Rubrique culturelle : Retour sur le festival Passeurs d’humanité en programme du 12 au 15 juillet

, par Cristina

PNG - 1001.9 ko
Rubrique culturelle : Retour sur le festival Passeurs d’humanité en programme du 12 au 15 juillet

Yann : J’ai pu rencontrer de nouveau notre ami Jacques Perreux, vous savez c’est l’organisateur du festival où nous avons un stand du Comité des Familles pendant la période du 12 au 15 juillet dans la vallée de la Roya.

Début de l’enregistrement

Jacques Perreux : On est un groupe des gens qui sommes d’abord amoureux de cette vallée, ce n’est pas pour rien qu’elle s’appelle la vallée des merveilles, mais on découvre aussi que dans cette vallée quand on la connaît mieux que les merveilles ne sont pas que des pierres et des paysages c’est aussi des êtres humains et dans cette vallée qui est un lieu de passage millénariste, depuis la nuit des temps, c’est un lieu où on peut passer. L’homo sapiens il y a 300 000 ans est probablement passé de l’Afrique à l’Europe en passant par là et aujourd’hui c’est aussi un lieu de passage pour tous ceux qui fuient la misère, la guerre, l’oppression, des fois le réchauffement climatique et qui donc passent par la Roya pour venir y chercher asile et c’est là que le plus souvent ils se font coincer, arrêter, en dépit des lois internationales et on a eu envie avec ce festival qui est le festival des Passeurs de l’humanité de faire réfléchir à cette question : que le monde, l’humanité ne s’est jamais construite autrement que par le passage, la rencontre, le partage, et qu’à chaque fois qu’on oublie qu’on se construit grâce à la rencontre avec les autres ça se finit très mal, par la barbarie. Si on veut camper sur une identité supposée ou inventée ou réelle partiellement, on se retrouve à se renfermer sur soi-même à se renfermer aux autres, à développer de la haine, et de la méfiance, et au bout du compte il y a la guerre, la barbarie, on a connu ça pendant la 2ème guerre mondiale.

Yann : C’est un festival qui a une consonance politique ?

Jacques Perreux : Elle a une consonance politique au beau sens du terme, elle a une consonance philosophique, culturelle, artistique, historique, on a envie de faire réfléchir sur le fait que l’humanité s’est construite à travers ces passages et ces rencontres, c’est vrai des hommes mais aussi de la cuisine, c’est vrai aussi de la musique, de la littérature, du vin, des sciences, comment les scientifiques du monde entier se parlent, et coopèrent pour apporter chacun leur pierre à des futures inventions. Donc on a envie de faire réfléchir à tout ça. Donc il est politique au plus beau sens du terme, on aura beaucoup de philosophes qui vont venir telle que Etienne Balibar, Geneviève Azam, des historiens comme Yvan Gastaut et on aura beaucoup de musique. C’est d’ailleurs tout un symbole. Ceux qui vont ouvrir le festival des Passeurs d’humanité le 12 juillet à Breil sont des réfugiés eux-même, c’est le groupe soudanais, Soudan Célestin Music. Ils s’appellent “Soudan” parce qu’ils sont Soudanais, qu’ils vivent à Vichy et qu’ils ont pris le nom de “Célestin”. Ce sont eux qui vont ouvrir le festival avec HK le premier jour.

Yann : Pour la musique soudanaise c’est juste une sublimité, c’est-à-dire que ça va nous emporter dans cette vallée qui est comme tu disais la vallée des merveilles. Je voulais savoir aussi, ton rapport à la prévention, quand on est venue te voir à la première réunion de préparation, où d’ailleurs Sanseverino a donné un gros coup de pouce pour le lancement. Je t’ai tout de suite parlé d’avoir un stand de prévention. Pour toi cette histoire du VIH qui nous trimbale depuis 35 ans, j’imagine que tu as été confronté à des amis, à certainement des choses un peu difficiles aussi.

Jacques Perreux : Oui, bien sûr, tout au long de ma vie, de ma jeunesse, de mes actions militantes. J’ai eu à connaître la souffrance, des fois la disparition d’amis, je suis très sensible, j’ai aimé les 2 derniers films qui ont été faits : « 120 battements par minute » mais aussi le film de Christophe Honoré « Plaire, aimer courir vite ». Quand on veut porter aide à des gens qui sont en danger, en détresse, qui sont perdus, qui ne savent plus où ils sont, quand ils arrivent dans la vallée de la Roya naturellement il faut être attentif à ces questions-là, donc vous êtes accueillis à bras ouverts dans ce festival des Passeurs d’humanité.

Yann : Un grand merci. Au niveau des temps comment ça se passe ? On a effectivement des philosophes, il va y avoir beaucoup de choses autour de la nature. Comment on peut s’investir dans ce premier festival ? J’imagine qu’il y a très peu d’argent, que vous recherchez des bénévoles ? Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Jacques Perreux : C’est vraiment une construction très militante, très bénévole, solidaire. On va avoir un beau programme qui est sur le site Passeurs d’humanité, tous les artistes qui se produisent, se produisent bénévolement, tous les intellectuels qui viennent évidemment le font aussi bénévolement et ils sont très heureux de le fair en général. Ils se sont mis souvent quatre pour déranger leur agenda tel qu’il était prévu. On a besoin de beaucoup des bénévoles. On en a 80, il en faudrait 120 à peu près pour que tout se passent bien. On est en accointance totale avec les militants de la vallée de la Roya, mais eux ils ont beaucoup à donner en permanence pour les maraudes, la nourriture, l’hébergement des migrants, pour les aider à faire leur demande d’asile à Nice. Il faut aussi les décharger un peu et en tous cas faire en sorte que le festival ne soit pas une charge pour eux, qu’ils puissent aussi en profiter, qu’ils puissent un peu être libérés pour avoir le meilleur contacte qu’il soit avec tous les festivaliers qui vont venir d’un peu partout en France.

Yann : En plus du site où on peut avoir tous ces renseignements, y-a-t-il un numéro de téléphone ?

Jacques Perreux : Il n’y pas de téléphone, je ne vais pas donner le mien... C’est Passeurs d’humanité, on a une page Facebook, on a une très belle affiche qui a été dessinée par Ernest Pignon-Ernest qui est une très belle œuvre d’art, et puis on a beaucoup de parrains tel que Edmond Baudoin qui a écrit “La Roya est un fleuve”, avec Jean-Marc Troubs. Beaucoup de grands dessinateurs et dessinatrices, des artistes locaux qui vont se produire au monastère de Saorge. Tout le monde est attendu, tous ceux qui débordent d’humanité, on est prêt à récupérer ce débordement du 12 au 15 juillet dans la vallée de la Roya.

Fin de l’enregistrement

Transcription : Cristina Rosati