Romain Mbiribindi : « Le parcours des migrants est très compliqué »

, par Sandra

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Romain Mbiribindi : « Le parcours des migrants est très compliqué »

Sandra : Romain Mbiribindi vous êtes ici pour parler de l’association Afrique Avenir. Pouvez-vous nous présenter cette association ? Qu’est-ce que vous faites ?

Romain Mbiribindi : Bien. Afrique Avenir c’est une association loi 1901. C’est une association de solidarité africaine et qui lutte depuis 1996 contre le VIH/Sida dans la population africaine ici en France. Souvent les gens quand ils entendent Afrique Avenir, ils pensent directement au continent. Ils pensent que nous avons des actions sur le continent alors que nous, il s’agit bien de personnes qui vivent ici. On parle de personne d’origine d’Afrique subsaharienne ici en France.

Yann : En France et en Europe ?

Romain Mbiribindi : Oui, en Europe aussi. Alors les actions en question, on ne touche pas uniquement que les publics originaires d’Afrique subsaharienne du fait aussi de nos modes d’intervention. Nous intervenons beaucoup plus dans les lieux de vie qui sont les discothèques, les salles de fêtes, les salons de coiffure et les lieux de cultes.

Yann : Et les foyers de...

Romain Mbiribindi  : de travailleurs migrants. On y va de temps en temps mais ce n’est pas notre lieu de prédilection puisque là souvent, en ce qui concerne cette population, plus de 95% n’habitent pas le foyer. Donc pour les toucher, il faut aller ailleurs. Ce sont ces lieux-là que j’ai énumérés tout à l’heure. Et là, en disant salon de coiffure, à l’époque, quand on commençait, on pensait qu’on s’adressait aux Africains, mais on s’est rendu compte qu’il y a des Haïtiens qui sont là dedans, des Martiniquais, des Guadeloupéens. Si bien que notre cible est devenue large. Il n’y a pas que les migrants d’origine subsaharienne mais il y a aussi les Caraïbes, ceux originaires des Caraïbes qui vont dans ces lieux.

Yann : C’est bien pris ? Vous êtes bien reçus dans les salons de coiffure, tout ça ?

Romain Mbiribindi : Oui puisque c’est depuis 1996. A l’époque, quand on commençait, on avait ramé. Les gens disaient vous venez avec votre VIH/Sida ici, vous venez encore embêter le monde. Maintenant nous sommes reconnus.

Sandra : Concrètement une personne d’origine d’Afrique subsaharienne arrive, se présente à votre association. Elle vous pose des questions. Comment faire pour que j’aie un titre de séjour, elle a des problèmes avec la préfecture. Comment pouvez-vous l’aider concrètement ? Quelles solutions avez-vous pour elle ?

Romain Mbiridini : Tout d’abord, quand elle arrive, on essaye un peu d’évaluer, de voir quel est le problème posé exactement et de voir l’itinéraire de la personne. Souvent quand les gens atterrissent à Afrique Avenir, ils sont déjà passés par beaucoup d’endroits. Ils ont déjà été chez Aides, ils ont déjà été, je ne sais pas, ils ont été accompagnés par leurs compatriotes et on essaye de voir le cursus. C’est au cas par cas. Il n’y a pas de généralité. Le parcours des migrants est très compliqué.

Sandra : Là-bas, il y a qui comme professionnel qui peut les aider ?

Romain Mbiridini : Nous, on accompagne, on va orienter. On va beaucoup plus orienter que de traiter les problèmes. On n’a pas de juriste mais on sait apprécier le parcours de la personne en lui disant pour vous il s’agit de telle ou telle situation. Par exemple, il y a des gens qui pensent qu’ils peuvent obtenir facilement la carte de séjour pour raisons de soins, ce qui est vrai. Mais, il y a des gens qui sont réfugiés politiques et qui ont déposé des dossiers à l’Ofra, on leur dit qu’on préfère continuer les deux démarches. Souvent les gens pensent qu’on peut abandonner le dossier à l’Ofra alors que c’est faux. Les gens sont sous-informés. On leur dit vous avez le droit de déposer les deux demandes et de les faire aboutir. Les personnes qui sont cantonnées réfugiés politiques, on a beaucoup plus de droits. Ici on aura le droit de travailler, le droit de faire venir sa famille, de faire du regroupement familial. Alors que les personnes malades que nous connaissons et qu’ils posent des problèmes surtout de faire venir les membres de leur famille ici en France et là, on voit bien que le réfugier politique a beaucoup plus d’avantages...

Yann : Est-ce qu’on connait les pays africains qui sont en guerre et dont les personnes peuvent vraiment, s’ils arrivent à s’échapper, peuvent vraiment demander un titre de protection, un titre de séjour, parce qu’ils sont en danger dans leur pays ?

Romain Mbiridini : Oui, on sait que l’Est du Congo ou le Soudan il y a des problèmes. Au Nigeria il y a des problèmes. Donc tous ces pays où il y a des tensions ils sont connus par tout le monde.

Yann : Mais il faut quand même qu’ils se battent pour avoir...

Romain Mbiridini : Il faut qu’ils le prouvent. Prouver que vous risquez votre vie dans ces pays qui sont en guerre. Il n’y a pas que l’Afrique. Il y a l’Afghanistan, plein de pays en guerre.

Sandra : Un numéro à donner pour les personnes qui seraient peut-être intéressées, qui auraient besoin de conseils, qui habitent en province ou qui habitent à Paris et qui peuvent venir vous rencontrer ?

Romain Mbiridini : C’est le 01 42 77 41 31. J’ai oublié de mentionner une activité assez importante, puisque la personne parlait des autotests tout à l’heure, les tests de dépistage rapide. Nous sommes habiletés à réaliser ces tests de dépistage rapide d’infection par le VIH. Nous circulons dans tous ces lieux qui sont fréquentés par le public africain. Depuis l’année passée, nous avons constaté une acceptabilité de ces tests.

Yann : Les mentalités avancent.

Romain Mbiridini : Oui. Et même cette question d’homosexualité tout à l’heure notre ami de Nice parlait de l’homosexualité, là actuellement au niveau de l’association nous sommes en train de former les acteurs associatifs sur cette prise en charge de l’homosexualité dans leurs actions.

Yann : Oui, parce que là on a surtout entendu parler des nouvelles lois comme en Ouganda.

Romain Mbiridini : On est dans un contexte un peu particulier. Dans ces pays africains, il y a la répression de l’homosexualité et c’est là où il y a beaucoup d’actions de prévention de VIH/Sida et IST envers les homosexuels. Alors qu’ici en France nous sommes dans une situation où l’homosexualité est presque entre guillemets protégée par la loi même s’il existe de l’homophobie. Nous savons que, quand on regarde les chiffres ici en France, la premier public a être touché par le VIH ce sont les homosexuels.

Sandra : Façon de parler parce que...

Yann : Historiquement peut-être.

Sandra : Willy Rozenbaum me l’avait dit, c’est la population hétérosexuelle qui est la plus touchée...

Yann : Depuis quelques années quoi.

Sandra : En particulier la population d’Afrique subsaharienne. Pourquoi on dit que les homosexuels sont les plus touchés, c’est la population qui se dépiste le plus souvent. Donc forcément, si une population se dépiste, forcément il y aura plus de nouvelles personnes séropositives dans ce public. Mais dans la population qui s’ignorent, l’INVES dit qu’il y a 1/3 homosexuels, 1/3 migrants Afrique subsaharienne, 1/3 les autres hétérosexuels. Donc ça se vaut.

Romain Mbiridini : Ca se vaut mais en fait, ce que l’INVES nous donne comme information, notre source officielle en terme d’épidémiologie, je veux revenir sur les statistiques en Afrique. Je prends un pays comme le Sénégal où la prévalence est de moins de 1% dans la population générale. Mais quand on va chez les homosexuels, cette prévalence atteint 25%. C’est un problème de santé publique. Et même quand on parle des homosexuels, quand on regarde aux Etats-Unis, les homosexuels noirs sont beaucoup plus touchés par les homosexuels blancs en ce qui concerne le VIH.

Transcription : Sandra Jean-Pierre