Lille : à chacun sa sexualité à l’association Kwadengue Black Arc-en-ciel

, par Sandra

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Lille : à chacun sa sexualité à l’association Kwadengue Black Arc-en-ciel

Sandra : Dernièrement je suis allée à un colloque, à Lille, c’est dans le nord de la France, pour parler, alors voici le titre du colloque, c’était “l’approche transculturelle en santé”. C’était très intéressant puisqu’en gros, il y avait des intervenants qui nous expliquait comment faire pour bien accueillir les personnes migrantes. Il y a eu une intervention sur la prise en charge des migrants et puis après on a eu des discussions l’après-midi aussi, sur le public ROM, la prévention, comment faire quand il y a quelqu’un qui ne parle pas français, comment se faire comprendre. Est-ce qu’il y a des outils, des interprètes, tout ça. On a aussi évidemment parlé du système de soins pour le public migrants. C’était vraiment très intéressant. J’ai rencontré plusieurs personnes. On va commencer avec Daniel, qui est responsable d’une association. Je vous laisse l’écouter et on en discute après, avec Christian.

Début de l’enregistrement.

Daniel BAKOA NDJEE : Je suis coordinateur de l’association Kwadengue Black Arc-en-ciel. Kwadengue veut déjà dire gay en langue camerounaise. C’est comme ça que les homosexuels au Cameroun arrivent à causer quand ils sont dans un bar, ils disent gay pour qu’ils ne puissent pas être repérés. Donc ceux qui connaissent que ce sont des homosexuels, c’est ceux qui connaissent le mot Kwadengue.

Nous avons plusieurs actions dans le Nord-Pas-de-Calais. Déjà, notre première action c’est une permanence de santé sexuelle que nous mettons sur les réseaux sociaux. Nous menons une permanence d’écoute et de conseils au niveau de la maison des associations. Dans le Vieux-Lille, nous avons une action de prévention aussi, tout ce qui est prévention dans les lieux de commerce, afro-caribéenne. Nous travaillons aussi avec le CROUS où nous allons aussi faire de la prévention, ainsi que les foyers comme Adoma et les foyers de jeunes travailleurs ainsi que le foyer Atrium. Notre 3ème action, c’est une action du dépistage du VIH que nous mettons auprès des partenaires que je viens juste de citer. Et la dernière action, ce sont des ateliers que nous organisons dans plusieurs foyers où nous abordons plusieurs thèmes sur l’estime de soi.

Sandra : Qui sont les personnes qui viennent dans votre association ? J’ai bien compris que ça s’adresse aux personnes homosexuelles mais qui sont-elles ? Est-ce qu’il y a que des camerounais qui poussent la porte de votre association ?

Daniel BAKOA NDJEE : Il n’y a pas que des camerounais, en fait notre slogan dit “à chacun sa sexualité”. Donc il y a des gays, des hétéros et tout le monde est le bienvenu dans l’association. Il y a des blancs, des blacks, des maghrébins. Donc l’association est ouvert à tout le monde. Chacun vient avec sa sexualité. Il y a le non-jugement. Nous accueillons un public aussi qui est demandeur d’asile avec qui on aide aussi. Il y a aussi des jeunes mineurs qui sont dehors avec qui on essaye de voir avec nos partenaires pour leur trouver un toit où dormir.

La question du VIH vient de temps en temps, parce que nous n’avons pas encore un local pour proposer le test de dépistage. Donc on va vers nos partenaires. Mais on reçoit beaucoup de gens qui poussent la porte uniquement pour les demandes d’asile, demande de logement, ou alors ils ont des problèmes administratifs et on essaye de les aider pendant cette procédure. Et il n’y a pas que des camerounais comme je viens de le dire tout à l’heure là. Donc c’est comme ça, de travailler.

Sandra : Et en ce qui concerne les personnes séropositives qui fréquentent votre association, quelles sont leurs besoins ? Qu’est-ce qu’elles attendent de vous ?

Daniel BAKOA NDJEE : Déjà, ce qu’elles attendent de nous, c’est d’abord de les sortir de l’isolement. C’est pour cela que nous organisons des ateliers qui sont sous forme d’auberge espagnole. Donc après être sorti de l’isolement, quand elles ont des problèmes administratifs que ce soit logement, que ce soit papier, qu’ils n’arrivent pas à remplir les dossiers de MDPH, où n’arrivent pas à remplir leur dossier de logement. Donc on est là, à l’écoute, on conseille à l’accompagnement aussi.

Sandra : J’imagine que les personnes homosexuelles séropositives qui poussent votre porte, on parle souvent du tabou en fait, le poids du secret et tout ça. Là, j’imagine qu’il y a double secret ? Par rapport à l’homosexualité et aussi par rapport au VIH ?

Daniel BAKOA NDJEE : Disons que ce n’est pas très facile d’abord de parler de l’homosexualité, c’est très difficile. Donc oui, il y a certains qui cachent et maintenant, quand on a le VIH, ce n’est pas facile de dire qu’on est homosexuel, on a le VIH, ça fait beaucoup pour une personne. Pour trouver du boulot c’est difficile, et en plus on est noir. Donc, on a pas mal d’handicaps à côté qui font que les gens sont dans l’isolement. Nous, on essaye de les mettre à l’aise, de les orienter, de les conseiller. Voilà notre boulot. Sinon, ils se sentent toujours à l’aise avec nous parce que la conception de l’association c’est une famille. C’est une famille, c’est un réseau où tout le monde, si quelqu’un a un problème, on essaye de leur présenter d’autres personnes qui ont rencontré les mêmes difficultés pour leur donner des conseils aussi. Voilà tout ce que nous faisons.

Il y a certaines personnes qui n’avouent pas facilement leur homosexualité. C’est de leur droit, parce que voilà, ils ne veulent pas dire à leur famille, donc déjà, s’ils n’arrivent pas à avouer qu’ils sont homosexuels c’est difficile de dire qu’ils sont totalement séropositifs. C’est comme parfois on rencontre certains qui ne vont pas nous dire qu’ils sont séropositifs et ils vont nous dire qu’ils sont homosexuels. Donc, ce n’est pas si facile, c’est très difficile.

Sandra : Et pour terminer, est-ce que tu aurais un mot, admettons là il y a quelqu’un qui écoute l’émission, qui habite dans la région de Lille, qui se sent seul avec son secret, ses problèmes, mais qui hésite à pousser la porte parce qu’elle a peur que tout le monde sache que je suis homo ou séropositif. Qu’est-ce que tu aimerais dire à cette personne ?

Daniel BAKOA NDJEE : Je veux juste dire à cette personne, dans l’association, c’est le respect, c’est la confiance, c’est la sincérité. La confidentialité c’est quelque chose que nous maitrisons. Tout ce qui se dit avec cette personne, ça restera entre nous. La personne n’entendra jamais son nom, rien ne sortira. C’est comme ça, il y a le non-jugement aussi qui est une base de notre association. Cette personne peut nous écrire sur l’adresse kbalille59@gmail.com ou nous appeler au 06 40 30 68 89 ou nous envoyer un courrier au 8 allée de la filature, 59 000 Lille ou par notre adresse pour plus d’informations kwadengue-black-arc-en-ciel sur google et la personne à notre adresse ou notre page Facebook.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Vous venez d’écouter Daniel, membre de l’association Kwadengue Black Arc-en-ciel. Une association qui existe depuis 2014 et qui oeuvre, comme vous l’avez entendu dans le milieu afro-caribéen. Christian, qu’en penses-tu de cette association ? Dis-nous tout, tes impressions ?

Christian : Franchement c’est… c’est bien, parce que c’est ici tu vois… au Cameroun, l’homosexualité c’est une véritable chasse à l’homme. Je peux comprendre Daniel, il se sent épanoui ici, il est à l’aise, une association est mise sur pied, ohlala ! C’est très bien. Ce qui m’intéresse dans ce qu’ils font, c’est l’aide, l’accompagnement, le logement, les conseils, franchement, c’est très intéressant. Moi, c’est la toute première fois que j’entends parler de kwadengue (rires). Je suis camerounais, je suis de Yaoundé, je vais de temps en temps à Douala mais bon, c’est vrai que je ne côtoie pas les coins, les secteurs homosexuels. Mais comme c’est un mot de passe, ce n’est pas aussi évident. Donc franchement, je salue Daniel par rapport à son initiative, à son courage, à ce qu’ils font dans l’association. Mais vois-tu, très honnêtement, ceux qui sont comme Daniel, les camerounais au Cameroun ne sont pas très épanouis. Au Cameroun c’est la mort assurée, il y a une chasse à l’homme, c’est impossible d’en parler.

Sandra : Il n’y a pas d’association pour les personnes homosexuelles du coup au Cameroun ?

Christian : Il y a une dame qui est juriste, c’est elle qui essaye de monter sur le trône et de défendre les homosexuels. Au finish, ces derniers finissent par lui en vouloir parce qu’ils se disent qu’en principe, elle reçoit beaucoup d’argent des différents partenaires en Europe et tout et elle ne dispense pas bien tous ses revenus. Ca fait que finalement, on lui en veut mais il n’y a que cette dame qui lutte pour la cause des homosexuels au Cameroun, puisqu’elle est lesbienne, donc elle comprend bien la situation des homosexuels et tout, mais à part elle, personne n’ose ouvrir la bouche et en parler. C’est très dur au Cameroun.

Sandra : Et qu’est-ce qu’on dit des personnes homosexuelles au Cameroun alors ?

Christian : On oublie d’abord qu’il y a des personnes qui naissent homosexuelles. C’est-à-dire que sans un jour avoir… je ne suis pas homosexuel mais j’essaye de voir un peu les différents comportements parce qu’autour de moi j’ai eu des cousins, j’ai vu comment ils réagissaient. Vous voyez un enfant tout petit, il se met à porter les habits de femmes. Il aime porter les habits de femmes, les habits de maman, les chaussures de maman. Quand elle n’est pas là, il est tout le temps en train de vouloir cuisiner, il fait des choses…

Sandra : Bon, attends Christian, c’est de la caricature ça. Je suis désolée, toutes les personnes homosexuelles, enfin les gars, ne s’habillent pas en fille, ça c’est des clichés. Et puis faire la cuisine ce n’est pas réservé qu’aux femmes Christian.

Christian : Sandra, au Cameroun, comparativement à ici, je n’ai pas vu les homosexuels d’ici marcher en faisant les mains comme ça, le rouge à lèvres, et tout et tout.

Sandra : Ah ! Tu vois !

Christian : Mais au Cameroun, eux, ils portent les habits de femme. La plupart portent des habits de femme, ils s’inclinent, cassent les mains, tordent les mains, ils font des choses comme des femmes ! Ici, tu vois des homosexuels, tu ne peux même pas imaginer, ils ne tournent pas les fesses, pas facile de savoir que ce monsieur est homosexuel et pourtant il l’est. Au Cameroun, c’est très mal perçu. Je parlais d’un cousin, il allait chez d’autres tatas. Un bon matin, on l’a sodomisé, c’est-à-dire que des jeux d’enfants… ils se sodomisent, ils se couchent, ils font des choses bizarre entre eux, ils les cachent. Et il a grandi avec cet esprit-là, il a commencé à porter les habits de femme, à aimer faire les choses de femme et il est devenu gay. Il est vu comme un diable, comme Satan. Pour nous, les homosexuels au Cameroun sont vus comme des personnes qui portent sur eux un sort, un véritable sort, un sacrilège. Ils doivent être immédiatement radiés, bannis de la société. Ils sont très mal vus. Ce ne sont pas des portes-bonheur, ce sont des portes-poisses. On ne les comprend pas. On se dit que vraiment ils ont été maudits, qu’est-ce qu’il s’est passé avec toutes les femmes qu’on voit, pour certaines personnes, la femme est sucrée (rires), comment ce gars trouve autant d’appétit avec un homme. C’est un questionnement vaste.

Sandra : En tout cas, merci pour ta sincérité Christian. Et puis n’hésitez pas chers auditeurs à réagir. Peut-être qu’au Cameroun, vous nous écoutez et que vous n’êtes pas du tout d’accord avec Christian, que vous êtes d’accord avec lui. N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net et merci à Daniel pour m’avoir accordé du temps.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE