Pierre Bergé : « Comment ça, on ne meurt plus du Sida ? »

, par Sandra

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Pierre Bergé : « Comment ça, on ne meurt plus du Sida ? »

Gilles Bouleau : Pierre Bergé, est-ce que c’est dur de faire appel à la générosité des Français alors que grâce à ces progrès scientifiques, le Sida est une maladie chronique, non pas une maladie normale, c’est une maladie grave mais comme d’autres maladies chroniques, on n’en meurt pas. Est-ce que c’est dur de...

Pierre Bergé : Non, non je vous arrête. Comment on n’en meurt pas ?

Gilles Bouleau : Dans les pays riches, où on peut se soigner...

Pierre Bergé : Dans les pays riches, on en meurt !

Gilles Bouleau : Mais on en meurt 20, 25 ans après. Il y a 20 ans, c’était une condamnation à mort.

Pierre Bergé : Oui, oui mais, écoutez, si vous croyez que la mort dans le temps c’est préférable à la mort raccourcie. Bon.

Gilles Bouleau : Non, certes pas.

Pierre Bergé : Mais on en meurt ! Il faut bien dire ça, ceux qui nous écoutent aujourd’hui, on en meurt.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : On ne meurt plus du Sida. Donc un journaliste de TF1 qui a dit cette phrase à Pierre Bergé. Et Pierre Bergé a continué en disant : « Malheureusement, c’est à cause de paroles comme celles que vous venez de prononcer que les gens se sont éloignés de cette recherche et des dons pour le SIDA. À partir du moment où un journal du soir très important a titré ’le SIDA, bientôt une maladie comme les autres’, la générosité des gens a complètement flanché ».

Êtes-vous d’accord avec ce qu’a dit Pierre Bergé ? Est-ce que vous trouvez que le journaliste n’aurait pas dû dire cette phrase. Réactions Nino, Julienne et Grégory Lagrange aussi vous pouvez réagir.

Julienne : Moi, je dis que c’est très faux. On meurt encore du Sida. Moi, tout dernièrement à Ikambere il y a une femme qui est partie sans dire au revoir parce que, quand on dit que c’est déjà fini, moi je trouve que c’est faux. Il y en a encore et beaucoup.

Nino : Moi, je crois que si on prend bien ses traitements, on respecte les rendez-vous avec les médecins, un bon suivi médical, on ne meurt pas du Sida. Si on se soigne bien, on prend bien les médicaments comme il faut. C’est mon point de vue.

Gregory Lagrange : C’est la confrontation de plusieurs réalités. On meurt encore aujourd’hui du Sida en France. On en meurt beaucoup plus dans les pays du Sud. Plus d’1 million et demi de personnes meurent chaque année du VIH dans le monde. 20 000 millions de personnes sont décédées du Sida depuis l’origine de l’épidémie. Et en France aujourd’hui encore, on en meurt en début d’infection, un peu plus tard dans l’infection, à long terme dans l’infection. C’est vrai qu’on vit beaucoup mieux. L’état sanitaire des personnes s’est considérablement amélioré. Dans les pays occidentaux c’est une vraie réalité, les facteurs de risque, les facteurs de comorbidités, les risques vasculaires, les fréquences de cancers, la qualité de vie. On parle de conditions de vie, on en parlera tout à l’heure mais la qualité de vie aussi est un vrai sujet au sein d’une population de personnes vivant avec le VIH qui va vivre 20, 30, 40, 50 ans avec le virus et avec les traitements.

Sandra : Est-ce que vous ne pensez pas comme a dit Nino, qu’aujourd’hui, parler aussi des bonnes nouvelles que quand on prend un traitement, dire qu’on a fait des progrès, on pourrait dire que c’est grâce justement aux dons des gens, au Sidaction par exemple, que les chercheurs ont réussi à fabriquer des traitements pour les personnes puissent bien vivre. Est-ce que vous ne pensez pas que dire toujours « on meurt du Sida », est-ce que les gens n’auraient pas le sentiment de se dire, on donne mais au final ça ne change rien. Pierre Bergé pense que si on parle de façon trop positive, les gens ne donnent plus.

Gregory Lagrange : Je n’ai pas forcément envie de relier la qualité de vie des personnes et l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH avec des donations d’argent même si c’est très important de continuer à soutenir la lutte et notre association est bénéficiaire des subventions de Sidaction et heureusement sinon beaucoup de nos actions seraient en péril. Moi, ce qui m’intéresse davantage c’est quand effet la qualité de vie des personnes s’améliore mais elle suppose une prise en charge médicale. Sans cette prise en charge médicale, sans toujours ce maintien des traitements et la poursuite de la recherche par ailleurs, on sait que ça reste une maladie avec des effets délétères, des effets mortifères. Même si en effet, avec un bon suivi médical, avec des traitements réguliers, on peut avoir une vie quasiment tout à fait normale.

Sandra : Je pense qu’il est important de donner à nouveau la définition du VIH et du Sida puisque ce n’est pas la même chose. Le terme VIH désigne le Virus de l’Immunodéficience Humaine. Lorsqu’une personne est infectée par ce virus, celui-ci va détruire progressivement certaines cellules qui coordonnent l’immunité (c’est-à-dire les défenses de l’organisme contre les microbes).

Au fil du temps, ces cellules deviennent de moins en moins nombreuses et l’immunité est de moins en moins efficace. Des maladies de plus en plus graves peuvent alors se développer. Certaines maladies sont appelées "maladies opportunistes" parce qu’elles profitent de la diminution de l’immunité pour se développer. Lorsqu’une personne a une ou plusieurs maladies de ce type, on dit qu’elle a le sida (Syndrome d’Immuno Déficience Acquise).

Donc comme l’a dit Nino, si une personne prend bien son traitement, il y a quand même peu de chances pour que cette personne développe, qu’elle arrive au stade Sida. Donc, je ne veux pas prendre la défense du journaliste mais peut-être qu’il a été trop vite effectivement en disant ces mots mais peut-être qu’il y a eu un amalgame entre VIH et Sida et je pense que c’est là d’où est parti le quiproquo. On attend vos réactions sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Sandra Jean-Pierre