A Lille et à Montpellier Philippe et Jean luttent contre l’isolement des séropositifs

, par Sandra

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A Lille et à Montpellier Philippe et Jean luttent contre l’isolement des séropositifs

Sandra : Le Comité des familles c’est une vraie famille et pas que pour les Parisiens, on a aussi des correspondants. Trois d’entre eux étaient là pour la fête d’inauguration du nouveau local de la Maison des familles. Il y avait Zina, Jean et Philippe. Et là je vous propose d’écouter Jean et Philippe. Zina n’a pas pu prendre la parole parce qu’en fait elle a carrément fait une nuit blanche pour faire la décoration du local. C’est un décor fonds marins donc maintenant notre local est peuplé de poissons sur les murs, c’est sympa. Et là, je vous propose d’écouter Jean qui habite à Lille et Philippe qui habite à Montpellier.

Début de l’enregistrement.

Jean : Bonsoir à tous. Je m’appelle Jean, je viens de Lille. Merci de votre accueil, de votre chaleureux accueil parce que ça me touche énormément. Je suis seul, complètement seul à Lille. Depuis 20 ans je suis séropositif. Il y aura 20 ans le lundi 23 juin. Et mon ami à qui je pense beaucoup est décédé le lendemain de mon annonce de la séropositivité. Donc je pense aussi à tous ceux qui sont partis malheureusement et à qui il faut énormément penser. J’ai la chance de ne rien déclencher, d’être relativement en pleine forme et à l’intérieur tout est chamboulé. A cause de la solitude, mais j’ai eu la chance grâce à la revue Remaides de vous trouver. Et d’avoir un excellent accueil par téléphone de Sandra, d’Eva. J’ai décidé de faire connaître l’association dans le nord où j’espère, qui débouchera sur de nombreux espoirs pour tous les séropositifs. Merci à tous encore.

Philippe : En fait, je suis peut-être intimidé parce que je viens de Montpellier tout simplement. Donc pour un parisien, c’est normal d’être à Paris. Moi, je suis tellement content quand je rentre à Montpellier, parfois je trouve que Paris est quelque chose d’angoissant avec le métro, avec ce genre de choses quoi. Mais bon, on a une belle journée, on a une belle fête de la musique et on est surtout une belle association que j’ai découverte il y a 5 ans avec Reda lors d’une soirée séromantique et c’était aussi l’occasion de rencontrer une belle Tchadienne avec qui on a fait un bon bout de chemin et puis la vie étant la vie, les choses vont et viennent. Et donc cette année, depuis quelques mois on m’a demandé d’être correspondant de l’association à Montpellier. Je pense que c’est quand même un peu difficile parce que je me trouve un petit peu isolé moi aujourd’hui à Montpellier, j’ai un peu du mal à regrouper des gens sur une idée, un projet. J’ai donc essayé de joindre le COREVIH de Montpellier, je ne vous dis pas la galère que c’est. Je crois que les choses vont se faire quand même parce qu’il y a des gens dans ce COREVIH que je connais mais bon, quand ça fait des mois que vous envoyez des mails, vous passez des coups de fil et vous demandez simplement un rendez-vous, on se demande pourquoi les choses avancent si peu. Je pense que c’est quand même un petit peu incontournable si on veut comme ça dans une ville créer un projet, de passer par le COREVIH parce que c’est aussi là via je dirai le réseau de médecins qu’on peut aussi toucher les personnes séropositives qui seraient intéressées. Moi, j’avais organisé ce qu’on appelle ici une soirée séromantique, c’était il y a un an et demi à Montpellier. Et ça avait très bien marché, c’était à l’initiative d’un parisien via le site seronet et puis, ça ressemblait étrangement aux soirées qu’organisent ici les membres du Comité des familles. Et puis il y a eu aussi une autre expérience où justement une personne qui avait trouvé des coordonnées sur seronet, m’avait contacté. C’était une jeune femme qui était enceinte jusqu’aux yeux et qui était séropositive et qui était complètement isolée, dans la merde. Donc on était un petit peu dans ce qu’on appelle ici le projet Grandes soeurs, c’était plutôt Grands frère on va dire pour l’occasion. Je suis assez content de comment les choses se sont passées parce que cette jeune maman, elle était logée dans un hôtel social en banlieue au bord d’une nationale. Elle était complètement flippée à l’idée d’avoir son bébé dans ces conditions et j’ai pu lui trouver un logement social parce que j’ai petit peu de relations, etc. Et les choses se sont faites en très peu de temps, quand même assez rapidement, en quelques mois. Et aujourd’hui elle a un T3 et donc elle est ravie. Donc finalement, sans le savoir, je faisais déjà à Montpellier du Comité des familles sans que ça porte de nom-là. Et donc j’essaye aujourd’hui de fédérer un petit des gens, d’abord en faisant connaître la radio. Et là aussi ce n’est pas simple. J’avais contacté une radio locale qui était tout à fait à même et intéresser pour diffuser l’émission de radio du Comité des familles. Cette radio associative est dans la merde. Pour l’instant ce n’est peut-être pas le moment de la solliciter. J’ai constaté aussi qu’une autre association à Montpellier, qui était une association justement d’aide aux malades, je dirai de toutes pathologies qui a porté des services de mieux-être avec un certain nombre d’activités physiques adaptées. Et elle vient aussi de mettre la clef sous la porte. Donc c’est un petit peu les choses du moment que j’ai à l’esprit, c’est que ce climat d’austérité qu’il y a aujourd’hui dans le pays, comme d’habitude c’est toujours les plus fragiles qui en font les frais à l’arrivée. J’espère longue vie au Comité des familles et puis essayer aussi d’apporter ma contribution à consolider au moins l’existant. Et bonne soirée.

Fin d’enregistrement.

Sandra : Philippe et Jean au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. J’en profite pour passer un coucou chaleureux à tous nos autres correspondants, on sait que ce n’est pas évident de faire exister les actions du Comité des familles dans vos régions. Déjà parce que ça suppose qu’il faut assumer sa séropositivité puisqu’on sait très bien qu’en province, dans les petites villes, les villages, tout le monde se connait donc tout se sait très rapidement et puis une fois qu’on a fait ce pas, ce n’est pas toujours évident de ramener du monde autour de vous. Vraiment, on vous soutient déjà et puis on espère pouvoir vraiment arriver à concrètement faire des projets avec vous dans vos régions.

Transcription : Sandra Jean-Pierre