Sidaction 2016 : le misérabilisme est-il nécessaire pour récolter des fonds ?

, par Sandra

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Sidaction 2016 : le misérabilisme est-il nécessaire pour récolter des fonds ?

Sandra : Micro-trottoir, c’est parti. Un petit point sur le Sidaction. 4,2 millions de promesses de dons cette année. Pareil qu’en 2015 mais « seulement » 3,6 millions d’euros avaient été concrétisés, un chiffre en légère baisse par rapport à 2014, selon Sidaction. Pour rappel c’est Pierre Bergé qui est le président de Sidaction depuis 1996 (Ensemble contre le sida à l’époque). Le 1er Sidaction c’était en 1994, toutes les chaines avaient diffusé la soirée du Sidaction. Pour rappel, la soirée du Sidaction s’était ouverte avec Barbara, une femme séropositive. Aujourd’hui maintenant ça a changé. J’ai interrogé 4 personnes dans la rue pour savoir ce qu’ils pensaient de la campagne de prévention de Sidaction cette année. On écoute ça.

Début de l’enregistrement.

Annick : Presque 62 ans, professeur de lettre

Sedou : Né en 1991.

Claude : Encadrant technique d’insertion, 59 ans.

Lydia : Agent territorial spécialisé en école maternelle, 62 ans.

Sandra : Je vais vous lire quelques spots, et vous allez me dire ce que vous en pensez et qu’est-ce que cela vous apprend sur la vie avec le VIH.

Si elle n’a pas d’amis, ce n’est pas parce qu’elle est trop chiante, avec le Sida la vie est beaucoup plus compliquée. Qu’en pensez-vous ?

Annick : Je trouve que c’est un peu compliquée justement (rires). Je ne sais pas si l’effet produit est très efficace.

Sandra : Alors il y en a d’autres.

S’il n’a pas de mec, ce n’est pas parce que c’est un sale égoïste.
Si elle n’est pas venue bosser, ce n’est pas parce que c’est une grosse feignasse.
Si sa chambre est un vrai foutoir, ce n’est pas parce qu’il aime vivre dans le bordel.
S’il a raté son examen, ce n’est pas parce que c’est un petit branleur

Avec le Sida, la vie est beaucoup plus compliquée.

Annick : Oui, si, c’est quand même assez explicite. C’est pour aller contre les préjugés, l’image superficielle et puis faire comprendre que le VIH c’est quelque chose de grave. Donc les gens qui agissent d’une manière ou d’une autre, c’est parce qu’ils souffrent d’une maladie grave et qui par ailleurs est mal jugée par beaucoup de gens. Enfin, moins aujourd’hui quand même. Les préjugées sont moindres, mais bon.

Sedou : Vraiment, cette maladie est très dangereuse. Quelqu’un ne peut pas vivre heureux avec une femme. Si tu veux une femme, il faut la connaitre bien, parce que la maladie du Sida ce n’est pas bon. Ou si tu te protèges bien quand tu fais quelque chose.

Claude : Oui, peut-être, ça peut être des raisons valables qu’à cause du Sida, justement, il y a beaucoup de choses qu’on ne peut pas faire. Ceci dit, aujourd’hui il y a des traitements, quand on peut en bénéficier, je pense que la vie est plus facile.

Lydia : VIH je connais parce que j’avais un ami qui en était atteint. Donc ça fait très longtemps que je suis ça et d’autre part, s’agissant des spots, je ne suis pas tout à fait d’accord. Même pas du tout parce que quand ça fini par “la vie c’est plus compliquée”, avec un cancer la vie c’est plus compliqué aussi. Donc je pense que la formulation n’est pas très bonne, pas très judicieuse. Globalement, les spots ne me plaisent pas.

Sandra : Qu’avez-vous pensé de la soirée Sidaction 2016 diffusée à la télé sur TF1 ?

Annick : Je ne l’ai pas regardée. Je regarde jamais (rires). Je suis au courant. De toute façon le ruban est sur plusieurs chaînes et puis on en parle dans les médias, etc. Je pense que c’est bien de toute de façon. TF1 bon, je n’ai pas d’amitié particulière pour TF1, que je ne regarde strictement jamais, ni pour monsieur Bouygues. Sinon, en soi, la démarche est bonne.

Sedou : Bon, souvent, si je suis à côté de la télé, j’ai le temps, je peux regarder. Mais pas tout le temps.

Sandra : D’accord. Parce qu’il y avait une soirée spéciale Sidaction, est-ce que vous l’avez vu ou pas ?

Sedou : Non.

Claude : Je suis désolée, je n’ai pas regardé.

Lydia : Ah, je ne l’ai pas suivie du tout.

Sandra : Combien avez-vous donné à Sidaction cette année ?

Annick : Rien. Je donne à d’autres mais à ça. Au Secours populaire, Amnesty International, La ligue pour les oiseaux, LPO, etc. Mais je ne donne pas pour le Sida parce que je considère qu’il y a plus de gens qui donnent pour le Sida ou pour la myopathie, les maladies rares, parce qu’il y a des grosses campagnes médiatiques alors que, bon, le Secours populaire il fait des campagnes quand il peut mais enfin…

Sedou : Non.

Claude : Rien.

Lydia : Je n’ai pas donné. Ca m’est arrivé mais pas cette année.

Sandra : Connaissez-vous les modes de transmission du VIH ?

Annick : Oui.

Sandra : Lesquels ?

Annick : C’est par… ou bien… par le sang et donc par les rapports sexuels également.

Sedou : Je ne sais pas.

Claude : Je pense les connaitre oui. Les rapports sexuels sans protection, les échanges de seringues qui sont certainement les deux plus connus. D’autres, s’il y en a, je ne les connais pas.

Lydia : Oui, les relations sexuelles, les seringues… oui, surtout.

Sandra : Comment se protéger du VIH ?

Annick : La capote anglaise, enfin le préservatif. French letters ! (rires)

Sandra : Ah, je ne connaissais pas ce terme.

Annick : En français on dit capote anglaise donc on leur renvoie la politesse et les anglais nous renvoie la chose en disant French letters.

Sedou : S’ils sont dans la pharmacie, tu peux acheter partout. Tu peux te protéger. Il y a pour les femmes et les hommes.

Sandra : Ca s’appelle comment ?

Sedou : Capote.

Claude : Bah oui, en évitant justement tous ces risques, c’est-à-dire quand on a pour une première fois un rapport sexuel, utiliser un préservatif et ne pas prendre de seringue d’un autre toxicomane qui en prêterait une.

Lydia : Préservatif essentiellement.

Sandra : Et dernière question, savez-vous qu’une personne séropositive qui prend correctement son traitement, qui a une charge virale indétectable depuis plus de 6 mois et pas d’autre IST ne transmet pas le VIH ?

Annick : Il me semble que oui en effet oui, mais là je ne suis pas sûre à 100% !

Sandra : Si, si, c’est vrai. C’était pour savoir si vous aviez déjà entendu l’information.

Annick : C’est justement pour ça que les mesures de rejet d’ostracisme dans des entreprises, etc. vis à vis déjà des malades comme si c’était une honte, c’est intolérable mais en plus il y a de la bêtise quoi de croire qu’on va être contaminé soi-même, c’est n’importe quoi.

Sedou : Vraiment si quelqu’un a fait ça, ça fait très bien. Tu dois voir un médecin pour faire ton traitement, bien. Vraiment c’est bien.

Claude : Je le savais.

Sandra : Vous avez eu l’information comment ?

Claude : Je me suis renseigné.

Lydia : Euh, je ne suis pas certaine (rires).

Sandra : Bon, mais je vous le dis, c’est une information vraie. C’était pour savoir si vous connaissiez l’information.

Lydia : Ah c’est confirmé ?

Sandra : Oui, oui depuis des années mais malheureusement ce n’est pas un message qui passe au niveau du grand public.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Et voilà, c’était le petit micro-trottoir que j’ai réalisé au mois d’avril sur Sidaction. Alors, autour de la table, le Sidaction, qu’en pensez-vous ? Et que pensez-vous des réponses qui ont été apportées par ces gens ?

Yann : Je trouve ça plutôt rassurant, du moins ce que les gens ont perçu, vu que dans l’ensemble les séropositifs comme je suis, n’ont pas tellement apprécié cette campagne qui était pour nous très discriminante surtout qu’on essaye quand même de changer le visage du séropositif en Europe, en France. Parce qu’en dans d’autres pays européens c’est encore plus compliqué. Mais voilà quoi, c’est assez rassurant parce que le quidam n’a pas tellement accroché, ce côté un peu misérabilisme, ça ne prend pas apparemment. Et moi bien sûr, en tant que séropo, ce n’est pas du tout ce que je défends comme image même si dieu sait quand on apprend sa séropositivité même en 2016, ça reste un météorite et qu’on a l’impression de tout perdre je veux dire, tous ses repères en tout cas. Il y a tellement de choses ici en France pour briser l’isolement que je ne sais pas si c’est une bonne technique. Alors après peut-être que la pitié fait donner plus d’argent. Faut voir aussi ce côté commerce et comment ramener de l’argent. Les mecs se mettent autour d’une table en disant qu’elle est le truc qui peut faire que les gens vont mettre l’argent, la main à la poche quoi.

Annabel Desgrées Du Loû : Je suis d’accord. Le Sidaction c’est très important et pour nous en particulier les chercheurs parce qu’ils nous aident énormément à faire de la recherche et puis c’est des gens vraiment bien à Sidaction. Mais je suis tout à fait d’accord avec tout ce qui a été dit et ça me fait plaisir effectivement qu’on ait ces réactions-là dans la rue parce que nous ce qu’on voit dans l’enquête dont je vais parler tout à l’heure, c’est exactement le contraire. C’est-à-dire qu’effectivement, il y a ce qu’on appelle la capacité de résilience, mais c’est-à-dire qu’après le diagnostic, on voit que le diagnostic ça file un coup au moral, mais qui ensuite, on se remet en selle et surtout les choses concrètes, c’est-à-dire, on voit qu’il n’y a pas d’impact sur… il n’y a pas de perte du travail, de rupture du couple. La vie continue. Et je pense que c’est ça qui est important à dire.

Alexandre : Je rejoins un peu ton avis Yann sur le sujet. Malheureusement pour recueillir des dons ce sera toujours plus efficace, c’est malheureux, mais ce sera toujours plus efficace de dire on meurt du Sida plutôt qu’on vit avec le VIH. Pour recueillir des dons, c’est un misérabilisme.

Sandra : Moi, je ne suis pas d’accord. Le VIH ça fait des années que ça existe, donc 30 ans. Si les gens voient qu’il n’y a pas d’évolution, on donne et puis finalement la recherche… on dirait qu’il n’y a pas de progrès faits. Alors que si le message, justement les personnes étaient très étonnées d’apprendre qu’une personne qui vit avec le VIH, qui prend correctement son traitement, n’a pas d’autre IST, ne transmet pas le VIH, ils étaient surpris de l’apprendre et ils m’ont tous dit qu’il faudrait que ce message passe plus. Et ça montre que la recherche fait des progrès, que c’est bien de donner parce que justement, ça permet de donner les moyens aux chercheurs de faire de nouvelles découvertes.

Yann : Oui, mais tu comprends que l’argent si on passe ce type de publicité, d’annonce, l’argent tombera beaucoup moins.

Sandra : Je ne sais pas, ça n’a jamais été fait alors…

Yann : Ah bah ça me parait évident vu que… on est moins dans la peine, on est en train de faire une annonce assez magnifique en disant un séropositif vit pratiquement comme tout le monde et en plus n’est plus contaminant s’il est traité. Même si je suis d’accord avec toi, j’aimerai bien voir ça dans le métro sur une affiche. Après c’est évident que pour la recherche, faut pas oublier que s’il y a eu autant d’avancées dans cette maladie, le chercheur pourrait nous le dire, c’est aussi parce qu’il y a eu énormément d’argent, faut pas se mentir. Il y a rarement eu une maladie où on a évolué aussi rapidement.

Annabel Desgrées Du Loû : C’est vrai. C’est unique dans l’histoire de la médecine. En 30 ans. Moi, je suis souvent obligée de dire autour de moi, les choses vont remarquablement bien. En communication, c’est bien mieux pour aller chercher de l’argent, de dire ça va mal que de dire ça va bien. Ca, c’est sûr. Ce qu’il faut dire aussi, c’est peut-être ça qu’il faut faire passer comme message, c’est que tout l’argent qui est mis dans la recherche pour le Sida sert à la recherche pour la santé en général. Ce qu’on découvre, les molécules qu’on découvre pour le Sida ça sert par exemple pour l’hépatite B, c’est déjà le cas. Ca sert aussi pour les cancers. Ca fait avancer la recherche sur le système immunitaire en général et ça sert ensuite à tout le monde.

Alexandre : Vos réactions, vous le savez, sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE