Bérénice Galliot, COREVIH Nord Pas-de-Calais : « Il y a des femmes séropositives qui cumulent un peu toutes les discriminations, toutes les violences »

, par Sandra

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Un aperçu de la journée du 29 novembre organisée par le COREVIH Nord Pas-de-Calais
Bérénice Galliot, COREVIH Nord Pas-de-Calais : « Il y a des femmes séropositives qui cumulent un peu toutes les discriminations, toutes les violences »

Sandra : Là, on va écouter maintenant Bérénice Galliot, qui est coordinatrice du COREVIH Nord-Pas-de-Calais, mais avant, petit point de vocabulaire parce qu’elle va utiliser des acronymes pour parler de choses que nous peut-être, on a l’habitude, entre soignants, associatifs, tout ça. Mais pour les personnes qui ne sont pas dans le milieu, c’est peut-être des mots inconnus. Donc Christian, bah tu es seul, désolée, je vais t’interroger. T’as le droit de dire je ne sais pas. Ok ?

Christian : Ouais.

Sandra : Est-ce que tu sais ce que c’est un CDAG ?

Christian : Non.

Sandra : CDAG c’est un centre de dépistage anonyme et gratuit. Donc c’est là où on va se faire dépister du VIH. Est-ce que tu sais ce que c’est un CEGGID ?

Christian : Non.

Sandra : Bah en fait c’est la même chose, parce que les CDAG en fait ont été transformés en CEGGID en fait, puisque ça comprend plus de choses. Donc CEGGID ça veut dire centre gratuit d’information, dépistage et diagnostic des infections par le VIH et les hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles. Donc là ça comprend vraiment tout en fait. Est-ce que tu sais ce que c’est le TPE ?

Christian : Non plus.

Sandra : Bah alors Christian ? (rires). C’est le traitement post-exposition. Tu sais ce que c’est ?

Christian : Non. Sandra, j’ai peur de vouloir répondre non à toutes ces questions. Simplement parce que, malheureusement, je sors d’un pays où franchement on ne prend pas cette chose à bras le corps avec tout le sérieux. Les gens se contentent de prendre de l’argent, d’écrire sur des papiers, de remplir plein de choses comme s’ils faisaient la chose. Or, sur le plan physique, les personnes qui vivent avec la maladie qui vont vers ces personnes, déjà ne reçoivent pas ceux qui sont séropositifs, ont du mal à recevoir les remèdes, on les vend, il y a plein de choses. Les gens sont là pour se remplir les poches. Si nous autre nous étions allés dans des endroits sérieux, par exemple dans des hôpitaux, dans la plupart des hôpitaux au moins, on aurait vu ça peut-être dans un bureau avant d’entrer, sur une porte tu vois, ça sert à ceci, à cela, et tout. On ne prend pas la peine d’expliquer quoi que ce soit. Les gens se contentent plutôt de s’en mettre plein les poches.

Sandra : Mais je te rassure, même ici en France, il y a des personnes qui ne connaissent pas, tu sais. Donc TPE, c’est quand t’as pris un risque. Admettons, t’as une relation sexuelle sans préservatif, tu penses que tu risques vraiment d’être contaminé par le VIH, tu vas prendre un traitement pour éviter d’avoir le VIH, mais il faut le prendre dans les 48h.

Christian : Vois-tu, toi, tu es née en France. Je t’assure, ma vision comparativement à la tienne, moi je suis très content. Je suis comme un nouveau-né. Je vois plein de bonnes choses sur le plan médical. Les choses sont bien spécifiées ici en France, en Europe, ça se passe bien. Il peut avoir des couacs mais pour nous autres, vraiment, c’est déjà ça, c’est très bien.

Sandra : Je continue, il y a encore 2 choses, est-ce que tu sais ce que c’est les PASS ?

Christian : Oui ! Parce que, vois-tu, quand je n’avais pas l’AME,

Sandra : L’aide médicale d’Etat.

Christian : Voilà, c’est ici que j’ai su ce qu’on appelle l’aide médicale d’état parce qu’au Cameroun il n’y a pas de sécurité sociale, ça n’existe pas. Quand je n’avais pas l’AME, je me suis rendu à l’hôpital, j’avais besoin des médicaments et tout. Je n’avais rien. Je suis allé voir mon assistante sociale. Elle m’a fait un PASS. Et même mon médecin, il m’a fait un truc. Donc, c’est là où j’ai su. C’est un simple bout de papier, tu te rends avec ça avec ça à la pharmacie. On te donne les médicaments, ça peut durer une semaine, parfois 2 semaines, en attendant que tu aies l’aide médicale d’Etat.

Sandra : Donc PASS, ouais c’est ça, ça veut dire permanence d’accès aux soins de santé. Donc il y en a dans tous les hôpitaux et ça on en parlera à la prochaine émission normalement. J’ai rencontré quelqu’un qui a travaillé dans la PASS de Calais. Il y a beaucoup de choses à dire là-dessus, quand il y avait encore la fameuse et triste jungle de Calais.

Christian : Ah ouais ?

Sandra : Ouais, c’est quelqu’un qui a travaillé pendant que toutes ces personnes migrantes étaient encore là. Et enfin, est-ce que tu sais ce que c’est les SPIP ?

Christian : Non.

Sandra : Moi non plus, je ne savais pas. Je l’ai appris avec elle. Donc c’est les services pénitentiaires d’insertion et de probation. Donc, je te propose de découvrir tout ça en écoutant Bérénice Galliot, qui est coordinatrice du COREVIH Nord-Pas-de-Calais. C’est parti.

Christian : Avec plaisir.

Début de l’enregistrement.

Bérénice Galliot : Je suis coordinatrice du COREVIH Nord-Pas-de-Calais. Les COREVIH ont tous les mêmes missions, coordination, amélioration des pratiques, recueil des données, etc. Nous, notre COREVIH a beaucoup travaillé d’emblée sur… essayer d’intégrer les IST, les questions de santé sexuelles plus globales depuis le début de la deuxième mandature 2011/2012.

On a aussi développé tout un axe de travail sur la prison en lien avec une autre coordination régionale et puis le Sidaction depuis peu, qui a travaillé sur la place des COREVIH en milieu carcérale.

On a développé tout ce qui était incitation au dépistage parce que ça nous semblait un des enjeux majeurs pour contribuer à la lutte contre le VIH.

Et puis on a essayé de travailler sur la qualité de vie, d’avoir une idée un peu plus précise des besoins des personnes séropositives sur la région avec une enquête qui a été faite avec un sociologue membre du COREVIH à l’époque en 2014.

De là, on a identifié les axes de travail, notamment auprès des femmes qui montraient une plus grande vulnérabilité que les hommes. Donc on a créé un groupe de travail et là on essaye de répondre à ces besoins en proposant des projets, en incitant les acteurs à initier des projets qui n’étaient pas forcément existants jusque-là pour essayer de rompre avec leur vulnérabilité et leur isolement, etc.

Sandra : On va s’intéresser à quelques aspects. Les femmes, parce que je trouve qu’on n’en parle pas assez. Donc allons-y.

Bérénice Galliot : On a remarqué qu’elles étaient souvent socialement plus précaires que les hommes, souvent très isolées. Elles sont souvent seules avec enfant(s), donc c’est aussi la possibilité de faire des choses avec les enfants, etc. Donc on réfléchit même à des week-ends santé, avec/sans enfants. Grand isolement surtout. Après, là on les a interrogés plus précisément sur le désir d’enfants, est-ce qu’elles étaient bien informées, est-ce qu’elles étaient accompagnées, qu’elles étaient leurs besoins, leur suivi gynécologique, sur les violences, parce que du coup c’est un thème qui là est apparu assez présent dans le questionnaire qu’on a récemment diffusé uniquement auprès des femmes. En fait on a refait un questionnaire plus précis uniquement destiné aux femmes séropositives. Les violences. Et en fait, qui sont très peu interrogées par les professionnels, enfin en tout cas, les infectiologues dans le cadre du suivi, ils étaient en difficulté pour interroger…

Sandra : Parce qu’on ne sait pas comment aborder le sujet ?

Bérénice Galliot : Oui. Parfois on sent que mais en même temps même si elles nous disent bah oui, on est un peu démuni face à… bah vers qui orienter. Donc là on essaye de travailler là-dessus, parce que c’est vrai que ça ressort quand même assez fort sur le questionnaire. Violences physiques, psychologiques et puis celles aussi liées au statut sérologique. Donc je pense qu’il y a des femmes qui cumulent un peu toutes les discriminations, toutes les violences. Il y a un axe de travail qu’on va développer là-dessus.

Sur la région, les personnes infectées détenues sont suivies par les infectiologues, un réseau d’infectiologues identifié qui intervient en prison. Donc là, la prise en charge est assez bien structurée. Là, ce qu’on interroge nous, on est encore au stade d’état des lieux, c’est vraiment qu’est-ce qui existe en terme de prévention, de dépistage et de réduction des risques. Donc on essaye d’interroger l’ensemble des intervenants autour de la personne détenue, donc à la fois la pénitentiaire, les unités sanitaires, les SPIP, l’éducation nationale aussi qui travaille et puis les associations qui interviennent en prison, pour essayer d’identifier les besoins mais aussi les actions innovantes. Parce qu’il y a quand même des établissements qui sont très en avance par rapport à d’autres aussi, parce qu’ils ont plus de moyens. Il y a dans la région une unité sanitaire qui a été habilité CEGGID pénitentiaire. Donc du coup, c’est aussi un levier pour essayer de travailler toutes les questions de la santé sexuelle, d’infections sexuellement transmissibles en prison. Donc pour l’instant, on est encore en phase de diagnostic puisque l’état des lieux n’est pas encore fini. Mais je pense qu’on va essayer de développer en collaboration avec une coordination régionale qui pilote la promotion de la santé en règle générale auprès des personnes détenues.

Nous, on n’intervient pas auprès du grand public directement. En revanche ce qu’on fait tous les ans, c’est une journée régionale prévention, qui vise les professionnels mais de façon très large et non-experts. C’est-à-dire qu’on essaie de brasser le plus de monde possible pour justement informer, actualiser les connaissances sur les outils qui existent à disposition sur des problématiques bien identifiés. En général on a une thématique, cette année par exemple c’était les jeunes. Donc on a fait tout un travail sur les jeunes, les IST, la sexualité. Après, en terme de prévention, on a contribué avec d’autres structures à l’élaboration de plaquettes. Donc notamment sur l’alerte syphilis parce que les cas de syphilis avaient très nettement augmentés. On essaye aussi de faire en sorte que le TPE soit un peu plus connu dans le grand public. Donc on a fait toute une campagne avec une plaquette, avec Sida Info Service, des centres de dépistage, sur qu’est-ce que le TPE, tout en travaillant avec les référents des urgences sur les accidents d’exposition pour qu’ils aient des outils pour informer le public et mieux les accompagner ensuite vers le suivi. Après, en terme de grand public, on avait essayé de travailler sur les plus de 50 ans, parce qu’on voyait qu’il y avait beaucoup de découverte de séropositivité qui était faite à un stade tardif chez cette population-là. Mais voilà, c’est quelque chose sur lesquelles on a du à avancer mais ça reste un des axes de travail de la commission de la prévention/dépistage.

Sandra : Et aujourd’hui vous avez organisé une journée sur la culture de l’autre, tout ça. Pourquoi ? D’où est venu cette idée ? Pourquoi avoir organisé cette journée ?

Bérénice Galliot : Alors en fait, c’est dû au contexte particulier en fait. Au sein de notre groupe de travail, il y a toujours eu les équipes de Calais. Donc à la fois le CDAG et la PASS de Calais, qui ont toujours été très investis dans le COREVIH et qui donc venait dans les groupes de travail avec leurs problématiques de prise en charge des migrants très spécifiques au littoral. On avait aussi identifié d’autres besoins sur les populations migrantes sur d’autres territoires de santé. Donc on a créé une commission migrant où on fait à la fois de la veille juridique, etc. sur les nouveaux règlements. On partage les expériences, les difficultés, les besoins et c’est vrai que même de façon assez transversal au sein du COREVIH, sans arrêt on nous disait mais on voudrait être formé à la prise en charge des migrants. Bizarrement, quelquefois ils voudraient limite à un mode d’emploi, c’est-à-dire réfléchir par nationalités. Comment on fait avec les chinois, comment on fait avec les africains ? Des personnes un peu plus expertes essayent d’expliquer que ce n’est pas forcément comme ça qu’il faut réfléchir. Donc du coup, on est parti sur l’idée de faire une journée d’échanges là-dessus. Ca répondait à un réel besoin au sein du COREVIH mais bizarrement, là aujourd’hui les gens inscrits sont des gens, ça a brassé beaucoup plus de monde que ça. Donc voilà, c’est venu de là. Du contexte du littoral avec leur problématiques qui se sont greffés ou pas avec les problématiques des acteurs de la métropole lilloise, on a abouti à cette journée, à mesure de réflexion.

En terme de participation au COREVIH, c’est assez équitable entre soignants-non soignants en fait quand on regarde. En revanche, pour moi les sujets, il y a des sujets je pense qui sont peu traités alors ça tient au dynamique de personnes qui viennent au groupe etc. mais plus sur les comorbidités des personnes infectées par le VIH. Je pense que c’est ça qui manque. Mais je pense que c’est essentiellement dû aux forces vives qu’il y a dans les groupes de travail, qui ne se saisissent pas forcément de ces questions-là. Pour moi, c’est un versant qui n’a pas été assez exploité au sein de ces 4 dernières années.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Vous venez d’écouter Bérénice Galliot, coordinatrice du COREVIH Nord-Pas-de-Calais. Vous venez de découvrir quelques-unes des missions de ce COREVIH. Christian, je vois que tu prends des notes ! Tu es un auditeur très attentif dis donc. Qu’as-tu appris en écoutant Bérénice ? Qu’est-ce que tu penses des missions qu’accomplit ce COREVIH ?

Christian : Déjà, c’est la toute première fois que j’entends parler d’un tel nom, COREVIH…

Sandra : Ah oui ? Pourtant on en a déjà parlé à l’émission. Mais bon peut-être que… on dit tellement de mots. Il y en a partout en France. Moi, par exemple, je fais partie du COREVIH Ile-de-France Est et je suis dans la commission migrants.

Christian : D’accord. Donc en fait, c’est la coordination à la lutte contre l’infection à VIH.

Sandra : C’est ça. Et donc il y a des médecins, des associatifs, des patients. On mélange tout le monde.

Christian : Moi, que dire ? Franchement, je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. Juste que je crois que c’est une très bonne organisation. Quand tu entends Bérénice parler du cas de Calais, il y a des cas spécifiques, il y a des migrants qui ne sont pas comme les autres et tout. Il faut pouvoir traiter cas par cas. C’est une grosse mission. Franchement, ils ont du boulot. J’aimerai que dans mon pays aussi, la chose soit faite de cette façon, pourquoi pas. Parce que, sinon on restera toujours en arrière. Il y a des mots, des choses qui nous échappent et quand on arrive ici c’est ici qu’on entend ça. Pourtant, c’est des choses qui sont faisables partout. Partout. Ca ne devrait pas en fait concerner un seul coin. Surtout que si éventuellement les personnes sont touchées par les mêmes maux, pourquoi ne pas envoyer ça un peu partout. Je loue vraiment cette action-là, je suis fier du COREVIH. Je crois qu’avec le COREVIH, avec tout ce qu’ils ont à faire, c’est un gros boulot. J’imagine que toi qui fait partie de cette structure-là, tu vois beaucoup de choses certainement.

Sandra : Oui, oui. Tout à fait. Et là par exemple en ce moment on est train d’élaborer un guide sur internet, pour permettre aux professionnels de la santé de pouvoir diriger une personne migrante qui par exemple est isolée, comment subvenir aux premiers besoins ? L’hygiène, la nourriture. Parce que parfois, on est face à un migrant qui a des problèmes et on ne connait pas forcément tout ce qui existe en Ile-de-France et donc on va essayer de faire un annuaire.

Christian : Oui, il y a tellement d’orientation. Les migrants qui viennent et qui ne savent pas par exemple causer français, parler français, ils ne savent pas parler français, ils ont des problèmes de dictions et tout et donc vous les orienter.

Sandra : Voilà, des cours de français par exemple.

Christian : Moi, j’adhère à un truc comme ça à l’association Tandem Ile-de-France où je donne des cours de diction de manière volontaire. J’ai en face de moi les tibétains, les chinois, les afghans, etc. qui ont des problèmes, qui entendent mais qui ne parlent pas. Ils ont des problèmes à tous les niveaux. Ils n’écrivent pas, ils ne parlent pas. Ils ne comprennent pas. A chacun son niveau. Il faut leur apprendre les syllabes doucement, doucement. Et franchement c’est un gros boulot que vous faites.

Sandra : Super ! Bravo pour ton engagement.

Christian : Je le fais volontairement…

Sandra : Oui, oui. Ce n’est pas tout le monde qui donne de son temps comme ça. C’est super, bravo.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE