Bien manger, pour vous c’est quoi ? Découvrez les ateliers nutrition au Comité des familles

, par Sandra

JPEG - 396.4 ko
Christian, Ilaria et Mohamed
Bien manger, pour vous c’est quoi ? Découvrez les ateliers nutrition au Comité des familles

Sandra : On va parler d’alimentation, de nutrition, dans le cadre de l’ETP, l’éducation thérapeutique du patient avec Ilaria, puisque tu es coordinatrice du programme ETP au Comité des familles et donc tu vas nous parler de deux choses. Yann aurait dû être là aujourd’hui pour parler d’un atelier qui a eu lieu au Comité des familles mais là, il est en plein déménagement donc bah bon courage Yann, j’espère que tout se passe bien. Donc tu vas le remplacer, j’espère que ça ira Ilaria ?

Ilaria : Bah oui (rires).

Sandra : Par quoi veux-tu commencer ?

Ilaria : Déjà en fait ma présence ici ou la présence d’une autre personne de l’équipe ETP c’est pour rappeler à tous nos chers auditeurs que le Comité des familles propose un programme d’éducation thérapeutique du patient, donc ETP, vous pouvez à tout moment appeler le 01 40 40 90 25 et demander d’intégrer notre programme d’éducation thérapeutique du patient. Nous sommes là régulièrement pour essayer d’aborder différents sujets. Aujourd’hui je souhaitais parler avec Yann mais vu que j’ai écrit la trame de l’atelier avec lui bon, je pourrai quand même vous donner des informations détaillées de l’atelier nutrition et de notre atelier qui est né ensuite suite à cette atelier de nutrition, que j’ai élaboré avec un diététicien, Fabrice, formé en éducation thérapeutique du patient et qui est né cet atelier suite à une première rencontre, le diagnostic éducatif, pendant lequel, j’ai pu rencontrer plusieurs membres qui ont manifesté le besoin de discuter d’alimentation et nutrition. Donc voilà la petite démarche éducative sur laquelle je mets toujours un bon accent pour rappeler que l’éducation thérapeutique, on la commence avec un premier rendez-vous avec moi où on essaye de se connaitre dans le détail et voir qu’est-ce qu’on peut mettre en place pour travailler vos connaissances, vos compétences autour du VIH mais pas seulement. Et du coup, c’est pour cela que j’ai voulu parler justement de nutrition parce que nutrition, c’est un sujet qu’on aborde pas forcément que sur le VIH, au contraire, mais voilà, plusieurs de nos chers membres avaient besoin de parler de la nutrition, de l’alimentation dans une situation souvent, mais pas toujours, de précarité. Donc dans un contexte quand même social particulier. Donc on a décidé de construire un atelier d’1h30 où déjà on se questionnait sur quelle place a l’alimentation dans ta vie, quelle importance a l’alimentation et quand je dis alimentation, c’est bien manger, bien se nourrir, dans ta vie, parce que voilà, peut-être qu’on n’y pense pas, on n’y pense trop. Donc voilà, ça c’était…

Sandra : On peut peut-être poser la question à Christian et Mohamed tiens !

Ilaria : Oui.

Sandra : Quelle place l’alimentation a dans votre vie ?

Mohamed : Moi, pour ma part, je sais que mon appétit a diminué depuis la prise du traitement et je sais que c’est pareil par rapport à d’autres malades qui rencontrent des problèmes, pas spécifiquement d’alimentation mais qui n’arrivent pas à gérer leur prise de traitement avec leur repas. Ca fait que c’est incompatible avec la digestion ou le manque d’appétit. Et c’est ça que je constate sur la durée quoi. Maintenant, c’est vrai que bien se nourrir c’est important.

Ilaria : En effet, l’inappétence ça sort très souvent, ça peut être lié au traitement mais aussi parfois le fait qu’on est obligé de manger seul ou de manger des assiettes qui sont très loin des assiettes que maman nous préparait au bled.

Mohamed : Les trucs de nutritionnistes, ils demandent quand même un sacrifice au sens… c’est des légumes secs, frais, des légumes verts, des yaourts blancs, ça tire plus vers le vegan on va dire, la nutrition qu’on propose en général.

Ilaria : Si on pense déjà qu’on utilise un mot comme régime, ça fait un peu sacrifice, du coup, c’est assez strict alors qu’à la base la diet vraiment, dans l’étymologie grecque c’est bien se nourrir, bien vivre…

Mohamed : A base de légumes, de petits trucs composés, pour eux c’est très peu, c’est pas consistant. Ce n’est pas un repas… (rires). Vous voyez ce que je veux dire ? Après, c’est selon le mode de vie, je vous dis ça… c’est des gens qui n’ont pas un mode de vie très régulier, ils ne mangent pas matin, midi et soir. C’est des gens, ils mangent un chausson aux pommes à 4h et un sandwich à 7h. Ca dépend.

Ilaria : Justement, on essaye de discuter de ça. C’est vrai qu’on a plusieurs animations dans l’atelier. Donc la deuxième partie, et après je laisse la parole à Christian parce que j’ai envie aussi de savoir qu’est-ce qu’il pense de l’alimentation dans sa vie. Mais c’est justement d’avoir une mise en situation où on met justement un exemple, monsieur Moussa qui se retrouve en France, en situation de précarité, qu’il est habitué un peu comme tu dis à manger tout et n’importe quoi à toutes les heures, il ne s’est pas trop posé de questions. Et on est là justement pour essayer d’évaluer les freins que la société ou nous-même on s’impose pour avoir une bonne alimentation.

Christian : Je ne sais pas si Ilaria a fini parce que j’ai 3 questions quand même…

Sandra : Non, elle n’a pas terminé mais tu peux poser tes questions.

Christian : Je risque d’être un petit peu long donc je préfère laisser…

Sandra : On a le temps Christian, vas-y.

Ilaria : Déjà, savoir quelle place à l’alimentation dans ta journée ou dans ta vision de la vie ?

Christian : Une place vraiment très importante. Une place extrêmement importante et voyez-vous, lorsque vous parlez d’alimentation à quelqu’un qui se nourrit très mal, vraiment c’est comme des coups de sabre dans l’eau. Parce que nous voulons bien manger et en fait on ne sait pas comment manger. Je mange n’importe quoi et ça nous rend malade, ça nous crée tous les maux pour quelqu’un qui n’a pas de moyen, comment devrait-il s’alimenter ? Vraiment pour moi l’alimentation a une place de choix mais n’ayant pas de moyen, je peux jurer que je mange très mal. Je ne mange pas bien, je ne mange pas sain, je mange tout ce que je vois. C’est n’importe quoi. Voyez-vous, c’est la catastrophe.

Ilaria : Si je comprends bien, il y a 2 points. Un point lié à les connaissances, “je ne sais pas ce que ça veut dire bien m’alimenter”. L’autre point c’est le fait que “je le sais mais je n’ai pas les moyens”. Justement, autour de ça, moi je rajouterai aussi, pour moi bien manger c’est manger du pondou, du saka saka, alors que je me retrouve en France où je ne connais même pas ce que c’est un artichaut, je ne sais pas ce que c’est un chou. Je rejoins le deuxième sujet de mon intervention, “je ne sais pas comment le préparer”. Je n’ai aucune idée de comment je vais le faire. Alors c’est vrai que ce sont des ateliers qui essayent de s’adapter au vécu de chacun mais on essaye aussi de donner une petite touche en plus colorée, française. On essaye toujours d’apprendre à se réadapter, enfin je n’aime pas trop cette façon de dire mais c’est un peu ça en pratique. Ici à la radio, j’essaye d’être vraiment pratique. Donc d’un côté c’est évalué dans le pondou qu’est-ce qu’il y a, si c’est bon, si ce n’est pas bon. On discute assez pendant ces ateliers de la typologie voir aussi de l’huile. Dans plusieurs plats africains, il y a l’huile de palme donc c’est arrivé de discuter autour de l’huile de palme, d’évaluer aussi le fait qu’il y a la fréquence derrière la quantité. Donc je peux manger un produit qui est bien mais je le mange trop et trop souvent. Donc c’est pour cela qu’on essaye de passer par la pyramide alimentaire qui nous permet justement de mettre de l’ordre sur la quantité et sur la fréquence. Ca nous permet aussi de parler de la quantité d’eau parce qu’on oublie souvent que quand on parle de bien s’alimenter il y a aussi bien boire. Quand je dis boire, c’est boire de l’eau ! Et dans la bonne quantité ! Et aussi, il ne faut pas oublier l’activité physique. Donc, vous voyez, c’est un sujet quand même très large, qu’en éducation thérapeutique on essaye d’aborder en plusieurs fois. Pendant un atelier, on ne discute pas de tous ces sujets. On a quand même des objectifs spécifiques, pédagogiques, qu’à chaque fois on travaille. Mais ça nous donne après des idées pour ouvrir d’autres ateliers. Donc au premier atelier nutrition, on crée un deuxième atelier de cuisine justement lié au fait que, maintenant on sait ce que ça veut dire plus ou moins bien manger, je n’ai pas de feuille de manioc mais je peux utiliser des épinards peut-être. Comment je vais le préparer ? Voilà, c’est un deuxième atelier.

Sandra : Au deuxième atelier, vous avez fait la cuisine ensemble.

Ilaria : C’est ça.

Sandra : Vous avez cuisiné quoi ?

Ilaria : En fait, c’était un premier atelier donc comme tous les premiers ateliers, il y a les remarques positives et négatives…

Sandra : Des points à améliorer.

Ilaria : Oui, des points à améliorer. Mais en tout cas, on a profité du fait que le mercredi au Comité des familles, on propose des invendus.

Sandra : Oui, on va récupérer des invendus au Monoprix St Paul, effectivement.

Ilaria : Donc on a pu mettre de côté des légumes plutôt européens, se questionner autour de ces légumes. Dans l’atelier nutrition, on avait utilisé plutôt des aliments factices alors que dans l’atelier de cuisine, c’était réel.

Sandra : Il y avait du céleri, des artichauts, du chou-fleur, des légumes que les personnes au Comité des familles n’ont pas l’habitude de cuisiner.

Ilaria : Il faut dire aussi que les participants étaient des personnes très curieuses donc on avait créé cet atelier un peu différent parce qu’en fait, il y avait des personnes qui avaient manifesté la curiosité de savoir ce que c’est. Parce que sinon, une personne africaine, ça peut aussi lui faire peur, elle peut se dire “je ne vais pas changer comme ça radicalement mon alimentation”. L’étape après, c’était de voir est-ce que vous savez comment le préparer, quels sont vos moyens pour le préparer ? Parce que voilà, un artichaut moi j’étais habitué à le faire dans la poêle alors qu’il y a une chef de cuisine, Lucia, qui s’est montré disponible pour venir pour nous aider à construire cet atelier qui nous a donné une idée, ah vous savez, ça se nettoie comme si, comme ça, on peut le faire au micro-onde. Alors que moi aussi, italienne, cuisinière quand même, je n’avais jamais entendu parlé de ça ! (rires).

Sandra : Bah moi aussi, première nouvelle ! (rires).

Ilaria : Et après on a rajouté le fait d’imaginer des assiettes de chez nous, quand je dis chez nous, chacun a ses origines, revisitées avec ce qu’on avait devant nous. Donc je reviens sur la feuille de manioc, peut-être on peut utiliser des épinards. Le poisson fumé, peut-être il y a un autre aliment qu’on peut trouver sur le marché, avec un prix accessible. Et là en fait, je rejoins aussi Christian, c’est vrai que la société nous pousse à croire qu’il faut dépenser beaucoup d’argent pour bien se nourrir, mais ça aussi c’est de la publicité parce qu’on peut manger des légumineuses à des prix… des haricots, des petits pois, qui ne sont pas du tout cher, qui sont complets. Donc pas besoin toujours de dépenser beaucoup. On essayerai de plus en plus de travailler sur le choix. Comment je peux choisir une chose plutôt qu’une autre ? Donc travailler aussi sur l’origine des aliments, savoir qu’il y a le producteur ici à côté et il y a le même produit qui arrive de l’autre côté du monde, il y a une différence. Il y a une différence peut-être sur le prix mais au moins je le sais.

Christian : Je peux vous assurer que pour un africain, bien s’alimenter, c’est très difficile. C’est très complexe parce que quand vous parlez de poisson fumé, quand tu vas chercher le poisson fumé dans le supermarché, tu le vois tout frais. Chez nous il est tout sec. Ici on enlève toutes les écailles alors que l’africain est habitué à manger le poisson avec tout. Bon, puisqu’on n’a plus assez de temps, je voudrai poser quelques questions. La première question est, est-ce que c’est vrai qu’il faut augmenter sa dose quotidienne de protéine quand on est sous ARV ? Combien de protéines faut-il manger par jour ? Maintenant je vais argumenter par une anecdote pour poser la troisième question. Voyez-vous, j’ai causé avec quelqu’un à l’association qui m’a dit qu’il allait faire son petit bilan et tout. On a rien trouvé. Les reins sont bons, les poumons sont bons, la charge virale indétectable et tout, il se porte bien. Mais malheureusement il a des petits boutons qui sortent sur lui. Il demande au médecin mais qu’est-ce qui se passe ? Le médecin lui dit ton sang est bon, il n’y a pas de souci. Tu n’as pas de problème. Le médecin tergiverse entre une piqûre d’insecte ou alors un moustique et puis, à lui de dire au médecin mais est-ce que ce n’est pas l’alimentation ?
Il demande au médecin ce qu’il faut faire, s’il doit prendre des antibiotiques. Le médecin lui dit non, tu n’as rien à prendre, tout ce que tu dois c’est du diaseptyl solution, une application cutanée que le médecin lui propose et moi je viens ici pour demander est-ce que franchement l’alimentation peut donner des boutons ? Si quelqu’un qui n’a pas de moyen, est-ce qu’il peut manger normalement ?

Ilaria  : Pas mal de questions. Déjà je vais prendre le sujet des protéines. Je ne peux pas te répondre sur combien de protéines par jour parce qu’il faut quand même toujours une séance individuelle. Donc ça, on le propose aussi au Comité des familles. Pour avoir un régime alimentaire équilibré, faut quand même une séance individuelle pour comprendre par rapport à ta taille, ton âge, ton genre. Par rapport toujours aux protéines, il faut dire qu’il y a plusieurs typologies de protéines. Donc on peut avoir des protéines au niveau animal, du boeuf, mais aussi les légumineuses, les petits pois contiennent aussi des protéines, surprise ! Les légumineuses contiennent des protéines mais aussi du sucre donc dans les haricots, les petits pois, les pois chiche il y a tout dedans. J’espère n’avoir rien oublié.

Et par rapport aux boutons, alors ça, ça devient un peu plus compliqué de te répondre. Je pourrai penser à une allergie peut-être même si les allergies se manifestent plutôt à un âge plus jeune, surtout si on introduit un aliment vraiment qu’on a jamais goûté avant mais bon, les allergies se manifestent plutôt avant le 24ème mois de naissance, du coup ça m’étonne un peu mais ça peut arriver. Après évidemment dans ce cas-là, s’il y a un diététicien, il va orienter le patient vers un médecin. Surement il y a quand même des examens à faire pour voir si vraiment une réaction alimentaire.

Mohamed : On est dans une société où le monde mange mal. Et là, ce que j’ai l’impression de comprendre, c’est que tu demandes à des gens, déjà non seulement ils sont malades entre guillemets, ils sont un peu plus diminués, de vouloir s’adapter à une nourriture plus ou moins végétarienne alors qu’eux sont habitués à une nourriture… comment appelle ça, avec viande ?

Ilaria : Mais en fait déjà, ce n’est pas forcément moi qui demande, c’est eux. Et on ne discute pas que de ça. Un membre qui a participé à cet atelier, africain, jeune et qui souhaite devenir végétarien, je t’assure ! Ca m’a quand même étonné. Et à ce moment-là, j’essaye de m’adapter à lui. Le défi c’est quoi ? C’est essayer de prendre en charge les représentations de chacun mais détruire aussi les a priori, tu vois ce que je veux dire ?

Mohamed : Ce que j’ai cru comprendre c’est que tu remplaces des protéines avec autre chose. Mais si cet aliment-là ne convient pas à la personne. Même s’il y a des vitamines, pour lui c’est immangeable.

Ilaria : Et ce n’est pas pour rien qu’on commence par, qu’est-ce que tu connais, qu’est-ce que tu imagines, quel est la place de l’alimentation ? Moi, je ne suis pas végétarienne et ce n’est pas mon but de convaincre. Mon but c’est de donner des informations. Au Comité des familles, on a un public qui vient de plusieurs cultures alimentaires et donc justement, le défi c’est de trouver des solutions pour s’adapter, trouver une solution économique et faisable pour retrouver l’assiette de chez nous. Difficile mais faisable.

Sandra : On arrive à la fin de l’émission. Si vous avez des questions, si vous vous dites ouais d’accord, moi je veux bien manger mais je n’ai pas les sous, je n’ai pas de cuisine chez moi, comment faire pour me cuisiner des repas alors que je n’ai pas de chez moi ? N’hésitez pas, vous appelez au Comité des familles au 01 40 40 90 25 et Ilaria se fera un plaisir de vous inclure dans le programme ETP et vous pourrez discuter de ça tranquillement et construire un programme individuel, rien que pour vous, sur mesure.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE