Cécile Goujard : « Les personnes séropositives bien traitées ne font quasiment plus de cancers classant sida »

, par Sandra

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Aperçu du programme du colloque organisé par Actions traitements, le 25 novembre
Cécile Goujard : « Les personnes séropositives bien traitées ne font quasiment plus de cancers classant sida »

Sandra : Nous allons parler maintenant de la prévention des cancers. Bon, ce n’est pas un sujet dont on aime parler, mais c’est important. J’ai assisté en fait à un autre colloque organisé par l’association Actions traitements et donc le titre du colloque “Cancer et VIH, état des lieux et prévention”. Plusieurs interventions, comme d’habitude. Et l’intervention de Cécile Goujard m’a beaucoup intéressée. C’est pourquoi après je suis allée l’interroger. Je vous propose de l’écouter.

Début de l’enregistrement.

Cécile Goujard : Bonjour, je suis Cécile Goujard. Je suis médecin clinicien, prenant en charge des personnes infectées par le VIH. On m’a demandé aujourd’hui de venir parler un peu du cancer chez les personnes séropositives.

Sandra : Vous avez parlé de différentes études qui ont montré que la bonne prise du traitement VIH peut avoir un impact sur les cancers. Pouvez-vous dire en quelques mots lesquels ?

Cécile Goujard : Chez les personnes séropositives, il y a deux types de cancers. Les cancers qui sont directement liés à l’évolution de l’infection. C’est ce qu’on appelle nous les cancers classant sida parce que ce sont des cancers qui surviennent chez les patients qui sont infectés en général depuis très longtemps et qui n’ont pas été traités. Et puis il y a d’autres types de cancers qui vont survenir un peu chez tout le monde. Un peu chez les gens qui ont été traités tard ou qui ne sont pas encore traités et beaucoup moins souvent chez les personnes qui sont traitées. Le constat qui a été fait, c’est que quand les personnes étaient traitées, elles ne faisaient quasiment plus de cancers classant sida puisqu’en fait le traitement antirétroviral protège de ces cancers associés directement au virus et les personnes traitées ont aussi une proportion diminuée d’autres cancers comme dans la population générale, parce que le fait d’avoir une immunité renforcée par le traitement est un facteur qui protège du risque de cancers.

Sandra : Et, vous avez aussi parlé des personnes qui malheureusement n’arrivent pas à atteindre un taux de CD4 haut, qui n’arrivent pas à dépasser 400, 500 CD4. Pourquoi ? Est-ce c’est parce que ce sont des personnes qui commencé leur traitement tard ? Qui ont été dépistées tard dans la maladie du VIH ?

Cécile Goujard : Oui, effectivement, le problème c’est le dépistage précoce. Les personnes, soit qu’elles ne veulent pas, elles ne souhaitent pas être dépistées, elles ne souhaitent pas savoir. Soit parce qu’elles n’imaginent pas qu’elles puissent être séropositives. Ces personnes arrivent très tard, nous, on en voit arriver à l’hôpital toujours avec des stades très avancés. Et ces personnes-là, lorsqu’elles sont traitées, quand bien même elles vont prendre parfaitement leur traitement, régulièrement, avec un traitement qui est bien efficace, ces personnes-là vont garder parfois des lymphocytes T4 bas donc elles vont avoir un déficit de l’immunité qui va persister même si le traitement est efficace. Donc il y a d’autres circonstances dans lesquelles de maladie particulière, dans lesquelles le taux de lymphocytes T4 ne va pas pouvoir être restauré à la normale. Donc c’est important d’avoir toujours une charge virale indétectable, donc ça c’est l’effet direct du traitement antirétroviral, la restauration de l’immunité c’est quelque chose qui vient après, qu’on ait eu bien une charge virale indétectable et pendant longtemps et qui reste bien indétectable mais malheureusement, certaines personnes parfaitement observantes peuvent ne pas avoir un taux de CD4 qui va atteindre 500 et pour nous 500 c’est pour nous le seuil de CD4 qui est quasiment associé à la disparition de déficit immunitaire.

On a essayé avec différentes études en France et dans d’autres pays d’augmenter le taux de CD4 pour améliorer la restauration du système immunitaire et malheureusement jusqu’à maintenant, on n’a pas trouvé de médicament ou de stratégie qui permettent de booster ce système immunitaire pour renforcer les T4. Néanmoins, avec l’évolution actuellement, on sait que ces personnes, même si elles n’ont pas atteint plus de 500 CD4, pour la majorité d’entre elles, elles continuent de bien aller, donc ça, c’est un élément qui est plutôt rassurant maintenant qu’on a 10, 15 ans d’évolution chez certaines, sous réserve que toujours le traitement soit pris et que le virus soit bien bloqué de façon constante.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Cécile Goujard, au micro de l’émission de radio vivre avec le VIH qui a rappelé l’importance pour les personnes séropositives de prendre correctement son traitement et de le prendre le plus vite possible, dès qu’on sait que la personne est infectée, de le prendre pour se prévenir des cancers. Est-ce que tu le savais Christian ? Est-ce que ton infectiologue t’a déjà parlé de ce bénéfice pour ta santé ?

Christian : Franchement, quand on va à l’hôpital, généralement, l’infectiologue, pour la plupart il regarde les résultats de tes examens, il dit oui, tout est bon. Point final. Et vous ne continuez pas trop dans la discussion et il t’examine un peu, tu sors, tu pars. Mais je crois quand même que c’est, franchement, telle que Cécile Goujard a essayé de nous expliquer un certain nombre de choses qui sont d’ailleurs très importantes, moi je vais poser plein de questions à mon infectiologue, je crois qu’il a le droit de me répondre. Est-ce que ma charge virale est bonne, parce qu’elle nous a dit, si elle est bonne, c’est tant mieux. Bonne charge virale, voir le taux de T4, de CD4, très important. Et, la bonne nouvelle c’est que le traitement lutte contre certains cancers.

Sandra : Des cancers qu’elle a appelé cancers classant sida. Donc ça veut dire des cancers qui sont liés à l’infection du VIH et puis aussi d’autres types de cancers, c’est ce qu’elle dit, puisque le système immunitaire, c’est logique, est renforcé donc du coup mettons les chances de notre côté. Et ça me rappelle que, j’en profite pour faire un petit coup de pub à notre projet, qu’on appelle “projet chorba” où on rend visite à des personnes hospitalisées une fois par mois à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, des personnes qui sont malheureusement parfois en fauteuil roulant ou qui n’arrivent plus à manger tout seul, qui n’arrivent plus à parler, parce qu’elles ont découvert leur séropositivité tard, donc ont pris le traitement trop tard ou bien ont arrêté à un moment de leur vie de prendre le traitement et du coup ça a laissé la porte ouverte à des infections, des maladies importantes. Nous, on voit aussi que c’est très important pour les personnes séropositives de faire l’effort, de prendre le traitement même si je reconnais que c’est pénible de prendre un traitement tous les jours.

Christian : Mais vois-tu Sandra, on n’en sait jamais trop. La répétition étant la mère des sciences, franchement, c’est toujours important de marteler ça, toutes ces choses, de temps en temps pour que davantage on prenne conscience.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE