Le Comité des familles lutte pour l’aide au transport pour les bénéficiaires de l’AME

, par Sandra

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Le Comité des familles lutte pour l’aide au transport pour les bénéficiaires de l’AME

Sandra : Vous êtes avec Yann, Mohamed et moi-même et maintenant nous allons parler de l’aide au transport. Je rappelle, manifestation, mercredi 11 avril, devant le STIF, au 39 bis rue Chateaudun. Venez nombreux, il faut qu’on se fasse entendre.

Yann : C’est quoi le STIF ?

Sandra : Le STIF, c’est les personnes qui s’occupent du transport. Je ne sais plus ce que ça veut dire, l’acronyme.

Mohamed : Société transport Ile-de-France (ndlr : en fait, c’est Syndicat des Transports Ile-de-France)

Sandra : Merci. Pour ceux qui ne comprennent pas de quoi il s’agit, ceux qui ne comprennent pas pourquoi on lutte pour l’aide au transport pour les personnes bénéficiaires de l’AME, je vous propose d’écouter Mathias et Bienvenu.

Début de l’enregistrement.

- Témoignage de Mathias.

Mathias, j’ai 31 ans, je suis séropositif depuis 2017. Je suis en France depuis déjà 3 ans bientôt. Je ne retourne pas dans mon pays parce que j’ai une maladie chronique, je suis vraiment souffrant. Hormis la maladie que j’ai, j’ai d’autres pathologies qui me dérangent de temps en temps. C’est en France que j’ai pu trouver la guérison mais jusqu’à aujourd’hui, ça ne va pas toujours.

Je vis des moments très difficiles parce que tout le dossier a été préparé mais rien n’avance. J’ai l’AME, l’aide médicale d’Etat. Je n’arrive pas à me déplacer, mes rendez-vous de l’hôpital, rien, rien. Je n’arrive pas, je ne m’en sors pas, parce que je n’ai pas les moyens de transport pour me déplacer. Pour aller à l’hôpital, je suis obligé de frauder pour pouvoir arriver à l’hôpital. Si je ne fais pas comme ça, je ne vais pas pouvoir m’en sortir. Là, je suis déjà à presque 300 euros de contraventions. Ils m’ont déjà envoyé les courriers mais je n’ai pas les moyens de paiement parce que je n’ai pas de travail, je ne fais rien. Je n’ai pas de papiers.

Le Comité des familles, souvent quand on fait des petites sorties, qui nous donne les tickets de transports de temps en temps. Mais à part ça, il n’y a pas de boulot, même les petits jobs, on n’y arrive pas.

C’est ce qu’on souhaite, qu’il y ait vraiment réduction de transport. Si c’était à 18 euros, on pourrait et les associations pourraient se battre pour nous charger le pass navigo.

- Témoignage de Bienvenu.

Je suis de Centrafrique, j’ai 39 ans, je suis en France depuis mai 2016, séropositif depuis l’an 2000.

Je suis en France pour mes traitements. Au pays, nous avons des problèmes de traitement. A un moment, je me sentais très mal au pays et c’est par rapport à ça que mes frères m’ont fait venir ici pour me faire soigner.

J’ai mon AME. Avant, on a dit que les personnes qui ont l’AME, ont des réductions. Maintenant, tout a été bloqué. Là où nous sommes, on n’y peut rien, on ne peut pas vraiment voler les métros, les trains, pour ne pas encore avoir des contraventions, des sérieux problèmes encore. Donc nous sommes obligés de rester à la maison. Nous avons peut-être quelques tickets comme ça, 2 tickets, pour une course, je vais là-bas directement et puis je reviens à la maison. Donc je suis souvent à la maison. Je ne peux pas bouger à cause des transports.

Ah ! Pour payer des tickets vraiment c’est… parfois, si j’ai des amis qui voient que vraiment si j’ai des rendez-vous à l’hôpital ou bien pour certains problèmes médicaux, si je me plains à eux, ils me donnent parfois 2 tickets pour le transport.

Plusieurs fois, j’ai loupé des rendez-vous mais comme mon médecin connait très bien la situation ou bien de la maison j’appelle et puis je lui dis que j’ai problème de transport.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : La semaine dernière, souvenez-vous, c’était Karl qui parlait aussi de cette situation. Je vous invite à aller sur le site comitedesfamilles.net pour écouter le témoignage de Karl si vous l’avez loupé. Tout est dit. Je n’ai rien à rajouter. Hier encore, je voyais des commentaires sur l’aide au transport. Il y en a qui sont très virulents. “Mais pourquoi donner des aides aux étrangers, les Français payent, pourquoi aider les étrangers, c’est ça la France”. Très violents. Je peux comprendre ce type de raisonnement mais quand on écoute ce que vivent les gens, je pense que tout de suite on devient un peu plus humain et puis on se dit, ouais, c’est vrai en fait. De toutes les manières, ils ne peuvent pas payer donc autant leur accorder une aide et au moins les associations ou eux-même pourront payer 16-20 euros plutôt qu’ils fraudent et se retrouvent avec des amendes que de toute façon, ils ne peuvent pas payer. Ca ne rapporte rien du tout au STIF d’avoir supprimé cette aide. D’autres réactions ? Yann, tu seras à la manifestation demain ?

Yann : Je serai à la manifestation, j’ai diffusé un maximum. J’espère qu’il y aura du monde associatif, je pense à ça surtout.

Sandra : Oui, j’espère que les associations vont savoir se regrouper.

Yann : Les grandes, les petites, c’est un moment où il faut qu’on soit très nombreux. Pour revenir sur les témoignages en question, on se mord la queue. En fin de compte, ces personnes-là ne sont pas là par plaisir. Elles sont là parce que, soit parce qu’il n’y a pas de médicament, soit il y a une guerre dans leur pays, etc. Les personnes qui profitent, enfin, qui profitent, déjà le mot est mal venu, mal choisi, mais les personnes qui ont le droit à l’AME ce sont très souvent des personnes en grande difficulté qui en plus accumulent difficultés sociales mais aussi maladie. Leur dire “oui, oui, on vous donne l’AME mais en revanche, vous ne pourrez pas aller à vos rendez-vous parce que…” et le double truc que je trouve très tendancieux et vraiment malsain c’est que, bien sûr, ils reçoivent des amendes, ils sont d’un seul coup fichés. Qu’est-ce qui va se passer au moment de décision, quand on va dire est-ce qu’on leur donne un an, deux ans, 6 mois, “ah bah non, on voit que cette personne est déjà très mal intégrée, étant donné qu’elle fraude”. Vous voyez ce que je veux dire. C’est une politique de…

Sandra : De mise à l’écart, tout simplement. Le but, c’est de renvoyer un maximum d’étranger. Je pense qu’il n’y a pas de secret.

Yann : Je vous rappelle que c’était la fierté de notre pays de pouvoir soigner les personnes qui arrivaient. C’est un choix humain décidé tous ensemble. Donc on ne va pas remettre ça en cause, surtout pas. On pourrait tous être juif, noir, borgne, séropo...

Sandra : Oui, on n’a pas choisi d’être Français…

Yann : Ce que je veux dire, vous qui pensez que ces personnes nous bouffent la moitié de notre pognon, pensez simplement que vous pourriez être à leur place quoi.

Sandra : C’est ça. Donc rendez-vous mercredi 11 avril pour ceux qui peuvent, devant le STIF, 39 bis rue Chateaudun.

Yann : Et ceux qui ne peuvent pas, je noterai (rires).

Sandra : Mohamed, tu seras là demain ou pas ?

Mohamed : Ouais, ouais.

Sandra : C’est vrai ? Tu vas te lever ? Je sais que parfois tu as un peu de mal le matin.

Mohamed : Ouais…

Yann : C’est pour ça que je dors chez lui la veille (rires).

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE