Forum des auditeurs : « Je n’ai pas réussi à annoncer ma séropositivité à la femme que j’aime »

, par Sandra

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Eva Hakapoka, Emilie, Cédric et Rolan, à l’émission de radio Vivre avec le VIH
Forum des auditeurs : « Je n’ai pas réussi à annoncer ma séropositivité à la femme que j’aime »

Sandra : Il y a 2 semaines, nous avons lu le message de Loganeplus, qui éprouvait des difficultés à annoncer sa séropositivité à celle qui aime. Pour l’aider, Yann tu as apporté ton témoignage, en l’encourageant à annoncer sa séropositivité. Ta réponse l’a fait réagir, voici ce qu’il a écrit :

- Le message de Loganeplus

Je viens de lire ton mail ainsi que les réponses ou apports des autres. Je suis embarrassé et je ne sais quoi dire. A Yann, par exemple, je ne sais pas s’il sait combien en Afrique et en RDCongo en particulier, la séropositivité est un sujet discriminatoire ; c’est pour cela que beaucoup n’aiment pas se faire savoir. Je sais qu’il y a plusieurs jeunes hommes et femmes séropositifs qui ont besoin de vivre avec un séropositif pour avoir la conscience tranquille, mais comment faire ? De prime abord, demande à la jeune femme qu’on convoite si elle est séropositive, c’est recevoir une gifle en retour ; ou annoncer pendant sa présentation qu’on séropositif, c’est se voir repousser et voire afficher comme pestiféré... 
Je continue à souhaiter trouver, par le canal du net, une jeune femme séropositive dans mon milieu ou non loin de la ville où je vis, sinon l’expérience que Yann me propose, je ne saurai le faire. Pour information, je me suis écarter de la jeune femme séronégative avec qui j’ai commencé une vie, je n’arriverai pas à le lui annoncer ; c’est mieux que ça reste un secret.
Sandra, merci et transmets mes remerciements à ceux qui ont apporté une contribution à ma préoccupation, mais présente aussi mes excuses pour ma prise de position.

L’annonce de la séropositivité, c’est un sujet qui revient très souvent à l’émission de radio Vivre avec le VIH, et c’est normal, cela fait partie de la vie des personnes vivant avec le VIH. Je vous propose d’écouter ou de réécouter quelques avis, conseils, sur cette question. Vous allez entendre, dans l’ordre, les voix de Nadine, Francis, Patrick Papazian, Julienne et Alain Epelboin.

Début de l’enregistrement.

Nadine : Non, il est séronégatif, pas concerné, mais en revanche il sait que je le suis. Il est au courant de comment ça se passe, des modes de contamination et il est très à l’aise avec ça. Il n’en a pas peur particulièrement. Il me fait confiance et je pense qu’il fait confiance en la vie tout simplement.
Bah moi je l’ai dit direct. Je serais mal à l’aise d’avoir une relation sexuelle avec une personne sans pouvoir le dire déjà. C’est ça qui me met très mal à l’aise. Donc, je préfère le dire, voire me faire jeter, je préfère être franche parce que sinon je ne pourrais pas quoi. Donc moi je conseille aux personnes qui ont ce problème de le dire parce qu’il n’y a pas tant que ça de personnes qui rejettent en fin de compte. Je pense que c’est l’image qu’on a, mais en fait ce n’est pas le cas. Moi, je l’ai remarqué lors de mes relations que ce n’est pas si compliqué que ça quand on explique. Il y a des personnes bien sûr qui vont peut-être vous rejeter. Mais ce n’est pas la majorité des cas. Je pense que la majorité des cas au contraire maintenant comprenne, l’accepte et peuvent le vivre normalement comme un couple comme tous les autres quoi.

Francis : En Afrique je militais dans une association de lutte contre le VIH, je connais des tas de personnes qui font des témoignages à la télévision, à visage découvert, qui en parlent dans leur milieu, mais je n’ai jamais vu quelqu’un qu’on a jeté au feu parce qu’il était séropositif. Bien sûr les personnes qu’on a en face de nous sont des humains, comme tous les autres humains. Certains vous acceptent, d’autres vous rejettent. 

Patrick Papazian : Après sur l’annonce de la séropositivité, ça aussi j’ai assisté à des réunions surréalistes, dans des commissions où il faudrait que les personnes qui vivent avec le VIH le disent dès le premier rendez-vous, l’annonce à leur coiffeur, à leur esthéticienne, il y a eu des débats là-dessus au sein de gens spécialistes du VIH, j’étais halluciné personnellement. Donc c’est vrai que c’est agréable de pouvoir avoir ces conversations avec ces femmes en leur disant qu’il est tout à fait légitime de ne pas le dire au début d’une histoire, c’est tout à fait normal, qu’après il faille trouver le bon moment pour le dire, la bonne manière et que ça, ça va être important. Il ne faut pas forcément l’annoncer comme si on venait de perdre toute sa famille dans un accident de voiture parce que c’est sûr qu’on va induire forcément une réaction de crainte en face. Il faut donner cette information de manière la plus factuelle possible et sans en rajouter parce qu’aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de raison d’en rajouter non plus. Il faut pouvoir très vite réorienter vers quelqu’un du corps médical, si le partenaire ou la partenaire veut avoir des compléments d’informations ou des informations, entre gros guillemets, objectives, elle peut tout à fait venir voir le médecin infectiologue ou venir voir le médecin sexologue. Finalement c’est aussi une formidable méthode de tri, c’est-à-dire que si la personne à une réaction complètement inadaptée, c’est que c’est un gros connard et que c’est comme ça, et que de toute façon, ce n’est pas plus mal que vous le sachiez. Donc de toute façon, ce n’était pas quelqu’un pour vous, c’est que c’est un con, il se casse et bah tant mieux ! Et finalement, vous avez cette chance-là d’avoir ce filtre-là

Julienne : Le VIH c’est une maladie comme tout le reste, c’est l’information qu’on est venu annoncer cette maladie en Afrique qui a dramatisé la chose. Le paludisme tue beaucoup en Afrique plus que le VIH. On a même peur du VIH parce que tout le monde ne sait même pas de quoi il s’agit. Moi, je suis camerounaise, les associations, c’est ici en France que je suis venue découvrir toutes ces associations. Déjà en Afrique au Cameroun, je savais que le VIH c’est la maladie des blancs. C’est ici en Europe que c’est la maladie des Africains. Bien sûr, nous tous nous avons des cultures différentes. Chaque tribu a sa façon de voir les choses. Tu es malade, c’est ta famille. Quand c’est le VIH, on refuse beaucoup le VIH parce que quand on te dit qu’il n’y a pas de traitement, vous allez soigné avec quoi ? Il y avait la lèpre là-bas, on la traite et les gens ne te jettent pas. On te soigne, quand on t’annonce même cette maladie, c’est la façon qu’on t’annonce, la personne qui t’annonce même, c’est la personne qui doit t’alléger, ne doit pas dramatiser la situation

Alain Epelboin : L’annonce il faut la penser du côté du soignant et du côté des soignés. L’annonce de la séropositivité du côté du soignant en Afrique, pendant très longtemps, et je ne sais pas si on y est encore, était une honte extrême qui faisait qu’on disait à quelqu’un qu’il était séronégatif alors qu’en fait il était séropositif parce qu’on n’osait pas lui annoncer. Celui qui disait sida était l’annonciateur de la mort. Donc je pense qu’il y a déjà une différence dans les sensibilités, dans les modes d’annonce selon les cultures…

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Nadine, Francis, Patrick Papazian, Julienne et Alain Epelboin au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Annoncer sa séropositivité à celle ou celui qu’on aime, d’un continent à un autre, ce n’est pas la même chose. Qu’en pensez-vous ? Et quelles sont vos réponses pour Loganeplus ?

Cédric : Je vais me lancer. D’abord, et je ne dis pas ça parce que c’est un très bon ami, mais j’adore ce que disait Patrick Papazian dans son témoignage, le fait que ça permet de faire un tri avec les connards comme il le dit très bien. Ensuite, la disance du statut séropositif, c’est un sujet qui nous concerne de façon quasi quotidienne à l’association AIDES, qui est effectivement compliqué à gérer, qu’on gère de façon très personnelle, selon les personnes à qui on dit, selon le cadre dans lequel on le dit et les raisons pour lesquelles on le dit ou pas. Et puis j’ajoute juste un tout petit coup d’auto promo, c’est mardi 6 octobre, c’est justement la journée de la disance, journée à laquelle l’association AIDES s’associe. C’est un terme qui a été inventé, j’ai pris des notes, par… ça y est, je les ai perdues mes notes, par les femmes en action, pardon, donc en 2011 et donc, dans le cadre de cette journée, AIDES invite les personnes qui le souhaite et surtout qui le peuvent à poster leur témoignage, à dire leur séropositivité, et ce que ça représenter au quotidien, donc soit sur le site Internet de l’association AIDES, soit sur la page Facebook, etc. Et certains des témoignages seront postés sur notre site Internet.

Sandra : Merci. D’autres réactions pour Loganeplus ?

Eva Hakapoka : Oui, moi j’ai perdu deux membres de ma famille quand j’étais gamine par ignorance en fait, et par honte. Et je pense que dire sa séropositivité c’est comme dans la vie, c’est être franc ou être hypocrite. Donc si on est franc, on est franc avec tout le monde et puis on dit qui on est et on fait le tri. C’est comme quand on aime une chose ou on ne l’aime pas, on le dit et puis, donc dans la vie, il y a des personnes qui choisissent le parti d’être hypocrite et de vivre comme ça, et d’autres qui ont le parti d’être franc et je pense que c’est pareil, si on est quelqu’un de franc, on doit pouvoir le dire et vivre tranquillement avec, et puis il y a pire de toute façon. C’est qu’une maladie, la méchanceté, être méchant, c’est bien pire qu’être séropositif en fait.

Sandra : D’autres réactions ?

Yann : Oui, forcément, et puis l’amour est plus fort que tout. Donc effectivement, si cette personne à l’annonce a envie de fuir, comme le disait Patrick, ce n’est peut-être pas la bonne personne et en plus ça permet surtout, nous-mêmes, de l’accepter beaucoup mieux en pouvant le dire. Alors moi, je ne cache pas qu’avec un cursus de vieux séropositif, effectivement j’ai un peu testé toutes les possibilités avant, pendant, après, et il n’y a pas de remède miracle, mis à part que le dire après est toujours plus difficile parce qu’on ne trouve jamais le bon moment. Et on peut se faire reprocher de ne pas l’avoir dit avant.

Sandra : Tu dis avant après, mais c’est avant quoi ?

Yann : Avant de coucher. Je rappelle aussi que le monde a bien changé, que la science a tellement évolué, qu’il faut savoir aussi qu’une personne qui prend correctement son traitement, qui a une charge virale indétectable et pas de MST n’est plus contaminante, donc ça c’est aussi une aide fondamentale pour l’annonce et pour pouvoir enfin enlever ce visage de la honte et de la discrimination. Je connais très bien l’Afrique, je suis avec une Africaine, donc je comprends ce que dit Loganeplus, mais pour changer les mentalités, il faut qu’il y ait des gens qui se lancent, autrement, on n’y arrivera pas.

Sandra : D’autres réactions peut-être dans ceux qui n’ont pas encore parlé ? Non. J’invite les auditeurs à répondre à Loganeplus sur le site comitedesfamilles.net ou bien vous pouvez aussi nous appeler au 01 40 40 90 25 si vous avez envie de participer à l’émission sur cette question.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE