Le VIH vu du web : Sida Info Service, la fin ? / Télémédecine en Californie / Sida sexiste

, par Sandra

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Le VIH vu du web : Sida Info Service, la fin ? / Télémédecine en Californie / Sida sexiste

Alexandre : Est-ce la fin de SIDA INFO SERVICE ? J’avais pas plus choc comme phrase d’entrée de chronique. Vous le savez peut-être, en février dernier, le 23 pour être plus précis, le média YAGG annonçait la cessation de paiement de Sida Info Service. Mais au fait Jamy, ça veut dire quoi une cessation de paiement ? J’avais toujours rêvé de vous la faire en mode « C’est pas Sorcier ». Cessation de paiement c’est grosso modo, pour faire simple, la situation d’une entreprise qui ne peut plus régler ses dettes. Le 10 mars dernier, le Tribunal de Grande Instance de Paris a placé Sida Info Service en redressement judiciaire. Mais dis-moi Jamy, ça veut dire quoi un redressement judiciaire ? Selon l’article 1er de la loi du 21 janvier 1985, je cite : « Il est institué une procédure de redressement judiciaire destinée à permettre la sauvegarde de l’entreprise, le maintien de l’activité et de l’emploi et l’apurement du passif. Le redressement judiciaire est assuré selon un plan arrêté par décision de justice à l’issue d’une période d’observation. Ce plan prévoit, soit la continuation de l’entreprise, soit sa cession. La liquidation judiciaire peut être prononcée sans ouverture d’une période d’observation lorsque l’entreprise a cessé toute activité ou lorsque le redressement est manifestement impossible ». Ce qui veut dire que l’activité de SIDA INFO SERVICE peut continuer sur une période définie, que l’association est en sauvegarde pour le moment. Maintenant, quelles sont les solutions ? SIDA INFO SERVICE a toujours bénéficié d’une seule subvention, celle de l’État, par l’intermédiaire de l’INPES. Or, la hauteur de cette subvention a baissé de 30 % depuis 2006, passant de 7 millions à 5 millions d’euros. Une baisse pointée du doigt par la direction de l’association. Du côté de l’État et du Comité d’Entreprise interne, c’est la gestion comptable de l’association qui est désastreuse. Ainsi, en février, l’INPES a dû débloquer un acompte d’un million et demi d’euros, pour permettre à SIDA INFO SERVICE de payer les salaires de février. En bref, les financements de l’INPES ne suffisent plus à couvrir toutes les dépenses d’une association tournant à plus de 90 % grâce aux fonds publics. Quelles sont les finalités possibles à ce redressement judiciaire ? À l’issue d’une période d’observation de 6 à 18 mois, sous l’égide du Tribunal de Grande Instance, trois solutions sont possibles.

Dans le premier cas, celle qui est espérée par tout le monde, une cession-redressement, à savoir que l’entité peut continuer son activité en remboursant petit à petit ses créanciers. Grâce, par exemple, à d’autres sources de subventions. Problème, selon Christophe Martet, directeur de publication de Yagg, le directeur général de SIDA INFO SERVICE Patrice Gaudineau aurait reconnu lors d’une conférence de presse le 8 mars dernier qu’il n’avait aucune stratégie de recherche de financement hors INPES.

Dans le second cas, la finalité de cette affaire peut être la cession-liquidation. L’activité économique est cédée à un tiers, l’activité de base, quant à elle, se poursuit, mais dans une autre structure, le passif devant être tout autant remboursé selon l’ordre de priorité légal.

Dans l’ultime cas, c’est la liquidation judiciaire. On estime que l’activité n’est pas viable, et dans ce cas précis, cela signifie la dissolution pure et simple de SIDA INFO SERVICE.

Lorsque l’on sait que SIDA INFO SERVICE, c’est plus de 8 millions d’appels depuis 90, lorsque l’on sait que c’est LA solution mise en avant pour la distribution des autotests et le problème majeur du fait de découvrir sa séropositivité seul, chez soi, on peut légitimement s’inquiéter de cette dernière finalité.

Sandra : Merci Alexandre pour cette première information. Est-ce que vous étiez au courant de la situation financière de Sida Info Service dans l’équipe radio aujourd’hui ?

Muriel Brunel : Non.

Sandra : Découverte pour vous alors. Moi, quand j’ai entendu parler de ça, c’est vrai que c’est inquiétant. Pour moi, Sida Info Service, c’est comme si ça pouvait limite jamais s’arrêter parce que pour moi c’était reconnu d’utilité publique et quand j’ai appris ça, je me suis dit, on est vraiment pas à l’abri qu’un jour, même nous, le Comité des familles, il faut se battre à chaque fois pour les subventions. Je ne sais pas si votre association, vous rencontrez des difficultés en ce moment pour les subventions ou est-ce que tout roule ?

Muriel Brunel : Je ne vais pas m’avancer trop parce que j’ai peur d’attirer les foudres ou je ne sais quoi au-dessus de ma tête mais non, pour l’instant, on n’est pas inquiété, ça va.

Sandra : D’accord. Des questions pour Alexandre ou un commentaire à faire ?

Mohamed : Je voulais dire que connaissant bien Sida Info Service, j’aimerai bien que les écoutants, que ça reste quoi. Ca amène du réconfort, de la solidarité. Si Sida Info Service devait être liquidé, ce serait bien qu’il y ait une petite antenne pour le 1er décembre quoi. Au moins pour les écoutants…

Alexandre : C’est vrai que c’est bizarre parce que si jamais Sida Info Service est en liquidation judiciaire, est-ce qu’il y aura quelque chose pour remplacer, pour palier les actions de l’association ?

Sandra : Je rappelle que Sida Info Service, effectivement, il y a ceux qui découvrent leur séropositivité qui appellent cette association. Il y a aussi des personnes séropositives qui appellent pour avoir des conseils juridiques, par exemple, je suis séropositif, je voudrai faire un crédit, comment ça se passe ? Il y a des juristes compétents qui à chaque fois peuvent répondre en fait à ce type de questions. Donc c’est vraiment important que cette association puisse rester. J’espère que des solutions vont être trouvées. N’hésitez pas à donner votre avis sur le site comitedesfamilles.net. On continue la rubrique Alexandre.

Alexandre : Si je vous dis télémédecine, télésanté, ça vous parle ? Non ? Je vois des mines perplexe autour de moi.

Sandra : Moi pas trop, je n’ai jamais fait appel encore à la télémédecine, à la télésanté. Je vais toujours à la pharmacie pour chercher mes médicaments.

Alexandre : D’accord. Alors c’est grosso modo la médecine à distance.
On en avait parlé dans l’émission, alors si je me souviens bien c’était le mardi 8 septembre 2015… Non, je fais genre j’ai de la mémoire et c’est pas écrit sur mon papier, vous en faites pas. Je vous invite à faire un tour sur l’interview du fondateur de Télémédecine360, un site de veille d’actu sur tout ce qui parle de télémédecine, vous tapez télémédecine sur le site du Comité des Familles dans la barre de recherche. Donc, je vous parle de télésanté aujourd’hui, et plus précisément de Nurx. Nurx, c’est, selon le site Motherboard, une application lancée en décembre destinée à simplifier l’accès à la contraception aux américains. Comment ? L’application mobile livre par courrier prioritaire ou Postmates une pilule, un anneau vaginal, un contraceptif d’urgence en quelques heures.

Après être devenu un peu le Alloresto du contraceptif en Californie, Nurx ne compte pas s’arrêter là, puisque l’appli mobile compte d’ici quelques semaines proposer la Prophylaxie Pré-Exposition, la PrEP, cet antirétroviral destiné à empêcher les personnes séronégatives d’être infectées au VIH pendant un rapport sexuel non-protégé. Le problème majeur qui est posé alors semble évident, la PrEP, c’est pas un simple médicament pour le mal de gorge, il s’agit bien là de commander un médicament préventif du VIH en ligne, sans passer par un médecin, ni par un pharmacien. Motherboard écrit : “Dans la plupart des États américains, il y a besoin que d’une prescription médicale pour obtenir la pilule (certains, comme la Californie et bientôt l’Oregon, la proposent en vente libre). Il faut cependant effectuer un test HIV pour pouvoir acheter la Prep, puis des tests sanguins tous les trois mois. Nurx a donc tissé un partenariat avec LabCorps un service de tests biomédicaux, afin de pouvoir recevoir le résultat des tests sanguins directement et valider la commande.”

Le co-fondateur de Nurx, Hans Gangeskar, a annoncé qu’il souhaitait simplement rendre la PrEP plus accessible, répondant ainsi à la réticence de certains médecins qui rechignent à la prescrire. Vous l’aurez compris, derrière cet humanisme existe également une volonté commerciale, les consommateurs de contraceptifs ou de PrEP étant vus comme des clients pour la plupart réguliers. Pour le moment, l’application n’est lancée qu’en Californie, et ses fondateurs espèrent très vite l’étendre à d’autres Etats américains.

Sandra : Est-ce que ça pourrait marcher en France ? Commander sa prévention ?

Alexandre : Sa contraception et puis même peut-être à terme son traitement tout simplement.

Muriel Brunel : Pourquoi pas.

Mohamed : Je crois que ça peut se faire selon le suivi médical avec les ordonnances et la durée de traitement. Comme Etats-Unis, il y a moins la prise en charge et plus le côté business, je vois mal…

Sandra : Pourquoi tu dis qu’il y a moins le côté prise en charge ? Je ne comprends pas.

Mohamed : Je ne sais pas si c’est remboursé. Tu commandes des médicaments, mais tu ne sais pas la prise en charge. Donc tu peux les commander mais après, qui est-ce qui paye ?

Sandra : Ah oui, c’est un autre sujet.

Mohamed : C’est celui qui a la carte bleue qui peut en profiter, mais celui qui ne l’a pas.

Muriel Brunel : Ca mérite un débat.

Mohamed : C’est ça que je veux dire, c’est au niveau de la prise en charge, il ne s’agit pas d’appuyer… maintenant avec l’ordinateur, on peut tout avoir en 24h. Mais bon après…

Anne Leboul : Pour l’instant en France, ça parait difficilement envisageable. Ca enlève quelque chose quand même d’important, qui est la relation d’un patient avec son patient, qui est quand même un lien thérapeutique aussi en plus de la thérapeutique chimique quoi.

Alexandre : C’est totalement dans le sens des questionnements et des inquiétudes par rapport à ce sujet, c’est est-ce qu’on tend vers moins d’interactions entre le patient et le médecin ? Parce que le patient va juste commander son truc et puis au final, il y aura peut-être moins de suivi, moins de rapport avec le médecin/infectiologue et c’est les sujets d’inquiétudes qui sont posés.

Anne Leboul : Bah oui, en commandant sur Internet sa contraception ou son traitement antirétroviral, on se passe de la relation avec le médecin.

Mohamed : Il y a moins de conseils, de suivi.

Anne Leboul : Puis il y a moins de contacts.

Mohamed : Puis au cas où il y a des complications, des rejets. On ne sait pas ! Un traitement ce n’est pas toujours efficace à 100%. Donc c’est mieux de consulter avant/pendant/après.

Sandra : Vos réactions sur le site comitedesfamilles.net. N’hésitez pas, on lira vos commentaires dans les prochaines émissions. Alexandre, ta dernière information ?

Alexandre : Le site Internet One a publié sur son blog un article intitulé AIDS is Sexist : Why continued investments in the Global Fund are more important than ever.

Sandra : Tu te la pètes aujourd’hui ! (rires).

Alexandre : J’ai juste essayé, je crois que c’était pathétique. Mais j’ai tenté. Littéralement, pourquoi continuer d’investir dans le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme est plus important que jamais. L’article en question, vous l’aurez deviné, est entièrement en anglais, je vous ai donc fait une petite traduction afin de vous résumer le propos.

Sandra : Waaah, t’es trop fort !

Alexandre : Ouais, je sais. Malgré les progrès accomplis en termes de lutte contre le VIH/SIDA ces quinze dernières années, ceux pour les femmes, et notamment les jeunes femmes, ont un peu vacillé. Dans de nombreuses régions du monde, les adolescentes et jeunes femmes ont plus de risques d’attraper le VIH que les garçons du même âge, et cela à cause de facteurs sociaux et structurels comme les violences sexuelles, l’inaccessibilité à l’éducation, et la domination masculine.

En Afrique subsaharienne, c’est simple, la prévalence de VIH est deux fois plus élevée chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes. 715 jeunes femmes de 15 à 24 ans sont infectées en moyenne chaque jour. En 2013, 74% des infections chez les adolescents concernaient des filles.

Chez ces dernières, il est important de prendre en compte le facteur pauvreté. Le SIDA est sexiste, la pauvreté l’est tout autant. Les jeunes filles issues de milieux particulièrement pauvres ont plus de chances de subir des mariages forcés. Trop souvent, elles se marient avec des hommes vieux, qui ont plus de chances d’être déjà séropositifs.

En bref, l’article foisonne d’arguments, et le site propose de faire entendre sa voix et d’être signataire de la lettre ouverte Poverty is Sexist.

Sandra : Merci Alexandre pour cette information. Des réactions sur ce que vous venez d’entendre, est-ce que c’est des choses que vous saviez déjà ? Ou que vous découvrez peut-être ?

Anna Leboul : Les chiffres sont impressionnants quand même.

Alexandre : Assez effrayants et c’est pour ça que sur le site, on voit pas mal de stars qui font de la communication pour ces informations, pour montrer que le VIH dans certaines régions du monde ça touche essentiellement les femmes, les jeunes femmes qui sont les plus touchées, les plus victimes du VIH.

Sandra : N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE