Forum des auditeurs : une personne séropositive peut-elle exercer la profession d’infirmière ? / Quoi ! T’es en couple avec un séropositif !?

, par Sandra

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Illustration de Dan Evans
Forum des auditeurs : une personne séropositive peut-elle exercer la profession d’infirmière ? / Quoi ! T’es en couple avec un séropositif !?

Alexandre : On va commencer avec le forum des auditeurs. Je vais commencer avec un premier message, que nous avons reçu fin août. C’était le message de Lekadir.

- Le message de Lekadir

Bonjour, est-qu’une personne séropositive peut exercer comme infirmière ?

Alexandre : Je ne sais pas si vous avez une idée, une réaction éventuelle dans le studio ?

Christian : Je vais juste prendre l’exemple au Cameroun. La plupart des personnes dans les hôpitaux spécialisés qui traitent des personnes avec la pathologie VIH, la plupart sont séropositifs. Donc je voudrais dire à notre auditeur que c’est possible d’exercer. C’est très possible.

Alexandre : Je vais donner la réponse que j’ai fourni à Lekadir :

Je vais vous répondre dans la théorie, tout d’abord. Selon l’article L1132-1 du Code du Travail ,tout refus à l’embauche d’une personne sous motif de son état de santé est, a priori, un non-respect du Code du Travail.

Comme le dit l’article, "Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement ou de l’accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, telle que définie à l’article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, notamment en matière de rémunération, au sens de l’article L. 3221-3, de mesures d’intéressement ou de distribution d’actions, de formation, de reclassement, d’affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation ou identité sexuelle, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son nom de famille, de son lieu de résidence ou en raison de son état de santé ou de son handicap."

Toutefois, en pratique, c’est beaucoup plus complexe. Dans notre association, nous connaissons plusieurs membres dont la situation professionnelle a été bouleversée par la révélation de leur séropositivité.

Est-ce possible de devenir infirmier en étant séropositif ? En théorie, donc, oui. En pratique, c’est à la médecine du travail de déterminer si vous êtes apte ou non à exercer, en fonction de votre maladie.

Ce que je vous conseille, pour commencer, c’est d’en discuter avec un médecin (votre médecin généraliste, par exemple), qui pourra sans doute mieux vous conseiller, vous aiguiller. Mais en principe ce n’est pas impossible, si l’on vous juge apte à travailler et que vous n’êtes pas victime de discrimination par rapport à cela lors de votre embauche.

Voilà, je ne sais pas si vous avez quelque chose à ajouter ?

Christian : En fait, il y a un peu anguille sous roche. Mais je suis content par rapport à l’article que tu viens d’évoquer. Il y a une réalité là où moi je sors quand même. Parce que, lors de ton embauche, lors d’un concours… d’ailleurs, chez nous, on ne fait pas les tests… quand vous faites des concours, lorsqu’il y a des entretiens, on ne connait pas beaucoup ça, presque pas ça. Parce que si on se rend compte à ce moment instant T que vous êtes porteurs du VIH, c’est un problème. Je ne crois pas que vous allez continuer à travailler ou bien être accepté. Moi, je travaillais dans une radio, la 99.5, c’était au Cameroun. Alors une fois, pour la seule fois qu’on s’est rendu compte, je parlais naturellement, on s’est rendu compte que j’étais malade sans véritablement faire des tests. Mon boss s’est rendu compte que j’étais malade et il a dit ça à 2-3 personnes, après j’ai été discriminé parce qu’on me voyait déjà d’un très mauvais oeil. Ce n’était plus bien. Franchement, moi je loue cet article mais cet article n’est pas appliqué dans tous les pays malheureusement.

Alexandre : Merci pour ton intervention. On va passer au second message. Donc là, c’est le message de Kévin. C’était en commentaire à l’article qui s’intitule “Martine, 26 ans, j’appréhendais d’être séropositive à mon tour”.

- Le message de Kévin

Franchement Martine t’as l’air d’être une femme intelligente. J’comprends pas comment tu fais pour rester avec un mec séropositif malgré le faite qu’il soit sérodifférent. En gros tu fais tout pour causer ta perte. Le sida une fois que tu l’as, tu ne t’en débarrasses pas. Imagine s’il te contamine, que t’es plus avec et que tu tombes amoureuse d’un autre mec qui lui est séronégatif. Et puis on meurt du sida quand même faut en être conscient. Moi je comprends pas comment des gens sensés peuvent être aussi imprudents. En tout cas j’espère que tu ne chopperas pas ça…

Alexandre : Je ne sais pas si vous avez des réactions. Moi, ça m’a fait réagir mais je ne donnerai peut-être pas ma réaction qui était peut-être un petit peu virulente. Je ne sais pas si vous avez des réactions ?

Joseph Larmarange : On peut dire que la situation aujourd’hui a quand même beaucoup changé par rapport à il y a 10 ans et qu’aujourd’hui quand on est dans un couple sérodifférent, on a beaucoup plus d’outils, d’options à sa disposition qu’on en avait à la fin des années 90. On sait aujourd’hui que le traitement a un effet sur la transmission. En 2008, il y a avait des médecins suisses qui avaient affirmés que quand une personne séropositive prend un traitement et a une charge virale indétectable, elle ne transmettait plus le virus. Alors, on ne peut pas montrer un risque zéro. En revanche, il y a une grande étude en Europe, l’étude Partner, et dans cette étude où on suit des couples sérodifférents, où le partenaire positif est sous traitement avec une charge virale contrôlée, on observait aucun cas de transmission aujourd’hui. Ca ne veut pas dire que le risque il est de zéro puisqu’on a toujours une marge d’erreur. On parle d’intervalle de confiance. Il faudrait observer pendant très longtemps beaucoup de monde pour réduire encore ça. Mais on a d’autres possibilités et on voit que le traitement a un impact énorme sur le quotidien des personnes. En fait, on voit que les gens s’infectent mais ils s’infectent en général en dehors du couple.

Alexandre : Merci pour cette réponse. Je suis entièrement d’accord avec cette réponse. Je rajoute qu’au final, quand on est amoureux d’une personne, qu’importe son état de santé, quand on aime, on ne compte pas. Bon, c’est peut-être un petit peu bisounours comme phrase mais bon, si on peut vivre avec, pourquoi pas.

Mohamed : Moi, je crois que c’est plutôt des personnes qui ont des clichés et des préjugés par rapport à l’acte sexuel et la relation amoureuse. Et je ne suis pas certain que ces gens-là ils savent lire un bilan ou qu’ils savent ce que c’est une trithérapie qui a progressé. Puisque j’entends encore beaucoup de cas de trahison où la personne dès qu’elle apprend que son partenaire est séropositif, il y a des problèmes dans leur couple. Donc je crois que, comme tu le disais, c’est l’amour qui triomphe, les personnes sont responsables et savent ce qu’ils font.

Alexandre : Merci Mohamed.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE