Anne Hidalgo, maire de Paris : « Nous avons décidé maintenir un niveau de prestation auprès des associations »

, par Sandra

JPEG - 2.4 Mo
Anne Hidalgo, aux Etats Généraux des Elus locaux contre le sida, le 26 novembre 2014
Anne Hidalgo, maire de Paris : « Nous avons décidé maintenir un niveau de prestation auprès des associations »

Sandra : On va parler maintenant des Élus locaux contre le sida. Yann, est-ce que tu sais ce que c’est les Élus locaux contre le sida ? Question un peu idiote parce que je sais très bien que tu sais ce que sais.

Yann : Oui, ça a été un peu monté par Jean-Luc Romero, qui avait fait son coming-out en politique et qui avait annoncé sa séropositivité et son homosexualité. Avec d’autres, il a pensé réunir tous les élus qui voulaient s’impliquer dans cette lutte.

Sandra : Une association qui lutte contre les discriminations. Elle a été créée en 1995 par Jean-Luc Romero. C’est le premier élu à avoir révélé sa séropositivité. Son but c’est de mobiliser les élus français dans la lutte contre le sida et la réduction des risques chez les toxicomanes. Et le 26 novembre 2014, ça remonte un peu mais il n’est jamais trop tard pour en parler. Il y avait ces fameux États Généraux des Élus locaux contre le sida et le Comité des familles était convié à y participer. Yann, tu as témoigné pour parler du Comité des familles et puis aussi de l’hépatite C. Tu avais poussé un coup de gueule ce jour-là…

Yann : Voilà, pour parler de mon cursus et surtout de l’accès plus facile et à tout le monde des nouveaux traitements pour l’hépatite C.

Sandra : Tu avais aussi poussé un coup de gueule par rapport…

Yann : Par rapport aux élus non ?

Sandra : Oui, au V.I.P tu avais dit.

Yann : V.I.P de la politique.

Sandra : Qui étaient là en première partie et puis une fois que l’échange devenait intéressant, où il y avait des personnes concernées ou militantes qui allaient prendre la parole, elles sont parties. Donc c’est dommage.

Yann : Il me semblait normal de le relever.

Sandra : Je vous propose d’écouter Anne Hidalgo qui est maire de Paris, qui a fait partie des V.I.P qui ont parlé et après est partie. Elle a quand même dit des choses intéressantes, enfin pour moi, à vous de juger. Anne Hidalgo.

Début de l’enregistrement.

Anne Hidalgo : C’est la première fois que je m’exprime en tant que maire de Paris dans cette association, cette belle association d’élus ensemble contre le sida. C’est mon année des premières fois donc permettez-moi de goûter le plaisir des premières fois. Le sida c’est une maladie, une épidémie particulière qui a montré à quel point la question des discriminations est présente dans cette maladie, qui n’est pas comme les autres. Et donc Hélène Bidard qui est à mes côtés aussi et qui porte aussi les questions d’égalité femme/homme et aussi de lutte contre les discriminations, et puis une dimension qui est très importante aussi, qui est la dimension liée à ce tissu associatif qui porte depuis longtemps l’énergie qui est à l’avant garde, aux avants poste de la lutte contre le sida, toute la vie associative et la démocratie locale que porte à mes côtés Pauline Veron. Et donc c’est quelque chose que nous portons ensemble. Je voudrai bien sûr George Pau-Langevin, ministre des Outres-Mer qui est présente parmi nous et on sait à quel point depuis toujours avant d’être ministre lorsqu’elle était ici comme élu et avant encore comme collaboratrice auprès du maire de Paris, elle était engagée sur ces questions-là.

C’est une année particulière, le message du président de la République le dit. C’est vrai que la progression de la science, la progression des thérapies, la prévention ont marqué un pas très important et nous devons en tenir compte. En tenir compte en nous lançant un objectif ambitieux au-delà des actions concrètes que nous devons continuer à conduire chaque jour. Je vais commencer d’abord par les actions concrètes.

Les actions concrètes c’est d’abord d’être au côté des associations à un moment où le sida, la crise économique sociale que nous connaissons met en difficulté des associations mais aussi des personnes parce que la précarité qui existe, qui se développe dans notre pays on le sait, elle frappe de façon assez générale des catégories de population entière mais les catégories les plus vulnérables et notamment les personnes séropositives, les personnes qui vivent avec le sida depuis longtemps, donc présentes aussi un certain nombre de problèmes de santé qui en général sont perçus et vus par leur employeur. Ces personnes vulnérables subissent aussi cette crise avec plus de violence. Je le sais parce que les associations qui sont les vôtres, celles qui viennent en aide aux personnes malades du sida, aux personnes qui sont en situation de grande précarité, je pense à Basiliade, je pense à beaucoup d’associations qui font un travail absolument exceptionnel, croulent sous une demande sociale beaucoup plus importante encore que ces dernières années. Dans cette situation de crise, nous avons décidé nous à Paris de maintenir un niveau de prestation social et un niveau de prestation auprès des associations pour qu’il n’y ait pas un déficit en plus de notre part qui serait lié à un retrait de la mairie de Paris. Il n’y a pas de retrait de la mairie de Paris, nous sommes engagés, nous continuerons à l’être parce que la question du sida c’est aujourd’hui d’abord des milliers de personnes qui vivent avec le VIH et qui subissent des discriminations et sur ce front-là, nos actions, nous allons les poursuivre et continuer à faire ce travail. Il y a tout le travail de prévention, d’alerte, d’information. Notamment des populations à risque. On le sait, Paris est une ville dans laquelle l’épidémie est encore extrêmement prégnante. Il y a encore beaucoup de contamination qui se déploie sur le territoire parisien et sur les Outre-Mer également nous sommes des territoires particulièrement concernés. Donc la prévention, elle doit être là aussi au coeur de nos politiques prévention, éducation. C’est quelque chose d’important de poursuivre ce travail avec les jeunes, avec les associations qui parlent à un certain nombre de population ciblée, qui sont plus vulnérable aussi dans les contaminations et donc ce travail de prévention, là aussi nous allons le poursuivre. Pour prévenir et informer il faut pouvoir le faire sans qu’on soit empêché par une espèce de fausse morale qui consisterait à ne pas parler des questions de sexualité, à ne pas parler des questions d’orientation sexuelle, à ne pas parler des questions d’inégalités entre les filles et les garçons, à ne pas parler de ce que certains appellent la santé reproductive et qui en gros concernent la sexualité et qui touche aussi des questions de santé. Donc il faut pouvoir le faire. Bien sûr avec les mots qui conviennent au public et aux âges concernés.

Il y a à partir de ce qu’a dit le président de la République, c’est vrai, une idée qui n’est pas un fantasme, qui n’est pas un objectif qu’on se lancerait et qui serait inatteignable. Oui, je pense que nous pouvons en finir avec la contamination du sida dans les 20, 30 prochaines années. Il faut y mettre les moyens, moyens de recherche, de santé, d’éducation, de diffusion. Tout cela il faut l’engager. J’ai avec le directeur général de ONUSIDA, et épaulée par Jean-Luc Romero, nous avons décidé de prendre une initiative, de l’accompagner dans son initiative qui est de faire appel aux maires. Aux maires des villes, des grandes villes, parce que nous avons cette conviction, avec les maires des grandes villes d’abord, quel que soit le continent, sur le continent américain ou sur le continent africain, quel que soit le continent, nous avons la conviction que nos villes sont des espaces de solutions et non pas de problème. Et que si nos villes, avec les maires qui sont toujours des personnes un peu emblématiques, progressistes partout, partout où il y a des grandes villes où ça marche c’est progressiste. Et donc dans toutes ces villes progressistes, il y a effectivement un engagement des maires pour faire reculer l’épidémie et faire reculer les discriminations parce que les deux vont ensemble. Et faire reculer l’homophobie parce que ça va ensemble aussi. Et donc nous avons pris l’initiative pour le 1er décembre de lancer un appel des maires avec Michel Sidibé de l’ONUSIDA. Cet appel des maires nous le porterons ici à l’Hôtel de Ville. Plusieurs maires, notamment de la francophonie parce que je préside l’association internationale des maires francophones, j’étais à leur côté à Kinshasa il y a quelques semaines, m’ont dit qu’ils seraient là, ont confirmé leur engagement pour être présents dans cette initiative que nous prenons. C’est important. Parce qu’on sait qu’en Afrique, il y a aussi la question de la stigmatisation et la question de la discrimination qui est présente. Ces maires francophones, notamment africains, ont décidé de s’engager à nos côtés, au côté d’ONUSIDA et à mes côtés pour répondre à cet appel des maires pour faire en sorte que dans nos villes on fasse reculer jusqu’à la disparition en 2030 du sida. Et donc cet engagement est pour nous est quelque chose de très important. C’est d’en parler même lorsqu’on va nous dire comme on nous l’a dit il y a quelques années que dans les organismes de santé ou dans les instances ministérielles qui s’occupaient de santé, que le sida était désormais une maladie chronique et que finalement, ça tuait moins que d’autres maladies et que donc ça passait au second rang des priorités, ce que nous n’avons jamais accepté, nous à la mairie de Paris, et la région non plus, pour ne pas se retrouver dans une situation, où on nous explique que le sida c’est derrière nous et qu’il faut passer à autre chose, nous devons nous engager, parler, agir au quotidien et faire reculer la discrimination, la stigmatisation pour faire progresser aussi non seulement la recherche mais les thérapies et donc la possibilité de faire disparaître les contaminations et le sida.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Anne Hidalgo au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Elle a annoncé quelques actions. Déjà un, bonne nouvelle, d’après ce que j’ai compris, les subventions que le département de Paris donne ne vont pas diminuer enfin ne vont pas disparaître. Il y a un maintien. C’est la crise pour tout le monde et je parle du Comité des familles, de ce que je connais. On n’est pas l’abri qu’un jour le Comité des familles ferme. Je ne dis pas ça pour vous faire peur mais simplement, si on ne se fait pas entendre, d’ici quelques années, le Comité des familles pourrait fermer ses portes. Soyons vigilants.

Yann : Chaque année c’est ric-rac par rapport aux subventions.

Sandra : Et il n’y a pas que nous, on le sait très bien. Elle a cité Basiliade par exemple. Il y a aussi d’autres associations en province, j’imagine qu’aussi ça doit être difficile. Un autre point qu’elle dit, c’est par rapport à la prévention pour les jeunes. J’ai entendu qu’elle souhaite qu’on aille parler de sexualité aux élèves. J’espère que beaucoup d’enseignants, de proviseurs, de principales vont entendre parce que parfois c’est vrai que…

Yann : Les infirmières scolaires…

Sandra : Oui. On a encore des barrières, je pense à notre projet Madeleine qui consiste à témoigner de la vie avec le VIH auprès des élèves. Parfois il y a des enseignants, des proviseurs qui disent non non, les enfants sont trop jeunes pour entendre parler de VIH, de sexualité alors qu’ils savent déjà comment on fait les bébés. Donc s’ils savent ça, il est temps de parler de prévention. Faut que ça bouge. J’espère qu’on aura l’occasion cette fois-ci…

Yann : D’avoir plus d’ouverture aux lycées, aux collèges.

Sandra : Dans des lycées parisiens parce qu’à ma connaissance, je n’ai pas le souvenir qu’on soit intervenu dans un lycée parisien. Je m’adresse aussi à ceux qui habitent en province parce que je sais qu’en province c’est difficile.

Yann : Oui, on a notre correspondante de Bretagne qui a réussi à faire de son côté des interventions notamment dans une école d’infirmières.

Sandra : Et il y a du boulot. Ça m’a surpris, mais il y a du boulot aussi.

Yann : Oui, oui même dans ce monde-là, même pour les deuxièmes années, il y avait encore des lacunes donc bravo à Loane.

Sandra : J’en profite pour annoncer, le 28 février, il y aura une réunion avec le COREVIH Bretagne et elle va représenter le Comité des familles. Il y aura un stand. Elle invite tous ceux qui veulent la rejoindre. Ça se passera à Saint-Brieuc.

Yann : J’y serai pour la soutenir.

Sandra : Si des personnes peuvent venir, ce sera aussi l’occasion de témoigner, de montrer qu’il y a des personnes séropositives dans sa région, le département c’est les Côtes-d’Armor si je ne me trompe pas.

Yann : C’est ça.

Sandra : Exprimez-vous parce que là-bas il n’y a pas d’association pour les personnes séropositives. Ouvrez vos bouches, faut faire quelque chose. Et puis, une dernière annonce, Anne Hidalgo a annoncé ce projet avec les maires du monde entier pour mobiliser les maires. Qu’en penses-tu Yann ? Toi tu habites à Saint-Denis, est-ce que le maire de ta ville est déjà assez concerné par le VIH ? Il y a des choses régulièrement…

Yann : Sur Saint-Denis, c’est un peu particulier parce que tout ce qui est enfance, santé, ils mettent un budget important là-dessus. Donc il y a quand même beaucoup de choses qui se font sur Saint-Denis. Je pense qu’il est impliqué. En tous les cas les personnes que je connais à la mairie qui s’occupent de santé, de la jeunesse sont complètement consciente de l’importance de la prévention et de notre action aussi.

Sandra : Donc là elle disait les maires des grandes villes.

Yann : Oui, sur les maires, elle propose tous les maires du monde c’est ça ? Oui, en faire une journée en dehors du 1er décembre pour un rappel un petit peu parce que c’est toujours très concentré sur cette date-là. Pourquoi pas, au contraire.

Sandra : Le but, c’est de parler à tout le monde, que tout le monde se sentent concernés. On sait que c’est vrai que les maires ont quand même une proximité avec les habitants de leur ville.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE