Des thanatopracteurs contre la levée de l’interdiction des soins funéraires pour les séropositifs

, par Sandra

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Des thanatopracteurs contre la levée de l’interdiction des soins funéraires pour les séropositifs

Sandra : Dans l’actualité VIH j’ai sélectionné pour vous un article paru sur seronet. Bon c’est une info qui date un peu mais c’est important qu’on en parle car c’est un sujet que nous avons abordé à l’émission avec Jean-Luc Romero, président de l’association Elus locaux contre le sida (ELCS) qui était venu dans les studios échanger sur l’interdiction des soins funéraires pour les séropositifs. Et...

Le 6 mai dernier en séance publique au Sénat, la sénatrice (Europe Ecologie Les Verts) Aline Archimbaud a posé une question orale à la ministre des Affaires sociales sur la levée de l’interdiction des soins funéraires pour les personnes décédées séropositives pour le VIH et les hépatites virales. On connaît la date sur laquelle s’est engagé le gouvernement : le 1er janvier 2016. Jean-Luc Romero trouve ce délai beaucoup trop long.

La sénatrice écologiste a d’abord rappelé que "L’article 2 de l’arrêté du 20 juillet 1998 interdit de pratiquer des soins funéraires sur des personnes séropositives, alors qu’il n’y a aucun risque si ces soins s’exercent en respectant les précautions universelles préconisées par l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, la pratique des autopsies à visée scientifique est autorisée sur ces personnes à condition de respecter ces précautions afin d’éviter toute contamination du personnel ou de l’environnement". Pour la sénatrice, s’il est possible de pratiquer "une autopsie sur un séropositif en toute sécurité, pourquoi cela ne serait-il pas le cas pour des soins funéraires ?". Aline Archimbaud a également rappelé qu’une pétition lancée par les Elus locaux contre le sida demandant la levée de cette interdiction a recueilli plus de 95 000 signatures.

C’est Laurence Rossignol, la secrétaire d’Etat à la Famille qui assurait le remplacement de Marisol Touraine. Laurence Rossignol, pour le gouvernement, a répondu ceci : "Cette réforme est dépendante de nombreuses concertations et nécessite des dispositions législatives. Les ministères impliqués se sont engagés – c’est la réponse à votre demande de calendrier – à faire aboutir cette réforme pour le 1er janvier 2016 (…) Etant, comme l’ensemble du Gouvernement, déterminée à lutter contre toutes les discriminations, en particulier contre celles qui frappent les personnes atteintes du VIH ou de l’hépatite virale, la ministre des Affaires sociales et de la santé, par sa décision, a souhaité ainsi répondre à la douleur des familles concernées et permettre aux proches des défunts de disposer enfin d’obsèques dans la dignité".

Voilà pour l’instant, alors je vais prendre Zina au téléphone. Allô Zina.

Zina : Bonjour

Sandra : Bonjour, comment tu vas ?

Zina : Bien.

Sandra : Tu appelles de Chamonix.

Zina : Voilà.

Sandra : Bienvenue à l’émission de radio Vivre avec le VIH. On est en train de parler avec Yann et Marc Schoene de la levée de l’interdiction des soins funéraires pour les personnes séropositives. Et donc en fait le gouvernement a annoncé que cette interdiction pourrait enfin disparaître le 1er janvier 2016 et Jean-Luc Romero, président d’Elus locaux contre le sida trouve ce délai pour beaucoup trop long. Je vous pose la question : une réforme pour le 1er janvier 2016 concernant la levée de l’interdiction des soins funéraires est-ce trop long ou est-ce le temps nécessaire pour mettre en place cette réforme ?

Yann : Vu depuis le temps que cette pétition tourne, que moi-même j’ai signé il y a un bon moment. Oui, effectivement je trouve ça long. Mais c’est toujours mieux que le 1er avril 2016 (rires). Et puis ça me rappelle un petit peu l’histoire des dentistes qu’on avait évoquée ici, où en fin de compte elle prenait quand même plus de précautions avec une personne si elle savait qu’elle était séropositive alors qu’on doit, quand on est médecin on prend les mêmes précautions avec tous les patients, surtout dans ce qui est les dents quoi.

Sandra : Zina, as-tu un avis sur la question ?

Zina : Oui, j’ai un avis. En fait, j’ai connu ce problème. Le père de ma fille, quand il est décédé, il est mort un vendredi, chez sa maman. Il a fallu attendre deux jours et demi. Il est mort dans la nuit, il a fallu attendre deux jours et demi pour qu’ils viennent le chercher à cause justement de cette loi. J’ai trouvé que c’était ignoble parce qu’il est mort, il était très malade, son corps était déjà en état de décomposition de son vivant tellement il était malade. Et donc forcément, une fois qu’il est décédé, ce n’était pas beau à voir et avec les odeurs, avec tout ça. J’ai trouvé que c’était vachement inhumain de laisser comme ça, surtout pour la maman. Moi, j’avais refusé d’aller dans l’appartement à ce moment-là tant qu’il y avait le corps. J’ai trouvé que c’était tellement inhumain de laisser son fils comme ça, se décomposer et la maman qui est dans la chambre juste à côté pour une loi complètement ridicule. Je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas les mêmes droits sous prétexte qu’on est séropositif. Ça suffit maintenant. On sait comment ça s’attrape donc ça suffit un peu les conneries, les mégas précautions qu’ils ne servent à rien et qui font beaucoup plus de mal que de bien.

Yann : Il y a aussi l’autre problème, c’est qu’on ne peut pas veiller le corps. On ne peut pas aller toucher, embrasser, parler avec le défunt, s’il est séropositif il y a fermeture du cercueil et basta.

Zina : En revanche, nous on avait pu faire ça. On l’avait incinéré, on a pu lui dire au revoir juste avant qu’ils ferment le cercueil.

Sandra : Dans l’article paru sur seronet, il continue en disant qu’il y a des professionnels qui sont opposés à la levée de cette interdiction des soins funéraires, il s’agit des thanatopracteurs. Donc c’est ceux qui s’occupent des corps...

Yann : Pour rendre le mort le plus joli possible.

Sandra : Exactement. Et donc certains sont opposés. Bon je ne vais lire tout l’article. Des thanatopracteurs ont lancé une pétition à leur tour. Ils disent que "Il n’est pas question de discrimination dans l’opposition à pratiquer des soins sur les corps des défunts atteints de maladies transmissibles, mais simplement d’une peur de la contamination (…) L’enjeu n’est pas comparable avec les soins médicaux apportés à un malade, nous parlons d’un défunt qu’il s’agit de présenter à ses proches. Les conséquences d’une contamination par le VIH ou une hépatite B ou C sont trop importantes pour que l’on n’applique pas le principe de précaution". Voilà, c’est ce qu’ils disent. Et je me dis qu’il serait peut-être intéressant d’aller rencontrer quelques thanatopracteurs ou de les appeler, comme on a fait pour les dentistes, pour comprendre un peu ce qui se passe dans leur tête parce que...

Yann : Si eux-mêmes ont tout ce qu’il faut pour se protéger, on pourra en parler avec notre invité Marc mais c’est vrai que je ne vois pas en quoi si eux-mêmes sont protégés, je ne vois pas en quoi il y a un souci quoi.

Marc Schoene : Je suis médecin, j’étais responsable de la santé dans une grande ville et je ne suis pas spécialiste précisément du sujet dont vous parlez à l’instant mais il me navre ! On est en 2014. Ces questions-là j’ai eu à les traiter notamment avec des dentistes et les médecins. Aujourd’hui la connaissance de la science est complètement en contradiction avec ces pratiques. J’ai envie de dire, on est vraiment dans le sujet démocratie. C’est-à-dire comment aujourd’hui la société est éduquée, informée pour que ces pratiques d’un autre temps, c’est-à-dire la méconnaissance de simplement respecter les règles élémentaires que doit avoir chaque professionnel de santé ou paramédicaux ou thanatopracteurs pour que tout simplement, en respectant les règles bien connues, ils n’aient aucun risque de contamination. Donc là on est vraiment un peu en décalage entre les connaissances de la science et les pratiques professionnelles en usage. C’est évidemment extrêmement regrettable pour les familles.

Sandra : Zina, un dernier mot avant de passer à l’autre sujet de l’émission ?

Zina : Juste une question, est-ce que déjà, est-ce que quand on est mort on est toujours contaminant ? Est-ce que le virus est toujours vivant ?

Marc Schoene : C’est une bonne question. On sait parfaitement et on a eu tous ces problèmes de seringues usagés, etc. On sait que la durée de vie est très limitée et qu’il n’y a pas de danger très rapidement après la mort.

Sandra : Surtout que le virus meurt à l’air libre.

Marc Schoene : Bien sûr.

Zina : Donc, d’autant plus, cette loi est complètement ridicule.

Sandra : Ah oui mais cette loi date, de l’apparition du Sida, on ne savait pas, on ne connaissait pas. Donc là, à la limite c’était justifié mais maintenant qu’on connait tout ça...

Marc Schoene : C’est pour ça que je parlais de décalage.

Sandra : Ah oui totalement. C’est clair.

Zina : D’où ma question.

Sandra : Tout à fait, tu as eu raison. On attend vos réactions sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Sandra Jean-Pierre