Suppression des aides aux transports pour les personnes bénéficiaires de l’AME : que fait concrètement la maire de Paris, Anne Hidalgo ?

, par Sandra

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Anne Hidalgo et ses adjoints lors des voeux à la presse, mercredi 11 janvier 2017, à l’Hôtel de Ville de Paris
Suppression des aides aux transports pour les personnes bénéficiaires de l’AME : que fait concrètement la maire de Paris, Anne Hidalgo ?

Sandra : Mercredi 11 janvier, j’ai rencontré Anne Hidalgo, maire de la ville de Paris et ses adjoints lors d’une conférence de presse, où elle a présenté ses voeux et détaillé quelques-uns de ses projets. J’en ai profité pour l’interpeller sur le problème de transport que rencontrent les personnes étrangères qui sont bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat en Ile-de-France et elle m’a enfin donné une réponse. Oui, je dis enfin car nous avions déjà tenté de l’interpeller avec notre pétition et puis aussi directement en contactant la mairie et c’était silence radio. Je vous propose d’écouter Anne Hidalgo sur ce sujet.

Début de l’enregistrement.

Sandra : A mon tour, je vous souhaite une belle et heureuse année 2017, remplie de réussite. Depuis que Valérie Pécresse est présidente de la région Ile-de-France, l’aide aux transports pour les personnes bénéficiaires de l’AME a été supprimée. Avant, ces personnes payaient leur titre de transport à 17 euros. Certaines associations pouvaient les aider à payer ce titre de transport. Maintenant, c’est 73 euros pour ces personnes et évidemment, ces personnes n’ont pas les moyens. Donc qu’est-ce qu’elles font ? Elles fraudent en fait et parfois se retrouvent dans des situations, quand elles tombent sur des contrôleurs qui font appliquer la loi, se retrouvent dans des situations difficiles. Et donc je parle juste pour nous, au Comité des familles, une association de lutte contre le VIH, ces personnes qui souhaitent venir à l’association pour passer du temps avec des personnes séropositives, pour apprendre de nouvelles choses sur la maladie, prendre soin de leur santé, ne peuvent pas. Elles nous disent : “Je n’ai pas de ticket donc je ne peux pas venir, le programme m’intéresse, mais je ne peux pas venir”. Aujourd’hui, on n’a pas encore trouvé de moyens pour les aider. Qu’est-ce que vous comptez faire pour cela ?

Anne Hidalgo : D’abord, lorsque cette décision a été prise par Valérie Pécresse, je l’ai dénoncée. On l’a dénoncé assez nombreux. On en a reparlé d’ailleurs lors du 1er décembre avec l’ensemble des associations engagées avec Paris dans la stratégie zéro sida à Paris et Bernard Jomier m’accompagne dans ce travail avec beaucoup d’énergie. Et donc les associations que j’ai reçues ont absolument évoqués ce que vous venez d’évoquer. Ce qu’a fait Valérie Pécresse, c’est la première étape avant la suppression de l’aide médicale d’Etat qui est une revendication portée par les conservateurs et les ultra conservateurs et les post ultra conservateurs anciennement extrême droite pour ne pas dire d’autres termes. Et donc, en fait c’est une volonté de porter par ces groupes politiques-là, de stigmatiser et de chercher le coupable. Et de chercher le coupable notamment dans l’étranger. On sait que l’épidémie, que la diffusion encore aujourd’hui, les contaminations qui existent, existent dans des communautés, voilà, sur lesquelles on travaille directement. Une partie, entre guillemets, je parle de communauté, pardonnez-moi, c’est aujourd’hui un mot consacré mais la communauté liée qui effectivement dans ses pratiques fait l’objet aujourd’hui de campagnes ciblées d’informations et de prévention. Et puis on sait aussi que dans les populations migrantes, notamment de migrants d’Afrique subsaharienne, femmes et hommes, il y aussi une très grande diffusion, en tout cas une présence du VIH. Et donc, ces décisions sont des décisions qui vont contre même la santé publique de celles et ceux qui ne sont pas dans une situation d’étrangers. Parce que, c’est quelque chose qui fait baisser le niveau de prévention et qui fait baisser les barrières que nous pouvons opposer lorsqu’on traite quelqu’un, lorsqu’on traite des populations cibles ou des personnes qui sont atteintes du VIH, lorsqu’on les traite, on crée autant de barrières pour limiter justement la propagation de la maladie. Donc ce sont des actes qui sont des actes politiciens, très idéologiques, très destinés à satisfaire un électorat qui pense que c’est ça qu’il faudrait faire pour marquer la différence entre les français et les autres. Et je pense que ça va complètement à l’encontre, y compris de la sécurité et de la protection des français. Donc on va continuer à se battre mais c’est la première étape, c’est une politique très conservatrice et très clientéliste. Surtout dans une région qui est particulièrement confrontée à l’épidémie de sida, que ce soit à Paris ou en Seine-Saint-Denis et qui sont deux départements avec la Guyane et quelques départements d’outre-mer mais, qui sont les plus concernés. Donc c’est une façon quand même de dire on va arrêter de traiter et d’aider ceux qu’on aide notamment par leur capacité à se déplacer vers les endroits où ils peuvent être aider. Donc c’est une décision très grave, très lourde conséquences mais en même temps très révélatrice de l’état d’esprit à l’oeuvre aujourd’hui à la région Ile-de-France sur ce sujet comme sur d’autres.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Anne Hidalgo, maire de la ville de Paris au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Alors, que pensez-vous de sa réponse ? Est-ce que vous êtes satisfaits ? Moi en tout cas, ce que j’ai retenu, c’est “on va continuer de se battre”. Oui. Et je regrette qu’on n’ait pas été nous aussi le Comité des familles reçus par Anne Hidalgo. Je ne comprends pas pourquoi. Je vous laisse commenter.

Christian : Franchement, moi j’ai été victime de cette injustice, de ce décret, malheureusement. Sortant de mes toutes mes turpitudes, de la mort assurée que j’étais en train de vivre à Bordeaux, quand je suis arrivé à Paris, effectivement je devais quitter la Défense et entrer dans les véritables turpitudes du 115, vous savez, ceux qui connaissent le 115 savent comment ça se passe, comment il faut se lever très tôt le matin à 6h pour venir dormir à 18h et donc, j’étais donc, au niveau de la Défense, le 115 m’avait logé quelque part. Je devais quitter de là pour me rendre à la Pitié-Salpétrière pour voir le médecin. Je vous assure que je ne savais pas comment ça se passait. Moi, j’étais souvent obligé de me coller derrière des personnes pour passer les bouches de métro, les trams et tout. Donc j’ai fraudé cette histoire vraiment plusieurs fois jusqu’au jour où j’ai été appréhendé. J’ai donc été appréhendé un matin et on m’a fait payer une amende de 115 euros ! D’abord, je n’ai rien, aucun soutien, pas d’argent, rien, rien, mais on m’a collé une amende. Bon, c’est arrivé je ne sais où, je ne sais même pas comment ça se gère. Donc le lendemain dans l’association qui m’a reçue, on m’a demandé de faire le pass navigo. C’est quelque chose qu’on devrait faire à toutes les personnes de manière rapide, sans complication. Certains me disaient tu vas immédiatement dans une bouche de tram, de métro, on va te sortir ça immédiatement. Moi, je n’avais ni passeport, tout ce que j’avais c’était ma carte de journaliste au Cameroun, mon acte de naissance. Je me suis donc rendu dans une bouche de métro pour me voir établir ma carte navigo. La bonne dame a dit : “Monsieur, vous n’avez pas une pièce d’identité française ici, je ne peux pas vous établir le navigo, c’est impossible”. Je suis allé dans un autre point on m’a raconté une connerie, je suis parti tranquillement. Jusqu’au jour où je suis allé à la gare du nord, cette femme était tellement sympa ! Elle m’a dit : Monsieur, vous prenez ce formulaire, aller le remplir”. C’est ce que j’ai fait, je l’ai posté. J’ai attendu une semaine. Mon navigo est arrivé. Maintenant après c’était de pouvoir payer cette histoire. On quitte de 17 euros… vous voyez, c’est-à-dire que c’était déjà… je n’avais aucune réduction. Mon navigo se recharge à 73 euros. Je disais ça un jour ici Sandra, lorsque tu n’as pas un parent ou un enfant qui vit ces mêmes galères, vous ne pouvez pas prendre conscience. Franchement, il faut qu’on revoit. Ce que Anne Hidalgo a dit, franchement, elle parlait là c’est comme si, moi, j’avais les oreilles fermées. Et je ne suis pas le seul dans ce cas.

Sandra : Merci Christian. D’autres réactions ?

Yann : Ca me fait penser à une chose et j’ai envie de le crier haut et fort, parce que ça nous est arrivé déjà 2 ou 3 fois au sein du Comité des familles. Je dis à toutes les personnes qui sont en précarité et qui sont en attente de papiers ou quoi que ce soit et qui sont là pour des raisons de soins, de toujours se promener avec le maximum de papier sur eux, prouvant qu’ils sont suivis à l’hôpital, qu’ils ont un autre rendez-vous prévu, qu’ils ont des médicaments à prendre. Donc n’hésitez pas, je sais que c’est difficile mais demandez toutes les photocopies de vos analyses, de tous les papiers concernants votre santé. On a encore eu le cas il n’y a pas 8 jours d’un membre qui n’avait aucun papier sur lui. Heureusement les associations ont permis et les juristes de le de faire sortir car il était en centre de rétention à Charles-de-Gaulle, donc voilà, c’est vraiment un message important. Pour ce qui est des transports, je me rappelle qu’Anne Hidalgo t’avait dit Sandra que les mairies de chaque arrondissements peuvent éventuellement répondre...

Sandra : C’était Valérie Pécresse qui avait dit ça, mais ce n’est pas vrai.

Yann : Alors c’est vrai dans le sens où, c’est possible pour la personne qui habite l’arrondissement. Mais nous, le public qu’on a, la plupart du temps ils sont sans-papiers, ils sont en attente, donc c’est vrai que ça ne rentre pas du tout dans le profil.

Sandra : Oui et puis même de toute façon, parce que j’ai fait le test, si c’est une personne étrangère qui a juste, on va dire, l’AME qui habite l’arrondissement, comme il n’a plus cette solidarité, les mairies ne peuvent plus accorder l’aide en fait. Donc on est bloqué.

Yann : Ou alors peut-être à titre exceptionnel ?

Sandra : Ah bah on ne m’a pas dit ça (rires). Elles appliquent aussi la loi. Bon, voilà. Je ne sais pas si Victor tu souhaites réagir sur ce sujet ?

Victor : Moi, personnellement, j’ai eu à vivre ce que Christian a eu à vivre pendant que j’attendais ma carte vitale. Bon, j’ai été contrôlé… je suis suivi à Arcat et ils ont dit qu’ils étaient dans l’incapacité de me payer 73 euros parce que ça coutait vachement cher voilà. J’ai passé 2 mois à errer. Parfois je ne me rendais pas à l’hôpital, à mes rendez-vous avec mes médecins, je ne prenais pas… j’avais l’incapacité d’avoir mes médicaments compte-tenu du risque. Je demande vraiment à madame Hidalgo d’avoir une pensée vraiment pour ceux qui vivent dans les situations précaires. Surtout malades quoi, ceux qui ont des pathologies à durée indéterminée.

Yann : On sent aussi la guerre-guerre entre la gauche et puis la droite. Donc ça c’est leur jeu habituel. Mais franchement, ça ne sent pas bon pour les années à venir en tout cas.

Sandra : Non. Donc vous avez entendu les témoignages de Christian et Victor, les conséquences de juste une toute petite mesure, on ne se rend pas compte de ce que c’est mais voilà les conséquences. Les personnes ne peuvent plus aller se soigner, ne peuvent plus profiter des programmes que proposent les associations.

Yann : Alors que ça fait 15 ans qu’on lutte contre l’isolement des personnes séropositives, c’est vraiment mettre un coup de frein à toutes les associations qui luttent pour le bien-être de ces personnes.

Sandra : Voilà, et on parle de santé. On ne parle pas d’un privilège… je ne sais pas moi, de luxe. On parle de la santé. Tout le monde devrait avoir le droit de se soigner dans la dignité. Donc madame Pécresse et madame Hidalgo, bougez-vous. Voilà tout ce que j’ai à vous dire et n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net.

Yann : Tu m’en parlais hors antenne, il y a aussi le communiqué de presse qu’on peut signer, la pétition.

Sandra : Oui, la pétition est toujours en ligne. Vous pouvez toujours aller la signer sur le site change.org.

Yann : Elle s’appelle comment ?

Sandra : Rétablissez les aides aux transports pour les personnes bénéficiaires de l’AME je crois.

Yann : Merci.

Sandra : N’hésitez pas, si vous avez des idées pour faire bouger les choses. On est là, comptez sur nous. Tant que les aides ne seront pas rétablies, on ne va pas lâcher l’affaire.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE