Forum des auditeurs : « En couple avec une femme séropositive, je ne sais pas si je suis infecté »

, par Sandra

JPEG - 371.6 ko
Forum des auditeurs : « En couple avec une femme séropositive, je ne sais pas si je suis infecté »

- Basil

Je suis en couple avec ma partenaire depuis 5 mois et elle est séropositive. Nous avons fait un test elle était sero et moi non mais depuis le résultat je suis très stressé je sais pas si je suis infecté.

Yann : Est-ce que cette demoiselle, on ne sait pas si elle est sous traitement ?

Sandra : C’est ça le problème. On ne sait pas si elle est sous traitement. On ne sait pas si elle savait qu’elle était séropositive avant. Je sais que parfois, il y a des personnes qui ne le disent pas avant et qui vont faire le test avec leur partenaire séronégatif et qui font style “ah je suis surprise”. Ca arrive, je ne juge pas, je comprends tout à fait ce genre de stratégie.

Il nous manque des informations Basil. Est-ce qu’elle vient d’apprendre sa séropositivité ? Est-ce qu’elle prenait son traitement ? Parce que, je le répète encore, une personne séropositive qui prend correctement son traitement, qui a une charge virale indétectable depuis plus de 6 mois et qui n’a pas d’autre infection sexuellement transmissible ne transmet pas le VIH. Et donc Basil, si toi aussi tu n’as pas d’infection sexuellement transmissible, tout va bien. Donc il faut que tu aies un peu plus d’informations et puis je t’invite à refaire le test d’ici 3 mois pour savoir si c’est vraiment négatif.

Yann : Est-ce qu’ils peuvent aller au Planning familial pour demander une consultation comme beaucoup de jeunes le font ?

Catherine Kapusta-Palmer : Bien entendu oui. Au Planning familial, ils peuvent déjà avoir des renseignements concernant la situation et les questions justement que tu posais Sandra sur, est-ce qu’elle prend des traitements ou non, est-ce que Basil a des IST, etc. C’est des choses qui peuvent être discutées au Planning familial. Et puis aussi, faire un test de dépistage, faire un contrôle des IST aussi dans certains centres qui accueillent et qui peuvent faire le suivi médical et la visite, etc. Et puis…

Yann : Avec un accompagnement, avec un psychologue…

Catherine Kapusa-Palmer : Psychologue non, puisque le Planning familial est une association d’éducation populaire donc qui accueille les personnes mais ce n’est pas des médecins, c’est des conseillères conjugal et familial qui ont un statut...

Yann : Médiateur un peu quoi.

Catherine Kapusa-Palmer : Oui mais qui ont la connaissance autour des questions de la santé sexuelle, de la sexualité, de la contraception, de l’IVG, des IST dont le VIH. Le public du Planning d’ailleurs, les personnes qui viennent, sont majoritairement des femmes ou des jeunes. Justement il y a cet accueil, cet échange. Ce n’est pas trop dire il faut faire ça, ça et ça. C’est beaucoup d’écoute et puis pour permettre aux personnes justement de choisir la solution qui leur convient et d’avoir toutes les informations en main pour pouvoir décider eux-même de ce qui est bien pour elles, pour leur sexualité, pour leur vie, etc.

Yann : On va par exemple proposer à une jeune fille qui est en demande d’une contraception, est-ce qu’on va la mettre sous pilule ou on va lui proposer un panel de contraception ?

Catherine Kapusa-Palmer : C’est tout à fait ça. Pour la contraception, on va lui proposer un panel en fonction de cette situation et puis…

Yann : Parce qu’on ne le rappelle pas assez mais la contraception, dans la tête d’un garçon comme moi, comme toi, on connait le stérilet, on connait la pilule, mais il y a d’autres choses.

Catherine Kapusa-Palmer : Oui, il y a plein d’autres moyens de contraception et il y a le préservatif qui est aussi un moyen de contraception. C’est un moyen de se protéger contre toutes les IST mais aussi c’est aussi un moyen de contraception, c’est un très vieux moyen de contraception.

Moi, je voulais juste revenir sur les questions que posaient Basil. Toutes les questions que lui se posent, ça veut dire qu’il n’a pas réussi peut-être à en parler avec sa compagne et aussi, peut-être qu’elle n’a pas pu dire certaines choses. Il nous manque des éléments mais ça prouve aussi que c’est encore une maladie qui est très difficile à évoquer. Par exemple, sa compagne, je ne sais pas si c’est comme ça que ça s’est passé mais il y a beaucoup de femmes par exemple et d’hommes d’ailleurs qui ne parlent pas de leur séropositivité à leur conjoint, compagnon, compagne, amant, amante par peur du rejet. Et je dirai même que ça c’est vraiment quelque chose dont les femmes ont encore plus peur, parce que les hommes, je suis désolée, rejettent plus facilement une femme séropositive. C’est toute la représentation qu’on a de la maladie, de cette maladie. Il ne faut pas oublier, c’est une maladie sexuellement transmissible donc qui pour beaucoup de gens évoquent des vies…

Yann : Dissolues…

Catherine Kapusta-Palmer  : Voilà. Et ces représentations perdurent. La recherche, on l’a vu tout à l’heure, évolue, avance. Nous et les chercheurs et les médecins ont fait beaucoup de progrès dans la maladie, dans le suivi médical. Mais socialement et dans les représentations que les gens ont de la maladie, on est quand même encore bien en retard. La question que pose Basil, c’est ça. Peut-être qu’il n’y a pas eu ce dialogue, parce qu’on a peur d’être rejeté, on a peur d’en parler, on a peur qu’on pense des choses par rapport à notre vie alors que… moi, je parle en tant que personne concernée. Je ne l’ai pas dit dans ma présentation mais je suis séropositive moi-même depuis 1987. Donc plus de 30 ans maintenant. Je sais ce que c’est. J’ai vu des tas de choses évoluer dans la maladie mais ça, vraiment, très peu.

Christian : Franchement, ça fait très mal. J’ai un cas typique où je connais quelqu’un qui a rencontré une dame et ils se sont rencontrés, ils causaient tranquillement, ça se passait bien. Elle a demandé au gars “est-ce que tu as les papiers, comment tu les as eu ?”. Il dit : “Je les ai eus parce que je suis malade”. Ca a gâté la relation à ce moment. Ce que je veux dire, c’est qu’à un certain moment, les gens sont obligés de mentir. On trouve dans certains cas des couples sérodifférents, il y en a qui acceptent mais ces personnes sont très peu, je vous assure, qui acceptent de vivre avec des personnes séropositives...

Yann : Ca vient beaucoup du taux de connaissances en fin de compte de la maladie.

Christian : Oui, on trouve des cas rares. Les gens ont encore les oreilles très dures. Vous trouvez des dames, elles sont avocates, professeurs de lycée, juristes et tout mais elles n’acceptent pas que…

Yann : Mais il est vrai aussi que, pour les défendre, dans une construction de vie amoureuse, on a dû mal à s’imaginer faire sa vie avec quelqu’un qui a une maladie chronique.

Christian : Le monsieur lui a dit la vérité, qu’il est séropositif. Elle a dit :” je ne peux rien faire avec toi, on ne peut pas faire l’amour, tu vas me contaminer”. Le gars lui a dit : “Mais le médecin nous dit que si tu prends ton traitement et que tu n’as pas d’autre infection, tu ne peux pas contaminer”. Elle lui dit : “Il n’y a pas de risque zéro, tu vas me contaminer tôt ou tard, tu es voué à la mort, tu mourras un de ces quatres, tous les séropositifs que je connais finissent pas disparaître”. C’est difficile je vous jure.

Sandra : En tout cas, Basil n’a pas l’air de vouloir partir. Là, il est juste inquiet pour lui et je comprends. Mais je n’ai pas l’impression qu’il a dit, je prends la fuite. J’espère que la relation va durer.

Catherine Kapusta-Palmer : Oui. Par rapport aux femmes que je rencontre, finalement, ça arrive très souvent le rejet à l’annonce de la séropositivité. Donc les femmes ont peur de le dire parce qu’elles ont peur d’être rejetés et puis ça ramène encore à cette histoire de contamination, d’infection.

Sandra : Mais c’est peut-être parce que vous côtoyez beaucoup de femmes que vous avez l’impression qu’il y a beaucoup d’hommes qui rejettent mais peut-être que si vous étiez dans une association d’hommes hétéro, ils raconteraient d’autres histoires.

Catherine Kapusta-Palmer  : Bien sûr, je ne dis pas que pour les femmes c’est plus grave, que tous les hommes sont méchants, non, ce n’est pas du tout ce que je veux dire. Par rapport à ma situation d’abord, je suis une femme séropositive, donc avec mon expérience de plus de 30 ans de séropositivité, plus mon travail qui me fait rencontrer des femmes et aussi, si j’ai commencé à militer, c’est justement parce que j’ai appris ma séropositivité et quand j’ai vu mes amis hommes mourir autour de moi, j’ai vu très vite que les choses n’allaient pas se passer de la même manière pour moi parce que j’étais une femme. Et que tous les messages de prévention, j’étais passé à travers, parce qu’ils n’étaient pas destinés aux femmes. La recherche médicale, même encore aujourd’hui, après plus de 30 ans d’épidémie, la recherche médicale est fait majoritairement sur les hommes et donc nous les femmes on teste dans la vie et puis du coup si on n’est pas entendu, on n’est pas visible. Je rappelle juste un chiffre, dans le monde aujourd’hui, il y a plus de femmes contaminées que d’hommes. Aujourd’hui dans le monde, plus de la moitié des personnes séropositives sont des femmes. Evidemment, la question des hommes et particulièrement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes est très importante et qu’il faut vraiment toujours être vigilant là-dessus. Je ne veux pas dire que c’est plus grave pour l’un ou l’autre, je veux juste dire qu’aussi les femmes, nous existons. Nous avons aussi besoin de cette reconnaissance, par rapport à la recherche, par rapport à notre vécu, par rapport à notre vie sociale mais aussi par rapport à la prévention. On ne fait pas de prévention en direction des femmes, beaucoup de femmes passent à travers puisqu’elles pensent que ce n’est pas pour elles, que ça concerne certaines catégories de la population donc les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes ou les usagers de drogues. Et puis elle ne se sentent pas concernées. Du coup, ça aussi en prévention ça pose quand même beaucoup de questions et beaucoup de problèmes.

Sandra : Dis donc Catherine, vous êtes une maline, vous commencez à parler déjà du “Guide pour agir”. Non mais, c’est très intéressant et justement j’allais dire qu’on va faire une pause musicale et on va en parler plus en détails tout à l’heure. N’hésitez pas chers auditeurs à réagir sur tout ce que vous avez entendu sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE