Pourquoi des séropositifs se retrouvent dans un milieu bareback ?

, par Sandra

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Programme du colloque "Aimer sans peur avec le VIH"
Pourquoi des séropositifs se retrouvent dans un milieu bareback ?

Sandra : Savez-vous ce que c’est les slams ?

Yann : Ce n’est pas un truc en rapport avec les ordinateurs ?

Jean-Marc : Non, ça c’est les spams

Sandra : Ça, c’est les spams ouais. T’as fait exprès Yann c’est ça ? (rires).

Yann : Non, je connais le slam.

Sandra : Le slam, c’est-à-dire ?

Yann : La poésie parlée.

Sandra : Et Jean-Marc toi ?

Jean-Marc : Rien du tout.

Sandra : Rien du tout, ça ne te dit rien. En fait les slam c’est …. les plans slam, les soirées slam, mais si on vous invite à une soirée slam n’y allez pas. En fait c’est une drogue qui consiste à s’injecter par voie intraveineuse un stimulant dans un contexte sexuel. Et certains séropositifs participent à des plans slam, pourquoi ? Qui sont-ils ? Quelle prise en charge ? Je vous propose d’écouter Jeffrey Lévy, psychologue au réseau ESPAS à Paris. Donc c’est un réseau de soutien psychologique des personnes concernées par le virus du sida et de leurs proches, on l’écoute tout de suite, ça dure 3 minutes et quelques.

Début de l’interview

Sandra : Faire l’amour en prenant des risques, pourquoi les personnes séropositives peuvent être sujets à ces pratiques ?

Jeffrey Lévy : J’ai essayé de relier ça à ce qu’on voit actuellement encore de la sérophobie ambiante, c’est-à-dire, la réaction des partenaires séronégatifs de ces personnes qui annoncent leur séropositivité et qui essuient des rejets et ces rejets parfois peuvent être très violents. Je ne parle pas de tous les séropositifs mais c’était quelque chose que je mettais en lien avec certaines pratiques dans la communauté homosexuelle et j’ai dit que ces personnes parfois pour cette raison et parmi d’autres raisons, se retrouvent dans un milieu bareback, c’est-à-dire où des gens sont consentants pour avoir des rapports non protégés entre eux sans poser de questions, trop de séropositivité ou pas. C’est-à-dire où ils n’ont pas à essuyer aucun rejet, où ils sont toujours acceptés et évidemment les prises de risques sont permanentes parce que bon, on ne sait pas à qui on a à faire vraiment. J’ai dit que dans ce milieu bareback ou des gens, consentent d’avoir des rapports sans protection, il y a une sorte de sous groupe ou des gens prennent des produits et ça augmente encore les risques parce que ces produits souvent sont injectés ou sniffés et le partage des seringues même si c’est accidentel, ou de paille, peut être vecteur aussi d’infection par l’hépatite C. On a aussi la possibilité de contracter toutes les maladies sexuellement transmissibles, puisqu’on est là dans un pôle assez restreint de participants, donc s’il y en a un qui a la syphilis par exemple, et ben très rapidement ça se propage. Pour l’instant c’est absolument un phénomène dans la communauté homosexuelle.
Sandra : Et comment ces personnes, séropositives sont-elles prises en charge après ? Vous parliez de la relation avec un médecin généraliste ou avec un infectiologue. Il y a un manque de formation apparemment à ce niveau-là.

Jeffrey Lévy : C’est des gens qui sont très difficiles à prendre en charge parce qu’ils sont très atypiques pour la plupart des soignants. C’est-à-dire que pour les psychiatres on ne voit pas, on ne les voit pas comme un toxicomane habituel parce qu’ils prennent ces toxiques uniquement lors des rapports sexuels et pas quotidiennement donc il n’y a pas de phénomène de manque comme avec l’héroïne ou le crac, ou des drogues plus connues d’eux. C’est des gens séropositifs qui se soignent, qui ont des très bons résultats, qui gardent leur suivi, qui prennent leur traitement et qui sont très sérieux là-dessus. Donc, c’est encore atypique, qui disent à leur médecin infectiologue j’ai des rapports non protégés, je prends des drogues et ça angoisse leurs soignants et leurs soignants ne savent pas comment réagir à ça parce qu’ils le voient venir avec une hépatite C quand ils étaient soignés depuis des années pour le VIH et puis voilà il faut maintenant un autre protocole de soin avec tous les risques que cela comporte parce que c’est des traitements lourds, contraignants et maintenant très couteux. Ces soignants sont souvent très déboussolés, par rapport à ça. C’est vrai que moi je suis en psychiatrie. Dans la psychiatrie publique par exemple, ils ne sont pas toujours, les psychiatres, les psychologues, ne sont pas toujours à l’aise à entendre parler aussi crument de la sexualité et ce dont on parle là en fait c’est de l’angoisse des soignants. Ces patients angoissent les soignants, ça fait en sorte que c’est difficile à prendre en charge. Du point de vue aussi de la santé publique c’est très difficile parce que bon il n’y a pas de campagne de prévention et puis même s’il y avait une campagne de prévention, on a du mal à voir comment ça ne peut avoir aucune efficacité parce que c’est des gens tant qu’ils sont dedans pensent qu’ils contrôlent et ne pensent pas qu’il y a un problème et ne pensent qu’à leur plaisir donc ils viennent consulter uniquement quand ce plaisir commence à être un peu supplanté par les désagréments. C’est-à-dire que la drogue parfois ça fait manquer du travail ou on se désocialise ou on commence à voir les effets délétères des drogues par exemple des effets épisodes psychotiques, ou paranoïaques, déprime qui persiste, des choses comme ça. ils ont l’impression de ne pas s’en sortir et ils sont poussés à bout donc parfois ils vont très loin avant d’arriver là.

Sandra : Il y a du boulot.

Fin de l’interview.

Sandra : Jeffrey Lévy au micro de l’émission de radio “Vivre avec le VIH”. Alors c’est une découverte pour vous. Je le vois sur vos têtes, Jean-Marc et Yann. Voilà maintenant vous êtes au courant que ça existe. Alors qu’est-ce que vous pensez de ces professionnels de santé qui refusent de prendre en charge ces personnes parce que c’est vraiment ce qu’il a dit pendant son intervention lors du colloque. Il y a des médecins ou des infectiologues qui face à ces personnes se disent « c’est trop pour moi je ne peux pas donc, moi je ne peux plus m’occuper de vous ». Qu’est-ce que vous pensez, est-ce que vous comprenez ces infectiologues ou est-ce que ça vous surprend de leur part ?”

Yann : Oui ça me surprend parce l’infectiologue je crois qu’il est là pour traiter le VIH et pas forcément pour s’occuper des pratiques sexuelles de Pierre, Paul ou Jacqueline.

Sandra : Oui donc tu n’es pas surpris que les infectiologues ne puissent s’occuper de ces personnes-là ?

Yann : Ah si je suis surpris, je suis surpris parce que normalement eux ils doivent traiter et faire en sorte que le patient ait de bons résultats dus aux traitements.

Sandra : Donc pour toi ça fait partie de la prise en charge ?

Yann : Ca fait partie de la prise en charge et surtout que faire ? C’est-à-dire que je me mets à la place de l’infectiologue en rappelant au patient les risques encourus après ça, chacun est libre de faire et de prendre les dangers qu’il veut, vu que c’est les personnes qui se réunissent en étant consentantes,

Sandra : Tout à fait, c’est dans des milieux barebackeurs.

Yann : C’est très délicat. Après, j’avais une autre question : quel type de drogues c’est ? Est-ce qu’on sait si c’est une drogue particulière ? Parce que franchement je n’ai jamais entendu parler de…

Sandra : Moi j’avais entendu, l’année dernière il y avait déjà un médecin qui avait fait une conférence là-dessus. Quels types de drogues, je n’ai pas recherché…

Yann : A l’époque où il y avait des produits qui se prenaient pendant les rapports moi je sais que les copains prenaient pas mal de … tu sais le truc qu’on respirait...

Jean-Marc : Poppers.

Yann : Poppers, qui accélère le coeur donc, certainement donne une érection peut-être plus forte. Je ne sais pas, moi je n’ai jamais essayé. Dieu sait si j’ai essayé des bêtises. Mais voilà.

Sandra : Oui sans doute c’est lié au sang donc…

Yann : Voilà donc je ne sais pas. Après tu sais comment j’essaie de préserver la liberté de chacun. Surtout quand un groupe décide de faire des choses ; tous sont majeurs et voilà quoi après bon. Ce n’est pas dans mes pratiques, bien sûr mais je...

Sandra : T’essaies de ne pas juger.

Yann : Voilà.

Sandra : Ce n’est pas évident cette question.

Yann : Pour l’infectiologue ce qui doit être difficile, c’est de se dire mais attend on est en train d’essayer de traiter et ils se mettent en risque parce qu’effectivement on ne sait pas qui peut avoir des MST (Maladies sexuellement transmissibles), tu vois il y a d’autres saloperies que le VIH et que l’hépatite C ou B.

Sandra : Et toi alors Jean-Marc ?

Jean-Marc : Pareil.

Sandra : Je savais que tu allais me faire un truc comme ça (rires).

Jean-Marc : Effectivement, je suis d’accord avec Yann, un infectiologue il est là pour soigner la maladie, pour traiter la maladie et puis basta, il n’a pas à juger. Le reste après c’est une façon de voir comment … je pense que les gens qui participent à ça, ils sont un peu peut-être désocialisés.

Yann : Ca leur amène simplement un plaisir bien précis dans ce moment-là et comme il disait après ils peuvent avoir des vies tout à fait classiques quoi.

Sandra : Mais c’est ça.

Jean-Marc : C’est plus de la psychologie.

Sandra : Bien sûr, en tout cas pour les séropositifs ce que j’ai compris de son intervention c’est que c’est des gens qui se disent ben là au moins je n’aurai pas à annoncer mon statut et je peux prendre du plaisir et personne ne va me demander si je suis séropo ou pas, tout le monde est consentant tout le monde fait ce qu’il veut. C’est une personne qui par exemple a essuyé plusieurs rejets et qui tombent là-dedans, mais après.

Yann : Ca me fait penser moi qui en tant hétérosexuel, j’imagine et je sais très bien que sur Paris, il y a des lieux comme ça où les gens peuvent se rencontrer et faire l’amour dans des lieux de rencontre, de nuit ou quoi que ce soit alors je ne sais pas…

Sandra : Oui chez les hétérosexuels ça existe.

Yann : Je pense que naturellement le préservatif est systématique.

Sandra : Ah non, justement là…

Yann : Non, dans ces soirées-là, mais je veux dire, si on va à Pigalle, dans un bar à fille ou quoi que ce soit, je pense que le préservatif est de coutume quoi.

Sandra : J’espère, je n’en sais rien. Je ne peux pas témoigner.

Yann : Il faudrait inviter quelqu’un qui a un petit bordel, ça serait pas mal je pense.

Jean-Marc : Je tiens à préciser que dans les bars à filles, il y a très peu d’actes sexuels.

Sandra : D’accord.

Jean-Marc : J’ai habité longtemps à Pigalle et je connais bien. Honnêtement les personnes qui arrivent là-dedans, ils sont bourrés.

Sandra : Ah oui incapable de faire quoi que ce soit.

Jean-Marc : Il y a très très peu d’actes sexuels dans les bars malgré tout ce qu’on dit. C’est plutôt un piège à touriste qu’autre chose.

Yann : Oui donc c’est plutôt des parties fines qui s’organisent entre particuliers quoi. Donc là c’est vraiment le domaine du privé quoi.

Sandra : Toi tu voudrais qu’on invite quelqu’un qui a un …

Yann : Ben oui c’est intéressant d’avoir un profil comme ça de personnes qui peuvent fréquenter ce type de lieux, ce que ça leur apporte surtout, le bien que ça leur fait. Quel est le rapport à la protection, au VIH.

Sandra : C’est une façon pour nous de faire de la prévention aussi quoi.

Yann : C’est sûr.

Sandra : Tout à fait. En tout cas on aura le plaisir de parler de nouveau de ce thème « aimer sans peur avec le VIH ». Je compte inviter quelques intervenants qui étaient présents et puis vous aussi vous pouvez témoigner sur ce thème. “Aimer sans peur avec le VIH”. Qu’est-ce que vous en pensez ? Comment vous le vivez ? N’hésitez pas à laisser vos messages sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Joëlle Hist