Julie Bottero, infectiologue : « L’hépatite C ne concerne pas que les usagers de drogues et les homosexuels »

, par Sandra

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Alexandre, Julie Bottero, Yann, Samira et Christian
Julie Bottero, infectiologue : « L’hépatite C ne concerne pas que les usagers de drogues et les homosexuels »

Alexandre : Tout de suite, on discute de notre grand sujet de la journée, l’hépatite C. Nous sommes avec trois personnes qui sont ici justement pour parler notamment de l’hépatite C. Julie Bottero tout d’abord, bonjour.

Julie Bottero : Bonjour.

Alexandre : Avant de commencer avec les témoignages de Yann et Samira, je voulais savoir, pour poser les choses, qu’est-ce que l’hépatite C ?

Julie Bottero : L’hépatite C c’est une maladie qui est liée à un virus, que l’on peut attraper par différentes voies. La principale, c’est la voie sanguine mais aussi la voie sexuelle qui a été notamment bien démontrée ces dernières années, notamment dans la communauté homosexuelle. C’est un virus qui va attaquer le foie au fur et à mesure des années, le rendre plus fragile, moins à même d’exercer ses fonctions habituelles, à savoir nettoyer le corps et produire certaines protéines. Donc, in fine si on laisse évoluer la maladie pendant 20 ans, 30 ans, surtout si on a des facteurs, qu’on appelle des facteurs de comorbidités, c’est-à-dire par exemple usage d’alcool associé au fait d’être infecté par le virus de l’hépatite C, on risque de développer un foie de plus en plus dur, jusqu’au stade de cirrhose. Donc on dit que le foie se fibrose progressivement, jusqu’à la cirrhose. Alors évidemment la cirrhose, il y a aussi différents stades mais in fine on s’expose au risque de cancer du foie et puis d’avoir des problèmes directement liés à la cirrhose, c’est-à-dire une plus grande fragilité vis-à-vis des infections, un risque de saignement, d’hémorragie, pas mal de problèmes de santé dont on pourrait se passer si on est traité plus tôt.

Donc traiter plus tôt, ça veut dire dépister plus tôt, on en reparlera probablement au cours de l’émission. Aujourd’hui c’est l’enjeu principal. En France, l’un des enjeux en tout cas puisqu’on sait qu’il y a presque la moitié des personnes qui sont toujours, on va dire 40% des personnes infectées par le virus de l’hépatite C qui ne le savent pas aujourd’hui en France. Ce qui représente de mémoire environ 60 000 personnes, non, plus. On est à… je dirai 100 000 personnes qui ne le savent pas mais je risque de dire une bêtise-là. Et puis, voilà, si elles le savent pas, elles peuvent risquer de transmettre et puis surtout la maladie continue de progresser pendant ce temps-là et elle risque d’arriver un peu tard.

Yann : J’ai tout de suite envie de rebondir sur la très bonne nouvelle. Il faut savoir que Marisol Touraine, c’est passé, les personnes VIH et qui sont VHC en plus sont maintenant sûres d’avoir les nouvelles molécules. C’est un peu ça ? C’est-à-dire qu’il y a priorité pour ces personnes-là ?

Julie Bottero : Alors ça je dirai que ça fait même maintenant un moment et ça y est, la page est même tournée. Heureusement, on n’a plus besoin d’être infectée par le virus du VIH pour avoir besoin, pour pouvoir être traité contre le virus de l’hépatite C. Donc ça, c’est justement le discours de Marisol Touraine du 25 mai dernier où elle s’est engagé à ce qu’on puisse désormais traiter toutes personnes infectées par le virus de l’hépatite C, quelque soit son statut VIH, quelque soit le degré de la maladie hépatique et qu’on puisse aller vers un traitement universel. Toute personne dépistée, jusqu’à maintenant, on avait un peu de difficultés à promouvoir le dépistage parce qu’on ne pouvait pas promouvoir le traitement pour toutes personnes mais maintenant on va pouvoir à la fin de l’année 2016, début 2017 traiter tout le monde et on le fait de plus en plus dans les services.

Samira : Combien coûte ce traitement ? Parce que le principal problème qui a abouti au rationnement de ce traitement, c’est bien le prix. 46 000 euros, les 3 mois, c’est cher non ?

Julie Bottero : Évidemment, le prix n’est pas fixe. Il va être amené à évoluer. Notamment il y a des renégociations qui sont prévues à la fin de l’année 2016. Il y a des stratégies de traitements. Aujourd’hui, on peut traiter 8 semaines dans certains cas. Donc là, on diminue le prix par 2 tiers. On en serait plus qu’aux alentours de 30 000 mais ça reste toujours important. Cependant, aujourd’hui en France, on n’a plus d’obstacle. On peut traiter des personnes même si ça coûte très cher. Alors évidemment on a tous la préoccupation un peu de citoyen de se dire bah on va générer des dépenses de santé importantes. Est-ce que c’est vraiment utile ? Est-ce que je ne peux pas attendre 5 ans que les prix baissent ? Ca, ça peut être…

Samira : C’est des problèmes de sécurité sociale aussi que ça génère puisque c’est un traitement remboursé…

Julie Bottero : Oui mais ça a été résolu par Marisol Touraine et compagnie. Ca y est, on peu traiter tout le monde maintenant.

Samira : Dans d’autres pays, en fait les traitements ils les ont eu moins cher.

Alexandre : Notamment en Inde mais…

Samira : En Inde, en Espagne aussi qui est un pays européen.

Alexandre : Ils ont eu les accords pour les médicaments génériques en Inde il me semble.

Julie Bottero : L’Espagne, je ne suis pas sûre parce que j’ai dans l’idée qu’on est le pays d’Europe où les prix sont les moins chers. Mais peut-être que l’Espagne nous a doublé, tant mieux…

Samira : Ils ont dit non, pas à ce prix-là, au laboratoire qui a produit ce médicament, qui a vendu ce médicament. C’est quand même un laboratoire multinational qui fait de l’argent. Parce que l’idée c’était quand même de verser des dividendes non ? C’est un traitement qui a coûté très cher pour ce que j’en sais. Il a coûté comme 10 milliards d’euros ou de dollars ?

Julie Bottero : Oui, il y a eu des coûts d’investissement du laboratoire même si ce n’est pas trop mon domaine, pour payer les brevets, puisqu’ils ont racheté une boite qui a permis, une start-up effectivement qui a permis de développer ce médicament. Donc ils attendent un retour sur investissement. Probablement que le retour sur investissement est déjà là. Enfin, je pense que là, ce n’est pas vraiment l’objet à mon avis de notre discussion les uns et les autres…

Samira : En tout cas il y a quelque chose d’assez choquant…

Julie Bottero : Bien sûr que c’est choquant. En même temps, les laboratoires pharmaceutiques, on le sait, sont des laboratoires qui sont là pour produire de l’argent. Malheureusement, dans le système français, nous n’avons pas les moyens de nous passer de laboratoires pharmaceutiques. C’est eux qui produisent les médicaments. Aujourd’hui, on peut même trouver des aberrations dans le système de santé en France qui font que des médicaments qui ne rapportent plus d’argent à un labo ne sont plus produits par le labo. Mais pas non plus par l’Etat français ! Donc on n’a pas de production française donc quand nous on sera capable, institutionnel, de faire mieux que les laboratoires, on pourra peut-être plus facilement les critiquer…

Samira : Pardon mais les chercheurs qui travaillent dans les laboratoires ont bien été formés par les Etats, par les services publics d’éducation non ? Ou ils ont été comme ça… ils ont bien été à l’école…

Julie Bottero : Je ne sais pas. Les chercheurs qui travaillent chez Gilead ont payé leurs études eux-même via le système américain, je ne sais pas. Enfin, sincèrement…

Samira : En tout cas il y a un investissement sur la recherche et sur l’éducation et sur la recherche publique aussi qui vient de l’Etat, et je trouve qu’on a… on baisse trop vite les bras devant le système marchand.

Alexandre : On en parlera. C’est justement un extrait du Sinémensuel qui s’insurge contre ce fait d’ailleurs qui s’appelle “Arnaque aux médocs, lobos et trafiquants”. Donc je donnerai un extrait tout à l’heure. Je pense qu’on peut passer à Christian, qui a une question.

Christian : Oui, je souhaite savoir s’il y a plusieurs types d’hépatites, est-ce que toutes ces hépatites ont les mêmes réactions ? Est-ce que ces hépatites se contaminent par la salive, le sang et puis la sueur ?

Julie Bottero : Il y a plusieurs types d’hépatites. Votre question c’est est-ce qu’il y a plusieurs types d’hépatite C ? Parce qu’il y a plusieurs types d’hépatites, A, B, C, D, Delta E. Là, si on parle vraiment de l’hépatite C, il y a des sous types d’hépatite C, ce qu’on appelle des génotypes. Ce qui ne modifient pas les caractéristiques d’exposition aux risques en fait. On risque d’attrapper l’hépatite C, prioritairement par voie sanguine. Ensuite, par voie sexuelle. C’est plutôt dans la communauté homosexuelle mais ça peut arriver aussi dans la communauté hétérosexuelle. Alors en revanche pas du tout par la salive. Il n’y a rien qui a été avéré comme étant un risque de transmission salivaire.

Alexandre : On va passer tout de suite aux témoignages.

Yann : Je répète un petit peu ce que j’avais déjà dit lors d’une émission que vous pourrez retrouver chers auditeurs, auditrices. En fin de compte, c’est vrai qu’avec un cursus de plus de 25 ans de séropositivité, avec la perte de plusieurs amis qui ont essayé de se faire soigner à l’époque où ces nouvelles molécules n’existaient pas et où, le médecin me reprendra parce que je vais forcément dire des bêtises, où on jugulait avec l’Interféron et puis la Ribavirine, où on savait tous qu’il y avait des effets indésirables énormes. Mon cheval de bataille, étant au courant déjà il y a 3-4 ans qu’il allait avoir de nouvelles molécules, je m’étais dit, tu vas attendre mon coco. Mais ça n’a pas été non plus très facile parce que je pense que pour des raisons économiques et puis parce que mon génotype faisait que j’avais besoin même avec les nouvelles molécules de 6 mois de traitement. En tout cas, il a fallu être assez ferme pour bien faire comprendre au staff médical que de toute façon un patient qui était en rejet d’un médicament plus ou moins, le médicament fonctionnait moins bien et peut-être l’observance allait être moins rigoureuse.

Julie Bottero : Juste Yann, est-ce que je peux vous demander à quelle période vous avez été traité ?

Yann : J’ai été traité il y a un peu plus d’un an.

Julie Bottero : Voilà, donc depuis 1 an, ça a beaucoup évolué encore puisqu’il y a un an, on donnait des associations pendant 6 mois. On donnait encore beaucoup de Ribavirine. Aujourd’hui, on ne donne plus que rarement de la Ribavirine. La Ribavirine étant un des médicaments incriminé dans de nombreux effets secondaires. Et vraiment, la durée de traitement largement majoritaire, c’est 12 semaines. Donc un peu moins de 3 mois. Il y a quelques personnes qu’on traite encore 6 mois, parfois avec de la Ribavirine, dans des situations plus complexes, surtout les personnes qui sont arrivées au stade de cirrhose ou qui ont déjà… pour lesquels il y a eu un échec de traitement préalable.

Yann : Bien sûr mais là où je voulais éclairer c’est qu’il y a un an, je ne regrette pas ma décision d’avoir été un peu ferme.

Julie Bottero : Oui mais probablement c’est parce qu’il y a un an, on savait qu’on allait avoir toujours des meilleurs schémas et on était aussi dans cette envie parfois de temporiser parce que peut-être qu’on aurait pu avoir un schéma encore plus simple pour vous aujourd’hui qu’il y a un an. Mais aujourd’hui, on y est. On a les schémas simples, vraiment avec une super tolérance. Des personnes pour une grosse proportion d’entre elles en tout cas qui se sentent mieux avec traitement que sans traitement avec régression notable de la fatigue, des symptômes liés au virus de l’hépatite C. Quelques effets secondaires mais vraiment rien d’embêtant pour nous et évidemment rien à voir avec l’Intéféron, Ribavirine qu’on avait connu avant qui nous rendait tous malades finalement. Nous aussi les médecins parce qu’on était extrêmement affectés de rendre les gens malades par un traitement et puis avec une probabilité de succès qui était environ d’une chance sur 3, donc c’était vraiment insuffisant. Là, on est tout à fait content, on a 95% de chances de guérir en 3 mois des personnes qui sinon évolueraient comme vous l’avez dit vers des maladies graves et quand même beaucoup de personnes sont décédées donc on est bien content maintenant de changer cet horizon.

Yann : Je suis étonné parce qu’apparemment, il n’y a pas de flux énormes de personnes qui après toutes ces belles annonces viennent se faire traiter quoi.

Julie Bottero : Alors quand même, je trouve que ça a levé des freins mais probablement il faut continuer à diffuser les informations sur l’accès au traitement. Aujourd’hui, c’est tout à fait possible. Mais par exemple moi j’ai vu arriver des gens qui étaient suivis par leur addictologue depuis 25-30 ans avec de la méthadone ou du subutex et ces personnes-là avaient refusé de rentrer dans un circuit de prise en charge de leur hépatite C parce que justement elles avaient des amis qui avaient été sous Interféron et Ribavirine et pour lesquels ça avait été très difficile. Et puis maintenant, elles arrivent dans le soin. Bon, il faut les rassurer en leur disant qu’effectivement ces traitements sont beaucoup plus faciles à supporter qu’auparavant. Mais voilà, elles sont traitées et les choses se passent bien.

Samira : Moi, les origines en fait de la contamination se perdent depuis 25 ans en Egypte où l’hépatite C est endémique, on peut en profiter pour en parler de ce qui se passe à l’extérieur mais en Egypte c’est le cas. J’avais eu des traitements dentaires en fait. Donc ça fait 25 ans. Je viens d’être soignée, guérie depuis ce printemps et confirmé depuis 2 semaines. Ma guérison a été confirmée. Mais j’ai passé tout un parcours un peu chaotique parce que je découvre l’hépatite C, en fait le dépistage a lieu en 1999. Donc je découvre à ce moment-là que j’ai une hépatite C qui est très peu virale. Et puis en 2007, on me propose un protocole hospitalier, de recherche où j’accepte d’être cobaye on va dire, et là c’est une trithérapie. C’est Interféron, Ribavirine plus Vertex.

Julie Bottero : Telaprévir. Vertex c’est le nom du protocole.

Samira : Voilà. J’ai fait ça à Saint-Antoine et donc au bout de 3 mois de ce traitement épouvantable où il fallait manger beaucoup de graisse, de sucre, etc. pour supporter la troisième molécule. Et puis finalement au bout du compte, non seulement ça n’a pas marché et au bout d’un mois, j’étais redevenue séropositive à l’hépatite C mais encore plus et j’ai monté de niveau. Donc après, j’étais suivie et c’est moi qui ai réclamé, quand j’ai croisé Yann par exemple dans les rues et qu’il me disait, écoute moi je suis guéri, je viens d’avoir un traitement. Quand moi j’ai réclamé, je suis allé me tourner vers mon hépatologue pour lui demander le traitement, elle m’a dit que moi j’en avais pas besoin et qu’il y avait des gens bien plus prioritaires que moi. Ce que je conçois vraiment.

Yann : Là, on est il y a 2 ans à peu près ?

Samira : Oui, il y a 2 ans. J’avais une sensation de profonde liberté quand j’ai eu à la fin du protocole, j’étais indétectable, je n’étais pas guérie mais… et là, j’ai ressenti une espèce de liberté, de soulagement que j’avais encore en mémoire et puis après la déception, la douche froide voilà. 7 ans plus tard je demande donc et on me dit que non, ce n’est pas le moment. Donc ça fini par être le moment, pourquoi ? Pas parce que j’étais spécialement malade ou que j’étais séropositive ou une comorbidité, je n’étais pas dans les critères en gros. Donc, qu’est-ce qui s’est passé ? C’est qu’en fait j’ai dit il y a 7 ans, en 2007, j’ai participé à un protocole de soin. Et donc c’est ça le critère qui a été retenu pour me permettre d’avoir accès à ce traitement, coûteux.

Julie Bottero : Oui, on connait tous un peu ces histoires de parcours de soin qui ont été vraiment compliqués, là, ces dernières années. Et là notamment, Samira vous le souligner, à cause du prix des traitements, ça, ça a vraiment limité effectivement dans les premières années notre capacité à pouvoir, notre possibilité de prendre en charge toute personne infectées par le virus de l’hépatite C. Heureusement, vraiment la page est tournée. Maintenant c’est traitement universel du virus de l’hépatite C. Vous vous présentez auprès d’un hépatologue, à un infectiologue, à un interniste, pour un traitement hépatite C. On est encore là dans les 2-3 mois dans une priorisation, on va privilégier les personnes à risque de transmission. Donc les personnes à risque de transmission c’est les usagers de drogues actifs, c’est les homosexuels masculins, c’est les jeunes femmes qui veulent avoir un bébé…

Yann : Les professionnels du sexe.

Julie Bottero : Les professionnels du sexe, etc. Mais début 2017 on va pouvoir vous traiter. Donc là finalement vous rentrer dans un parcours de soins aujourd’hui en octobre 2016, le temps de faire les examens, on va pouvoir vous traiter. Donc vraiment, je pense qu’il faut véhiculer ce message aujourd’hui, c’est beaucoup plus simple. Et même, si je vais jusqu’au bout, on a aussi considéré qu’on pourra prendre en charge les personnes migrantes sans titre de séjour puisqu’on pourra leur donner un titre de séjour pour raisons médicales pour pouvoir prendre en charge leur hépatite C. Donc je crois que vraiment, on n’a plus de frein.

Christian : Je suis très content de l’apprendre. Franchement, lorsque je présentai, en tant que journaliste au Cameroun, c’était une émission à caractère problématique. On débattait de sujets des enfants de la rue, parfois la politique aussi. Alors, on avait des accompagnements, on accompagnait des personnes dans des hôpitaux. On avait une auditrice qui aimait bien ce qu’on faisait qui était venue nous voir, elle se mourait d’une hépatite. Son foie gonflait simplement. On est allé voir le ministre de la santé chez nous, à l’époque Mamafouda. S’il fallait qu’elle reste là, elle serait morte aujourd’hui. Le ministre avait refusé de débourser pour qu’elle vienne en France. Avec ses petits moyens, on a pu faire venir la dame en France et je vous assure, ce témoignage, je ne vais jamais oublier. Elle est passé par le canal de AIDES qui s’est occupé de cette dame. On lui a donné un traitement de 6 mois, après il y a eu un changement et traitement de 3 mois et cette femme se porte très bien aujourd’hui. Je vous assure. Et ce que vous dites par rapport aux migrants…

Julie Bottero : Pour les migrants, il y a aussi une bonne nouvelle, c’est que le traitement va être de plus en plus accessible dans les pays eux-même. Au Cameroun il y a des programmes d’accès aux traitements anti hépatite C, il y en a en Egypte, il y en a en Inde. Ca, c’est parce que les pays ont choisi justement de produire des médicaments génériques. Ce n’est pas que les pays, parce qu’il y a aussi Gilead qu’on incrimine beaucoup, qui a délivré des médicaments génériques qu’il produit lui-même dans ces pays-là à moindre ressource. On peut que s’en féliciter quand même. Ca rétablit pour une fois le déséquilibre Nord/Sud. Je pense que c’est bien et il faut que les personnes sachent quand dans les pays, elles ne sont pas forcément obligées de migrer pour avoir accès aux traitements. Elles peuvent trouver des réseaux de soignants sur place dans de plus en plus de pays.

Alexandre : Justement, puisqu’on en parle, je vais citer le Sinémensuel numéro 52 datant d’avril 2016, un article intitulé “Arnaque aux médocs, lobos et trafiquants”, dans lequel il était publié ceci : “Une pilule nommée miracle. La communauté scientifique compare volontiers la découverte du Sofosbuvir à l’invention de la pénicilline, à raison d’un comprimé par jour pendant 3 à 6 mois. Le taux de guérison dépasse les 90% et les effets secondaires sont quasi inexistants. L’efficacité du traitement a même été prouvé sur des patients en attente d’une greffe de foie. Le temps des injections d’Interféron est en passe d’être révolu. Une révolution pour les malades. Sauf que, éradiquer l’hépatite C n’est pas sur la feuille de route du laboratoire Gilead qui détient jalousement le brevet de cette molécule miracle. L’ambition de la firme américaine est plutôt de se faire un max de pognon avec 185 millions de personnes infectées par le virus dans le monde. Le marché est prometteur alors que la molécule a été fournie par la recherche publique et que le coût de production avoisinerait les 2,3 dollars par jour de traitement. Un seul comprimé de Sofosbuvir vaut plus de 1000 dollars aux Etats-Unis. Gilead a réussi le casse du siècle selon Olivier Maguet, directeur stratégique de médecins du monde qui milite pour l’accès aux médicaments”. Alors, je ne sais pas ce que vous en pensez ?

Sandra : Juste, l’article a été écrit par Léa Gasquet.

Yann : Par ce merveilleux journal, Sinémensuel.

Alexandre : Merci Sandra et Yann. Je ne sais pas si vous avez une réaction à ça ?

Yann : Tout est vrai et scandaleux mais ça, bouger les lobbys et se battre contre ces grandes machines où tout le monde tirent un peu les ficelles…

Julie Bottero : Non, après effectivement, qu’ils reviennent sur investissement, ça me parait logique. Après, sur les bénéfices, il faut évidemment les limiter. Je pense que c’est le rôle du gouvernement de chercher à le faire. Je pense qu’ils cherchent à le faire et qu’ils se débrouillent plutôt pas trop mal quand même sur ce terrain-là. Je crois que ce serait utopique de penser qu’on puisse produire des médicaments à 2,33 euros. Sinon, à l’Etat de le faire quoi. On ne peut pas non plus leur taper dessus toute la sainte journée sans être capacité nous-même de le faire.

Alexandre : Et justement, l’article met en évidence le fait qu’il existe des médicaments génériques, notamment en Inde, beaucoup moins chers. Pourquoi n’existe-il pas de médicaments génériques pour l’hépatite C en France actuellement ? Marisol Touraine était à la conférence sur les médicaments génériques, il y a 2 semaines.

Début de l’enregistrement.

Marisol Touraine : Cette campagne s’articule autour d’un message clef. Devenir générique ça se mérite. Vous voyez la signature de la campagne qui apparait derrière moi. L’enjeu, c’est de rassurer sur la sécurité et l’efficacité de ces médicaments. Pour pouvoir devenir un médicament générique, un médicament a dû d’abord prouver sa qualité, sa sécurité et son efficacité. Un générique, c’est un médicament qui a bénéficié de 10 ans d’études scientifiques et de 10 ans d’utilisation.

Fin de l’enregistrement.

Alexandre : Et ensuite, quand j’ai entendu les 10 ans d’études scientifiques et d’utilisation prouvé, bah, il y avait une question qui s’imposait. Est-ce qu’il va falloir en France attendre ? J’espère qu’il va falloir attendre moins de 10 ans pour avoir ce générique de l’hépatite C. J’ai donc posé la question à Marisol Touraine.

Début de l’enregistrement.

Alexandre : Les médicaments contre l’hépatite C sont encore très chers. Est-ce que vous pensez qu’il est envisageable d’ici moins de 10 ans d’avoir des médicaments génériques ?

Marisol Touraine : Oh, dans bien moins longtemps que ça il y aura des médicaments génériques.

Fin de l’enregistrement.

Alexandre : Et juste après, elle est partie, donc c’était impossible de lui poser d’autres questions. C’était une réaction très brève de la ministre, je ne sais pas ce que vous en pensez autour de la table. Si vous avez une réaction ?

Julie Bottero : Je pense que c’est difficile d’en avoir une parce que ça me semble très règlementaire. Il me semblait que les brevets étaient de 10 ans donc je ne sais pas comment on fait pour passer outre, mais si elle a des idées, tant mieux.

Samira : Je pense que la question épidémique, l’épidémie nécessite un traitement, si le traitement existe, c’est une question d’intérêt général. Juste pourquoi l’intérêt privée de cette firme qui n’a pas, avec son propre argent, comme ça fait tout cela, il y a eu un investissement public donc je trouve qu’effectivement il n’y a pas… nous devons être beaucoup plus fermes ! Nos représentants politiques doivent être beaucoup plus fermes avec les représentants des firmes de ces laboratoires. Il n’y a pas de raison. C’est notre santé qui est en jeu ! La santé, ce n’est pas une marchandise comme les autres et il ne faut pas cesser de le répéter. Ce n’est pas une marchandise comme les autres la santé.

Alexandre : C’est d’ailleurs ce que souligne l’article de Léa Gasquet. C’est que normalement, le gouvernement français a tous les moyens de s’attaquer au prix et de vraiment négocier le prix. Après, c’est un petit peu le problème, c’est que ça forcément prend du temps. J’avais une autre question. Lors d’une conférence récemment, j’avais entendu dire que la cirrhose ne guérissait jamais.

Julie Bottero : Oui, alors ça c’est effectivement très important de le souligner. On est face à deux problèmes. Le virus hépatite C qui agresse le foie au fur et à mesure du temps et puis finalement les cicatrices qui découlent de cette agression répétée pendant les années. Et donc les cicatrices qui peuvent aller jusqu’au stade de cirrhose. Quand on guérit l’hépatite C, on ne guérit que l’hépatite C. On ne guérit pas les cicatrices sur le foie. Le foie est heureusement un organe qui se régénère mais ça prend du temps. Parfois, des années et des années. Plus le foie a été abîmé, attaqué et fibrosé, plus il va avoir besoin de temps pour se régénérer. Donc effectivement les personnes qui ont été traitées pour une hépatite C, celle qui ont été traitées toute précocement à un stade de fibrose F1, globalement ont levé le pied de la surveillance. Globalement on préconise de plus en plus une surveillance à 1 an après la déclaration de la guérison, et puis si vraiment tout va bien, on lâche prise. En revanche, toutes les personnes F3, F4 voire les personnes F2 surtout si on a un peu du mal nous médecins à évaluer le stade précis de la maladie hépatique, puisqu’on ne fait plus de biopsie hépatique quasiment, on passe par des marqueurs non-invasifs de fibrose, dans ces cas-là, il faut absolument maintenir une surveillance étroite. Et les personnes F3, F4 doivent avoir une échographie hépatique tous les 6 mois pour justement détecter d’éventuels complications de ces cicatrices du foie. Et la principale complication c’est le carcinome hépatocellulaire, c’est-à-dire le cancer du foie. Sachant que si on le détecte tôt, on peut le prendre en charge et le soigner beaucoup mieux que si on le laisse traîner plusieurs années.

Alexandre : Merci Julie, merci Samira, merci Yann. Pour réagir, vous savez quoi faire, vous pouvez nous contacter au 01 40 40 90 25. Nous écrire sur notre site comitedesfamilles.net, nous envoyer un message sur notre Twitter @vihradio.

Julie Bottero : Est-ce que je pourrai juste rajouter quelque chose ?

Alexandre : Oui.

Julie Bottero : Sur le dépistage qui est vraiment la thématique qui m’est très chère, parce que j’ai beaucoup travaillé là-dessus et c’est une des thématiques de santé publique majeure aujourd’hui pour VIH hépatite B et C. Il faut absolument renforcer le dépistage. Il y aujourd’hui des outils pour ça avec les tests rapides d’orientation diagnostic qui peuvent être faits par les acteurs communautaires, notamment dans les associations. Et donc il faut le promouvoir absolument et il faut que tout à chacun se sente concerné. L’hépatite C ne concerne pas, et c’était le témoignage de Samira qui pouvait un petit peu le mettre en évidence, pas que des usagers de drogues, pas que des homosexuels masculins. Ca concerne majoritairement dans les personnes qui ne le savent pas aujourd’hui en France, des femmes. Des femmes qui ont eu des soins médicaux. La transmission s’est faite par les soins médicaux, par le dentiste, par les endoscopies, par les chirurgies. Avant les années 92, alors globalement en France, on a la chance en France, ça s’est arrêté en 1992. Mais, bon dans d’autres pays, ça ne s’est pas encore arrêté, ça continue. On réutilise encore des seringues dans certains pays. Moi, j’étais allé en Ouzbékistan, c’était encore vraiment le cas. Il y a 1 an ou 2 là. Donc, les migrants, encore une fois, sont des personnes à dépister. Généralement, on trouve une prévalence de 5% dans la communauté des migrants d’Afrique subsaharienne même s’il y a beaucoup de disparités locaux régionale. Mais donc il faut renforcer ces actions, renforcer la connaissance sur cette infection. Savoir maintenant que si on la dépiste, on peut la traiter, donc il faut y aller.

Alexandre : Merci Julie pour ces précisions.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE