Anastasie, séropositive, à la retraite : « J’ai du mal à trouver un compagnon de route »

, par Sandra

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Anastasie, séropositive, à la retraite : « J’ai du mal à trouver un compagnon de route »

Anastasie : En tant que femme séropositive, j’ai eu une vie comblée aussi sur le plan amoureux. J’ai vécu 20 ans avec un homme séronégatif qui a appris totalement avec moi cette maladie. Et nous avons passé des moments merveilleux, j’ai passé 20 ans avec cet homme. Nous nous aimons encore plus par amitié et je pense que c’est important. Il faut dire quand même que, lorsqu’on est séropositif, ce n’est pas évident de vivre avec un séronégatif. Parce qu’on n’arrive pas à discerner le ressenti de cette personne par rapport à notre maladie. Et moi, je témoigne parce que nous avons bien vécu mais il y avait des choses que moi je percevais en tant que séropositif sur les inquiétudes qu’il faut déceler parce que ça peut engendrer dans le couple des divergences et à ce moment-là, moi, pour moi, j’ai pris la décision de la séparation en toute bonne amitié. Je pense que c’est important, quelqu’un qui m’a donné 20 ans, je peux dire de sa vie, il y a toujours des problématiques mais j’ai bien vécu ces 20 ans et puis le moment venu, quand il faut prendre une décision d’une séparation, il faut le faire en connaissance de cause. Moi, j’ai eu la joie d’avoir mes enfants avant d’être séropositive. Mon partenaire aussi, donc nous avions une relation plutôt amicale-amoureux, avec beaucoup de discussions et voilà.

Aujourd’hui, je suis seule. J’ai du mal à trouver un compagnon de route et puis je pense qu’à mon âge, ce n’est pas une priorité. Ce n’est plus une priorité dans la mesure où dans ma vie, je fais beaucoup de choses et je ne pense pas avoir le temps de me consacrer à mon couple.

Sandra : Mais pourtant, tu es à la retraite ?

Anastasie : Oui, mais je dis que je fais beaucoup de choses en parallèle. Déjà, bon, je reviens sur les enfants, j’ai des petits enfants, je donne beaucoup de temps pour garder mes petits enfants, ce que moi je n’avais pas eu quand je suis arrivée en France. J’ai vu que c’était très difficile. Donc ce temps-là, je le donne un peu à mes enfants. Je me donne du temps pour faire du sport, du temps pour lire mais vraiment très juste et j’ai donné beaucoup de temps aussi à une association pour justement faire de la prévention de terrain concernant la pathologie du VIH et des hépatites. Aujourd’hui, j’essaie de me retrouver, de prendre du temps vraiment pour moi, parce que j’ai beaucoup donné et je pense que c’est une sage décision. Je pense que se soutenir c’est important.

Maintenant, être avec un séropositif… il y a des hommes qui sont assez compliqués dans la vie. La femme ce n’est pas fait uniquement pour vous faire à manger. Elle est là, c’est une complémentarité et puis il faut gérer pas mal de choses. Et les femmes ont beaucoup plus de courage que les hommes. Je suis désolée de le dire (rires), ne m’en veuillez pas ! Une femme, quand elle est malade, par exemple, elle se bouge ! Et nous n’avons pas envie, moi je le dis, d’être la mère de notre compagnon. Souvent on a des hommes qui cherchent plus une mère qu’une compagne. Ca, il faut rayer ça… c’est important de le rayer. Et puis de voir les choses autrement quoi. De s’entraider.

Voilà, je m’assume seule. Et le jour où je trouverai un compagnon, ce sera un compagnon qui sera à la retraite, avec lequel on pourrait faire des voyages, organiser des sorties, etc. A mon âge, je pense que c’est ça. Maintenant, pour la jeunesse, je convie chacun de faire des efforts que ce soit sur le domaine du travail, de la maladie, s’occuper de l’un de l’autre, c’est important. Ce n’est pas à chercher à former un couple uniquement dans l’intérêt personnel. Il faut enlever ça de côté et puis gérer les enfants aussi, ce n’est pas facile pour un couple séropositif, ce n’est pas facile. Aujourd’hui les choses sont moins compliqués. Bon, je donne un peu mon témoignage d’il y a quelques années où moi j’attendais un enfant, j’étais parmi les premières femmes séropositives à tomber enceinte et moi, j’avais dit non à la grossesse. A l’époque, il y avait des enfants qui mourraient à la naissance. Il y avait des problématiques qu’aujourd’hui, les choses vont bien quoi. Le couple peut se reformer comme un couple normal. Mais le dialogue, le regard, la tendresse dans les yeux… (rires)

Sandra : Ah tu vois ! Ca te fait rêver quand même.

Anastasie : Non mais, c’est des choses que j’ai vécues. Donc que je partage volontiers, sans complexe. L’amour, c’est un tout, ce n’est pas simplement dans l’acte. On peut très bien avoir une vie amoureuse sans pour autant dire je viens, je fais, je m’en vais.

Sandra : C’est marrant parce que, parfois sur le site ou même au Comité des familles, il y a des hommes qui me disent, il faut que tu me trouves une femme, j’en ai besoin, j’ai besoin d’une femme qui s’occupe de moi. Et je me dis à chaque fois mais… vous allez rester tout seul !

Anastasie : Je suis désolée pour vous les hommes, une femme ce n’est pas un objet. Ce n’est pas une chose qu’on met sur la table et puis c’est tout. Il faut changer de tactique ! La tendresse, le regard, je te demande pardon, ce n’est pas ta faute. C’est important.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Anastasie au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Mohamed, comment tu prends les remarques d’Anastasie ?

Mohamed : Ouais mais bon, faut pas jeter la pierre qu’aux mecs. Elle dit les hommes, les hommes, ceci, cela, mais il y a des femmes qui ne savent pas les garder non plus.

Alexandre : Ah moi je suis solidaire avec Mohamed franchement… (rires).

Mohamed : Moi je crois que c’est 50/50.

Flore : Je suis entièrement d’accord avec elle parce qu’il y a beaucoup d’hommes qui viennent, j’ai besoin d’une femme parce que j’ai mal ici, il faut qu’elle soit là pour faire la cuisine, pour m’aider à faire le ménage. Donc dès le premier rendez-vous, si tu commences à parler comme ça, ça ne passe pas. On ne veut pas être des gardes-malades aussi c’est ça.

Sandra : N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE