Plus de 1200 médecins dénoncent la situation catastrophique des hôpitaux publics - Une réponse Madame Buzyn ?

, par Sandra

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Photo prise le 20 mars, lors de la conférence de presse
Plus de 1200 médecins dénoncent la situation catastrophique des hôpitaux publics - Une réponse Madame Buzyn ?

Sandra  : Vous écoutez l’émission Vivre avec le VIH, la seule émission qui donne la parole aux séropositifs à ceux qui les aiment. Vous êtes avec Yann, Mohamed et moi-même Sandra. Maintenant, nous allons parler des conditions de travail dans les hôpitaux. Vous allez écouter à la suite Cyril Venet, qui est anesthésiste dans l’Isère, Christophe Prudhomme, médecin à l’hôpital Avicennes, Christine Bertrand, médecin à Grenoble, Olivier Varnet, médecin à Gonesse et Véronique Païen, médecin urgentiste dans l’Isère. Je les ai rencontrés le 20 mars dans une brasserie. Ils ont organisé une petite conférence de presse dans une brasserie près du ministère de la santé. Les revendications sont toujours les mêmes. Ils veulent être reçus par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. A l’heure où je vous parle, ils n’ont toujours pas été reçus. Je vous propose de les écouter. Ca dure un peu plus de 7 minutes et on réagit après.

Début de l’enregistrement.

Cyril Venet  : Les nouvelles d’aujourd’hui, c’est qu’il y a 1219 signataires à cette lettre. Cette lettre date du 18 septembre. Depuis le début, nous disons toujours la même chose et nous l’avons répété aux membres de la DGOS qui ont eu la gentillesse de nous recevoir. Nous avons répété que nous voulions rencontrer la ministre et que depuis le début, nous disons cela. Et que les questions que nous abordons sont si graves et si importantes. Nous avons beaucoup de mal à comprendre pourquoi nous ne sommes pas reçus. Nous sommes porteurs d’une lettre qui est un précédent historique, 1200 médecins de terrain avec leur syndicat mais aussi sans leur syndicat, signer une telle lettre. Nous avons rappelés le fond au cas où il ne serait pas clair. Nous voulons que soit rétabli à l’intérieur des hôpitaux une façon de fonctionner respectant les pouvoirs des uns et des autres. A savoir, le pouvoir administratif et le pouvoir médical. La deuxième chose, c’est que nous voulons que soit mis fin à la politique de fermeture de lits avec les restructurations. Nous réclamons que cessent les fermetures de lits, au minimum. Le troisième tiret de notre lettre c’est la question des effectifs. Vous avez vu dans la lettre, la question de la pénurie médicale organisée de longue date. Il faut que ce soit traité. On ne peut plus continuer à assumer notre tâche et la tâche qui nous incombe vis-à-vis des malades en étant aussi peu nombreux dans les hôpitaux, que ce soit au niveau médical ou non médical. Je rappelle que 10% du personnel hospitalier est constitué par les médecins et 90% par du personnel non médical, sans lequel aucune médecine hospitalière n’est possible. Le 4ème point, c’est la question du financement des hôpitaux sur la base des principes historiques de la sécurité sociale que nous connaissons tous. Un système qui fonctionne, qui a fait ses preuves, qui n’est pas du tout à bout de souffle contrairement à ce qu’on essaye de nous faire croire. Il n’est pas à bout de souffle mais on tente de l’étouffer. Pour la suite, nous attendons que l’intervention des membres de la DGOS auprès du cabinet du ministère porte ses fruits et que nous soyons enfin reçus pour pouvoir commencer cette discussion.

Christophe Prudhomme : La manière dont la ministre nous traite jusqu’à présent ça s’apparente quand même a du mépris, puisque la lettre date du mois de septembre, qu’aucune réponse n’a été faite, qu’elle a reçu d’autres intervenants dans la période. Nous, nous sommes quand même aujourd’hui très représentatif de ce qu’est l’hôpital dans sa diversité. C’est la première fois qu’il y a une alliance de médecins non syndiqués, d’origine diverses, avec des syndicats très variés. On considère qu’on a une vraie légitimité. Cette légitimité doit faire que nous soyons écoutés parce qu’on est porteur aujourd’hui du fait que l’hôpital ne fonctionne pas bien et que le personnel ne va pas bien. La pétition est originaire de Rhône-Alpes où il y a eu quand même des événements dramatiques au CHU de Grenoble qui ont été aussi un des facteurs déclenchant du mouvement. Il y a de la maltraitance du personnel. Ca se traduit par une dégradation de la prise en charge des patients aujourd’hui. C’est ça qui est insupportable pour nous, c’est une des raisons pour lesquelles on souhaite que la ministre nous reçoive. Ce n’est pas une question d’administration, c’est une question d’orientation politique que l’on juge complètement néfaste. C’est de ça dont on souhaite parler à la ministre. C’est pour qu’on veut que ce soit elle qui nous écoute.

Christine Bertrand : C’est pour ça qu’on peut s’interroger sur pourquoi elle nous ne reçoit pas. Je pense que ce n’est pas si simple que ça. On peut se poser la question pourquoi elle ne nous reçoit pas. Je ne pense pas qu’on ait la réponse.

Olivier Varnet : En même temps qu’elle annonçait cette réforme avec son Premier ministre, il était annoncé une baisse des tarifs hospitaliers et donc, un resserrage supplémentaire de vis des hôpitaux et une mise en déficit supplémentaire des hôpitaux, ce qui justifie encore des suppressions des postes supplémentaires. Donc, la politique hospitalière menée depuis que nous avons envoyé cette lettre à la ministre le 18 septembre est une politique qui réduit encore les budgets hospitaliers et qui justifie encore les suppressions de poste, les suppressions de lits et l’aggravation de la situation des hôpitaux et la situation dramatique que nous voyons aujourd’hui dans les urgences hospitalières dans toute la France est la résultante de cette politique qui continue à s’aggraver. C’est ce que nous voulons dire à la ministre. Nous voulons lui dire qu’il faut qu’elle arrête cette politique de réduction des effectifs, de réduction des lits d’hospitalisation et ce qu’elle vient de faire en réduisant les tarifs c’est une aggravation de cette situation. Donc en ne nous répondant pas, elle se met responsable de la dégradation supplémentaire de la situation des hôpitaux que nous voyons aujourd’hui dans toute la France.

Cyril Venet : Il ne s’agit pas d’une guerre médecins contre directeurs. Beaucoup de directeurs disent des choses très proches y compris des directeurs généraux de CHU, disent des choses très proches de ce que nous disons. Ils sont les premiers à se plaindre de ces conditions.

Christophe Prudhomme : Il y a le mouvement des EHPAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées et dépendantes) qui nous impacte aussi. Pas de personnel dans les EPHAD c’est du travail supplémentaire dans les hôpitaux et les personnes âgées seraient beaucoup dans les EHPAD s’il y avait des infirmières et des médecins. Il y a après-demain la journée d’action de la fonction publique. On sera très nombreux à participer. On est là dans un processus où il faut que le gouvernement comprenne que sa politique concernant les services publics et en particulier le service public hospitalier rencontre une forte opposition des gens chargés de la mettre en oeuvre. Or, on ne met pas en place des réformes si les principaux acteurs s’y opposent. Aujourd’hui, ils ne pourront pas se contenter de s’appuyer sur quelques directeurs et sur quelques médecins qui veulent être les premiers de la classe, si nous, on ne veut pas faire. Il faut qu’ils comprennent. 1200 médecins + tous les collègues qui nous ont apporté leur soutien, qui n’ont pas forcément signé, les différents mouvements dans les hôpitaux, les collectifs de médecins comme à Blois en particulier, c’est très fort. Je compare la ministre actuellement avec son secrétaire d’Etat monsieur Denormandie qui voyait que 50 SDF dans la rue comme des gens qui ne sont pas en lien avec les réalités. Madame Buzyn aujourd’hui n’est pas en réalité avec ce qui se passe dans les hôpitaux. Elle a beau se targuer d’être médecin, elle n’est pas médecin comme nous au contact des patients au quotidien. Au quotidien, ça ne fonctionne plus. L’hôpital aujourd’hui, on l’étouffe financièrement, on lui diminue les moyens et le personnel saute. C’est ça le message. Maintenant, la ministre, si elle ne n’écoute pas, il est clair que ce mouvement qu’il soit médical, avec le personnel, il va s’amplifier dans les mois qui viennent, dans les semaines qui viennent. Politiquement, je pense que c’est sûrement la plus grosse épine qu’ils vont avoir dans le pied. Le meilleur soutien qu’on a, c’est vous les médias avec la population. Aujourd’hui, les collègues qui sont là, on s’est fait remplacé par les collègues. Demain, on retourne au boulot. Quand on fait grève, on met un badge. Ce qui est important c’est que les patients quand on leur dit que ça ne fonctionne pas, ils disent “oui, oui, ce n’est pas de votre faute, on sait de qui c’est la faute”. La question aujourd’hui, c’est que le gouvernement comprenne qu’il y a une vraie colère du personnel et de la population.

Véronique Païen : Il ne faut pas que le ministre du Budget soit le seul qui ait le pouvoir. Il faut que les ministères puissent vivre et développer des projets de santé qui soient ambitieux. Les services publics, c’était quand même un service de qualité en France à base de solidarité, créé juste après la guerre à un moment où on n’avait pas beaucoup d’argent. C’est vraiment une question d’orientation. S’il y a que le budget qui compte, c’est vrai que ce n’est pas la peine de faire de la politique.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Cyril Venet, Christophe Prudhomme, Christine Bertrand, Olivier Varnet et Véronique Païen au micro de l’émission Vivre avec le VIH. Je rappelle que je les ai rencontrés le 20 mars dans une brasserie près du ministère de la Santé. Ils ont été reçus par la DGOS, qui est la Direction générale de l’offre de soins, mais pas par la ministre de la Santé. Ca n’a toujours pas bougé depuis septembre. Dans l’extrait, vous avez entendu qu’ils parlaient d’événements assez graves qui se sont déroulés à Grenoble. Je rappelle qu’au CHU de Grenoble il y a eu un médecin qui s’est suicidé. L’heure est vraiment grave et on se demande qu’est-ce qu’attend la ministre de la Santé, au moins pour les recevoir. Je voulais vous dire aussi, quand je parlais de ça au Comité des familles avec quelques personnes qui fréquentent l’association, des personnes qui viennent d’Afrique, quand je leur ai parlé de ça, ils ont dit “ah mais en France aussi, ça ne va pas, je ne pensais pas que c’était aussi grave”. Ils ont peur que les problèmes qu’ils rencontrent en Afrique apparaissent en France. Je ne sais pas si vous souhaitez réagir après ce que vous avez entendu, Mohamed et Yann ?

Mohamed : Je comprends très bien leur lutte et le mouvement. C’est vrai qu’il y a un réel malaise. Maintenant, comme ils disent, il vaudrait mieux changer d’orientation, trouver une orientation, que de faire de la politique pour la politique. Mais bon, je ne suis pas très professionnel dans le sujet. Mais je sais que c’est désolant au niveau de la perte des lits, quand j’entends des choses comme ça, le personnel qui se suicide, on enlève des lits, même des emplois, on ne veut pas les remplacer, je trouve ça aberrant. J’espère que leur lutte va donner bon signe quoi. De bons signes pour les soins.

Yann : Oui et puis moi, de toute façon, je reste solidaire au service public. J’ai eu trop l’expérience de voir ce qui s’est passé de perdre un service public pour un service privée et finalement, on est largement perdant sur la qualité d’offre et tout ça. Donc oui, que ce soit cheminot, les jeunes dans les universités qui ne peuvent plus s’exprimer sans que le doyen envoie une flopée de facho taper les gauchos. On va synthétiser comme ça. Mais voilà quoi, cheminots, hôpitaux, c’est vraiment une question politique et pas qu’une question de budget. Donc, tous autour de la table, et j’espère que Madame Buzyn en qui j’ai confiance parce que pour nous, c’est quand même une ouverture, un médecin à la tête d’un ministère, on voyait ça comme une chance, j’espère que vous allez être reçus rapidement. Septembre, ça fait déjà 6 mois, c’est long.

Sandra : C’est très long. N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net et puis bien sûr, on continue de suivre le mouvement.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE