Coupable d’avoir transmis le VIH

, par Sandra

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Source de l’image : williamsinstitute.law.ucla.edu
Coupable d’avoir transmis le VIH

Sandra : Dans l’actualité du VIH, un triste événement est à la une : Deux ans de prison ferme pour avoir sciemment transmis le VIH à sa compagne. Qu’est-ce que c’est cette histoire où une personne séropositive est jugée coupable par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, d’avoir contaminé sa partenaire ? Il s’agit d’un homme de 51 ans, Patrick, chauffeur routier et ancien toxicomane.

Avec sa femme, il avait des relations sexuelles non protégées. Patrick se sait séropositif depuis 1994, mais ne le dit pas à sa femme, ni à ses proches.

Patrick est tombé dans la cocaïne puis dans l’héroïne à la mort de son père en 1984. Il pense avoir été contaminé en utilisant des seringues en groupe. À l’époque, tout le monde de faisait confiance, a-t-il dit, on croyait qu’on passerait toujours entre les mailles du filet.

C’est 2004 que son ex-compagne âgée de 42 ans découvre sa propre séropositivité. C’est son médecin qui lui confie que Patrick est séropositif depuis 1994. En mars 2005, elle décide de porter plainte contre Patrick.

« Je n’avais pas envie d’en parler, je voulais garder ça pour moi » a déclaré Patrick. « C’est une question de pudeur, qu’on n’a pas envie d’étaler sur la place publique ». « Je suis loin d’être un monstre. Je n’osais pas lui dire, je ne voulais pas l’admettre ». Il a ajouté qu’il souhaite faire face à ses responsabilités, a exprimé des regrets et a reconnu qu’il était conscient des risques.

Le déni de sa séropositivité est devenu criminel quand il a commencé à avoir des relations sexuelles avec la victime, a affirmé l’avocat général, et ce pas à une seule reprise mais pendant 8 ans !

L’avocat de Patrick a expliqué durant l’audience que c’est un homme simple d’esprit, qu’il ressentait un sentiment de honte mêlé d’une incompréhension de la procédure. Selon lui Patrick n’avait aucune volonté de nuire et avait demandé qu’il soit jugé pour blessures involontaires.

À l’annonce du verdict, Christine son ex-compagne a éclaté en sanglot avant de prendre ses proches et son avocate dans ses bras. « Il me fallait ça, qu’il soit reconnu coupable pour des faits. Je pense que ça répare » a-t-elle lâché.

Une question pour toi Tina. Tu avais déjà entendu parler de cette affaire ?

Tina : Oui.

Sandra : Est-ce que tu penses que punir celui qui a transmis le VIH peut être réparateur pour la personne qui a été contaminée ? Penses-tu que le verdict est trop sévère ou est-ce que tu penses que justice est faite ?

Tina : Moi, je pense que la condamnation des personnes séropositives ne va pas aider dans cette histoire de lutte contre le VIH. Peut-être que ça va pousser plus de personnes à ne pas vouloir se faire dépister par peur de ce qui les attend après. Des personnes qui savent avoir pris un risque, ça peut leur faire peur. Après, cette histoire, je ne ne peux pas juger comment c’est perçu pour sa femme, comment elle le vit, ça c’est personnel. De manière générale, il faut rappeler que dans le cadre d’une contamination, c’est évidemment aussi aux deux personnes d’être responsable de leur prévention. Quand il s’agit d’un couple, c’est peut-être un peu compliqué de parler de ça puisque c’est un partenaire unique, c’est une relation stable avec une confiance instaurée. On sait que c’est compliqué d’utiliser le préservatif dans ces situations-là. Est-ce qu’il y a eu un dépistage au début ou non ? Bon, j’ai connaissance que pour certaines personnes c’est extrêmement difficile de parler de leur séropositivité et comme le dit Patrick, je pense que ce n’est pas une volonté de nuire mais simplement une difficulté d’en parler et c’est l’image de la société qui est renvoyée vers les personnes séropositives qui rend cette annonce toujours plus difficile.

Transcription : Sandra Jean-Pierre