Le VIH vu du web : autotest VIH / le Sida sur les réseaux sociaux / la peur des dentistes

, par Sandra

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Le VIH vu du web : autotest VIH / le Sida sur les réseaux sociaux / la peur des dentistes

Sandra : C’est le moment de la rubrique le VIH vu du Web avec Alexandre. C’est parti !

Alexandre : L’autotest dans les pharmacies en septembre prochain. À l’origine prévue pour 2014 puis pour juin 2015, la sortie de l’autotest du VIH a été repoussée au 15 septembre prochain selon le site de la société AAZ, chargée de la commercialisation. D’après le site Internet autotest-sante.com, ces mois de retard serviront à « laisser le temps à l’ensemble des acteurs de santé de se former à la dispensation de l’autotest VIH ainsi qu’à l’accompagnement des personnes qui s’autodépisteront ». La rédaction d’Allodocteur sur le site Internet de Francetvinfo a d’ailleurs taxé cette décision d’étonnante étant donné que l’avantage de ce test est censé être l’accessibilité et l’utilisation pour tous, sans intermédiaire médical. Le mode d’emploi sera ainsi bien détaillé, directement sur la boîte. Une simple goutte de sang devrait pouvoir indiquer en quinze minutes si l’on est porteur ou non des anticorps du VIH. Ce test sera disponible pour une vingtaine d’euros et sans ordonnance. Il ne s’agit cependant que d’un dépistage et non d’un diagnostic : si le test est positif il devra être confirmé via prise de sang.

Sandra : Ah alors ça c’est intéressant ! Alors normalement cet autotest VIH devrait être simple, mais finalement on s’aperçoit qu’il y a quand même un besoin de formation. Donc à voir hein ! Oui, Michel Celse.

Michel Celse : Oui, je peux faire une remarque là-dessus parce qu’en l’occurrence le CNS a travaillé, avait sorti un avis, un rapport sur la question des autotests, favorable effectivement à leur accessibilité, à leur déploiement. L’intérêt de cet outil, c’est bien, effectivement, qu’il permette aux personnes qui souhaitent se dépister par cette manière, d’être entièrement autonome. Cela dit, quelqu’un peut avoir besoin d’aide à un moment donné. Et c’est là où il est extrêmement important d’avoir d’une part, une notice très détaillée, mais d’autre part aussi la possibilité de consulter à n’importe quelle heure, quelqu’un capable d’apporter des conseils en direct et de discuter. Et c’est pour ça qu’un des compléments, c’est de pouvoir appeler une ligne, en l’occurrence ça passe par Sida info service, qui permet à toute personne à n’importe quel moment d’être accompagnée dans la réalisation de cet autotest. D’autre part il y a aussi les pharmaciens qui vont les distribuer qui doivent, effectivement, être au courant, et enfin arrivera très certainement un jour aussi une dispensiation par le biais d’un certain nombre d’associations.

Yann : Et il est fiable à combien, même si on doit le reconfirmer par la suite ? Il y a une fiabilité, vous le savez ?

Michel Celse : C’est un test qui est effectivement fiable, simplement, il faut avoir en tête qu’il est un petit peu moins sensible que les tests Elisa de quatrième génération qu’on utilise dans un labo de ville à partir d’une prise de sang ou à l’hôpital, et que de ce point de vue, comme d’ailleurs pour les tests d’orientation rapide, les TROD, proposés par les associations dans différents lieux. Que ce type de test et là pour une orientation, c’est-à-dire que s’il apparaît positif en particulier, il faut absolument aller le confirmer par un test classique. D’autre part,, le fait qu’il soit un petit peu moins sensible joue sur la période durant laquelle il ne va pas détecter le VIH après l’infection. Vous vous souvenez qu’autrefois on disait, il faut trois mois. Avec les tests classiques en labo, les tests avec prise de sang, ce n’est plus le cas. C’est deux semaines. En revanche, avec les tests type autotests ou TROD, on continue à considérer qu’il faut trois mois, ce qui veut dire que le résultat que va donner l’autotest pour une personne qui le fait indique avec certitude, s’il est négatif, que la personne était séronégative, n’était pas infectée trois mois avant, mais si elle a pris des risques depuis trois mois, là, il vaut mieux aller faire un test, un test Elisa classique.

Yann : Alors moi je trouve que c’est une excellente nouvelle. C’est vraiment quelque chose de formidable qui devrait pouvoir démocratiser le dépistage. J’ai un petit regret, c’est que l’accessibilité, étant donné que ce n’est pas remboursé, donc que ça reste quand même un coût, vingt euros, qui peut bloquer pas mal de jeunes. Est-ce qu’il y a une politique à mener ce test à une gratuité ou à un coût moins fort ?

Sandra : Mais en même temps il y a les autres tests qui sont gratuits quoi.

Yann : Oui mais ce n’est pas la même facilité.

Sandra : Ce n’est pas la même chose, c’est sûr.

Michel Celse : C’est pour ça que l’on se dirige quand même, bon, pas tout à fait tout de suite, mais on se dirige vers une dispensation via des associations, à ce moment-là, a priori, gratuitement. De la même façon que des associations proposent des TROD qui se réalisent sur place, il peut être envisagé que ces mêmes associations donnent le test que la personne réalise ensuite chez elle.

Yann : Ou alors même pour pouvoir le faire sur place et du coup avoir un accompagnement quoi.

Michel Celse : Ou le faire sur place oui, cela dit à ce moment-là c’est presque plus simple de faire un TROD tel qu’il est proposé.

Sandra : Très bien, d’autres réactions sur cette info là ? Non, et bien on passe à l’info suivante Alexandre.

Alexandre : Le SIDA, c’est viral, mais aussi sur les réseaux sociaux. Vous vous souvenez peut-être de cet article de mars 2015 du Figaro Santé, au titre évocateur : « SIDA : Les jeunes se sentent trop peu concernés ». Il devient de plus en plus fréquent de parler de banalisation du VIH. L’association AIDES a donc lancé sa nouvelle campagne et c’est sur le web qu’elle l’a lancée. Ne vous étonnez donc pas si la première semaine de juin, sur Facebook, vous avez été vu un profil nommé SIDA apparaître au hasard dans vos notifications. Ne vous étonnez pas, sur Twitter, d’avoir été mentionné par le SIDA, ou sur Tinder d’avoir été matché par le SIDA. Vous allez me demander pourquoi ? Le site Internet MadmoiZelle a parfaitement résumé l’idée : « Le terme viralité a depuis quelques années pris un autre sens : il désigne ce qui se diffuse, se répand rapidement et avec efficacité sur tous les réseaux disponibles sur Internet. Alors dans ce nouveau spot, le SIDA rappelle qu’il est partout : sur Facebook, Twitter, Linkedin… Et puis, bien évidemment, et surtout bien malheureusement, dans la vie. » L’objectif de cette campagne ? Faire taire le SIDA, comment, en renvoyant au site AIDES qui rappelle les quatre principes de la lutte : la protection, le dépistage, la solidarité envers les personnes touchées, et l’utilisation de seringues propres.

Sandra : Parler du SIDA pour le faire taire, est-ce qu’il y’aurait des réactions sur cette information, est-ce que déjà vous, autour de la table, vous utilisez ces réseaux sociaux, Twitter, LinkedIn, il y avait quoi encore ? Tinder…

Alexandre : Tinder même si c’est plus un site de rencontre qu’un réseau social…

Sandra : C’est un réseau social hein, et oui !

José : Je ne connais pas !

Yann : Moi j’ai bien connu le minitel donc je vais molo molo ! J’en suis au Facebook.

Sandra : Bon, alors maintenant, s’il n’y a pas d’autres réactions on va passer à la dernière info, petite devinette, de quoi va-t-on parler là dans cette info ? Qu’est-ce-que c’est que ce bruit ?
Yann : Quelle horreur ! Je n’ouvrirai pas la bouche.

Sandra : Et oui ! On va écouter tout de suite une petite interview d’Alexandre.

Christophe Beaugrand : Le fameux testing qui a montré que 30% des chirurgiens-dentistes refuseraient un patient lorsqu’il annonce qu’il est séropositif, ce qui est absolument hallucinant qu’on en soit encore là aujourd’hui, 30% c’est gigantesque.

Alexandre : Si certains d’entre vous étaient présents à la soirée des 20 ans d’Elus Locaux Contre le SIDA, vous avez peut-être noté cette fameuse phrase que vous venez d’entendre. Elle a été prononcée par l’animateur de la soirée Christophe Beaugrand. À ceux qui se demandent 30%, d’où sortent ces chiffres, je vous invite à lire l’article du HuffingtonPost, datant du 4 juin dernier, intitulé « VIH : Un dentiste sur trois refuse de soigner les patients séropositifs, selon une étude de l’association AIDES ». D’après l’article ce sont les militants AIDES qui se sont dévoués pour faire ce testing, et un tiers d’entre eux a été débouté. Pourquoi ce testing a été fait ? Pour peser plus encore sur les débats en cours au Parlement concernant la loi Santé, avec un objectif de lutter contre le refus de soins dont les personnes vivant avec le VIH ou le VHC sont les principales victimes. Une compilation des enregistrements des conversations entre les militants et les chirurgiens « fautifs » a été publiée sur YouTube sous le titre « Dentistes : Ces petites humiliations vécues par les personnes séropositives ». Je vous invite à faire attention à cette petite vidéo.

Sandra : Et donc ça c’est un sujet dont on avait parlé lors de l’émission, j’avais noté la date, c’était au mois d’avril, je ne sais plus, mais sur le site en tout cas on avait parlé de ça. J’avais interrogé une dentiste qui nous expliquait pourquoi elle avait des craintes à soigner les personnes séropositives, et donc là, ce sondage fait par l’association AIDES confirme malheureusement ces faits. Donc je ne sais pas s’il y a des réactions autour de la table ? José, on n’avait jamais parlé avec toi du dentiste. Une expérience ?

José : Si, une fois, dans un atelier. Moi j’ai entendu qu’à l’hôpital Charles Foix à [Ivry], il y a un service qui accepte les gens séropositifs, il n’y a pas de problème. Moi j’ai eu un refus mais pas avec un dentiste. Avec un kinésithérapeute.

Sandra : Avec un kiné ?

José : Oui, avec un kiné.

Sandra : Et pourquoi, il a dit quoi ?

José : Il m’a demandé pourquoi je suis à 100%, et d’ailleurs ce n’est même pas pour ça mais je lui ai dit que j’ai le VIH, j’avais un prochain RDV avec lui, tout de suite, l’après-midi il m’a appelé chez moi pour annuler le RDV en me disant d’aller plutôt à l’hôpital, qu’ils avaient plus les moyens pour me soigner que lui. Alors que ce n’est pas vrai. Et je n’avais aucune blessure, rien du tout qui pouvait lui faire peur !

Sandra : C’est qu’il ne connaît pas les modes de transmissions du VIH. C’est encore de la méconnaissance.

Yann : Dans quel quartier, son nom, l’adresse ? Qu’il ait le moins de clients possible !

José : C’est proche banlieue.

Yann : Il y a Michel qui veut intervenir.

Michel Celse : Simplement pour dire que malheureusement, c’est des chiffres qui une fois de plus, enfin, le testing fait par AIDES ou le témoignage que l’on vient d’entendre, qui montrent une fois de plus un phénomène qui existe depuis très longtemps et qui est mesuré très régulièrement par les différentes enquêtes qu’il y a eu sur les discriminations subies par les personnes vivant avec le VIH, et de ce point de vue là il y a un enjeu autour de la loi de santé pour essayer d’aller un peu plus loin dans la lutte contre ces discriminations.

Yann : Cela voudrait dire en plus que pour les autres personnes qui n’annoncent pas leur séropositivité, on se protège moins, en tant que médecin. Cela voudrait dire ça. Nous on avait eu, je ne sais pas si tu te rappelles, la dentiste que tu avais interviewée, qui était partie dans une explication où elle s’emmêlait les pinceaux en disant “mais non, c’est quand même mieux pour nous, parce que du coup on fait plus attention”. Cela voudrait dire en fin de compte, moi je pensais qu’un dentiste se protège à chaque fois qu’il a un patient, normalement.

Michel Celse : Effectivement, c’est-à-dire que la réponse à ça, ce sont les précautions universelles que sont censés prendre les dentistes, après ça, c’est tout le problème d’une discrimination. Elle incite un certain nombre de gens à ne pas dire, outre le fait qu’il y a des gens qui ne savent pas eux-mêmes, c’est quand même un pourcentage non-négligeable, alors que idéalement effectivement, non-seulement le dentiste doit effectivement prendre des précautions et ne pas refuser un patient séropositif, c’est encore mieux s’il le sait, au cas où en dépit des précautions qu’il prend, il y aurait un accident. Là, le risque 0 n’existe pas non plus. Mais à ce moment-là il y a des réponses de type traitement post-exposition, etc. Et là, c’est effectivement mieux de le savoir dans ce cas-là. En tout cas dans un monde idéal. Mais ça ne devrait en aucun cas et absolument pas être un obstacle à la prise en charge d’un patient tel qu’il soit.

José : Alors que si je n’avais rien dit, il m’aurait soigné normalement, parce qu’il n’avait aucun moyen de savoir si j’étais contaminé ou pas.

Michel Celse : En plus pour un kiné, là, vraiment.

Sandra : Il n’y a pas de contact avec le sang quoi, oui. C’est vraiment la méconnaissance.

José : Vous voyez, moi j’ai été honnête, je l’ai dit au corps médical et manque de pot.

Michel Celse : Malheureusement, les témoignages de ce type, à la pelle.

Sandra : Il y a encore du boulot à faire hein, donc il faut encore mieux former, en particulier les professionnels de la santé pour que les personnes séropositives n’aient plus peur d’annoncer leur maladie à un médecin. C’est quand même dommage d’en arriver là, à cacher ses maladies aux médecins.

Transcription : Alexandre Bordes