Quel suivi pour les patients séropositifs de l’hôpital de Mâcon ?

, par Sandra

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Quel suivi pour les patients séropositifs de l’hôpital de Mâcon ?

Alexandre : Deux des membres du Comité des familles ont pris l’initiative de soumettre leur infectiologue à un entretien. Une interview comme on dit dans notre jargon. On écoute tout de suite cet échange par Caroline et Jean-François, correspondant du Comité des familles à Mâcon, en Saône-et-Loire.

Début de l’enregistrement.

Caroline : Je vais commencer par vous demander de vous présenter.

Joséphine Chapalain-Cagnon : Je suis le docteur Chapalain-Cagnon. J’exerce à Mâcon depuis 4 ans. J’ai travaillé avant comme interne en Bourgogne à Dijon. Depuis 4 ans j’exerce là et j’ai vocation de rester a priori sur l’hôpital de Mâcon.

Caroline : Donc vous avez le regard à peu près sur tous le département alors ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : L’hôpital de Mâcon travail en partenariat avec l’hôpital de Paray-le-Monial dans le cadre d’une coopération de territoire, qui s’appelle territoire sud bourgogne. Le nord on va dire de la Saône-et-Loire est géré plus par l’hôpital de Chalon qui a des coopérations avec Autun, Paray-le-Monial et Montceau-les-Mines.

Caroline : Et à nos jours, comment on peut évaluer votre file active ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : Sur Mâcon on a entre, je pense 130 patients séropositifs donc avec aussi bien des co-infectées, hépatites B, VIH, hépatite C…

Caroline : On dira plus moi, ça fait 131 (rires). Et alors, comment ça se passe la consultation avec les patients ? Comment c’est organisé ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : On est assez souple puisqu’il y a quand même pas mal de patients qui sont en activité. Donc on a des plages de consultation on va dire réglée, qui sont essentiellement les après-midi. Après si les gens ont des disponibilités un petit peu réduite, on essaye de s’adapter au mieux...

Caroline : On s’adapte à leur planning.

Joséphine Chapalain-Cagnon : Oui, tout à fait. Pour que ça puisse respecter aussi parfois la confidentialité et que ça puisse coïncider avec leur exigences, parfois leur travail. Donc il y a deux types de patients. Ceux qui font les bilans en externe, en laboratoire de ville. Ceux-là font leur bilan et viennent à la consultation simplement, comme une consultation qui pourrait être une consultation pour totalement autre chose. Et puis il y a les patients qui font leur bilan sur l’hôpital de Mâcon, donc là c’est des bilans qui sont réalisés en général les mercredis matins et donc souvent les gens veulent être vus juste après le bilan. Donc là, ils n’ont pas les résultats de leur bilan pendant la consultation, mais bon ça leur permet de venir qu’une fois.

Caroline : Vous essayez de réduire le temps pour que la personne ne fasse pas 2 fois le tour à l’hôpital.

Joséphine Chapalain-Cagnon : Voilà.

Caroline : D’accord. Et donc quelles sont les difficultés que vous rencontrez vis-à-vis des patients dans votre travail ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : Maintenant les consultations sont quand même plus simple dans le sens où les traitements sont quand même mieux tolérés. Il y a des prises qui sont plus simples, avec des traitements en une prise par jour. Donc on a on va dire moins de difficultés concernant la pathologie VIH pure. Maintenant les difficultés qu’on rencontre c’est que la population vieillit avec des gens qui ont eu moultes trithérapies avant, qui ont eu des effets indésirables, qui se répertorient sur le long terme avec le vieillissement. On va dire que les gens sont bien suivis sur le plan immuno-virologique avec des CD4 élevés, des charges virales basses, on les voit que deux fois par an et en 30 minutes, ça déborde un peu souvent, et bah c’est difficile d’aborder tous les aspects de la pathologie. Aussi bien la prévention, l’observance du traitement, la tolérance, parfois proposer des allègements thérapeutiques, le suivi gynéco, proctologique. C’est difficile d’arriver à tout aborder en une fois et c’est vrai que parfois on a du mal à tenir, je trouve que ce sont les principales difficultés qu’on peut rencontrer maintenant avec des patients qui vont bien…

Caroline : Du coup, ça me pousse à une autre question. Quelles sont les difficultés des patients qui vous reviennent régulièrement ? Quelles sont les difficultés que vos patients rencontrent dans la prise de leur médicament, p’tre dans leur planning… ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : Les patients maintenant veulent des traitements en une prise par jour, le plus souvent et si possible en un comprimé. Ils sont au courant de ce qu’il se passe donc voilà, ils veulent des traitements simples, efficaces, ça maintenant il n’y a plus trop de problème et si possible avec effet secondaire zéro. Je pense qu’on y arrive le plus souvent. Malheureusement, il y a parfois des personnes pour lesquelles on ne peut pas passer en trithérapie en un comprimé par jour ou parfois en une seule prise, parce qu’avec les antériorités, etc. on est malheureusement un peu plus limité.

Caroline : Que pensez-vous de l’allègement thérapeutique ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : Je pense que c’est important, ça conditionne quand même l’observance du traitement.

Caroline : Vous pensez que ça marche bien ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : Je pense que c’est un peu à la carte en fonction des patients. Dans les prochaines années, je pense que, on parle des études là avec des traitements en injection sous cutanée tous les 3 mois. Là, on verra les gens plus souvent parce qu’on les verrait 3, 4 fois par an mais bon du coup, il n’y aura plus de médicament à prendre. Je pense qu’on va arriver vers des révolutions thérapeutiques, comme on en a déjà eu depuis 1996 avec l’arrivée des trithérapies, c’est quand même une maladie qui demande des connaissances réactualisées importantes puisque les choses changent beaucoup.

Caroline : Oui, il y a des recherches, des nouveaux résultats, tout ça. Parmi les patients que vous suivez, est-ce qu’il y a un bon nombre qui sont dans l’allègement thérapeutique ? Qui prennent tous les deux jours ou...

Joséphine Chapalain-Cagnon : Alors les traitements 1 jour sur 2, ça reste quand même une minorité je pense. Il y a des gens qui ont peur d’oublier en étant 1 jour sur 2 et préfèrent 1 comprimé par jour tous les jours. Après, les traitements qui ont des demi vies longues, c’est vrai qu’on peut essayer 1 jour sur 2, alors là en faisant confiance aux gens, parce qu’1 jour sur 2, il ne faut pas que ce soit 1 jour sur 3 ou 1 jour sur 4. Bon. Après il faut quand même surveiller les CD4, la charge virale et puis je pense que si la charge virale revient détectable, il faut quand même bien prévenir les gens au départ que si ça revient détectable, il faut tout de suite repasser à tous les jours quoi.

Caroline : Tout à fait ! Parole de médecins. Parlons un peu de la prévention. Je voulais juste savoir ce que vous pensez de la prévention, est-ce qu’à votre avis la prévention est toujours bien médiatisée ou vous pensez qu’il y a un délaissement quelque part ?

Joséphine Chapalain-Cagnon : Je pense que c’est une maladie qui fait moins peur qu’il y a quelques années. Je pense qu’effectivement la prévention, tout simplement sur la sexualité, les rapports protégés, les IST au sens large sont peut-être un petit moins médiatisées qu’avant. Je pense que du fait de la faciliter d’accès au traitement en France et d’une manière générale, je pense que les gens ont peut-être moins peur, donc on écoute peut-être moins la prévention ou sont moins tournés vers la prévention qu’avant.

Fin de l’enregistrement.

Alexandre : Vous l’avez entendu, cette infectiologue est basée sur Mâcon, en Sâone-et-Loire. On remercie Caroline et Jean-François pour cette interview. Avez-vous une réaction dans le studio ? Christian vas-y.

Christian : Une petite précision pour ceux qui nous écoutent en ce qui concerne l’allègement. En ce qui concerne l’allègement il y a 3 types d’allègement, il y a l’allègement dans les prises quotidiennes, à savoir à 4 sur 7, 5 sur 7, 1 jour sur 2. Bon, la tendance à l’heure actuelle, qui à l’air de fonctionner et pas pour tout le monde bien sûr, faut être très précis là-dessus, ça ne fonctionne pas pour tout le monde. C’est du 5 sur 7. Bon. Ce sera ça à peu près. Le deuxième allègement c’est effectivement ce qui sera le sous cutanée avec une injection tous les mois voire tous les 3 mois mais pour l’instant, on n’en sait rien. Et le troisième type d’allègement, c’est des gens qui ont été pendant, qui ont commencé leur traitement relativement tôt, en trithérapie pendant longtemps, tout fonctionne bien, il n’y a pas eu ni d’interruption ni d’échec thérapeutique et qui repasse en bithérapie. J’en vois quelques-uns en bithérapie, j’ai même vu récemment une monothérapie qui fonctionne depuis des années. Ca, c’est un troisième type d’allègement. Mais ceci ne peut se faire qu’avec un encadrement médical et des bilans biologiques très précis.

Alexandre : D’accord. Du coup, j’ai pensé à toi aussi, parce qu’on avait eu pas mal l’occasion de parler de la situation des personnes vivant avec le VIH en province et là, visiblement l’hôpital ils s’arrangent avec les patients pour qu’ils n’aient pas trop d’aller retour à faire entre leurs différents bilans, examens. C’est une des…

Christian : Ca va dépendre de la file active mais quand on a 130 patients sachant que pour comparer, Paris, les grands hôpitaux, ont environ 2000 à 2500 personnes en file active. Quand on en a 130, on peut plus facilement gérer que quand on a 2500. Ca, c’est déjà un élément important. Mais c’est vrai qu’il y a… on n’est pas dans le même type d’égalité selon la ville de province dans laquelle on vit. C’est complètement différent. Je vois de tout. Du bien et du moins bien.

Mohamed : Il y a les moyennes villes et les grandes villes.

Christian : Oui mais le problème des toutes petites villes c’est qu’il va avoir dans l’hôpital 1 seul infectiologue. Donc il y a peu d’échanges, je le vois parce que je travaille aussi sur des villes de province, bah il est tout seul, il n’a pas de réunion de staff, c’est-à-dire de réunion d’équipe où on échange sur les cas qu’on a pu rencontrer car en échangeant sur les cas qu’on a pu rencontrer, on progresse pour aider les autres, pour les patients. Si on est seul à prendre les décisions et qu’on n’a pas d’autre réunion de staff, bon.

Alexandre : Et on parlait de l’allègement thérapeutique et de l’avancée des médicaments, mais du coup qui dit moins de traitement à prendre, dit peut-être moins de trajet entre pharmacie et hôpital ?

Christian : Oui. Alors on constate quand même que… il y a deux types de patients. Il y a le patient qui prend ses médicaments toujours en pharmacie hospitalière, par habitude. J’en fais partie. Peut-être parce que je connais bien les pharmaciens, dans mon cas c’est différent. Mais je vois beaucoup de gens qui vont à la pharmacie hospitalière et puis il y a ceux qui vont en pharmacie de ville. Peut-être parce que c’est plus facile, tout est en pharmacie de ville. Presque tout, sauf les derniers qui sortent, à chaque fois qu’un nouveau traitement sort, il reste en pharmacie hospitalière.

Mohamed : Oui mais il peut être commander et on peut l’avoir sous 48h selon…

Christian : Oui, mais les traitements qui par exemple seront en protocole, resteront au début en pharmacie hospitalière avant de passer à la pharmacie de ville.

Alexandre : Vous pouvez réagir sur ce sujet chers auditeurs par téléphone au 01 40 40 90 25 ou sur notre site Internet comitedesfamilles.net