Les raisons pour une personne séropositive de demander le statut travailleur handicapé

, par Sandra

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Les raisons pour une personne séropositive de demander le statut travailleur handicapé

Joëlle  : Est-ce qu’une personne séropositive peut-elle être reconnue personne handicapée ?

Françoise Anselme : C’est un statut. En fait la RQTH, c’est-à-dire reconnaissance en qualité de travailleur handicapé, c’est un statut qui est reconnu par la maison départementale des personnes handicapés, la MDPH. À partir du moment où on a un handicap, on peut tout à fait faire un dossier médical pour que cette maison départementale avec la commission adéquate décide si oui ou non, le statut entre guillemets est attribué ou pas. Il faut répondre à des critères que les médecins de la MDPH connaissent. Je n’en suis pas dépositaire parce que je ne fais pas partie de la MDPH. Mais on sait effectivement qu’il y a peut-être plus de difficulté parce qu’ils voient en ce moment le taux des CD4, les traitements etc. c’est sur qu’il faut quand même avoir des critères médicaux suffisants pour que l’état de santé justifie ce genre de reconnaissance. En pratique, alors là je parle pour les gens qui travaillent à l’hôpital et dont je m’occupe, on fait régulièrement de toute façon des demandes à la MDPH pour des handicaps multiples et variés. L’intérêt social c’est d’être reconnu handicapé, ce n’est pas facile, c’est une étiquette entre guillemets, à porter, il faut que la personne déjà soit au clair avec sa pathologie, parce que souvent, quand on aborde ce sujet-là, le mot handicap fait peur et pour plein de raisons, ce qui se comprend tout à fait. Néanmoins, c’est leur devoir d’information et nous on a le devoir de les informer donc voilà. Après, si vous voulez, ces dossiers-là, ils sont pertinents si on pense le statut de salarié protégé, parce que quand on est reconnu RQTH, normalement on est plus protégé que si on était un salarié lambda, ça c’est de la théorie, en pratique effectivement ça n’empêche pas forcément de perdre son emploi mais au moins on a des compensations financières et des choses qui sont un peu plus accentuées on va dire. Le statut de RQTH, le salarié qui en a le bénéfice n’est pas obligé de le dire à son employeur. Maintenant s’il le dit, ça peut faire partie des 6% d’obligation pour l’employeur d’avoir des travailleurs handicapés, vous savez que règlementairement c’est comme ça maintenant et qu’en fait ça peut être un surcout financier important pour l’employeur qui a beaucoup de salariés de ne pas avoir justement ce taux d’employabilité, de 6%. Donc l’employeur a un bénéfice direct à avoir ce genre de déclarations, si vous voulez. Mais après nous ce qu’on voit c’est l’intérêt aussi de la personne et je pense qu’il faut faire très attention parce que c’est vrai qu’au niveau social, les assistantes sociales souvent essaient de faire ces dossiers justement pour que les gens aient des droits, ce qui est une bonne chose et nous du point de vue médical, on est prudent parce qu’il y a des fois où il y a pas besoin d’être reconnu forcément parce que tout se passe bien etc. et je pense qu’il faut vraiment voir ça au cas par cas parce que faire une reconnaissance pour une reconnaissance, moi je trouve que ce n’est pas satisfaisant. Il faut que la personne comprenne pourquoi elle l’a fait, quels sont ses intérêts et puis la protection qu’elle peut avoir. Mais par exemple, si on est séropositif et qu’il n’y a aucune incidence particulière sur votre travail etc. pour moi la RQTH elle ne s’impose pas. Ils y auraient droit donc ils seraient probablement reconnus mais le fait de faire la demande c’est quand même qu’on a une idée derrière la tête. Nous les dossiers qu’on fait pour les RQTH, c’est parce que les gens ont des gros handicaps qui nécessitent des grosses adaptations de poste ou qui peuvent avoir des problématiques de rester dans l’emploi parce que ça va être discuté avec l’entreprise avec des discussions parfois un peu épineuses on va dire de notre part envers les employeurs et vice-versa, vous voyez, il faut voir toujours l’intérêt de la personne. Et c’est vrai que parfois on a des discussions nous avec nos assistantes sociales qui s’occupent des salariés de l’hôpital parce qu’elles pensent qu’il y a une utilité à faire le dossier et nous on se dit sur le plan médical c’est pas si net que ça. Vous voyez, donc je pense qu’il faut vraiment être prudent, et puis de toute façon comme c’est un droit au moins informer la personne après c’est elle qui choisit de faire son dossier ou pas comme il y a une partie à remplir par le médecin traitant de toute façon, elle doit être au clair avec ça. Elle doit être d’accord pour la faire.

Sandra : J’ai l’impression qu’aujourd’hui grâce aux progrès de la médecine, ce qui est une très bonne chose heureusement, être reconnue comme personne handicapée parce qu’on est séropositif c’est plus difficile qu’avant puisque les problématiques ne sont plus les mêmes.

Françoise Anselme : Oui c’est vrai. Alors c’est vrai que je n’ai jamais fait partie de quoi que ce soit au niveau de la MDPH, donc je ne sais pas trop leurs critères sur cette pathologie-là. Là, c’est peut-être les assistantes sociales du COREVIH, enfin qui s’occupent des maladies infectieuses de faire reconnaitre ces gens-là en RQTH, en effet pour leur intérêt parce qu’après ça peut déboucher sur une allocation adulte handicapée ou ça peut ouvrir des droits par exemple, à la carte de stationnement européen. Vous savez quand vous avez des gens qui sont en difficulté en station debout ou de marche ou de choses comme ça. On n’est pas forcément dans le cas de la séropositivité dont on parle là. On a un devoir d’information, parce que c’est vrai que c’est un droit et donc à partir du moment où la personne n’a pas été informée, elle ne peut pas faire valoir ses droits et donc là nous on serait en tort, en tant que professionnel. Mais il faut vraiment faire attention à ça et cette information-là, les gens ne sont pas toujours prêts à la recevoir à cause de statut handicapé. Parfois on est obligé de revenir entre guillemets à plusieurs reprises à parler de cette chose-là parce que la personne déjà, assumer le diagnostic qu’elle vient d’avoir, ce n’est pas toujours évident. Se projeter dans l’avenir bon c’est plus facile maintenant qu’il y a trente ans tant mieux mais c’est pas non plus toujours évident dans sa vie personnelle et dans sa vie professionnelle, et elle est pas toujours prête aussi à entendre ce qu’on dit à ce niveau, parce qu’on a beaucoup d’informations, tout d’un coup, il faut les assimiler, les digérer et puis savoir aussi si c’est à propos aussi quoi.

Fin de l’entretien.

Sandra : Françoise Anselme et Françoise Lebrun, au micro de l’émission de radio « Vivre avec le VIH », alors toi Yann est-ce que tu as le statut handicapé, RQTH ?

Yann  : Oui, j’ai la RQTH, on l’a donné un petit peu systématiquement si tu veux à l’époque parce que les gens ne duraient pas. Donc moi, j’ai le statut de RQTH, je trouve que c’est une très très bonne chose, dans le sens où, elles ont tout dit. Dans le sens où effectivement, on peut le mettre en avant ou ne pas le mettre en avant, chez son employeur, et deuxièmement, c’est vrai qu’étant donné les pathologies, qui empêchent certains accès à l’emploi, on a un seul référent dans la recherche d’emploi. Je sais que moi par exemple sur le 93, j’allais quand j’étais en recherche d’emploi, j’allais à cap emploi, ce qui n’a rien à voir avec la grosse machine de pôle emploi, si vous voulez et à cap emploi vous avez toujours le même référent et en fin de compte le premier rendez-vous démarre sur une feuille où ils vous demandent les souhaits les plus fous du travail que vous souhaiterez faire et ceux dont vous ne souhaiterez absolument pas faire et à partir du moment où on a un petit peu enlevé les choses impossibles, on arrive à se centrer sur deux trois postes et après lui il va faire une recherche parce qu’il est en contact avec des sociétés, des entreprises, pour vous trouver le poste qui vous correspond le mieux donc quand même ça a un autre impact d’avoir toujours le même référent, c’est très important.

Sandra : Oui, tout à fait. Vos réactions sur le site lecomitedesfamilles.net et la semaine prochaine on continuera d’en parler ce sujet « VIH et travail » donc n’hésitez pas à laisser vos témoignages sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Joëlle Hist