lutter contre la discrimination. C’était ça, on l’avait écouté à l’émission. Tu te rappelles ou pas ? C’est juste pour dire qu’ils avaient un message pour les personnes séropositives, pour en parler.

Tina : Oui mais, on voit que si la discrimination et la peur du VIH sont encore tellement présentes, que les personnes vivent encore autant retirées, je peux dire pour ma part, quand j’étais en Guadeloupe, j’ai quand même fait extrêmement attention que personne ne puisse être au courant de ma séropositivité parce que mon conjoint m’avait bien expliqué que ça circule très vite. Si une personne le sait, toute l’île sait qu’on est un couple concerné.

Sandra : Le makrellage quoi.

Tina : Voilà. Ici en métropole on le vit quand même d’une manière moins... on se casse moins la tête quoi. Le fait que ce soit une île et une île avec beaucoup de préjugés, on le ressent. Il y a peut-être des spots qui passent. Peut-être pas assez, peut-être qu’il faut comme dit France Lert des actions innovantes pour sensibiliser d’une autre manière. Pour l’instant, j’ai bien l’impression que la vie avec le VIH ça reste vraiment un énorme tabou. Et c’est effectivement, si les gens se cachent comme tu disais, c’est aussi difficile d’y changer quelque chose. Ceux qui se jettent à l’eau et qui montrent leur vrai visage de personnes séropositives, après est-ce qu’elles ne vont pas le regretter après. Comment faire ? Il faut trouver des solutions.

Sandra : France Lert, l’émission touche à sa fin, je vous laisse un dernier mot.

France Lert  : Comme le disait Tina, je pense que la place des associations est extrêmement importante dans ce contexte des DOM. D’une part pour aider à faire face à des difficultés sociales exceptionnellement élevées et d’autre part aussi pour trouver justement des solutions qui dans ces contextes d’insularité, de populations toutes petites qui sont marquées par une interconnaissance très forte entre les gens , trouver les moyens de soutenir les personnes dans leur lien avec les autres pour qu’elles sortent de leur solitude. Je pense que c’est une des choses les plus importantes à faire dans l’avenir. Pas forcément des choses qui soient très publiques mais de construire à partir des réseaux sociaux, autour des personnes. Les personnes se confient très souvent à une seule personne. Essayer de partir de là pour étendre progressivement quelque chose qui soutient les gens mais qui en même temps les protège.

Tina : Et moi j’en profite pour lancer cet appel. Si une personne qui vit en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à la Réunion ou en Mayotte nous écoute, je sais qu’on est relayé dans certaines des îles. Il y aussi internet. Donc si vous nous écoutez et que vous avez envie de participer à notre action d’une manière tout en restant anonyme, d’une manière ou d’une autre, de nous contacter et qu’on pourra réfléchir ensemble à des idées, des actions à mettre en place.

Sandra : Vous nous contactez au 01 40 40 90 25 ou bien sur le site comitedesfamilles.net, ce sera vraiment pour nous un plaisir de discuter avec vous, de partager ensemble les différentes expériences.

Transcription : Sandra Jean-Pierre