Professeur Ouelé : « La musique est une arme contre la maladie »

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Professeur Ouele et Yann
Photo : Lucas Vitau

Sandra : C’est parti, Yann alors tu vas présenter la rubrique culturelle en compagnie de Lucas que j’ai totalement oublié de présenter, je suis désolé. Lucas Vitau est aussi avec nous dans les studios de l’émission de radio « Vivre avec le VIH ». C’est parti.

Yann : Oui c’est notre professeur Ouele qui sort son premier album « The eddies of the century », bien sûr moi ce qui m’intéresse c’est : est-ce une manière, cet amour de la musique, du son, de faire passer un message plus fort par rapport au public ? Vous êtes professeur donc vous essayez de leur instaurer des choses, et ce parcours de militant à quel moment s’est-il déclenché ? Vous avez quand même une pathologie importante, qu’est ce qui a déclenché ce mouvement où vous vous êtes dit : moi j’ai ça ,mais je veux essayer d’aider les autres ?

Professeur Ouele : Comme je l’ai dit en début d’émission, je suis un paralytique, je suis un survivant de la poliomyélite. C’est une maladie qui a tué beaucoup d’enfants dans le passé. Je n’avais pas la chance d’avoir le médicament à l’époque et grâce à la puissance divine et les renforts en médecine je me suis retrouvé avec des béquilles, avec des paralysies. Mais je ne me suis jamais laissé dominer par mon mal. Je suis allé à l’école comme tous les autres enfants mais j’avais un défi à relever ,car quand je regardais autour de moi, les personnes handicapées de mon état, qui mendiaient au bord de la route, je me suis dit « non, je ne peux pas tendre la main à quiconque pour l’aumône. Il faut me battre pour être parmi les meilleurs ». C’est comme cela que je me suis battu, j’ai eu tous mes diplômes, je suis allé dans toutes les universités, je suis aujourd’hui professeur aux États-Unis. Je suis en train de finir un (master ?) en éducation de personnes handicapées. Je les éduque. Je pense qu’il faut vulgariser ce que je fais, défendre la cause de la minorité, c’est-à-dire les personnes handicapées, celles ayant le Sida, les femme... Et quel est le moyen, pour moi de défendre cette cause ? J’utilise la plume, parce que je suis écrivain, je viens de sortir un livre appelé « Beyond stairs », en français « Au-delà des escaliers ». C’est un téléfilm qui pourra sortir sous forme de film dans les prochaines années. En même temps je viens de sortir un disque « The eddies of the century » c’est-à-dire « Les tourbillons d’un siècle ». Je peins les mots de la société dans cet album. Nous devons faire un monde un peu plus juste car autour de nous nous voyons du racisme, là-bas c’est le tribalisme, ici c’est la corruption, là-bas c’est le Sida qui dicte sa loi. Je qualifie dans mon morceau le Sida comme la troisième guerre mondiale car quand vous regardez les ravages qu’il fait, je crois qu’en terme de comparaison, rien a fait de ravage comme le Sida. Ça crée trop d’orphelins, trop de souffrance par-ci par-là. Moi je dis NON, il faut que l’on trouve une solution. J’interpelle aussi la société pour une plus grande intégration de la personne handicapée dans la société. Ailleurs, la personne handicapée vit dans un environnement quasiment carcérale.

Yann : C’est bon de rappeler aussi que ce matin, nous nous sommes retrouvés au métro, pour moi qui marche normalement, j’ai vraiment été frappé par l’inaccessibilité absolue dans cette grande ville pour les personnes à mobilité réduite. Et pour toi, qui viens de Washington ça devait être encore plus flagrant.

Professeur Ouele : Quand je suis arrivé j’ai pris le métro et je me suis demandé comment je devais sortir car sur le quai il y a un décalage. Il a fallu que je saute. Bon je m’en suis sorti, c’était un peu risqué par rapport à Washington où tout est adapté pour les personnes handicapées.

Yann : Oui, surtout que c’était dans le projet de Hollande. Ça fait un moment qu’il nous bassine.

Sandra : De toute façon tous les présidents en parlent.

Yann : Oui mais c’est encore repoussé de 5 ou 10 ans.

Professeur Ouele : Justement puisqu’on en parlait, j’ai évoqué le Sida dans mon disque, je dis que le Sida est devenu une maladie pathologique. Car on récupère le Sida en politique et il y a beaucoup de personnes qui s’enrichissent autour de cette histoire de Sida . Ce sont les associations qui s’enrichissent, on vous donne les fonds et vous faites peu de choses avec. Je me dois de critiquer ça, de dénoncer pour qu’on ne récupère pas le Sida à des fins politiques. Je le chante dans mon disque.

Sandra : Avant de découvrir l’un de vos titres, Yann ou Lucas une question pour le professeur Ouele ?

Lucas : Oui j’en ai plusieurs. J’ai écouté l’album en entier et j’ai remarqué que c’est une musique très militante. Vu que vous avez déjà écrit un livre pourquoi avez-vous choisi la musique plutôt que l’écriture pour faire passer votre message ?

Professeur Ouele : En anglais nous disons « the music is a weapon » c’est-à-dire la musique est une arme. Vous savez ça s’écoute facilement et ça peut prendre le monde entier. En 7 minutes je peux diffuser un message qui peut changer le monde. La musique ça s’écoute les gens aiment la mélodie. Je suis un peu pédagogue, j’éduque les gens dans mes morceaux et je fais de la musique engagée. Donc je dénonce et en même temps je propose des solutions. Je prends soin des mots que j’utilise, ils sont pesés.

Lucas : Vous parlez à un très grand fan de Fela Kuty donc je vous comprends. Dans votre album on entend beaucoup de sonorités africaines, mais aussi des notes de Jazz et du Slam notamment dans la dernière chanson qui parle des élections présidentielles en Afrique. Mais musicalement parlant quelles sont vos influences ?

Professeur Ouele : Je suis influencé par le reggae. Bob Marley est un peu mon père spirituel, j’ai beaucoup travaillé sur sa musique. Au son je fais un peu du background africain. Je suis américain de nationalité mais je suis africain de souche. Je veux faire ressortir mes traditions à travers ma musique. C’est un mélange.

Lucas : Une petite aparté avant d’écouter votre musique. J’ai fait des recherches sur la maladie que vous combattez, la Polio, et j’ai remarqué que ça n’empêche pas la créativité. Saviez-vous que Francis Ford Coppola soufrait aussi de la poliomyélite ?

Professeur Ouele : Oui je vous rappelle que je viens des USA. Le président Roosevelt en a souffert et c’est l’un des plus grands présidents au monde. Il fut élu pour plusieurs mandats et il marchait avec des béquilles et ça ne l’a pas empêché d’être président. Je suis professeur et quand je suis allé aux États-Unis j’ai atteint le grand niveau. Malgré ma polio je suis au niveau le plus élevé. Donc je dis aux personnes handicapées « levez-vous » « Get up stand up ». Je voudrais que les personnes handicapées cessent de croire que l’handicap est une barrière car on peut sauter les barrières. En anglais on dit « I’m an overcommer » « je suis quelqu’un qui va au-delà » . Je combats, je surmonte mon handicap.

Sandra : On va écouter un titre.

Yann : Je voulais juste présenter le titre. C’est vrai que c’est toi professeur qui l’a choisi « tout est perversion » tu le penses vraiment ?

Professeur Ouele : Oui je dis « tout est perversion » car je dis dans le morceau « tu me donnes ton Sida je te donne mon chlamydia. L’amour est infecté c’est tout un mélange de perversion.

Sandra : J’attends la réaction des auditeurs là-dessus, êtes vous d’accord ou pas avec le professeur ?

Yann : Mais est-ce que le professeur Ouele à une solution ?

Professeur Ouele : Oui il faut que le monde change, ce n’est pas seulement le Sida. Aujourd’hui on dit que l’homme doit se marier avec l’homme et la femme avec la femme, ça c’est de la perversion à mon humble avis.

Sandra : Ça c’est votre avis.

Yann : tu sais que tu es dans un pays où les gens ont le droit de se marier, homme ou femme.

Professeur Ouele : Ça fait partit des déviances au ciel.

Sandra : Chacun pense ce qu’il veut. On termine l’émission avec votre titre « Tout est perversion ». J’attends vos réactions sur le site comitédesfamilles.net.

Yann : Si vous voulez retrouver notre ami sur le net le site est www.professorouele.com

Transcription : Lucas Vitau