Pour Ibrahim Maalouf, ne pas se faire dépister du VIH c’est « se mettre en danger et mettre en danger les autres »

, par Sandra

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Ibrahim Maalouf à Solidays 2017
Pour Ibrahim Maalouf, ne pas se faire dépister du VIH c’est « se mettre en danger et mettre en danger les autres »

Sandra : Voici la suite de nos discussions sur le festival Solidays, et pour se mettre dans l’ambiance, je vous propose d’écouter Ibrahim Maalouf avec le titre Nomade Slang

Diffusion du titre Nomade Slang, Ibrahim Maalouf

Sandra : Tout simplement, je vous propose d’écouter Ibrahim Maalouf de vive voix, puisque j’ai pu le rencontrer au festival Solidays. On écoute et puis ensuite on commente avec Christian et Mohamed.

Début de l’enregistrement.

Sandra : Solidarité Sida t’a contacté pour participer à Solidays, pourquoi tu as dit oui ? Et ma deuxième question, si un membre de ta famille vient t’annoncer sa séropositivité, “viens te dire, j’ai un truc à te dire, ce n’est pas facile, je suis séropositif” ; quelqu’un de ta famille ou un ami proche, quels seraient tes premiers mots, quelle serait ta réaction ?

Ibrahim Maalouf : Donc deux questions. La première, alors ce n’est pas la première fois que je viens à Solidays. A chaque fois qu’on m’a invité, j’ai été ravi de venir faire partie de tous ces artistes qui viennent défendre en effet cette cause et la solidarité en général. Surtout ces sujets-là qui je crois ne sont pas tant que ça encore rentrer dans les moeurs. Il y a encore du chemin à faire. C’est étonnant, je trouve. Parce que ça fait un moment quand même qu’on en parle et qu’on fait du bruit. Mais j’ai l’impression qu’il y a encore du chemin à faire. Evidemment en France, on a intégré ça beaucoup mieux que dans beaucoup d’autres pays dans le monde mais ça reste quand même encore… il y a encore du chemin à faire.

Maintenant, si quelqu’un m’annonçait sa séropositivité, quelqu’un de proche, de ma famille, je serai incapable de vous dire maintenant quelle serait ma réaction, parce que je ne l’ai pas encore vécu. Je ne sais vraiment pas. C’est en toute sincérité. Je pourrai vous dire quelle réaction j’ai envie d’avoir mais ce n’est pas la question. Je ne sais pas. Je pense qu’il y a d’un côté la difficulté de la maladie à affronter et le besoin en même temps d’être entouré, solidaire autour et parce que malgré tout, il y a encore beaucoup d’espoir dans la recherche, dans beaucoup de domaines qui entourent la séropositivité donc voilà, j’essaierai de voir les choses de manière pragmatique et à la fois d’essayer de mettre du bonheur dans la vie de la personne qui va souffrir de ça.

Barbara : Bonjour Ibrahim, on est à l’heure de la musique électronique, de la musique synthétique, comment expliques-tu que tu puisses avoir autant de succès avec ta trompette et ta musique authentique ?

Ibrahim Maalouf : Elle est marrante cette question ! (rires). Alors, déjà, je voudrai corriger un petit truc, c’est qu’il y a toujours eu un tout petit peu d’électro dans ma musique mais ça ne s’est jamais fait de manière… ce n’est jamais bourrin quoi. Si vous écoutez mon tout premier album, donc “Diaspora”, il y a plein de trucs électros partout, mais c’est juste que ce n’est pas boum boum qui est derrière. C’est en ça que ce n’est pas électro. Et dans tous mes albums, sauf ceux qui sont vraiment acoustiques, il y a toujours un petit peu d’électro. Même dans le dernier, “Red & Black light”, il y a un tout petit peu d’électro. Donc, je suis moins catégorique que vous. En revanche, je suis persuadée que ce n’est pas forcément à moi de m’adapter à la mode, c’est à la mode de s’adapter à moi. Et je pense que tous les grands créateurs de mode vestimentaire ont compris ça. Et c’est eux qui inventent des trucs et c’est la mode qui devient ce qu’ils ont inventé et pas l’inverse. Et nous, on est des créateurs. Moi, je suis un inventeur de musique, je suis un musicien évidemment mais je ne suis pas juste un musicien. Je suis quelqu’un qui aime bien inventer des trucs. Donc c’est en inventant qu’on crée des nouvelles idées et des nouvelles modes. J’espère.

Sandra : Si quelqu’un venait te voir, en particulier un jeune, parce que Solidays c’est le festival on va dire des jeunes principalement, et venait te dire “de toute façon moi, je n’ai pas besoin de me faire dépister du VIH, parce que je suis clean, ma copine ou mon copain est clean, je n’ai pas besoin, ça ne me concerne pas, je ne serai jamais séropositif/ve, parce que je ne vais pas à droite à gauche ou parce que je ne suis pas homosexuel”. Qu’est-ce que tu dirais à quelqu’un qui n’a pas du tout envie d’aller se faire dépister ?

Ibrahim Maalouf : Je lui conseillerai d’aller se renseigner un peu plus. Je lui dirai d’aller se renseigner parce que les choses ne sont pas aussi simples et que ça mériterait… les certitudes dans ce domaine-là, il ne faudrait pas en avoir trop. On se met en danger, on met en danger les autres. Donc je conseillerai tout simplement d’aller se renseigner vraiment et de prendre un peu plus connaissance de la réalité des faits et ensuite de se faire son opinion.

Un journaliste : Et si on te proposait le poste de ministre de la culture, quel chantier tu aborderais en premier ?

Ibrahim Maalouf : Alors, juste je précise, jamais on me le proposera et jamais je n’accepterai. Si jamais dans un autre monde, ça devait arriver, l’éducation. L’éducation musicale mais l’éducation aussi. J’essaierai de prendre le ministère de l’éducation nationale par la main et ensemble on essaierait de développer des projets parce que je pense que la culture et l’éducation nationale ça devrait être un seul et même… pour moi, c’est global. Bon, je ne devrai pas dire ça parce que du coup, si on fait ça, ils suppriment la moitié du budget, donc faudrait pas dire ça, mais idéalement, je pense qu’il faudrait que… pour moi, l’éducation c’est la culture, et la culture c’est l’éducation. Pour moi, ça n’a pas de sens de les séparer.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Ibrahim Maalouf au micro de l’émission Vivre avec le VIH qui était présent au festival Solidays 2017 à l’hippodrome de Longchamp. Vous êtes avec Christian et Mohamed et moi-même, Sandra. Je ne sais pas si vous avez une réaction particulière avant qu’on écoute Lucie Broussin, responsable prévention jeunes à Solidarité Sida ?

Mohamed : Je trouve son discours très simple, censé. Lui-même est très abordable et très enthousiaste. Il compatit à la cause et il joue très bien de la musique. Je suis content que tu l’aies interviewé parce que je me rends compte que c’est un type sympa et qu’il est très abordable. Ca fait plaisir qu’il y ait des gens comme ça.

Sandra : Ouais, c’est clair.

Christian : Je ne l’avais jamais écouté et quand je l’écoute, je me dis mais en fait, il n’y a pas que notre Manu Dibango ! (rires).

Sandra : Eh oui ! Il faut s’ouvrir, découvrir tous les artistes du monde entier ! (rires).

Christian : Voilà, il n’y a pas que Manu Dibango et tout à l’heure, quand tu nous faisais aussi écouter les filles, L.E.J, j’ai pensé aux Nubians. Elles chantent aussi très bien ces filles là, L.E.J. Et Ibrahim Maalouf joue vraiment très bien, c’est ce côté là que j’ai beaucoup apprécié, sa musique.

Sandra : Le groupe L.E.J, on les écoutera tout à l’heure.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE