Journée mondiale du préservatif féminin/interne : « Prends ta prévention en main » avec Act-Up

, par Sandra

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Journée mondiale du préservatif féminin/interne : « Prends ta prévention en main »

Sandra : J’ai rencontré Mikaël Zenouda qui est président de l’association Act-Up. Ils préparent quelque chose de spécial pour cette journée qui aura lieu vendredi 16 septembre, la journée mondiale du préservatif féminin. Le préservatif féminin ils l’appellent eux le préservatif interne. Mikaël Zenouda va nous dire pourquoi, c’est parti, on écoute ça.

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Mikaël Zenouda

Début de l’enregistrement.

Mikaël Zenouda : Bonjour, je suis Mikaël Zenouda, le président d’Act-Up Paris. On lance une campagne de promotion du préservatif interne, parce que maintenant on a décidé de l’appeler préservatif interne parce que ça ne concerne pas uniquement les femmes. Ca ne concerne pas uniquement les femmes qui ont un vagin, ça concerne toutes les personnes qui ont un vagin notamment les hommes trans non opérées. Ca concerne aussi les personnes qui l’utilisent pour les relations anales. Donc autant les femmes que les hommes. Cisgenres ou transgenres. Donc c’est pour ça que maintenant, on utilise la dénomination préservatif interne, en opposition avec le préservatif externe qui se met sur un pénis ou un gode.

On va lancer deux visuels de promotion de ce préservatif assorti d’une distribution dans Paris de préservatif interne avec quelques animations…

Sandra : Quelques animations ? C’est-à-dire ? Vous allez montrer comment le mettre ?

Mikaël Zenouda : En tout cas, on a créé une robe préservatif interne.

Sandra : Ah bon ! (rires)

Mikaël Zenouda : Oui ! Faudra aller voir.

Sandra : Là, ça m’intrigue !

Mikaël Zenouda : Aller sur place. Oui, en tout cas, on montrera qu’est-ce que c’est un préservatif et comment on le met.

Il est assez mal connu, il est assez mal diffusé. L’information n’est pas très accessible, en tout cas pas très diffusée. On arrive facilement à trouver de l’information sur internet mais des campagnes d’affichage sur le préservatif interne, est-ce qu’on en a vu dans la rue ou à la télé ? Ca, j’en doute. C’est urgent d’en parler et surtout aussi, de parler du prix et de sa diffusion. Déjà le prix est excessivement cher par rapport au préservatif externe. La diffusion, on le trouve parfois en pharmacie, sur internet évidemment mais en grande surface quasiment pas. Est-ce qu’il y a beaucoup de femmes, beaucoup d’hommes trans, beaucoup de gays qui l’utilisent ? Ca, on peut se poser la question. Et c’est sans doute lié justement au déficit d’information dessus.

Sandra : Patrick Papazian, qui est sexologue, nous avait rapporté qu’une de ses patientes a dit : “Le préservatif féminin, autant mettre un sac Franprix !”. Avez-vous déjà entendu des commentaires négatifs sur ce préservatif ?

Mikaël Zenouda : Oui, on a déjà entendu des commentaires négatifs, comme quoi ça faisait limite un sac poubelle à se mettre à l’intérieur, que le préservatif était énorme, sachant que l’anneau externe sort pas mal du corps, est visible. On a aussi entendu des commentaires positifs qui disent que c’est agréable pour le partenaire qui pénètre puisqu’il n’y a pas la sensation d’être serré dans un préservatif pour ceux qui ont des réticences à mettre un préservatif externe, parce qu’ils se sentent serrés, parce qu’ils ont des problèmes d’érection quand ils le mettent et ensuite, le préservatif interne qui n’est pas dans la même matière que le préservatif interne, puisqu’il n’est pas en latex mais en polyuréthane, il colle beaucoup plus aux parois vaginales ou anales et il diffuse beaucoup plus la chaleur. Ce serait plus agréable.

Sandra : Sais-tu pourquoi il est toujours si cher ?

Mikaël Zenouda : Sans doute parce qu’il y a que deux distributeurs en France qui le distribuent dont un principal, ça fait une position de monopole. L’information est assez mal diffusée donc il y a moins de vente, les prix en volume baissent moins. Et parce que les pouvoirs publics ne s’emparent pas de ce problème-là. Je pense qu’ils pourraient faire facilement pression et amorcer le mécanisme de fixation des prix pour faire baisser ce prix-là à tous les niveaux.

Sandra : Aurais-tu un message pour les femmes qui refusent d’essayer le préservatif féminin ? Parce que c’est souvent… en tout cas, dans mon expérience, c’est souvent les femmes qui repoussent ce préservatif donc est-ce que tu aurais quelque chose à leur dire à ces femmes ?

Mikaël Zenouda : Tentez l’expérience ! (rires) Prenez plusieurs préservatifs, essayez seule parce que souvent, la première fois, c’est assez compliqué à le mettre, en tout cas, avoir la technique, la main pour plier l’anneau en forme de 8 et introduire et faire en sorte qu’il tienne bien aux parois. Essayez une première fois seule et après essayez avec un partenaire.

Rejoignez-nous vendredi 16 septembre après-midi dans Paris. On diffusera le lieu sur nos réseaux, sur le site internet d’Act-Up Paris, sur Facebook et Twitter

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Fin de l’enregistrement.

Sandra : C’était Mikaël Zenouda à l’émission de radio Vivre avec le VIH. C’est dommage, il n’y a pas de femme aujourd’hui dans l’équipe radio pour parler du préservatif féminin à part moi, mais je ne témoignerai pas là-dessus… de toute façon, je n’ai pas essayé donc je ne peux pas témoigner. Mais, je ne sais si vous avez quelques commentaires à faire sur ce préservatif féminin, est-ce que vous savez à quoi ça ressemble ? Avez-vous eu l’occasion de tester ? Est-ce que vous voulez partager cette expérience avec nous ? C’est parti, le micro est ouvert.

Joseph Larmarange  : Moi, j’ai déjà testé en fait. Mais ça n’a pas été forcément l’outil qui m’était adapté. Je pense que l’important, c’est d’avoir plusieurs outils. Ce qu’on oublie souvent de dire aussi sur le préservatif externe pour reprendre la terminologie d’Act-up, c’est qu’il y a un grand choix de variété et pas forcément ce qu’on trouve en pharmacie et en supermarché. On parlait du diamètre, aller dans un supermarché, vous en trouverez entre 50 et 54 millimètres de diamètre. Si vous allez dans d’autres boutiques comme le “Roi de la capote”, vous trouverez des préservatifs entre 39 et 69 millimètres, et donc il y a moyen de trouver des préservatifs à sa taille. Après, comme tout outil, ce qui est important, c’est qu’on ait du choix et qu’on puisse trouver les outils qui sont adaptés dans certains contextes et dans certaines relations. Peut-être qu’avec certains partenaires c’est adapté. On l’a vu dans certaines expériences en Afrique, le préservatif féminin, ce n’est pas forcément la révolution au sens où des femmes qui étaient dans des situations où elles n’arrivaient pas déjà à négocier le préservatif masculin, n’étaient pas forcément en capacité de contrôler, de négocier ce préservatif féminin. Peut-être un peu différent chez des travailleuses du sexe où là, parce qu’elles ont aussi des partenaires qui sont relativement alcoolisées, arrivent à utiliser le préservatif féminin sans que le partenaire ne s’en rende compte. C’est un outil supplémentaire, à voir s’il convient ou pas aux uns et aux autres, l’important, c’est d’avoir du choix.

Sandra : Le “Roi de la capote” on avait un reportage là-dessus à l’émission de radio Vivre avec le VIH. Vous pouvez le retrouver sur le site comitedesfamilles.net, ça avait été fait par Lucas Vitau. D’autres réactions ?

Christian : J’ai peu rencontré des femmes qui s’intéressaient à ce préservatif. Je pense, sauf si ça a changé, ça s’appelait le Fémidon.

Sandra : C’est ça, c’est la même chose.

Christian : Donc est-ce que le nouveau, est-ce qu’on a baissé… parce que l’ancien était très costaud. Je l’ai utilisé une fois, vraiment ce n’était pas très bon. Effectivement, il ressemble pour moi à un verre, un gobelet. C’est très gros, ce n’est pas très beau à voir quand même. En Afrique chez nous, très peu de femmes utilisent ce préservatif parce qu’il est tellement large, tellement gros.

Sandra : Bon, mais le préservatif masculin, il n’est pas beau aussi. Ce n’est pas pour l’esthétique quoi… (rires)

Alexandre  : C’est ce que je voulais dire. A l’arrivée du préservatif masculin, on ne le trouvait pas forcément… enfin j’imagine bien qu’on ne trouvait pas forcément que c’était la chose la plus belle, la plus esthétique du monde quoi.

Sandra : Ce n’est pas sexy quoi ! (rires)

Alexandre : Peut-être que nous les hommes ça nous parait un peu repoussant ce préservatif mais pour les femmes aussi, le préservatif masculin, ce n’est pas forcément la plus belle des choses. Si on retourne un petit peu le raisonnement… Après, pour ma part, je n’ai jamais encore testé mais pourquoi pas, nous verrons bien.

Sandra : Ah bah tu nous feras un petit reportage (rires).

Alexandre : Je ne vous ferai pas en revanche de petit reportage “50’mn inside” sur le sujet (rires)

Joseph Larmarange : Mais on peut le cacher ce préservatif féminin. Certaines femmes qui ont été amenées à l’utiliser de manière régulière ont trouvé des astuces pour qu’en fait il ne soit pas visible de l’extérieur. C’était plutôt chez les travailleuses du sexe qui du coup essayaient d’utiliser un préservatif féminin en cachette du client, et ont réussi à le faire. Faut dire aussi que certains amants masculins ne regardent pas vraiment dans le détail.

Christian : Et puis le problème c’est que lorsque la femme serre ce préservatif dans son intérieur, il y a cette courroie qui reste de l’extérieur. Dans un premier temps, ça fait un peu peur. C’est effrayant. C’est-à-dire que si tu n’étais pas habitué, tu ne connais pas ce qu’on appelle préservatif féminin, tu demandes à la femme mais qu’est-ce que tu t’es mis là ? Franchement, je ne sais pas si on l’a amélioré parce que le problème c’est d’améliorer…

Mohamed : Non mais justement du fait qu’il y ait déjà des préservatifs féminins, c’est déjà un peu mieux. Parce qu’on a vu déjà dans le contexte masculin que ça posait des problèmes. Je crois que tout dépend du partenaire de chacun. Il y en a qui savent le mettre, il y en a qui ne savent pas le mettre. C’est ça, il y a les partenaires occasionnels, multiples, et les travailleurs du sexe c’est différent. Ils savent à quoi ils vont être confrontés, donc ils prévoient déjà en conséquence. Mais les partenaires comme ça que tu rencontres… bien souvent il y a eu des cas où la femme ne savait pas le mettre ou alors le mec avait un manque de désir au moment de l’application du préservatif. Donc je crois qu’avec le féminin, ça a ouvert plus de possibilités à pouvoir avoir des relations sexuelles plus détendues, plus relax quoi. Il faut le maintenir. Ce serait bien qu’il soit un peu plus répandu pour que les femmes prennent conscience qu’il n’y a pas que l’homme, il n’y a pas que le préservatif masculin mais aussi le préservatif féminin qui peut amener à beaucoup de bonnes choses.

Alexandre : Après, comme l’a dit Joseph, je pense que l’important c’est le choix et la diversification, que ce soit des tailles, des moyens d’avoir des relations sexuelles en toute sécurité et je pense que c’est le plus important. Ca me fait penser, je trouve ça très intéressant d’ailleurs cette dénomination préservatif intérieur puisque c’est vrai qu’on a tendance à tous dire préservatif féminin mais pour les personnes trans c’est tout de suite important de différencier...

Sandra : En fait c’est vrai qu’à la base quand ça a été créé, c’était pensé pour les femmes. Après il a été détourné je dirai et c’est vrai que, par exemple pour l’utiliser pour des pratiques anales, il faut enlever l’anneau, faut le modifier quoi, tu ne peux pas l’utiliser comme ça.

Alexandre : Mais même comme il l’a dit, pour les.. c’est les ?

Joseph Larmarange : Transboys non opérés et qui ont donc un vagin.

Alexandre : Voilà. Quelle dénomination on va dire ? Et dans ce cas, préservatif intérieur…

Sandra : Bah, après je me dis que ce sont des personnes qui se sentent femmes alors je pense que ça ne les offusque pas. Je ne sais pas, c’est mon avis.

Joseph Larmarange : On parle de transboys non opérés donc de personnes qui se sentent hommes mais qui ont encore un vagin.

Sandra : Ah oui d’accord ! Mais moi, je ne connais pas tout ça (rires).

Alexandre : D’ailleurs, j’en profite pour m’excuser à l’avance parce que j’avoue que je suis moi aussi perdu dans les dénominations et que c’est une habitude à prendre, donc j’espère que je ne vexerai personne par rapport à ça.

Mohamed : Faut suivre, faut être dans le coup c’est tout. Il y a des transgenres, transboys…

Sandra : Les cisgenres…

Mohamed : On se met à la page. C’est à nous de s’informer.

Alexandre : Et de diversifier notre vocabulaire du coup. N’hésitez pas à réagir encore une fois sur les réseaux sociaux sur Twitter, @vihradio, sur Facebook Comité des familles, sur notre site internet ou au 01 40 40 90 25.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE