Arnaud, 45 ans, séropositif : « Le plus chiant, c’est au niveau sentimental »

, par Sandra

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Arnaud, 45 ans, séropositif : « Le plus chiant, c’est au niveau sentimental »

Lecture du message d’Arnaud

Salut tout le monde !

J’ai 45 ans séropo depuis mars 2012, j’ai appris ça lors d’une hospitalisation pour une allergie grave, après une batterie d’examens dont une biopsie, rien n’expliquait cette allergie. J’avais des tâches brunes partout de la tête aux pieds… j’ai de suite compris que je devais être séropo, ayant déjà pris des risques auparavant, mais jamais fait de test par crainte du résultat.

Durant l’hospitalisation le médecin me propose de faire un test de dépistage, j’ai dit oui... Deux jours plus tard je croise une interne dans le couloir, elle me dit : “le médecin va passer vous voir”. J’ai compris dans son regard que celui-ci allait m’annoncer la nouvelle. Effectivement c’était bien ça j’étais séropo, il me l’a annoncé tranquillement et de suite m’a rassuré .

Il fallait débuter le traitement rapidement puisque mes CD4 étaient inférieurs à 200. Un stade critique stade sida... il a été formel, l’allergie n’était pas en lien avec le VIH. J’ai eu des tâches sur la peau durant 1 an. Aujourd’hui c’est fini… Ouf !
Le plus dur fut d’annoncer ça à ma copine. Je lui ai annoncé dès ma sortie de l’hôpital. Elle l’a bien pris et fait aussi le test… résultat positif.

Nous n’avons pas cherché à savoir le pourquoi du comment, du qui l’a transmis à l’autre puisque tous deux avions déjà déconné.

Nous avons commencé notre traitement le même jour. Nous ne sommes plus ensemble aujourd’hui mais toujours en contact et bonne relation.

Personne de ma famille ne le sait. Seul deux amies le savent. Je vis très bien, ne m’en fait pas un problème existentiel, même si cela est bien présent.
En fait le plus chiant est au niveau sentimental puisque toutes les filles que je rencontre sont dans mon entourage amical, donc je préfère ne pas donner suite de peur d’une mauvaise réaction.

Parfois ça me ronge et j’ai envie de le dire à tout le monde mais malheureusement quand je vois les réactions de nombreuses personnes sur le sujet, je ne peux pas.
Il est dommage que les médias ne fassent pas la différence entre le virus et la maladie déclarée. Le mot sida fait peur et face à un manque d’information, nombreux sont ceux ou celles qui voient encore ça comme il y a plus de 25 ans, l’image de la personne amaigrie et faible...

J’ai pris dix kilos depuis le début de mon traitement et je rigole quand on me dit : “Ah t’es en bonne santé, ça se voit”.

Les traitements d’aujourd’hui sont vraiment efficaces et les effets secondaires moindres j’ai commencé avec Truvada, Reyataz, Norvir (yeux jaunes)

Ensuite Atripla (cauchemars toutes les nuits)

Aujourd’hui Eviplera et franchement à part le matin où je suis vraiment dans le gaz en me levant je ne ressens pas d’effet secondaire.
Bref j’arrête parce que je suis en train d’écrire un roman !

A+

Arnaud

Alexandre : Non, Arnaud, tu peux écrire autant de romans que tu veux, ça nous fait plaisir, on t’écoutera à chaque fois. Que pensez-vous de ce témoignage ? Peut-être Mohamed…

Mohamed : Je comprends tout à fait mais bon, par rapport à la progression des médicaments, je ne trouve pas qu’il ait lieu de s’inquiéter, et que même s’il rencontre des discriminations, il va bien falloir qu’il s’adapte au traitement et qu’il apprenne à vivre avec le VIH.

Alexandre : Après ce n’est pas vraiment le traitement. Il dit justement qu’il y a une bonne évolution et il supporte bien le traitement. C’est surtout socialement où en effet il a un problème. Enfin il a problème… on ne peut pas dire qu’il ait un problème parce que visiblement il arrive quand même à le vivre assez bien mais en effet, au niveau sentimental, il y a un petit souci et en effet, c’est complexe pour lui.

Mohamed : Ah d’accord, je pensais que c’était plus les effets secondaires qui le rendaient réticent par rapport à…

Christian : C’est plus la vie affective je crois.

Mohamed : Ou peut-être c’est lié. Comme beaucoup de malades, en dehors de la maladie, ils ont beaucoup de problèmes sociaux…

Christian : Quel âge tu as dit ? 40 et quelques ?

Alexandre : 45 ans exactement.

Christian : Je pense qu’effectivement en matière de discrimination, on rencontre encore deux types de discrimination chez nous. Dans la vie affective, parce qu’il est très difficile d’aller annoncer à quelqu’un qu’on vient de rencontrer qu’on est séropositif, quelque soit le type de relation qu’on envisage d’avoir, que ce soit hétérosexuelle, homosexuelle, peu importe. C’est très difficile d’annoncer. C’est le moment le plus dur. Alors ça, c’est la vie affective parce que, bon, il y a quand même pas mal de gens… bien qu’on soit très informé sur le VIH aujourd’hui, il y a quand même beaucoup de gens qui s’en vont en courant. Et puis alors il y a la vie sociale, le travail où là, je crois que la discrimination continue car comme c’est entre guillemets une maladie d’origine sexuelle, c’est mal compris. C’est toujours assimilé à homosexualité, drogue. Pas trop prostitution chez nous mais surtout drogue, homosexualité. Donc dans le travail, les gens que l’on peut rencontrer quand ils nous demandent un conseil on leur dit : Ecouter, vous faites ce que vous voulez, vous êtes libre, mais surtout réfléchissez bien avant de le dire à vos collègues ou surtout à vos employeurs.

Alexandre : J’ai trouvé ça intéressant de ne pas chercher à savoir qui a transmis à qui. Qui l’a eu en premier, pas essayer de trouver un responsable ou un coupable. J’ai trouvé ça bien.

Christian : Très bien. Je crois que ça ne sert à rien maintenant. Ils sont tous les deux séropositifs bon, le but c’est de regarder devant et non pas derrière.

Alexandre : Et ne pas chercher non plus à… faut pas trop non plus chercher un responsable et se dire mince, qu’est-ce que j’ai fait ? A partir de maintenant…

Christian : Si j’avais su, je n’aurais pas fais ci, fais pas ça. C’est fait, ça y est !

Mohamed : Faut s’en faire une raison et vivre avec. Là, ce n’est pas comme au début de l’épidémie où on avait des préjugés, des trucs un peu tabou…

Christian : C’était la mort qui était au bout.

Mohamed : Maintenant, je pense qu’il devrait s’encourager et se dire qu’il y a toujours possibilité. Comme tu dis, il y a personne de responsable. Il a le VIH, faut qu’il s’en fasse une raison. Personne n’est responsable de tous ces maux.

Alexandre : Bah justement, c’est sa façon de penser et dire maintenant on regarde devant et puis c’est tout. Je salue en tout cas cette mentalité.

Christian : Et puis je dirai quand même que quelqu’un qui… c’est très récent sa contamination. Donc la génération de ceux qui sont contaminés, puisque nous avons quand même 600 contaminations actuellement en France par an. Les nouveaux contaminés ont accès à des nouveaux traitements, moins d’effets secondaires, moins de problématiques. Si on pouvait s’en passer, on s’en passerait mais je pense que c’est quand même beaucoup plus vivable qu’au début des trithérapies, même au début des trithérapies où c’était quand même des effets secondaires lourds.

Alexandre : Je vous rappelle chers auditeurs, si vous souhaitez réagir, commentez, interpeller, vous pouvez aussi poser vos questions, nous donner une anecdote de votre vie ou que sais-je encore, par téléphone au 01 40 40 90 25, sur internet comitedesfamilles.net dans la rubrique forum ou sur Facebook Comité des familles. Vous pouvez également suivre notre live tweet sur Twitter @vihradio.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE