Pierrot, témoin direct du génocide sanitaire au Gabon : « La seule solution pour les séropositifs, c’est la mort »

, par Sandra

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Pierrot, témoin direct du génocide sanitaire au Gabon : « La seule solution pour les séropositifs, c’est la mort »

Sandra : Direction le Gabon avec Pierrot qui va nous appeler tout à l’heure. Nous dénonçons le génocide des personnes vivant avec le VIH au Gabon. Peut-être pensez-vous que le terme génocide est exagéré ? Je vais vous lire un extrait d’un article publié sur Gaboneco, quotidien d’information en ligne.

La situation est « génocidaire si rien n’est fait d‘ici peu de temps », affirme l’une des malades. On se souvient que le Ministre délégué à la Santé, en recevant les PVVIH le 12 avril dernier, avait assuré que les ARV devraient arrivés à Libreville rapidement. S’il est vrai que les ARV ont bien atterris à l’Office Pharmaceutique National, OPN, il n’en demeure pas moins vrai que la quantité livrée est négligeable. En effet, les deux cartons livrés ne couvrent pas la demande nationale. Pire, les médicaments reçus ne sont conçus que pour les malades de deuxième ligne, excluant de ce fait ceux de première ligne.

Résultats : seules 30 personnes ont pu rentrer en possession de leurs médicaments, nous confirme M. Thierry Mbome, personne vivant avec le VIH. Toujours selon ce dernier, les personnes vivant avec le VIH sont en train de mourir, il y a déjà 10 décès et de nombreuses personnes sont en train d’agoniser dans les hôpitaux faute de médicaments. « Je suis allé enterrer ma cousine la semaine dernière à Lambaréné, elle était aussi séropositive. Je suis resté sans mot lorsque je suis allé au CTA de Lambaréné, les malades agonisent, et l’Etat ne semble pas réagir », explique ahuri Thierry Mbome.

Et je termine en vous donnant la définition du mot génocide : Crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ; sont qualifiés de génocide les atteintes volontaires à la vie, à l’intégrité physique ou psychique, la soumission à des conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d’enfants qui visent à un tel but.

A vous de juger !

Je vais voir si Pierrot est en ligne avec nous. Allô ?

Pierrot : Oui bonjour.

Sandra : Comment vas-tu ?

Pierrot : Ca va et vous ?

Sandra : Ok. C’est un plaisir pour nous de t’entendre à l’émission. On a, la semaine dernière et encore aujourd’hui, présenté la situation catastrophique pour les séropositifs au Gabon. Est-ce que tu peux, toi qui est un témoin direct, nous raconter ce qui se passe pour les séropositifs au Gabon ?

Pierrot : En ce moment, comme je vous disais, la situation est catastrophique. Les gens meurent tous les jours parce que tous les CTA n’ont plus de médicament. Les CTA ce sont ceux qui distribuent les médicaments aux malades. Ils sont en rupture depuis bientôt 6 mois. Des gens meurent ici tous les jours. Là, les réseaux sociaux ont repris la chose pour essayer éventuellement de passer le message aux Etats. Mais jusqu’à présent, c’est vraiment la catastrophe. Rien n’est fait.

Sandra : Le ministre de la Santé ne fait rien ?

Pierrot : Ouais, jusqu’à présent, rien n’est fait. Les gens sont dans une situation incroyable.

Sandra : Il y a eu des manifestations, des choses pour interpeller ?

Pierrot : Oui, oui. Il y a des manifestations. Les gens n’ont plus peur, ils n’ont plus honte de leur maladie, de leur situation. Donc les gens se permettent de dire ce qu’ils pensent. Et si je veux intervenir, c’est particulièrement pour ma tante qui est malade depuis bientôt 4 ans. Moi, je viens discuter avec vous parce que vous êtes une émission que j’apprécie bien, qui dénonce certaines situations. Depuis 6 mois la situation au Gabon est catastrophique. Les gens n’ont plus de médicament. Les gens sont vraiment dans la rue, je ne sais pas où ils vont là, à cette allure, c’est la mort. Il n’y pas de solution pour l’instant.

Yann : On peut savoir, d’après toi, comme tu es sur place, la faute à qui ? Vers qui vous allez vous retourner ?

Pierrot : La faute à l’Etat. Pourquoi l’Etat ? Parce que c’est l’Etat qui est chargé de distribuer ces médicaments. C’est l’Etat qui achète les médicaments au niveau des pharmacies je suppose, des grandes pharmacies. Quand ils sont en rupture, la faute ne peut être qu’à l’Etat. Vous savez, ces médicaments, personne n’a les moyens de les acheter ici, avec le train de vie que les gens ont, personne ne peut acheter ces médicaments ici. Il y a que l’Etat seul qui peut s’engager à fournir ces médicaments. Ca coûte les yeux de la tête ! C’est la première fois que ça arrive au Gabon.

Sandra : Du coup, les Gabonnais envisagent de quitter le pays ?

Pierrot : Ah oui ! Si quelqu’un doit mourir et qu’il trouve une solution dans un pays voisin ou en Europe, s’il a la possibilité, il va partir.

Sandra : Et leur premier choix c’est d’aller où ?

Pierrot : En général, ceux qui ont les moyens, c’est de venir en France. Ceux qui n’ont pas les moyens, c’est d’aller dans les pays voisins où ils peuvent trouver le traitement. Au moins ils ne vont pas mourir parce que dans les pays voisins on ne va pas les abandonner.

Yann : Il y a un monde associatif au Gabon, comment ça se passe ?

Pierrot  : Ici, il n’y a pas un monde associatif. Ici, en général, ce sont les journalistes, les médias, qui dénoncent certaines choses. Ce n’est pas un pays où les associations sont très reconnues. Ce n’est pas pareil.

Yann : Et si par exemple j’ai de l’argent au Gabon. Est-ce que je peux me fournir en médicament ? Si j’ai de l’argent et des connaissances ?

Pierrot : Je peux mais il faut déjà trouver les médicaments. Les médicaments ne sont pas vendus à la pharmacie. Il y a des maisons spécifiques où on les trouve, des endroits spécifiques. Si c’était en pharmacie, ceux qui ont les moyens peuvent se permettre. Mais si vous allez en pharmacie avec une ordonnance, vous ne trouverez jamais ça.

Alexandre : Il n’y a en plus un genre de marché noir qui s’est ouvert avec ces…

Pierrot : Marché noir, marché noir… officiellement ça n’existe pas. S’il y avait marché noir, je pense que les gens n’allaient pas en parler dans les journaux.

Alexandre : Je disais, est-ce qu’il n’y a pas malheureusement un trafic de faux médicament, un malheureux business qui se fait là-dessus ?

Pierrot : A ma connaissance non. Je pense que les réseaux sociaux en auraient parlé. Vous savez, le Gabon est un petit pays, tout se connait, tout se sait. S’il y avait ce marché, je pense que les gens allaient en parler. La preuve c’est que le jour où il n’y a eu plus de médicament dans les CTA, tout le monde était au courant. Parce que tout le monde en parle.

Sandra : Que penses-tu de l’idée que j’avais lancée la semaine dernière, d’écrire au ministre de la Santé et ces deux collègues, les délégués à la santé, les harceler de lettres et de mails pour les interpeller là-dessus, pour qu’ils se bougent enfin les fesses.

Pierrot : C’est une bonne idée.

Sandra : Du coup, je compte sur toi pour nous aider à écrire la lettre ensemble parce que toi tu connais mieux la situation là-bas, pour dire vraiment ce qui se passe et nous on va faire tout ce qu’on peut pour relayer ça avec un communiqué de presse, des pétitions pour interpeller même les gens ailleurs au Gabon.

Yann : Si par exemple tu as un médecin traitant, un infectiologue, une partie de la médecine comme ça qui peut t’appuyer en t’aidant à dénoncer ce qui se passe, c’est toujours un plus ?

Pierrot : Le problème n’est pas celui-là. Le ministère de la Santé est au courant de la situation. C’est parce qu’eux-même ils ont sorti une note qu’ils ont affiché devant ces maisons-là pour dire qu’il y a rupture, qu’ils s’excusent du désagrément. Si eux ils sortent, qui les nomme ? C’est le ministère qui les nomme. Si eux se permettent d’écrire ça, c’est parce qu’ils ne peuvent rien, ils n’ont pas de solution pour les malades. C’est ça le plus important. Les malades viennent tous les jours et ils se rendent compte qu’il n’y a rien. A un moment donné, tout le monde crie. Tout le Gabon est au courant.

Alexandre : Quelle solution tu…

Pierrot : Pour l’instant, il n’y a pas de solution. La solution c’est la mort. Pour l’instant c’est la mort.

Yann : Oui donc, c’est vraiment de faire un maximum de bruit pour que l’Etat gabonnais…

Pierrot : Les gens font tous les jours du bruit.

Sandra : Faut pas lâcher et il faut que le bruit dépasse le Gabon.

Pierrot : Il y a des gens qui continuent à faire le bruit, qui sont très affectés. Les gens qui sont atteints moralement. Des gens qui attendent tous les jours pour partir, qui n’ont pas de solution. Il y en plein comme ça ! Vous savez, cette maladie, elle est mondiale. Et ici, le taux n’est pas très élevé mais il est élevé quand même.

Sandra : Pierrot, compte sur nous, on ne va pas te lâcher, on va continuer à en parler jusqu’à que la situation redevienne normale pour les séropositifs du Gabon. Je te remercie pour ton appel et puis on se tient au courant des avancées, ok ?

Pierrot : Ok, merci, bonne journée.

Alexandre : Merci pour ton appel et on te souhaite bon courage sur place.

Pierrot : Merci, à bientôt.

Alexandre : Si vous avez une réaction, ouais, c’est assez terrible ce qui se passe là-bas, si vous avez une réaction, un commentaire, un message de soutien pour toutes les personnes gabonnaises qui sont dans le besoin, vous pouvez nous écrire sur notre site comitedesfamilles.net, sur Facebook Comité des familles, sur Twitter @vihradio ou même par téléphone au 01 40 40 90 25, vous le savez.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE