Le VIH vu du Web : Mediapart s’interroge, l’autotest du VIH une aberration ? / 16 terroristes de Daesh contaminés par le VIH en Syrie

, par Sandra

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Le VIH vu du Web : Mediapart s’interroge, l’autotest du VIH une aberration ? / 16 terroristes de Daesh contaminés par le VIH en Syrie

Alexandre : Avec la sortie de l’autotest dans une semaine, les gros médias continuent de se lâcher sur le VIH. On est dans une continuité après cet été. L’autotest, donc, qui va sortir dans les pharmacies le 15 septembre prochain, est une évolution, on peut le dire, et une solution pour les personnes qui n’ont pas les moyens de se déplacer vers un centre de dépistage anonyme. Vous serez, autour de cette table, je pense, d’accord pour dire que l’autotest est, si ce n’est une bonne chose, au moins une avancée intéressante dans l’enjeu du dépistage, Yann, Sandra ?

Yann : Affirmatif.

Sandra : D’accord, tout à fait.

Alexandre : Je suis grosso-modo d’accord avec vous, en tout cas, je trouvais ça bien, très honnêtement, j’étais même, pour ainsi dire, très enthousiaste. Et il y a deux semaines, Mediapart a publié un article qui m’a un peu refroidi, l’article s’intitule « Des auto-tests sur le sida : progrès ou folie. » Cet article, comme tous les articles de Mediapart, n’est accessible qu’aux abonnés, je vais vous dresser un petit condensé en reprenant les arguments les plus frappants. Ils ont donc repris l’avis très mitigé, c’est le moins que l’on puisse dire, du Syndicat des Jeunes Biologistes Médicaux qui s’est insurgé contre les possibles dérives de cet autotest.

Le premier défaut de l’autotest est paradoxalement l’un de ses avantages : nous en avions parlé d’ailleurs dans une des précédentes émission, c’est que l’autotest s’achète en pharmacie et ensuite peut se faire seul, chez soi. Si on peut dire que cela peut enlever une peur due à la timidité ou à la honte chez certaines personnes qui n’oseraient pas faire la démarche de venir jusqu’à un centre de dépistage, le premier gros problème c’est évidemment l’encadrement de la personne qui découvre sa séropositivité. Comment prévoir la réaction de ces personnes ? Certes, le numéro de Sida Info Service sera certainement noté sur la boîte, mais quel est le pourcentage de gens qui appelleront ? Dans un centre de dépistage anonyme et gratuit, on a (pour ma part, c’était cela en tout cas) un professionnel de santé qui vous annonce vos résultats, qui vous dit si oui ou non, il y a quelque chose, et si c’est oui, le fait qu’il soit là physiquement peut jouer un rôle très important chez la personne qui découvre sa séropositivité. Au contraire, une personne seule chez elle qui est pour ainsi dire désemparée et qui n’aura pas forcément le réflexe ou l’envie de décrocher le combiné sera dans une position de difficulté. Un extrait résume parfaitement ce point de vue, je cite : “ consulté une première fois en 2004, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) avait expliqué : « L’absence de prise en charge médicale constitue une véritable négation de la responsabilité médicale et va à l’encontre d’une politique de santé publique. La prise en charge administrative et sociale qui doit accompagner l’annonce d’un résultat positif n’est pas assurée, en particulier pour les personnes en situation de précarité (qui d’ailleurs hésiteraient à recourir à un test non remboursé par la Sécurité sociale). » Dans son dernier avis rendu en 2012, le CCNE n’a pas vraiment évolué sur ce point, même s’il porte un jugement plus nuancé sur l’ensemble du dispositif.”

Oui, vous m’avez bien entendu, le deuxième défaut, c’est bien sûr le fait que l’autotest ne soit pas remboursé par la Sécurité Sociale. Il coûtera entre 25 et 28 euros, un budget non-négligeable.

Le CCNE cité juste avant soulève également le problème de la fiabilité. Si l’entreprise AAZ met en valeur un diagnostic fiable à presque 100%, l’autotest fait partie des dispositifs médicaux soumis à des contrôles de qualité et d’efficacité moins exigeants que les médicaments, selon l’avis du CCNE.

On peut également évoquer un problème majeur : avec cet autotest, il y a un délai de trois mois au moins à respecter entre la prise de risque et le test. Qui lira la notice et les précautions d’emploi jusqu’au bout ? N’y aura-t-il pas d’erreur faite par des personnes désireuses de se débarrasser de ce poids le plus rapidement possible, ne pouvant pas attendre trois mois ? Car oui, attendez moins de trois mois et le résultat perd totalement en fiabilité. Vous allez me dire, c’est là qu’entre en scène le pharmacien, dont le rôle n’est pas seulement de vendre des boîtes au nom imprononçable aux clients, et vous aurez entièrement raison. Un pharmacien devra en toute logique avertir le patient avant de lui vendre le produit, ce qu’il fait avec n’importe quel médicament, à savoir la posologie, et le reste. On est justement allé leur demander, aux pharmaciens, qu’est ce qu’ils comptent dire aux clients qui souhaitent acheter cet autotest.

Début de l’enregistrement.

Pharmacienne 1 : Je pense déjà qu’il faudra qu’on regarde bien comment ça fonctionne, et la sensibilité des tests, et puis après, à la moindre question, revenir nous voir, et puis faire confirmer le résultat du test par des laboratoires, je pense.

Alexandre : Et est-ce que vous avez reçu une formation spécifique ?

Pharmacienne 1 : Non, pas du tout.

Alexandre : Pas du tout ?

Pharmacienne 1 : Pas encore, ça va venir je pense. Les laboratoires, je suppose qu’ils ne vont pas nous vendre ça directement, sans avoir une formation. On ne peut pas délivrer quelque chose sans savoir de quoi on parle. On aura l’information quand on aura le produit, je pense.

Alexandre : Est-ce que vous pensez que vous recevrez une formation avant de recevoir l’autotest ?

Pharmacienne 2 : Théoriquement on a des formations de prévues donc je ne sais pas sur quel sujet, c’est le pharmacien titulaire qui décide, ça serait bien par rapport à la vente du test, savoir ce qu’on va devoir vendre, maintenant, je n’ai pas plus d’informations sur ce sujet.

Alexandre  : Est-ce que vous avez déjà eu une formation avant de dispenser au client les autotest du VIH ?

Pharmacien 3 : Non, je n’ai pas encore eu de formation, je pense que ça viendra.

Alexandre : Vous pensez que ça viendra un peu avant, quelques jours avant ?

Pharmacien 3 : Oui, un peu avant.

Un autotest dont la sortie a été repoussée plusieurs fois, et aucun des pharmaciens interrogés n’ont reçu de formation pour le vendre à une semaine de sa sortie définitive. Cet enregistrement que vous venez d’écouter peut paraître alarmant, mais en off, ils m’ont tous affirmé qu’il était hors de question qu’ils vendent quoi que ce soit sans formation préalable. Il m’ont également dit que des formations étaient prévues, mais qu’elles n’étaient pas encore planifiées. Un pharmacien est incapable de donner un nouveau médicament, un nouveau test, une nouvelle crème, quoi que ce soit, sans avoir eu une formation préalable pour conseiller derrière, le client. D’après leurs propres mots, “On ne peut pas délivrer quelque chose sans savoir de quoi on parle”. “Les entreprises pharmaceutiques ont leur armada de commerciaux, mais aussi derrière leur armada de formateurs pour les pharmaciens”. D’après ces derniers mots, on peut se dire qu’il y aura une formation, elle sera simplement très tardive. Quoi qu’il en soit nous y retournerons le 15 pour savoir si oui ou non, ils auront enfin reçu cette formation.

Il y a pire encore que le problème du manque de formation des pharmaciens, il y a Internet. Le site de Mediapart révèle alors que sur des sites tiers, des tests similaires à l’autotest seraient déjà vendus sans l’aval des autorités françaises, avec des messages alarmistes annonçant qu’en cas de risque il faut se faire dépister dès que possible. Une telle annonce à ce niveau-là, est criminelle, vous l’aurez compris. Si cet autotest permet de limiter au maximum les contacts humains, il y a des chances que bon nombre de personnes se fassent avoir sur des sites peu scrupuleux.

Enfin, et ce sera là le dernier point et celui qui révèle un peu le côté absurde de l’emploi de ce test. Je cite : « Tout test positif doit être confirmé par un test effectué en laboratoire ou en centre de dépistage », explique Fabien Larue, le directeur d’AAZ. « Et tous ceux qui utilisent l’autotest dans les trois mois suivant une pratique à risque sont invités à aller se faire confirmer le résultat auprès d’un centre d’analyse classique. » Mais en cas de séronégativité, le risque est fort qu’ils s’abstiennent de le faire. Surtout que s’ils ont adopté cette méthode, c’est a priori qu’ils cherchaient un certain anonymat. Ce qui génère une autre question : s’il faut se faire confirmer le résultat, à quoi sert ce premier test ? Ne risque-t-il pas de donner une impression de sécurité erronée en cas de résultat faussement négatif et de favoriser par là des conduites à risque ?” Tout ceci, ce sont des questionnements, malgré la virulence apparente des spécialistes qui vilipendent la commercialisation d’un tel test. La disponibilité de l’autotest auprès des associations est sans doute une bonne chose auprès des personnes écartées, en marge, en quelque sorte, du système sanitaire habituel, comme les prostituées ou les toxicomanes. Des autotests distribués par des associations, un peu comme les préservatifs. En attendant que ce soit possible, espérons malgré tout, malgré ces interrogations, que cette nouveauté soit bénéfique à la population.

Sandra : Merci Alexandre, c’est bon, tu peux boire un grand verre d’eau, parce que tu n’as plus de salive là.

Alexandre : Je n’ai plus rien là, j’ai tout donné.

Yann : Moi je reste quand même sur la pensée que c’était une belle et grande avancée, je ne te cache pas qu’il y aura certaines personnes qui vont se jeter par la fenêtre à l’annonce…

Sandra : Tu penses ?

Yann : Ah oui, c’est certain. Je suis moins inquiet pour tous les escrocs de l’Internet parce que ça, ça existe, non pas que pour les médicaments, mais pour tout.

Sandra : Oui, malheureusement, dès qu’il y a un nouveau truc…

Alexandre : Et en effet, de toute manière, ça, même si c’est un mauvais point, c’est un des risques, un des mauvais points, mais d’un autre côté, les dérives d’Internet, on sait ce que c’est depuis des années, elles sont partout, donc à partir de là.

Yann : En ce qui concerne les pharmaciens, j’ai plus de doutes, parce que moi ce que je pense, c’est que ce qu’ils appellent formation, c’est en fin de compte le commercial du labo qui passe un quart d’heure avec eux, qui leur explique en catimini les inconvénients et les avantages du médicament, on n’appuie pas trop sur cet inconvénient, hein, tu le vendras beaucoup mieux, enfin non, il ne faut pas oublier que c’est quand même l’épicerie, hein, c’est du commerce. Donc voilà, cette formation elle doit être très très faible, tu penses que les pharmaciens ils ne vont pas envoyer leurs employés se taper un jour et demi de formation sur un seul médicament.

Alexandre : En tout cas ce qu’ils m’ont dit en off, c’est des formations sur plusieurs médicaments. Ils ont énormément de formations dans l’année, il y a des formations avec plusieurs médicaments.

Yann : Après je pense que le prix naturellement va baisser, c’est ce qu’il se fait pour tous les médicaments, et surtout celui-là, il y aura je pense une grosse affluence et une grosse demande.

Alexandre : Après il est déjà sorti aux États-Unis et en Angleterre, et il coûte plus de 40 dollars là-bas.

Yann : Ah oui, plus cher qu’ici, enfin kiff-kiff quoi. Et est-ce qu’on connaît le pourcentage de fiabilité ?

Alexandre : Le pourcentage de fiabilité, d’après les tests effectués par l’entreprise qui l’a fait, c’est à peu près 100 %. Mais c’est ça le problème, les tests faits sur l’autotest sont moins fiables que les essais faits sur des médicaments notamment.

Yann : Ce qui avait l’air de choquer, c’était qu’il fallait le confirmer, mais je te rappelle quand même que même quand on fait un test VIH, il est demandé de le reconfirmer.

Sandra : Tu parles du test rapide ?

Yann : Oui, un test rapide, même quand on le fait encadré, entouré, il est de le reconfirmer. Il n’y a que le Western Bloc en fin de compte qui permet vraiment d’être sûr sur son résultat quoi. Autrement tous les tests sont appelés à être confirmés une deuxième fois.

Alexandre : C’est vrai.

Yann : Mais super intéressant, vraiment.

Sandra : Oui, merci !

Alexandre : Quand j’ai vu cet article, ça m’a marqué, parce que je me suis dit, personnellement, je ne dirai pas moi qui suis un grand fervent de Mediapart, mais en général, la plupart des choses qu’ils font, c’est très très sérieux, donc j’ai vu un article là-dessus, ça m’a intrigué, parce que moi aussi, d’ailleurs, j’ai toujours le même avis, je pense toujours que c’est une belle avancée et une bonne idée. Mais c’est vrai que du coup, il était nécessaire d’apporter, pas nécessairement des défauts, mais des zones d’ombre.

Sandra : On verra dans la pratique hein, on verra comment ça se passe.

Alexandre : On verra dans la pratique, et le Syndicat des Spécialistes des Jeunes Biomédicaux, ils s’inquiètent du fait qu’il y ait de moins en moins de contacts humains dans les pratiques médicales.

Sandra : On verra bien, et puis on en reparlera, donc, après le 15 septembre, du coup pour savoir si les pharmaciens ont bien été formés à cet autotest. Avant de faire une pause musicale, ta deuxième info.

Alexandre : On change totalement de continent, une information du site 20 minutes datant du 21 août dernier laissait entendre que 16 combattants de Daesh étaient détenus en Syrie par… Daesh. Leur crime a été de contracter le VIH. D’après le site 20minutes.fr, je cite : “La plupart des combattants infectés seraient « des étrangers qui ont eu des rapports sexuels avec deux femmes marocaines, qui n’avaient pas révélé leur maladie. Les dirigeants locaux de Daesh nous ont donné l’ordre d’évacuer ces militants infectés vers un centre de quarantaine dans la ville », a confié à l’agence, sous couvert d’anonymat, un médecin syrien de l’hôpital national d’al-Mayadeen.” Ces femmes marocaines, a priori des esclaves sexuelles, se sont enfuies en Turquie, et les 16 soldats contaminés seraient très certainement, toujours d’après le site Internet 20 minutes, en tête de liste pour les prochains attentats-suicides. Cet événement pousse l’organisme terroriste à mettre en place des mesures pour dépister les personnes séropositives dans ses rangs.

Sandra : Voilà, alors moi je ne sais pas comment réagir face à cette information, ça m’a juste fait flipper en fait. Cela fait froid dans le dos, quoi.

Yann : Je vais dire encore une imbécillité, mais ça en fait quelques-uns en moins.

Sandra : Oui, mais programmés pour les prochains attentats-suicides, quoi.

Yann : Oui, mais moi ça me dépasse, tu vois, la maladie mentale liée au fanatisme, je ne peux même pas en parler tellement ça me…

Sandra : Oui, il n’y a pas de commentaire à faire.

Alexandre : Les commentaires sont complexes sur une telle information.

Sandra : Merci pour l’info !

Alexandre : Vous en faites ce que vous voulez, je vous donne ça.

Yann : Tu nous as bien bien cassé la semaine.

Transcription : Alexandre Bordes