Vivre avec le VIH en Inde : Help India, une association formidable qui sauve des familles touchées par le VIH

, par Sandra

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Une photo souvenir d’André et Catherine Mâge, prise sur le quai de la gare de Kavali
http://www.help-kavali.org/
Vivre avec le VIH en Inde : Help India, une association formidable qui sauve des familles touchées par le VIH

Sandra : Direction l’Inde. J’aime beaucoup la musique !

Yann : Ah le tabla comme ça, c’est sublime.

Sandra : Ah, ça s’appelle le tabla ?

Yann : Oui, c’est une percussion où il y a une partie qui est dans l’eau. Et c’est ça qui donne cette sonorité un peu… si chaude quoi. Je me ferai bien masser tiens (rires).

Sandra : Oh ! (rires). On va appeler Sara avec son yoga (rires). Le yoga je rappelle, tous les mardis au Comité des familles, inscription au 01 40 40 90 25. Mais bon là, on va faire un état des lieux de la situation des personnes vivant en Inde, comment ça se passe pour se soigner et tout, à quoi est confronté cette population ? On va écouter André Mâge, il va se présenter et puis on en parle après, ça dure 8 minutes 39.

Début de l’enregistrement.

André Mâge : Je suis un Français pratiquement établi en Inde depuis un peu plus de 10 ans. Un peu avant le tsunami que j’ai vécu sur place là-bas. Avec mon épouse, on s’est engagé lorsqu’on a découvert l’ampleur du fléau en Inde, que représente le VIH/Sida.

Sandra : Pourquoi avez-vous eu cet intérêt pour ce pays ?

André Mâge : C’est souvent des histoires personnelles qui se croisent et décroisent. Il est évident que j’avais été en Inde bien avant. L’Inde et moi, c’est une histoire qui remonte à une trentaine d’années. J’en ai 68 aujourd’hui, je l’ai connu professionnellement. J’ai été attiré par ce continent un peu comme on est attiré. Vous savez l’Inde on a l’habitude de dire qu’on ne peut pas dire qu’on aime ou qu’on n’aime pas l’Inde. C’est où elle vous prend aux tripes ou elle ne vous prend pas. Et moi ça a été le cas. Il y a des éléments privés, de recherches personnelles et autre mais qui fait qu’à un moment donné, j’ai décidé de m’investir en Inde, suivi par mon épouse. L’Inde est en train de se globaliser à une vitesse à 500 à l’heure, donc ce n’est pas la même Inde que j’ai connue il y a 30 ans.

D’abord, il y a un préalable lorsqu’on parle du VIH/Sida en Inde, en Afrique, en Asie, en Chine où on ne sait rien du tout. C’est de savoir que lorsqu’on parle du VIH dans ces pays-là, il n’y a rien, absolument rien de comparable avec tout ce qu’on peut dire du VIH dans un pays occidental, dans un pays où tous les moyens sont là pour avoir mis l’épidémie et la pandémie à l’extérieur. C’est très important de le dire parce que c’est comme parler deux langues différentes.

L’Inde c’est quoi ? C’est 1,3 milliard d’habitants. Bientôt, ce sera le quart, le tiers de la planète. Sur cette masse de population, plus de 30% à moins de 18 ans. Sur cette masse de population, on peut considérer qu’aujourd’hui il y a 400 millions minimum de population qui est paupérisée, qui est pauvre, qui est à considérer comme réellement pauvre dans une misère importante. Je crois que dans le classement, l’Inde se trouve dans les derniers en terme de ce niveau.

Alors, par rapport au VIH/Sida, l’Inde a commencé par vraiment reconnaître le VIH/Sida comme étant présent dans son pays en 2005, 2004. C’est d’ailleurs après le tsunami que moi-même j’ai découvert l’ampleur de la tragédie lorsque j’ai vu dans les camps médicaux que nous organisions, il arrivait des gens par paquets de 10, par paquets de 20 qui pesaient 30, 40 kilos et moi je ne suis pas médecin donc j’ai demandé au médecin qui, petit à petit, a fini par me dire c’est le Sida. À l’époque, il ne se pratiquait rien. C’est-à-dire qu’en 2005, l’Inde, pays en voie développement ou émergeant, ne remettait pas une seule thérapie, une seule trithérapie en 2004/2005. Donc en 2004/2005, il y a eu deux statistiques qui ont été publiées et qui à l’époque, rien que pour l’État où je me trouve, l’Andhra Pradesh, un des 29 États indiens qui représente plus de 80 millions d’habitants, rien que cet État, on reconnaissait à l’époque 600 000 personnes infectées dans l’État où je me trouve. Alors si vous multipliez par une moyenne et par 29 États, vous allez avoir, à l’époque, l’Inde reconnaissait plus de 6 millions de personnes infectées. Ce qui en faisait le pays le plus important au monde en nombre de personnes infectées.

Et puis l’OMS est passée par là. Ils ont des moyens de lecture l’OMS qui nous dépassent ou l’ONU. Une pandémie se calculerait dans la tranche d’âge qui va de 18 à 49 ans. Je dis ça de mémoire mais ça doit être à peu près ça. Donc elle a tout de suite demandé à l’Inde de revoir ses statistiques à la baisse, en disant mais écoutez, vous ne pouvez quand même pas annoncer comme ça 6 millions de personnes, vous vous rendez compte ce que ça donnerait comme problèmes à réfléchir. Et donc l’Inde a revu toutes ces statistiques à la baisse. Elle en a publié une nouvelle en 2008 qui a donné 2 et quelques millions de personnes infectées. Et aujourd’hui, on en est resté à ces statistiques qui n’ont jamais plus été ni vérifiées ni contrôlées, ni sorties. Moi, j’ai en main un rapport qui a été publié en 2007 qui fait bien état de 6 millions de personnes infectées. Pour nous qui nous sommes sur le terrain depuis 10 ans, qui vivons en milieu de personnes infectées constamment, en faisant une statistique qui nécessiterait d’être un petit peu développée, une statistique, c’est toujours une statistique mais, d’après nos expériences de terrain on peut considérer que l’Inde aujourd’hui a probablement entre 15 et 20 millions de personnes infectées et est probablement le pays au monde voire plus que l’Afrique totale, en nombre de personnes infectées.

Comment se comporter par rapport à un enfant infecté puisqu’en France, en occident par rapport à l’épidémie, on a bien quelques exemples d’enfants qui ont été infectés, mais bon l’expérience n’a pas été énorme, je parle au niveau médical, n’a pas été énorme puisqu’on a su enrayer l’épidémie et la pandémie avant. Or en Inde, il est évident qu’aujourd’hui nous sommes en train de faire face à des enfants qui ont été procréés il y a 10 ans ou 15 ans, qui n’ont jamais été détectés et qui nous arrivent orphelins de père ou de mère ou alors orphelins des deux, et qui sont effectivement infectés en stade de sida très avancé. D’ailleurs en Inde, une personne est toujours détectée en stade de sida très avancé puisque comme il n’y a aucune prévention, il n’y a rien du tout, il est clair que la personne a une infection, elle a été voir un médecin, un deuxième, un troisième, un quatrième et c’est en fin de parcours, qu’on finit par se dire bah tiens après tout, il y a peut-être le sida. C’est comme ça que la personne finit par être détectée. Donc les enfants oui, c’est un grave problème d’autant plus qu’il n’y a aucun programme scientifique aujourd’hui de comment faire vivre à long terme un enfant qui est orphelin, infecté qui a le sida et en plus en milieu culturel extrêmement défavorisé.

Le plus grave, il n’est pas que pour l’Inde. Il est valable pour l’Afrique. Il est valable pour la Chine probablement d’ailleurs qui ne dit jamais rien. C’est que, le VIH, en dehors des pays occidentaux, est dans un déni phénoménal. Je pense qu’il n’y a aucun chiffre qui n’est réel dans les chiffres qui sont publiés. Après 10 ans de terrain, je peux vous dire que moi je considère que ce que nous faisons ici, à contre-courant de tout, c’est de la médecine de guerre. C’est de la médecine de l’urgence. Les gens nous arrivent encore aujourd’hui avec des CD4 à 30, à 20. On les a sauvés, on en est tout fier, on en heureux. Le VIH a de ça de merveilleux, pour quelqu’un qui travaille dans ce domaine en permanence, c’est qu’effectivement, on arrive à sauver des gens et à les faire revivre normalement alors qu’ils ont quasiment deux pieds dans la tombe.

On doit faire face aussi à un gouvernement qui est totalement ou presque désengagé. J’écoutais votre émission où la personne du Burkina Faso répondait à votre question, oui on a bien l’ARV mais culturellement, ils ne sont pas prêts c’est sûr. On a un problème identique qui est que les personnes qui sont infectées 9 fois sur 10, viennent de milieux très pauvres et ils ont déjà avec eux, ils trimballent avec eux déjà un tel paquet de misère, que le VIH/Sida c’est le truc qui vient en plus et qui pour eux, est souvent regardé comme secondaire.

L’inde, pays émergeant, qui représente un sas de consommation, pour les pays occidentaux, phénoménal mais qui doit trainer et drainer une population pour laquelle il devrait sortir des milliards et des milliards d’euros ou de dollars, appelez-le comme vous voulez, pour se mettre à jour par rapport à X fléaux. Ces fléaux, on peut les dire quand même : la tuberculose. En Inde elle tue une personne toutes les 30 secondes. Dans le monde c’est toutes les 20 secondes. La tuberculose, ce n’est pas un virus, c’est une bactérie. La tuberculose on a tous les médicaments et tous les vaccins depuis le début des années 50 et aujourd’hui dans le monde, elle tue encore une personne toutes les 20 secondes. Donc c’est bien que l’OMS, toutes les grandes organisations et nous, pays riches, nous ne voulons pas et nous n’avons pas voulu donner les moyens pour sauver nos frères et sœurs en humanité. C’est tout aussi simple que ça. Et je pense que la poussée de l’Inde dans la globalisation où elle est poussée depuis plus avec ce changement politique qui a eu lieu, il est évident que l’Inde fait l’impasse sur 400 millions de sa population qui sont destinés à mourir.

Fin de l’enregistrement.

H.E.L.P. INDIA extrait 1 from PAGE 12 on Vimeo.

Sandra : André Mâge au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Triste constat. Yann, es-tu déjà parti en Inde ?

Yann : Non, je ne suis jamais parti en Inde.

Sandra : Ou en Chine, comme il a cité…

Yann : Non, ni la Russie, ni la Chine. Pas encore. C’est peut-être prévu parce que j’ai un ami qui nous propose un voyage avec Isabelle, une amie du Comité des familles, mon ami Stéphane, à Diu. Diu qui est une petite île. C’est en projet.

Sandra : Prépare-toi, il y a des choses à voir qui ne sont pas faciles. Il parlait de la tuberculose. Aujourd’hui c’est la journée mondiale de lutte contre la tuberculose. On va voir si on en entend parler aujourd’hui, mais c’est sûr qu’en occident la tuberculose pour nous c’est quelque chose qui ne nous parle pas. Enfin moi, personnellement, la tuberculose, je sais comme ça se transmet, tout ça mais…

Yann : Surtout que, enfin moi ayant eu la tuberculose en 2000, c’est difficile même ici à soigner parce qu’il y a un nombre important de tuberculoses différentes et le temps de trouver le bon antibiotique mais c’est vrai qu’ici c’est éradiqué quasiment sauf pour les personnes faibles…

Sandra : Ou qui vivent dans des conditions insalubres.

Yann : Absolument.

Sandra : Et maintenant, on va s’intéresser de plus près aux personnes séropositives. Comment elles se soignent là-bas ? On écoute à nouveau André Mâge, ça dure 3 minutes 53.

Début de l’enregistrement.

André Mâge : En Inde il n’y a aucun service de protection sociale, même pour une grippe, même pour autre chose. Il y a bien entendu des hôpitaux qu’on appelle des hôpitaux gouvernementaux qui sont supposés être gratuits mais là c’est pareil, si vous ne graissez pas la patte aux docteurs, etc. vous n’aurez aucun soin à peu près correct. Ce qui fait que la grosse masse de la logistique médicale, laboratoires et autre, est d’ordre privé en Inde, d’ailleurs comme beaucoup d’autres choses, comme les écoles, comme le reste et donc ici, il faut avoir l’argent.

Dans le VIH, c’est clair que les riches, on ne les voit pas puisque le gars il va aller se soigner tranquillement dans un truc privé. Il y mettra l’argent nécessaire et donc moi j’en vois très peu. En revanche la grosse masse des personnes infectées qui sont des milieux populaires très pauvres, effectivement il n’y a pas de suivi médical sérieux. Je parle surtout de suivi médical parce que c’est vrai que depuis quelques années depuis 8 ans à peu près, l’Inde a remis en place la distribution gratuite de la première génération de trithérapie uniquement, et encore, une thérapie qu’on a même plus en France depuis longtemps. Et donc, il y a une trithérapie, il y a un ARV de remis gratuitement mais le processus est très long. Un exemple, il y a 7 ans, on ne remettait la trithérapie qu’à des CD4 inférieurs à 200 et une infection profondément marquée et reconnue. Aujourd’hui on en est à 350, à moins de 350. Alors que de plus en plus on préconise de remettre la trithérapie immédiatement. Ensuite la trithérapie est remise, il n’y a aucun test, aucun suivi. C’est un peu ce que racontait votre personne du Burkina Faso. Il n’y a pas de charge virale, il n’y a pas de test de résistance, il n’y a rien du tout. Donc nous, ce que nous faisons, nous suivons à peu près 600 à 800 personnes, 1000 avec les familles. Tous les tests de charge virale et test de résistance et autre qui permettent de donner un bon suivi parce que le VIH/Sida a quelque chose de merveilleux, je m’excuse, je dis ça au positif, c’est que s’il est pris à temps et que le bon traitement est donné et que la personne suit sérieusement son traitement, il faut le dire, le hurler et le crier :

- 1, la personne a autant de chances de vivre qu’une personne qui est négative et aussi longtemps, en surveillant aussi les effets indirects bien entendu.

- 2, la pandémie serait arrêtée depuis longtemps ! Depuis longtemps ! Parce que tout existe aujourd’hui pour faire face à une infection par le VIH. Encore faut-il donner le bon traitement, les bons examens, les bons tests et bien entendu un suivi sociomédical. Je vais faire un lien avec la tuberculose, comment a-t-on enrayé la tuberculose en Europe ? En faisant un suivi socioantituberculeux énorme avec les camions qui passaient dans les écoles, les radios, etc. C’est comme ça que nous avons endigué la tuberculose, par un suivi médico-social. On a fait pareil avec le VIH/Sida dans les pays riches. On ne le fait pas dans les pauvres parce que je pense que la communauté nationale comme l’Inde et internationale aujourd’hui n’a pas du tout dans la globalisation l’intention de sortir l’argent qu’il faudrait sortir.

Moi, personnellement, je considère que c’est un crime contre l’humanité. Oui ça, moi qui suis sur le terrain, je peux vous dire qu’aujourd’hui, vous savez il y a des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Là, il y a eu Davos il n’y a pas longtemps, 80 personnes détiennent les 3,6 milliards autant que 3,6 milliards habitants de la planète. 20% de la population dont la France, dont même le plus bas des Français, consomment 80% des richesses de la planète. Quand on a dit ça, on a tout dit. L’argent est au riche et reste chez les riches et puis le reste de l’humanité, oui, moi je pense que l’Inde pour être dans le coup de la globalisation dans les 20 ans à venir fait l’impasse sur 400 millions de sa population. Quel prix elle le paiera ? Ça, je n’en sais rien. On le verra plus tard.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : André Mâge, au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Un crime contre l’humanité. Yann, es-tu d’accord avec ses propos ? Est-ce que tu trouves ses propos trop fort ou pas ?

Yann : Non, jamais trop fort. Je dirai même qu’il faut des monsieurs Mâge un petit peu partout et chapeau au travail que son épouse et lui font sur place avec, j’imagine, le peu de moyens qu’ils ont mais tu as vu la quantité de personnes qu’ils arrivent à suivre ? Non, c’est sûr que nos gouvernements, il n’y a pas une envie politique. C’est pour ça je pense qu’il parle de crime contre l’humanité parce qu’entre humain on laisse des personnes mourir.

Sandra : Et quand il dit qu’en fait, on a la solution pour éradiquer le VIH/Sida, c’est tout simple ! Le traitement existe, il suffit de le donner à tout le monde. De lui-même, le virus, comme on le sait, quelqu’un qui a une charge virale indétectable, pas d’autres MST, ne transmet pas le VIH donc du coup à force, si tout le monde avait ce fameux traitement, le VIH disparaitrait. Les chercheurs sont là à travailler sur un vaccin mais… en fait la solution est là donc c’est…

Yann : C’est délicat parce qu’on ne pourra jamais demander à tout le monde de se traiter même si…

Sandra : Certes mais…

Yann : C’est une vraie piste. C’est la seule d’ailleurs.

Sandra : J’imagine que la plupart des gens prendraient leur traitement….

Yann : C’est pareil, il faudrait qu’il y ait une envie globale si tu veux.

Sandra : Oui, je sais très bien qu’il y a des personnes qui diront…

Yann : Qui diront, non je ne prendrai jamais ça, je n’en ai pas besoin, je ne suis pas contaminé. Mais pour l’humanité, toi, moi enfin même 80% des séronégatifs j’espère prendraient ce traitement les yeux fermés.

Sandra : Nous allons continuer notre émission, nous continuons d’écouter André Mâge qui tient un dispensaire avec sa femme et d’autres personnes. Je vous laisse l’écouter, il présente ça mieux que moi.

Début de l’enregistrement.

André Mâge : Moi, je n’étais pas du tout venu en Inde pour ça. Je suis un entrepreneur. Je dirigeai une grande entreprise en Europe et à l’âge de 50 ans, sentant le vent venir, de la globalisation et de la finance et du profit, j’ai décidé de tout plaquer, de venir en Inde. Mais en Inde, je comptais faire autre chose. Je comptais racheter une entreprise, donner du travail aux pauvres et un salaire correct. Voilà ce que je comptais faire. Et j’ai connu le tsunami et puis j’ai découvert ce drame qui était le VIH. Puis avec ma femme, on s’est regardé et puis on s’est dit « mais on ne peut pas continuer comme ça, faut qu’on fasse quelque chose, on n’a pas le droit ! » Sinon après avoir vu ça, il n’y a rien de pire. Je ne sais plus qui a dit : « dans la vie le plus dur, ce n’est pas celui qui fait le mal, le plus grave, ce n’est pas celui qui fait le mal, c’est celui qui sait, qui voit, qui regarde et qui ne fait rien ». Et donc avec ma femme, on s’est dit on va se retrousser les manches, on a commencé avec un tout petit dispensaire, persuadé que le gouvernement allait être tout content et après nous aider et qu’on allait pouvoir travailler ensemble. Puis le petit dispensaire est devenu un deuxième dispensaire puis après c’est devenu deux hôpitaux dispensaires parce qu’on considère que le VIH et le sida bien traité, il n’y a pas besoin d’hospitalisation sauf en cas extrêmement grave lors d’une infection momentanée ou transfusion sanguine ou autre, ce que nous pratiquons nous-mêmes régulièrement, il n’y a pas besoin d’infrastructure lourde. Et donc voilà, on a commencé tout petit et puis aujourd’hui voilà, on a un staff de 25-30 personnes.

Alors notre force, c’est qu’on en fait aussi une micro action. À savoir que ma femme dirige un atelier de kalamkari, un produit artistique, de la peinture végétale sur coton, un art de la région et, avec des femmes séropositives, on a créé un atelier, ma femme est en exposition en ce moment dans le Béarn à Nay. On fait une dizaine d’expositions qu’on anime par an et on est en autonomie à 70%. C’est-à-dire qu’on n’est pas dans la main tendue, donnez-moi de l’argent, moi je ne connais pas ça, je ne sais pas fonctionner comme ça. Et je me suis rapidement aperçu en tant que chef d’entreprise que la réussite par rapport au VIH/Sida, c’était surtout un suivi sociomédical offrant, vous avez beaucoup parlé, j’ai entendu dans votre émission du 17, il y a la personne de la Bretagne qui disait, nous, on a personne à qui parler, etc. Moi, je pense que dans ce genre de maladies, mais d’autres également, s’il n’y a pas une écoute humaine, d’amour aussi, faut les deux, faut une disponibilité, les gens ne s’y trompent pas, on a découvert que par un véritable suivi affectif sociomédical, les résultats étaient exceptionnels. Nous avons un taux de réussite de plus de 70%, dans le milieu où on est. J’ai reçu, on travaille avec un hôpital en France, j’ai reçu un spécialiste du CHR de Metz, qui me disait après 15 jours, et ça avait été pour moi quelque chose d’extraordinaire, me donne une bise sur le front et me dit : André, vous ne faites ni plus ni moins bien que ce que nous faisons en France. Dans le milieu dans lequel on vit ça avait été pour moi une sacrée récompense que d’entendre ça.

Entre les deux dispensaires, nous suivons à peu près entre 600 et 800 personnes. Alors, il y a des gens qui ne suivent pas… je reviens à la personne du Burkina Faso, parce que tout de suite ça m’a rappelé la nôtre, bah oui, les gens ont tellement d’autres problèmes, puis il y a la culture. Lui, il a appelé ça la culture mais moi je l’appellerai autrement, parce que vous avez beau alphabétiser quelqu’un, ce n’est pas pour autant… il y a les méthodes aussi sexuelles qui sont très taboues en Inde. On n’en parle pas, plus personne n’en parle entre eux alors que la sexualité existe comme partout et si elle est tue, c’est difficile d’avancer. Oui, c’est vrai que pour moi c’est qu’une réelle présence de terrain permet de faire des miracles. Nous suivons aujourd’hui 600 à 800 personnes et comme nous, nous suivons l’ensemble de la cellule familiale car, on n’oblige personne mais, une personne infectée c’est suivre la famille puisque de près ou de loin nous avons des familles par exemple où père et mère sont infectés, nous les avons stabilisés en charge virale indétectable mais, 1 ou 2 deux enfants, alors ça, ça me fait mal parce que je me doute qu’il y en a au moins 1 qui est séropositif, les parents refusent de tester l’enfant. Bon, on ne peut pas les prendre, les forcer et puis amener l’enfant se tester.

Ce problème d’aller chercher la trithérapie. La trithérapie ne peut être prise qu’au, ce qu’on pourrait appeler chez nous, qu’au chef-lieu du département, c’est le chef-lieu district. Et généralement pour n’importe quel patient qui doit y aller tous les 30 jours, quand on n’est pas en rupture de stock ! Il y a les ruptures de stock, y compris en trithérapie. Nous, on prend le relais et on les finance et on les donne. Vous imaginez le nombre de personnes qui en Inde, prennent les trithérapies mais qui n’ont aucune charge virale et qui, à mon avis, 9 fois sur 10, ne doivent pas être en charge virale indétectable et doivent même être en échec de traitement, ça doit être des paquets et des paquets. Donc le traitement est remis qu’au chef-lieu district. Par exemple nous, dans la région où on est, 8 millions de personnes. Il y a deux machines CD4 et que deux endroits où on remet la trithérapie. Donc la personne généralement qui vient d’un village, que ce soit la femme, que ce soit le mari fait 4 - 5 heures de bus aller et retour pour revenir. C’est pour ça que nous, on a mis en place des véhicules et nous, nous véhiculons avec une infirmière de chez nous, les gens chercher leur trithérapie. En même temps, ils sont accompagnés, il y a une infirmière etc. ça crée une ambiance.

Pour les enfants oui, nous avons démarré un petit programme qui permet, alors on a commencé avec des enfants séronégatifs de père et mère séropositif. On retrouve souvent dans les couples qui ont 2 ou 3 enfants, le premier enfant qui a été épargné, qui n’est pas séropositif et puis les 2 suivants sont séropositifs. C’est-à-dire qu’il s’est passé quelque chose après mais on n’est pas là pour juger. Donc nous, ce qu’on a voulu surtout pour les filles, parce que là il y a encore un problème hommes/femmes et filles/garçons qui est énorme en Inde, faudrait encore des heures pour en parler. Donc nous, on a voulu sortir un peu du chaudron les gamines, séronégatives de père et de mère séropositifs dont, ma foi, qu’est-ce qui peut se passer ou pas se passer, on ne maîtrise pas, pour arriver à leur donner une structure scolaire. On est tout heureux, on en a 2 qui sont, 1 qui est en école d’ingénieur et l’autre qui va y rentrer l’année prochaine sur à peu près une dizaine. Et puis, petit à petit, on a élargi le programme parce que moi je suis torturé de voir ces centaines et centaines de bout d’chou qui sont séropositifs, qui sont très souvent au stade sida, souvent qui ont vu mourir leur père, leur mère ou les deux, et qu’aujourd’hui personne ne s’occupe. Alors oui, on essaye de faire quelque chose mais ça reste vraiment, moi j’appelle ça sauver une ou deux personnes du four crématoire. Maintenant, ceci dit, je ne sais plus qui a dit « sauver une vie c’est sauver l’humanité », alors on fonctionne comme ça.

H.E.L.P. INDIA extrait 2 from PAGE 12 on Vimeo.

Le kalamkari, ça a été pour nous une découverte extraordinaire. D’abord, ma femme est artiste, parfois le hasard fait bien les choses. Moi, je suis un pragmatisme cartésien, chef d’entreprise, ma femme est une artiste. Et donc c’est vrai que ces femmes, moi je peux aujourd’hui attester scientifiquement qu’être bien dans sa peau et heureux dans sa peau, c’est le meilleur des médicaments contre le VIH et contre le Sida. Je peux vous assurer que ces femmes vivent un bonheur inimaginable. Et on en a sauvé, moi je raconterai l’histoire d’une personne, qui est venue nous trouver, le même jour, CD4 à 20, on lui a découvert une tuberculose et juste avant de sortir du dispensaire mon bras droit, qui s’y connaît très bien, lui a découvert la lèpre, on ne lui a pas dit d’ailleurs. Le même jour on lui a découvert lèpre, sida, taux de CD4 à 20 et une tuberculose carabinée. Aujourd’hui elle va comme un charme, elle travaille à l’atelier depuis 5 ans. Et la cerise sur le gâteau, en plus du bonheur qu’elles ont, elles sont toutes en charge virale indétectable, contrôlée régulièrement, pour celles qui sont séropositives, puisqu’on n’a pas voulu faire un ghetto. Il y a des séropositives et séronégatives. Et elles sont toutes en charge virale indétectable contrôlée régulièrement. La cerise sur le gâteau, c’est que ces kalamkari, ces expositions, nous permettent d’être en autonomie à 70%. Disons que nous arrivons à vendre à peu près pour 70 000 euros de kalamkari par an.

Faut savoir que le prix de la vie pour une personne suivie chez nous, suivie ça veut dire à tout point de vue, incluant tous nos frais y compris un staff de 25 à 30 personnes plus une assistance souvent alimentaire aux familles, notre coût se situe entre 6 et 8 euros par patients et par mois. Ça, c’est le prix de la vie pour sauver une personne du VIH.

Sandra : Ce n’est pas grand-chose pour nous en France en tout cas.

André Mâge : Absolument.

Sandra : Il y a possibilité de faire des dons ? Nous, on est en France, on a la possibilité de faire des dons en ligne, comment fait-on ?

André Mâge : Il y a la possibilité de faire des dons en ligne, sur le site. Ça, c’est sûr. Toutes personnes qui donnent est immédiatement en contact avec nous, enregistrée et elle est en contact direct avec l’organisation, à savoir au quotidien, elle est informée régulièrement de tout ce que nous vivons et de tout ce que nous faisons. Et l’autre aide extraordinaire qu’on peut faire, c’est ce que fait en ce moment ma femme à Nay et ce qu’on va faire à Mulhouse, c’est des personnes qui nous disent écoutez, on a une salle, nous, on peut vous trouver une exposition. Et ma femme débarque, avec une personne qui est CDD chez nous, employée à temps plein, on engage même en France, on a une jeune personne qui a fait un service civil, et qui là en ce moment est en train de terminer un CDD, tient en passant, je peux en profiter pour vous dire que je suis à la recherche d’une jeune personne, pour un service civil, une personne en CDD. Donc il y a une partie à vivre en France, une partie à vivre en Inde. C’est extrêmement riche, extrêmement intéressant. Simplement, la sélection est rude, il faut que je sente qu’il y a la niaque.

Sandra : Il faut savoir parler anglais, j’imagine ?

André Mâge : Oui parce que nos textes, nos communications, beaucoup de choses se font en anglais oui. Savoir parler, c’est trop dire. Vous savez en France, on a peur, donc on ne parle pas anglais alors que la personne qui a fait 3-4 ans d’anglais, si elle a enlevé sa trouille, elle en sait assez pour démarrer l’anglais.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : 6 à 8 euros par mois, la vie d’une personne séropositive là-bas. Je ne veux forcer personne mais faut se bouger quoi.

Yann : Je le dis à l’antenne, je vais envoyer 20 euros. Tu vas mettre ça sur le site, j’imagine ?

Sandra : Bien sûr.

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Transcription : Sandra JEAN-PIERRE