André, 51 ans : « Bon, on a les résultats, vous êtes séropositif mais je pense que vous le saviez ?! »

, par Sandra

JPEG - 659.6 ko
André et Mohamed
André, 51 ans : « Bon, on a les résultats, vous êtes séropositif mais je pense que vous le saviez ?! »

Sandra : Vous êtes à l’écoute de l’émission Vivre avec le VIH, la seule émission qui donne la parole aux séropositifs et à ceux qui les aiment. Vous êtes avec André, Mohamed et moi-même. Maintenant, André va nous livrer son témoignage. Donc André, je vais te poser quelques questions et puis tu réponds comme tu peux. Si jamais tu n’as pas envie de répondre à une question, tu me dis, t’as le droit de dire non. Sens-toi libre, comme tu veux. Ok ?

André : Ok.

Sandra : André, qui es-tu ? Quel âge as-tu ?

André : J’ai 51 ans.

Sandra : Tu fréquentes le Comité des familles depuis combien de temps maintenant ?

André : Depuis le mois d’août, ça va faire 4 mois.

Sandra : Tu t’y plais bien ?

André : Oui.

Sandra : Ici, comme tu le sais, c’est une émission qui a pour but de donner la parole aux personnes séropositives. D’où cette question, André, est-ce que tu te souviens du jour où tu as appris ta séropositivité ?

André : Oui, je m’en souviens, on ne peut pas oublier. C’était quand j’étais à l’hôpital Pasteur. A l’époque, ils hospitalisaient les gens, il y avait des chambres. Maintenant ils font juste des consultations. Au départ, j’avais de la fièvre pendant 12 jours, j’étais malade, je me suis dit, comme il faisait froid, j’ai cru que j’avais attrapé froid. Je revenais d’Afrique donc je me suis dit que peut-être j’ai attrapé un palu. Je suis allé à Montreuil et à Montreuil ils m’ont fait une prise de sang. J’avais 39 de fièvre.

Sandra : C’était en quelle année ?

André : En 1999. Février 99. Ils m’ont fait une prise de sang, ils m’ont mis une perfusion avec des antibiotiques mais on ne me disait rien. Après ils m’ont envoyé à Pasteur, je me rappelle, j’avais demandé à l’ambulancier mais est-ce que c’est le palu ou c’est autre chose ? L’ambulancier a regardé le dossier et il a vu que ce n’était pas palu mais il n’a pas le droit de me le dire. Il m’a menti et il m’a dit “non, non, c’est le palu”. Donc je suis arrivé à l’hôpital, le soir, aux urgences. Ils m’ont fait encore des examens à Pasteur. Le lendemain, c’est le médecin, elle n’a pas pris de gants, c’était une femme, “Bon on a les résultats, vous êtes séropositif mais je pense que vous le saviez”. Ca ne m’a pas trop plu comment…

Sandra : Pourquoi elle a dit ça ? Tu sais ?

André : Non. Elle pense que, comme je venais d’Afrique, je devais savoir que je devais l’attraper. Je leur ai dit que j’avais eu des relations sexuelles avec des femmes là-bas donc, pour eux, comme j’avais des copines, donc, en Afrique beaucoup sont malades donc, c’est obligé que je l’ai attrapé, que je dois le savoir. Je n’étais pas obligé de savoir.

Sandra : Et quand on te l’a annoncé, qu’est-ce qui s’est passé dans ta tête ? Qu’est-ce que tu connaissais du VIH ?

André : J’en avais déjà entendu parlé, parce que quand je faisais des stages de jardinier, ils nous expliquaient c’était quoi le VIH dans les années 80. Donc je savais ce que c’était. Je pensais que j’allais mourir. Je disais aux médecins “je vais mourir, c’est fini”. Ils me disent “non, non, vous n’allez pas mourir, maintenant il y a la trithérapie”. Je ne savais pas qu’il y avait déjà un traitement, je pensais qu’il n’y en avait pas. Donc ils m’ont dit “non, non, vous n’allez pas mourir”. Je me rappelle, j’avais un papier de AIDES à côté, mais pff. Le premier à qui je l’ai dit, c’est un ami à moi. Il m’a dit “faut en parler à tes parents”. Je l’ai dit à ma mère, à mon frère. C’est lui qui est venu avec ma mère me voir. Donc mon père après a été mis au courant, sûrement par ma mère mais il est venu et il n’a pas voulu me voir. Il est venu se renseigner, “c’est quoi le VIH”. Je pense qu’il avait peur mais mon père c’est un espagnol pur et dur, donc il ne montre pas ses sentiments, même si je sais qu’il devait avoir peur. Mais il est fier, il ne veut pas aller voir son fils, si je l’ai attrapé, c’est parce que c’est moi qui l’ai cherché. C’est comme ça qu’il pensait. Donc, après je m’y suis fait. J’ai commencé à prendre les traitements qui étaient comme le Videx, c’était une pastille rouge que vous mettiez dans la bouche, qu’il fallait prendre à jeûn, faut la sucer comme… ah c’était horrible, c’était dégueulasse. Je n’avais pas le choix. Après, il y avait les autres médicaments, Crixivan. Il me l’a changé parce que ça me faisait des yeux jaunes, des symptômes hépatiques, donc le médecin me l’a changé et m’a donné du je ne sais plus quoi. C’était des cachets bleus. Il y en avait un paquet au début. Puis après je suis devenu indétectable et depuis je suis toujours indétectable.

Sandra : Indétectable, tu as compris ce que ça veut dire ?

André : Oui, la charge virale est très basse donc on ne peut pas savoir combien il y a de virus. Donc il n’y a pas de risque que je contamine une personne. Avant on ne savait pas, mais maintenant on sait que même si j’ai une relation sans préservatif avec une femme, je ne peux pas la contaminer.

Sandra : Sous réserve qu’il n’y ait pas d’autres infection sexuellement transmissible quand même. Que toi tu n’aies pas d’autre infection mais aussi la femme avec qui tu as une relation sexuelle n’ait pas d’infection sexuellement transmissible.

Mohamed : Je voudrai demander à André, s’il éventuellement il savait que c’était en ayant, qu’il a appris sa séropositivité, en sachant qu’elle avait des partenaires multiples en Afrique ?

Sandra : Je n’ai pas compris ta question.

Mohamed : Par rapport à son mode de vie, comme on a entendu le témoignage de Sandrine, on sait que ça a été le sang contaminé. Moi j’ai été contaminé par une autre façon et lui il dit qu’il ne savait pas, que ça lui ai tombé dessus comme ça mais qu’il pense que c’est dû aux rapports sexuels. Je voulais savoir si c’est ça.

André : Oui, parce que j’avais des relations en Afrique et puis ici aussi en France.

Mohamed : Non protégées ?

André : Oui. Il y avait un endroit, c’était au métro La Chapelle, c’était un squat de prostituées africaines. Moi, je ne connaissais pas, c’était un Africain que je connaissais. A l’époque, j’allais dans des sex shop pour regarder des films quoi, voilà quoi. Et lui, c’est lui qui nettoyait les cabines et il m’a dit “je connais un endroit, c’est 20 euros”. A l’époque c’était 100 francs. “Au lieu de faire ça, c’est mieux”. J’ai commencé à aller là-bas et puis il y en a qui faisaient sans préservatif donc je pense que j’ai dû l’attraper là-bas. Je pense.

Sandra : Bon après, de toute les façons, peu importe la manière dont cette maladie arrive dans nos vies. Ca peut être suite à des relations avec des personnes prostituées comme tu dis, ou alors ça peut être… il n’y a pas besoin d’avoir une relation sexuelle avec une prostituée pour choper le VIH. Malheureusement, il suffit d’une fois, il n’y a pas de profil type. Parce que parfois il y a des personnes qui pensent que ça va être que les toxicos comme on dit ou que les personnes homosexuelles. Non. Ca peut être tout le monde.

André : C’est pour ça qu’on est mal vu, parce qu’on l’attrape en faisant l’amour. Donc ils se disent, ceux qui l’ont attrapé, c’est parce qu’ils avaient une vie sexuelle…

Sandra : Débridée.

André : Voilà, donc on le mérite. Souvent on me l’a dit. Je l’ai cherché, c’est moi, je n’avais pas qu’à avoir des copines. Ou alors une copine. Mais même parfois vous avez une seule personne et puis ça suffit. C’est n’importe quoi ces préjugés. Si on ne l’attrapait pas par voie sexuelle, on n’allait jamais dire que le sida c’est une maladie sexuellement transmissible.

Sandra : Aujourd’hui la vie avec le VIH, comment tu la qualifierais ? Est-ce que tu peux dire oui, la vie est belle avec le VIH ?

André : Bah oui maintenant, ça fait tellement d’années qu’elle est avec moi. La vie est belle, non, mais ça va, il ne me dérange pas. C’est comme si c’était mon ami, il ne veut pas partir quoi.

Sandra : Sérieux ?

André : Non (rires).

Sandra : Un ami pot de colle alors ! (rires)

André : Grâce aux traitements, il ne me dérange pas. Le problème c’est que, si vous cherchez une femme qui n’est pas malade, faut lui dire. Si vous lui dites, est-ce qu’elle va rester ? Si vous ne le dites pas, elle va dire que vous avez voulu la contaminer. Donc on a toujours ce dilemme, faut se cacher.

Mohamed : Non, ce n’est pas qu’il faut se cacher. C’est qu’il faut être franc. Si tu envisages quelque chose avec une partenaire, il faut savoir lui faire comprendre que t’es atteint d’une pathologie…

André : Oui, si elle a envie de comprendre.

Mohamed : Non mais c’est mieux d’être franc que de te cacher. Tu vois ce que je veux dire ? Parce que vivre caché, ce n’est pas une vie.

Sandra : Et toi, tu as déjà eu à annoncer ta séropositivité à une femme que tu aimais, qui n’était pas séropositive ?

André : Oui, il y a longtemps.

Sandra : Ca s’est bien passé ?

André : Avec cette fille, oui. Je me rappelle, il y a longtemps, elle m’a embrassé sur la bouche pour me dire qu’il n’y a pas de souci mais on mettait toujours le préservatif. Malgré que je prenais bien mes traitements, mais ça se passait bien.

Sandra : C’est le choix du couple. Si elle, elle préférait faire l’amour avec préservatif, parfois il faut du temps aussi.

André : Je sais. Mais moi, ça ne me plaisait pas trop. Je n’ai pas réussi à avoir du plaisir. Je n’arrivais pas.

Sandra : A cause du préservatif ?

André : Oui. Je n’arrivais pas. J’avais une érection mais je n’arrivais pas à aller jusqu’au bout quoi.

Sandra : Et tu penses que c’était à cause du préservatif ?

André : Oui, vous ne sentez pas la paroi des femmes.

Mohamed : Oui, ça arrive. J’ai entendu.

André : C’est ça qui est excitant quand tu touches, excusez-moi, ça devient un peu porno, mais…

Sandra : Non, non.

André : Quand tu touches la paroi de la femme qui est bien lubrifiée, vous sentez sa chair, c’est ça qui donne envie de jouir. Mais le fait d’avoir un plastique, on ne sent plus. Ca me coupe. C’est peut-être dans la tête.

Sandra : Je pense qu’il y a beaucoup de “dans la tête” parce que c’est quand même assez fin maintenant les préservatifs.

André : C’était il y a longtemps, en 2000, 2001. Donc à l’époque…

Sandra : Je ne sais pas.

André : On ne savait pas qu’une personne bien traitée, il n’y a pas de chance de…

Mohamed : Depuis les années VIH, toutes les personnes font l’amour avec un préservatif. La plupart des malades, des mecs ont un préservatif sur eux.

Sandra : Mais même infecté ou pas.

Mohamed : Oui, quand c’est une relation occasionnelle, ils ont un préservatif. Ou sinon on les trouve dans des endroits.

Sandra : Oui, on peut en trouver gratuitement aussi.

Mohamed : Aujourd’hui, ça fait partie de l’acte sexuel. Si tu n’as pas de préservatif, ce que c’est pas normal. Ah oui, c’est comme ça que ça marche !

André : Moi, j’en n’ai pas.

Mohamed : Chacun fait ce qu’il veut.

Sandra : Donc, tu dis que tu l’as annoncé à ta famille. Tu disais qu’avant ton père ne voulait pas te voir.

André : Maintenant, il est mort.

Sandra : Ta maman l’a accepté ?

André : Oui. Mon frère aussi.

Sandra : Donc la famille ça va, t’as été soutenu quand même.

André : Enfin soutenu, oui, ils ne m’ont pas rejeté. Mon père non plus. Quand je suis sorti de l’hôpital, je vivais chez eux. Je suis revenu à la maison. Il était toujours pareil, il me laissait lui faire la bise pour le saluer. Mais bon, mon père ce n’est pas un homme qui vous prend dans ses bras. Il était dur. Il ne me rejetait pas parce qu’on lui a expliqué.

Sandra : Voilà, il a suffit de lui expliquer pour qu’il comprenne.

André : Il est venu à l’hôpital pour qu’on lui dise c’est quoi cette maladie. Il en avait entendu parler. Je pense qu’il avait peur que je meurs. Il voulait se rassurer mais sans venir me voir. Il était fâché contre moi, si je m’étais protégé, je pensais qu’il était fâché. Si j’aurais fait attention, je ne l’aurais pas attrapé. Je suppose. Il ne disait jamais ce qu’il pensait mon père.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE