Natacha, maman séropositive : « Je n’ai pas honte de mon VIH et je suis fière »

, par Sandra

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Natacha, maman séropositive : « Je n’ai pas honte de mon VIH et je suis fière »

Natacha  : J’ai appris ma séropositivité, c’était le 15 décembre (ndlr 2014). C’était à l’hôpital et ça a été vraiment un choc pour moi. Je pensais que ma vie allait s’arrêter en même temps et j’avais décidé de ne même plus vivre encore. Tout à basculé dans ma vie. J’ai fait des jours, des mois, dans des cliniques psychiatriques. A chaque fois on m’injectait, on me donnait des comprimés pour que j’arrive à m’endormir. Quand je me réveillais, je faisais tout un scandale dans la chambre. Ils étaient obligés d’enlever tout ce qui était matériel, pour éviter de me blesser. Ils ont enlevé tout. C’était vraiment difficile au début.

J’ai compris qu’avec le VIH, la vie ne s’arrête pas là. J’ai vu que je n’étais pas la seule. Je suis allée dans beaucoup d’associations. Je ne suis pas la seule. Il y a des gens même quand je les vois, quand on me dit qu’ils sont porteurs de cette maladie, je ne peux pas le croire. Mais ils vivent avec le VIH, ça fait 20 ans. Je les encourage. Pour moi, vivre avec le VIH, ça ne veut pas dire que c’est la fin du monde pour moi. Au contraire, je dois me battre pour ça, je dois lutter contre le VIH et je ne dois pas baisser les bras. Je dois vivre longtemps.

Ce n’est pas une honte pour moi d’avoir le VIH. Non, je n’ai pas du tout honte. Ceux qui m’acceptent, ils m’acceptent avec le VIH. Ceux qui m’acceptent pas aussi, tant pis pour eux, parce que ce n’est pas la fin du monde. Il y a des maladies plus douloureuses que le VIH. Quand tu as le VIH, tu te soignes et tu es en bonne santé. Chaque fois que tu prends les médicaments, tu es toujours en bonne santé. C’est mieux que le cancer. Le cancer, même si tu soignes le cancer, le cancer tue. Il va te tuer à petit feu. Le VIH, c’est le contraire. Je suis porteuse du VIH mais quand on me voit, on ne peut pas savoir que je suis porteuse du VIH. Si je ne dis pas, personne ne peut le savoir, parce que je suis en bonne santé. Je travaille, j’ai un enfant, j’ai une petite fille adorable et je suis très heureuse. Je n’ai pas honte de moi, je n’ai pas honte de la maladie et j’encourage toutes les femmes qui sont passées par là, et qui n’arrivent pas à accepter cette maladie. Je dis à mes soeurs d’accepter la maladie parce que ce n’est pas une honte, ce n’est pas la fin du monde. Au contraire, on doit lutter contre le VIH.

Quand j’ai appris ma séropositivité, j’avais appris que le VIH c’était une maladie très grave, qu’on ne devait pas partager le même repas avec quelqu’un qui a le VIH. Quelqu’un qui a le VIH, était quelqu’un qui était déjà rejeté par la société, par sa famille, ses amis. Les gens avaient toujours peur de s’approcher de quelqu’un qui porte déjà le VIH. Et quand j’étais à l’hôpital, on m’a dit ce n’est pas une maladie qui tue les gens. C’est l’entourage qui tue les gens. Le fait d’être rejeté par la société, c’est ça qui tue. Moi, je n’ai pas honte de moi, je n’ai pas honte de mon VIH et je suis fière.

J’étais soutenue par les psychologues, l’assistante sociale, le psychiatre. La famille ? Non. La famille n’est pas au courant. Les amis ? Je n’arrive pas à leur dire mais j’essaye d’abord de les mettre à l’épreuve. A chaque fois que je suis avec eux, j’essaye d’aborder toujours le sujet du VIH, pour voir toujours ce qu’elles en pensent de ça. J’arrive toujours à les convaincre parce qu’elles arrivent à me dire que le VIH n’est plus une maladie comme on le craignait avant. Donc je sais qu’au fur et à mesure, je me sens prête. Je vais leur dire que je suis porteuse du VIH. Je n’ai pas honte. Qu’elles me rejettent ou alors qu’elles soient avec moi. Quand tu aimes quelqu’un, quelque soit la maladie, quelque soit ce qui va se passer, tu dois aimer la personne. Si elles ont pu manger avec moi pendant tout ce temps, sans savoir que j’ai le VIH, et puis elles ne sont pas contaminées et ce n’est pas demain que je vais les contaminer. Je me sens prête même si c’est pour dire à ma famille, je me sens prête. Que ma famille me rejette, mais je sais que je ne suis pas rejetée par la société française parce qu’ils m’ont accueilli. Quand j’étais à l’hôpital, ils m’ont accueilli, ils me touchaient. En Afrique, on disait qu’on ne peut pas toucher quelqu’un qui a le VIH. Et on me touchait ! Et ils ne sont pas contaminés. C’est pour dire que, où je suis, je suis prête à affronter la maladie devant qui que ce soit. Je n’ai pas honte de la maladie. Et je vis ma vie comme je veux. Je prends bien les traitements, je ne suis pas en danger, je ne mets pas en danger mon homme et je ne mets pas en danger ma fille. Ma fille, elle est bien portante, elle n’a pas le VIH.

Sandra : Ah ! On apprend que Natacha a un chéri alors, c’est ça ?

Natacha : Oui, j’ai un homme dans ma vie. Je lui ai expliqué et il a dit que ce n’était pas la fin du monde, la vie ne va pas s’arrêter pour nous. J’ai le VIH et il m’accompagne pour prendre mes traitements. C’est lui qui récupère même mes médicaments à la pharmacie pour moi. Il dit qu’il s’en fiche de ce que les gens vont dire. Quand je vais dans les associations, il sait que c’est les associations pour le VIH, il m’accompagne.

Sandra : Ton partenaire est séronégatif et tu as dit que tu protèges ton partenaire grâce aux traitements. Peux-tu expliquer parce que c’est une information que les gens n’ont pas toujours ?

Natacha : Je protège mon partenaire parce que quand on m’a annoncé pour la séropositivité, je l’ai toujours dit qu’il fallait qu’on se protège, parce que je savais qu’il n’était pas porteur du VIH. Et il se protégeait jusqu’à ce que j’accouche de ma fille. Et là après le médecin a dit que j’étais indétectable donc que je peux avoir des relations non-protégées mais je ne prends pas de risque. J’ai des relations protégées. Chaque 6 mois, quand je fais mon test, il fait le test aussi. Même dernièrement il a fait le test, il est séronégatif.

Sandra : D’accord donc chaque 6 mois tu vérifies si ta charge virale est toujours indétectable ?

Natacha : Oui.

Sandra : Et avant, vous vous protégiez avec les préservatifs ?

Natacha : Non. C’est quand j’ai appris pour la maladie et j’ai décidé qu’on se protège. Et il n’a jamais été contaminé. On fait tout ensemble, on partage tout ensemble, la nourriture, tout. Et il n’est pas contaminé.

Sandra : D’accord. Donc pas de préservatif, c’est le traitement qui protège ?

Natacha : Oui. Parce que je prends bien le traitement et le médecin a dit, tant que je prends bien le traitement, elle m’a même proposé si je voulais un enfant parce que, ce n’est pas parce que j’ai le VIH que je ne peux pas faire d’enfant. Je peux bien le faire si j’ai vraiment envie. Je ne suis pas prête pour l’instant mais arrivera à un moment donné où je vais le faire.

Sandra : Donc ton enfant, tu l’as eu avant… parce que tu as dit que tu avais un enfant ?

Natacha : Oui j’ai une petite fille. C’est pendant la grossesse que j’ai appris pour ma séropositivité.

Sandra : J’imagine que tu as eu peur pour ton enfant ?

Natacha : Oui, parce que je pensais que l’enfant était déjà contaminé. J’ai dit que je ne pouvais pas garder la grossesse, je voulais enlever la grossesse. Mon partenaire a dit que si l’enfant est contaminé, il va prendre les traitements. Mais ce n’est pas pour ça qu’on va tuer un innocent. Donc on a gardé la grossesse, j’ai accouché. Je n’ai pas eu besoin de perfusion.

Sandra  : La perfusion d’AZT…

Natacha : Oui, je n’ai pas eu besoin de ça. J’étais toujours indétectable. Jusqu’à l’accouchement. Jusque là, je suis toujours indétectable. Je suis fière de moi parce que là, je n’ai pas honte de moi, je n’ai pas honte de ma vie et la vie continue pour moi.

Ma première prise de traitement, c’était vraiment douloureux. Je me rappelle ce jour pour avaler le premier comprimé, il a fallu que je fasse 30 minutes. J’ai fini une bouteille d’eau et j’avais l’impression que le comprimé était toujours à la gorge. Ca ne passait pas, j’ai vomi. C’était douloureux. Je suis allée voir le médecin. Ils m’ont donné un médecin thérapeutique qui m’a aidé à chaque fois à comprendre, à me donner confiance en moi. Aujourd’hui le traitement est devenu un truc, quand je prends, j’avale et je passe. Même je n’ai pas d’eau dans ma gorge, je prends une gorgée d’eau, je bois et je suis tranquille. A cause de ce traitement aujourd’hui je suis indétectable. Si ce n’était pas le traitement, je ne sais pas où j’allais être. Mais grâce au traitement, je suis indétectable.

Sandra : Parfois, il y a des personnes séropositives quand elles participent à l’émission, elles me disent : “Finalement, j’oublie parfois que je suis séropositive”. Est-ce que toi ça t’arrive d’oublier que tu as cette maladie ?

Natacha : Oui, parce que je me rappelle bien le 31 décembre 2015, je suis sortie avec des amis et c’est comme si c’était un moment où je n’avais pas le VIH, c’était les mêmes moments que je revivais. C’était la première fois que j’ai oublié que j’avais le VIH. C’est la première fois que je me sentais libre dans mon corps depuis l’annonce de la maladie. La première fois que je me suis sentie bien dans ma vie depuis l’annonce de la maladie. J’ai découvert plein de choses aussi. J’ai vu que je ne devais pas arrêter de vivre à cause de la maladie. Je devais vivre longtemps pour passer plus de temps avec mon partenaire. Et j’ai passé des moments très très…

Sandra : Dernièrement, c’était la Saint-Valentin, tu as passé une bonne Saint-Valentin ?

Natacha : Oui. Il m’a offert une montre, il m’a invité, on est sorti. On a profité un peu, on a mangé et après je suis rentrée à la maison et il est rentré chez lui.

Sandra : Ta vie ne résume pas qu’à ton VIH.

Natacha : Non.

Sandra : Tu fais plein de choses dans ta vie, tu as des loisirs.

Natacha : Oui, je sors, je profite de la vie. Il y a des choses même que je ne faisais pas avant. Et depuis la nouvelle du VIH, j’ai appris que je devais vivre plus longtemps que j’imaginais. Donc je profite de ça, je fais des sorties, je vais au cinéma, j’essaye de faire beaucoup de choses. Là, je n’ai pas une vie comme je veux, parce que je ne vis pas avec mon partenaire. Mais là, il me soutient moralement, physiquement, il est toujours présent. Mon assistante sociale, mon médecin, toujours présents. Si mon partenaire m’avait abandonné, ça allait être encore plus douloureux pour moi mais s’il me soutient, c’est déjà suffisant.

Je voulais dire à mes soeurs de ne pas baisser les bras pour le VIH parce que j’ai une amie pour qui c’est toujours douloureux pour elle. J’ai même dit qu’elle vient participer à l’émission mais c’est encore douloureux. Elle n’arrive pas à parler avec quelqu’un. C’est douloureux pour elle. J’aimerai dire à toutes les femmes que le VIH ce n’est pas une maladie mortelle. Ca ne tue pas. C’est l’angoisse qui nous tue. C’est nous-mêmes qui nous nous détruisons. En se refermant sur nous, quand tu prends les traitements avec le VIH, tu vas vivre longtemps. Je demande à mes soeurs, ce que je fais de ma vie, qu’elles en profitent aussi. La vie ne s’arrête pas qu’au VIH. Le VIH, on n’était pas né, il était déjà là. Ce n’est pas nous qui avons amené le VIH. Ce n’est pas parce qu’on est infidèle, ce n’est pas pour ça. Je demande à mes soeurs de ne pas avoir honte de cette maladie. De ne pas avoir honte de cette maladie.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : C’était Natacha au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. J’en profite pour la féliciter d’avoir pris la parole à l’émission, c’est vraiment un encouragement je pense pour toutes les femmes qui vont l’entendre aujourd’hui, et aussi les hommes. Est-ce que dans l’équipe radio il y a des réactions ? Un commentaire peut-être que vous souhaitez dire aujourd’hui.

Mohamed : On la remercie. Bon courage. Surtout, tu vois la différence entre quand tu l’as appris et aujourd’hui. Tu vois le temps qui est passé, bah, faut garder l’espoir. Continue comme ça, tu te maintiens, la vie est longue, la vie est belle et puis garde l’espoir.

Muriel Brunel : Moi, je voulais dire que c’est très touchant ce qu’elle raconté Natacha. Mais l’évolution qu’elle vit là, a été permise par son entourage qui est bienveillant et qui est aidant. Ce n’est pas le cas de toutes les femmes malheureusement qui sont atteintes de cette pathologie. La plupart sont stigmatisées par la communauté, par la famille et par les conjoints souvent. Et que là, c’est beaucoup plus difficile, qu’on sait très bien qu’en Afrique subsaharienne, cette maladie, cette pathologie a vraiment une connotation négative et c’est ça qu’il faut arriver à réguler et il faut en parler. Il faut que les femmes surtout en parlent entre elles et qu’elles n’en aient pas honte. Comme l’a dit Natacha, c’est très important.

Sandra : Je rajoute que Natacha n’a pas encore réussi à en parler à sa famille, elle l’a dit. Et à ses amis elle n’en parle pas vraiment ouvertement. Elle les teste un peu mais elle n’a pas encore fait le pas d’en parler ouvertement. Mais là déjà, avec sa participation, elle a fait un pas et peut-être que ça va l’aider à en parler. Effectivement, comme vous dites, ne pas avoir honte. C’est vrai que ce n’est pas facile toujours de dire à sa famille, voilà, je suis concernée par le VIH. La peur du rejet est toujours là. D’autres réactions ?

Flore : Oui, je dirai que c’est un très beau témoignage de Natacha et je lui dis merci parce qu’elle a donné un message d’encouragement et d’espoir pour toutes ces femmes qui vivent avec le VIH.

Sandra : D’autres réactions ? Non ? N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE