Le VIH vu du web par Alexandre Bordes : la PrEP ne décolle pas aux États-Unis

, par Sandra

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Le VIH vu du web par Alexandre Bordes : la PrEP ne décolle pas aux États-Unis

Alexandre : Lors de la dernière émission souvenez-vous, vous vous étiez posé la question de l’utilité de la PrEP, la prophylaxie préexposition, c’est-à-dire le traitement d’une maladie donné à titre préventif. Et bien la semaine dernière, le site Internet Slate sortait un article baptisé « VIH : Pourquoi la PREP ne décolle pas aux États-Unis ». L’auteur de ce papier donne le ton dès l’introduction : « Le Truvada préventif n’est pas le succès escompté Outre-Atlantique alors qu’il est plus efficace que n’importe quel vaccin en développement ». Le Truvada, petit rappel, c’est un médicament que prennent les personnes séropositives, et que peuvent également prendre les séronégatifs pour réduire de 86% environ les chances de contracter le VIH lors de rapports sexuels. Le Truvada présente des défauts aux yeux de la population. Déjà, au niveau de la posologie : quand le prendre, tous les jours, seulement dans l’optique de pratiques sexuelles à risques, quelle est la fréquence ? Pourquoi les personnes séronégatives devraient-elles prendre un traitement ? Après tout, peut-être que les gens sont aussi hésitants à utiliser le Truvada que les femmes l’étaient au début de la pilule contraceptive. Le Truvada, futur remplaçant du préservatif ? C’est en tout cas le constat de cet article. Article qui ne peut répondre à la question : est-ce que la prise de PrEP va entraîner une explosion des rapports sexuels non protégés ?

Sandra : Merci pour cette deuxième info, est-ce qu’il y a des personnes, oui, Zina, tu souhaites réagir sur cette info ?

Zina : En fait, moi je trouve un peu inquiétant comme ça de proposer du Truvada pour pouvoir avoir une vie sexuelle comme on veut. Il ne faut pas rigoler avec les médicaments, nous on en prend parce qu’on est malade, enfin on est malade, on est atteint par le VIH. Et ce sont des traitements, même s’ils ont été beaucoup allégés, ce sont quand même des traitements lourds, et moi je n’adhère pas du tout à ce concept de donner en prévention à quelqu’un qui est sain. Parce qu’il peut y avoir des répercussions, on ne joue pas avec ces traitements, ce n’est pas du Doliprane, et même le Doliprane apparemment, faut pas jouer non plus avec, mais ça encore plus quoi. Je veux dire, ce n’est pas anodin, et il y a des gens qui prennent des traitements depuis beaucoup d’années et qui doivent ensuite prendre d’autres traitements pour pallier aux effets secondaires, et je trouve que c’est dommage, tout ça pour pouvoir s’éclater comme on veut. On peut s’éclater avec un préservatif, il n’y a pas de soucis, il n’y a pas de risque d’être malade avec, il n’y a pas d’effet secondaire avec le préservatif et voilà. Mais ça reste mon avis propre, je ne dis pas que les gens qui font ça ont tort, je donne juste mon avis, pour moi ça n’est pas bénin. Et je trouve dommage de prendre ce risque-là, juste pour des histoires de cul qu’on peut faire avec un préservatif. Voilà.

Sandra : Yann, et ensuite José.

Yann : Non, mais en plus ça me fait rebondir sur, d’un seul coup je pense à toutes les catastrophes qui se passent pour les personnes qui veulent rejoindre les continents, les migrants, qui meurent par tonnes dans nos mers, et je me dis que c’est un luxe, un petit peu. Alors je sais que je ne vais pas faire plaisir à tout le monde, mais je n’en ai rien à [faire], c’est un luxe un petit peu des pays riches comme ça, « Tiens c’est pas mal, on va pouvoir aller queuter, on se prend peut-être des trucs, on n’est pas vraiment sûr que ça marche d’ailleurs, mais on le teste et tout ». Je pense que l’argent devrait aller à des causes vraiment beaucoup plus urgentes. Donc moi je ne défends pas ce projet un peu olé olé quoi.

Sandra : José, on passe le micro à José, et ensuite Philippe.

José : Oui, je voulais dire est-ce qu’on peut se décider soi-même à prendre du Truvada sans autorisation médicale ?

Sandra : Là en tout cas en France c’est dans le cadre d’une étude, une étude qui s’appelle Ipergay et donc c’est encadré par des professionnels de santé qui font aussi la promotion du préservatif, donc ils appellent ça une prévention combinée. Donc ils se disent que les personnes, en fait comme il y a un relâchement du préservatif, ils proposent cette solution-là, le Truvada, qui peut protéger à 86% d’une contamination au VIH, mais qui ne protège pas des autres maladies sexuellement transmissibles (MST). Donc c’est vraiment dans le cadre, en tout cas en France hein, je ne sais pas aux États-Unis, je ne sais pas en Angleterre ou ailleurs, mais en France donc c’est dans le cadre d’une étude. Voilà donc ça n’est pas encore en vente en libre, à quel prix, tout cela en France, ce n’est toujours pas discuté. Philippe ?

Philippe : Oui, merci d’apporter ces précisions. Et précisément, l’étude comme tu dis elle s’appelle Ipergay. Donc ça veut dire qu’elle s’adresse essentiellement aux gays.

Sandra : Que aux gays.

Philippe : Oui, oui, elle ne s’adresse qu’aux gays. Non, mais c’est pour ça j’étais un peu choqué d’entendre certaines remarques sur, comment dire, le confort de pouvoir queuter, etc. Bon, franchement, c’est déjà porter des jugements et je trouve ça assez désagréable. Ce que je veux dire c’est que tous les moyens qui existent à titre préventif contre le VIH, pourquoi ne pas les utiliser ? Je veux dire, il y a eu des débats quand en 1987 il a fallu attendre plusieurs années de retard pour que l’État autorise la vente libre des seringues en pharmacie, mais à l’époque effectivement il y a encore des gens qui pensaient que oui, c’est inciter des gens à se droguer que de donner des seringues donc on ne va quand même pas, on peut mettre l’argent ailleurs, bon en gros qu’ils crèvent quoi. Vous voyez. Bon moi ce que j’ai entendu tout à l’heure, bon voilà, ça me fait un petit peu le même effet. Et après tout, si les gens… On ne force personne à prendre du Truvada. Aujourd’hui c’est une expérimentation, elle est plutôt validée, et si ça aide des gens dans leur vie personnelle, sexuelle, et que ça les protège du VIH, je ne vois pas pourquoi j’irai critiquer cette attitude. Chacun fait ce qu’il veut.

Yann : Non, mais juste pour répondre sur ce que je disais, où je disais que c’était un luxe si tu veux, c’est parce que je trouve qu’il y a des pôles qui doivent être plus concentrés sur des personnes souffrantes, dans la précarité, générale hein, même pas forcément que le VIH. Donc il y a vraiment des trucs où il faut réfléchir à voilà, c’est pour cela que je parlais comme ça un petit peu. Après je suis d’accord avec toi qu’on ne va pas cracher sur les évolutions de la science et tout ça hein. On est assez toi et moi, depuis longtemps, concernés, mais voilà, ce n’est pas une priorité pour moi.

Sandra : Passe un micro à Steve, Zina vas-y.

Zina  : Oui je voulais juste rebondir sur ce que Philippe a dit. Je ne portais pas de jugement sur la sexualité des gens. Chacun a la sexualité qu’il veut et je ne vois pas du tout le rapport avec les seringues. Les seringues c’était vraiment une protection, je veux dire il n’y a pas de danger, au contraire c’est pour éviter le danger qu’on a mis les seringues en vente, et là ok. Après il y a un danger, moi ce que je veux dire c’est mettre le point vraiment sur le danger. Ce n’est pas bénin que d’utiliser un traitement contre le VIH, voilà. Tout simplement. Et aucun rapport avec les seringues, et il n’y a pas de jugement, chacun a la sexualité qu’il veut. Maintenant je pense qu’il vaut mieux mettre des préservatifs, au moins il n’y a pas de danger d’avoir des effets secondaires. Je veux dire, c’est quand même des médicaments hard. C’est ça que je mettais en avant. Ce n’était pas du jugement. Ne fais pas de mauvaises interprétations de ce que j’ai dit.

Sandra : Alors oh, on se calme, wouh, coup de pression ! Po Po Po ! Pas de soucis, alors Steve et après Alexandre.

Steve : Je reviens sur Philippe, ce qu’il a dit, déjà ça été fait, Ipergay, déjà, parce qu’ils ont des multipartenaires, ils font du slam.

Sandra : Il faut expliquer ce qu’est le slam.

Steve : Le slam c’est la défonce, ils s’envoient 10 ou 15 mecs dans la soirée quoi.

Sandra : En fait ils se droguent pour avoir des pratiques sexuelles très hard.

Steve : Voilà, très hard, ce n’est pas évident de mettre un préservatif, c’est pour ça que le Truvada a été mis pour Ipergay. Et moi c’est vrai que je suis d’accord avec Philippe, parce que c’est vrai que quand tu es défoncé, mettre un préservatif, 3 ou 4 partenaires, ou 5 partenaires dans la soirée, tu ne penses pas à mettre un préservatif. Donc le Truvada c’est vrai que ça peut servir. Chez les gays, tous ceux qui ont des multis et des multis et des multis mecs, bah c’est vrai qu’il y a beaucoup de contamination là-dedans et c’est pour ça qu’ils mettent le Truvada. Voilà.

Sandra : Alexandre. Merci Steve, Alexandre.

Alexandre : Moi je voulais juste réagir dans le sens où l’article en question, donc qui a été publié sur Slate, ce n’est pas vraiment un article qui promeut la double protection, c’est un article qui promouvait ? (rires)

Sandra : Prends un autre verbe ! (rires)

Alexandre : J’ai eu un doute ! Qui promulguait ?

Sandra : C’est promulguer, pas promouvoir !

Pascal : Qui promulguait !

Alexandre : Exactement, merci ! C’est un article donc qui promulguait le Truvada à la place du préservatif. Et c’est là où c’est embêtant, c’est-à-dire que le Truvada pour l’instant c’est 86% de protection, alors que le préservatif c’est 99,… et des poussières. Dans ce cas, favoriser la double protection Truvada + préservatif, pourquoi pas. Favoriser le Truvada à la place du préservatif par contre non. Cela veut dire qu’une relation sexuelle sur dix, il y a un gros risque. Donc à partir de là, non.

Sandra : Alors il y a Sofi qui veut réagir sur le sujet.

Sofi : Juste pour les 86% d’efficacité du Truvada, moi j’avais eu un souci avec un partenaire séronégatif, le préservatif avait craqué, et mon infectiologue m’avait prescrit du Truvada pour mon partenaire pendant trois jours donc je pense que c’est quand même efficace parce que c’est la seule chose qu’on m’avait dite de faire, de donner du Truvada, trois comprimés pendant trois jours et c’était tout. Donc je pense que ça a une vraie efficacité.

Yann : Il a eu des effets indésirables avec ce traitement ?

Sofi : Pas du tout, non. Et par contre, pour la question d’en donner à tout le monde, c’est vrai que c’est la question du trou de la sécu, on en parle beaucoup, mais ça coûte quand même assez cher. Moi mon traitement c’est 1000 euros par mois donc si l’on commence à donner des médicaments à tout le monde…

Sandra : Alors n’oubliez pas qu’en France on ne sait pas si ce sera remboursé par la sécu hein. Le débat en France n’est pas clos là-dessus hein. José, et ensuite Steeve.

José : Justement j’ai entendu qu’ils préconisaient de supprimer l’ALD.

Yann : Le 100%

Sandra : D’accord, ça je n’en ai pas entendu parler, je me renseignerai sur la question.

Steve : Pour revenir sur le contexte quoi, il ne faut pas dévier quoi, c’est juste une toute petite minorité. Ils ne vont pas donner le Truvada à tout le monde quoi. Et ça, ce n’est pas vrai. C’est impossible qu’ils donnent le Truvada si par exemple moi je veux faire une fête demain ou toi, ils ne vont pas te donner une boîte de Truvada. C’est pour une population vraiment à risque qui a des pratiques sexuelles vraiment diverses et c’est pour eux qu’ils mettent le Truvada. Ce n’est pas pour la population entière. Il ne faut pas dire que c’est pour la population entière, ce n’est pas vrai.

Sandra : Mais tu sais j’ai participé récemment à une conférence dans laquelle ils ont parlé de la PrEP, et donc il y avait des questions dans la salle, mais est-ce que ça peut s’étendre à d’autres populations ? Donc ils en parlent en tout cas, pour l’instant c’est dans le cadre d’une étude, donc quand on fait une étude il faut automatiquement cibler sur une population. Donc là c’est les gays qui ont été choisis parce qu’en France la population qui se contamine le plus, c’est les homosexuels, même si l’épidémie est majoritaire chez les hétérosexuels, donc voilà ils ont pris cette population. Mais par exemple il y avait quelqu’un qui a dit « Est-ce qu’on pourrait donner le Truvada aux prostituées ? ». Ou aux personnes qui sont plus à risques, donc peut-être que. Là c’est juste dans le cadre d’une étude tu vois.

Steve : Oui non, mais là personne n’est d’accord pour en donner à tout le monde hein.

Sandra : Mais ça se discute en tout cas.

Steeve : Le corps médical ils ne sont pas du tout d’accord pour inonder de Truvada toute la France hein, parce que déjà ça coûte trop cher déjà, une boîte de Truvada ça vaut 700 ou 600 euros, donc c’est impossible, ça va exploser la sécurité sociale. C’est pour les rapports à risques, voilà ce qu’ils veulent. C’est-à-dire qu’ils ont vu avec la capote, chez les gays, la contamination continuait. Elle ne diminuait pas. Donc c’est pour ça qu’ils mettent du Truvada, pour essayer d’arrêter la contamination. Parce que les pratiques sexuelles, il ne faut pas rêver, si tu ne mets pas du TRUVADA tu ne vas pas dire aux gens d’arrêter, non les gens ont leurs pratiques sexuelles. C’est une liberté. Donc il faut faire en sorte qu’il y ait un outil pour que cela contamine moins. Voilà, c’est tout le Truvada. C’est pour ça. Tu ne vas pas dire à un mec, son plaisir c’est 10 à 15 mecs dans la soirée, tu ne vas pas lui dire « Non toi tu arrêtes, c’est bon, tu mets la capote ». Après il ne faut non plus être des moralistes, il faut faire très attention à ça.

Yann : Alors je vais passer aussi pour un réac’, mais tu me dis qu’il ne faut pas être moraliste avec eux. D’accord, mais à un moment, on appelle faire choix de ses options, et on sait effectivement que si l’on a une vie, alors je ne juge pas, le mec vient me voir en pleurant et me dit « Tu ne sais pas quoi, j’ai chopé le VIH je suis déprimé », et qu’il me dit qu’il a passé 5 ans de sa vie avec une sexualité intense, je vais peut-être lui dire « oui, mais comme tu as eu le temps de te préparer que tu allais peut-être le chopper, ne viens pas trop me pleurer dans les bras parce qu’il y en a ils le choppent à l’hôpital ou à l’époque du sang contaminé ».

Sandra : On n’est pas dans le jugement tout de même. Est-ce que l’on peut passer un micro à Sandrine derrière qui souhaitait prendre la parole ?

Yann : Bonsoir Sandrine.

Sandrine : Bonsoir. Peut-être que le Truvada pourrait baisser aussi ? Peut-être qu’un jour ce médicament ne sera plus à 700 euros la boîte mensuelle, ça c’est une histoire de labo hein. Donc les solutions, on en trouve de plus en plus, et peut-être qu’un jour chacun trouvera la solution qui lui est la plus… par rapport à ses pratiques de vie.

Mister X : Je voudrais intervenir juste cinq minutes, même pas cinq minutes. C’est d’abord dans le cadre de la normalité quoi. Il y a des gens qui acceptent de prendre des risques, et voilà. La question, c’est si un mec est braqueur de banque, qu’il braque 50 banques et qu’il ne peut pas s’en passer, est-ce qu’on va lui fournir des armes pour braquer la banque, première question. Deuxième question, il y a beaucoup de gens aussi qui prennent des traitements, et ça, j’insiste là-dessus, qui prennent des traitements serrés et qui se défoncent la tronche à côté, donc le traitement ne fait rien, ça coûte de l’argent, alors qu’il y a des gens qui mériteraient de l’avoir et qui ne l’ont pas. Donc ça c’est un choix de vie. Quand on se soigne, on se soigne, on prend des décisions, et on les assume, ou alors on se soigne, on fait semblant et on gaspille de l’argent alors qu’il y a des enfants qui crèvent la dalle, donc ça c’est super important. C’est ramener les gens aussi à ce qu’on appelle la morale, une éthique personnelle quoi, par rapport à ce que ça coûte. Parce qu’à l’heure actuelle on est, les gens vivent la misère, mais vivent la misère aussi, il y a des gens qui ont choisi des schémas de vie, qui veulent y aller, et nous ont va leur donner ce qu’on a au lieu de nourrir nos enfants ? Je ne suis pas d’accord avec ça. Je préfère être très clair là-dessus en tant que personne quoi. Si tu choisis de te soigner, tu choisis ou tu ne choisis pas, et si tu as du mal à te soigner, il y a des structures comme ici, ailleurs, qui vont te faire comprendre qu’effectivement, le mieux c’est d’avancer, et pas d’avancer et de reculer. Parce que tout ça, ça a un coût, et ça a un coût pour l’ensemble de la société. C’est tout ce que je voulais dire, ramener un peu, merci.

Sandra : On pourrait parler de la PrEP pendant des heures, mais je vous propose que l’on passe à un autre sujet, puis le débat continuera sur le site comitedesfamilles.net, vous pouvez laisser vos commentaires.

Transcription : Alexandre Bordes