Daniel, Tina et Yann vont parler de l’étude ICCARRE à leur infectiologue, et vous ?

, par Sandra

JPEG - 92 ko
Jacques Leibowitch au Comité des familles
Daniel, Tina et Yann vont parler de l’étude ICCARRE à leur infectiologue, et vous ?

Sandra : Une question pour vous trois. Est-ce que lors de votre prochain rendez-vous avec votre infectiologue, vous allez parler de cette étude ICCARRE [1] ?

Tina : Oui justement j’ai un médecin avec qui on discute bien, je l’aime beaucoup. Je trouve qu’elle a toujours bien veillé à mon bien-être quand il était question d’avoir des rapports sans préservatif tout en prenant un traitement et sans vouloir contaminer mon partenaire qui est séronégatif, elle nous a tout à fait rassurés, elle a tout bien expliqué. J’ai un très bon dialogue avec elle et je compte lui en parler et on verra sa réaction. Je suis curieuse.

Daniel : Pareillement je vais aussi en parler à mon infectiologue et j’ai un contact avec l’infirmière qui est en charge de l’éducation thérapeutique aux patients dans l’hôpital où je suis suivi qui m’a proposé de participer à un groupe de parole, je pense que c’est aussi l’occasion d’en parler aux autres.

Yann : Moi, je vais en parler au docteur Picard qui me suit et soigne. Oui, oui je sais qu’elle vous connait depuis 1983…

Jacques Leibowitch : 1982. Elle était à Tarnié.

Yann : Voilà sans lui dire que je vous ai rencontré ou que je suis particulièrement au courant, simplement lui dire j’ai pu voir Leibowitch chez Ruquier par exemple, ça quand même, c’est ça qui a ouvert beaucoup.

Jacques Leibowitch : Ca a tout changé. J’ai fait académique pendant 50 ans de ma vie…

Yann : Moi j’ai même cru qu’on avait changé la télévision française quand j’ai vu cette émission tellement c’était d’un seul coup il y avait une parole ouverte sur…

Jacques Leibowitch : Voilà, c’est pour ça que cette émission qui n’était pas spécialement géniale, moi je pense, ce n’est pas que j’ai été génial mais il m’a donné un plateau formidable.

Yann : Donc voilà Odile Picard je vais lui en toucher un mot, j’espère qu’elle va aller dans votre sens vu qu’elle sait de quoi vous parlez.

Jacques Leibowitch : Vous savez le problème avec les médecins, je vous dis tout de suite, vous allez le faire mais mettez-vous à la place des médecins. D’abord pourquoi ils ne le font pas alors que je l’ai fait ?

Yann : Parce que s’ils le font pour un ils doivent le faire pour tous.

Jacques Leibowitch : Evidemment. C’est là où vous allez voir et c’est pour ça je vous enverrai à la pétition, vous allez voir comment il faut aider les médecins à prendre le pas parce qu’ils vont vous dire ce n’est pas la règle. Vous me demandez de faire un truc qui est hors AMM. C’est-à-dire vous me demandez de prendre une responsabilité civile voire pénale si vous voulez un jour me foutre dedans. Pourquoi ? Pour que vous soyez plus tranquille ? Moi je ne vais plus dormir médecin et vous, vous allez être tranquille. Peut-être ce serait bien que ce soit vous qui ne dormiez pas, c’est vous quand même qui êtes séropo. Je voudrais quand même passer mes week-ends tranquilles. Donc les médecins ne veulent pas faire ce pas. Est-ce que c’est dégoutant, lâche, etc. Mais non. Ce qui est lâche et dégoutant c’est que l’institution, les barons de chaires qui commandent les règles ne changent rien. C’est l’État major qui est responsable. Dans les tranchées, ce n’est pas le médecin qui n’arrivait pas à bien couper les jambes en 1914 qui était responsable mais c’était les Etats majors qui ne filaient pas ce qu’il fallait pour les soigner. C’est ça. Donc ne vous trompez pas d’ennemis. L’ennemi c’est HIV mais les barons de chaires font que ça ne change pas. Pierre Bergé et compagnie. Les Sidactions et compagnie qui répondent à un discours mensonger sur l’image même de l’épidémie. Et donc les médecins, et moi je le sais, les nouveaux patients qui sont venus, quelques-uns que j’ai pris, la bagarre qu’ils ont eue avec leurs médecins, ils sont obligés de les quitter littéralement s’ils veulent venir à ICCARRE. Il n’y en a pas 2 ou 3 qui ont accepté de faire bon allez d’accord, vous faites les prescriptions de Leibowitch et moi je les renouvellerai.

Yann : Tu parles.

Jacques Leibowitch : Pas un seul m’a écrit en me demandant vous pouvez m’aider à faire votre protocole. C’est marqué dans le journal facette 2010, les gens qui ont internet, Jacques Leibowitch intermittent en cycle court, c’est publié, il y a le protocole, il y a ce qu’on a fait, 4 jours sur 7. C’est ça qu’ils doivent faire. Plutôt que de vous dire, non je ne le fais pas, il y a un mec de chez Rozenbaum, il m’écrit, je suis chez Rozenbaum, je voudrais venir vous voir. Je lui ai répondu non, mais dis donc, vous n’allez pas me demander de me substituer à Rozenbaum ? Moi je l’ai fait, Rozenbaum peut le faire demain. Article 8 du code 8 bis je crois du code de déontologie médical. Prescription hors AMM. Mais il faut prendre sur soi. Donc ce qui serait mieux, c’est de changer la règle et pour ça il faut aller sur le site de la pétition ICCARRE qui demande une autorisation temporaire de prescription hors AMM pour mettre vos médecins à l’abri de cette inquiétude. Qu’ils aient le droit pendant ces prescriptions jusqu’à que la règle soit effectivement changée.

Sandra : Donc c’est iccarre.org

Yann : Un médecin comme vous à la retraite, c’est ce que vous avez dit, peut continuer à prescrire ?

Jacques Leibowitch : Bien sûr que oui je continue, mais, je ne suis pas payé, j’ai un placard, je n’ai pas de secrétariat, lâchez-moi la grappe les mecs. J’ai 71 ans. Au secours ! Je ne vais pas soigner les 10 000, 20 000, 80 000 personnes qui relèvent d’ICCARRE. Ça parait complètement délirant. Ne vous adressez pas à moi. Allez voir vos médecins et faites la révolution comme en 1789.

Yann : D’après vous les mentalités des médecins font changer au bout de combien de temps ?

Jacques Leibowitch : Demain dès qu’ils ont l’autorisation. Dès que le peuple séropositif commencera à mugir dans les campagnes. C’est ça la révolution de 1789, comme je l’ai dit aussi chez Ruquier. Le droit de l’homme du citoyen, ça n’a pas été donné ni par la royauté ni par les curés, ni par je ne sais pas qui. C’est le peuple qui l’a arraché. Vous, le peuple séropo, qu’il se lève pour sa dignité et sa responsabilité, sa liberté. Révolution pacifiante et en plus elle est française, elle est brevetée.

Yann : Ça diminue le trou de la sécu tout ça en plus.

Jacques Leibowitch : Sans mauvais de jeu mot, ça diminue le trou de la sécu.

Tina : Nous, on a effectivement vu ce comportement du côté des médecins lorsque l’avis suisse comme on l’appelait à l’époque est paru. Donc c’est vrai qu’on a tout de suite voulu comprendre et avoir un positionnement du côté des médecins français et au début, il y en avait 1, il y en avait 2 qui disaient oui c’est vrai, mais la plupart disaient non…

Jacques Leibowitch : Le CNS, Rozenbaum disait non le préservatif c’est mieux. Et Pierre Bergé maintenant qui représente l’essentiel de la recherche française sur le sida c’est bien connu n’est-ce pas ? Il est à l’Élysée, il est partout. C’est lui monsieur Sida…

Tina : Et puis on a aussi été largement critiqué parce que justement on voulait avoir un positionnement clair et quand on a compris ce qu’il en était que c’était effectivement vrai, on a défendu, fait en sorte que ce soit largement diffusé. Du coup ça me fait penser à ce moment-là, à cette bagarre-là. Je me dis peut-être est-ce qu’à chaque fois qu’il y a une bagarre à faire…

Yann : Ça va mettre du temps…

Tina : C’est les séropositifs qui doivent la faire parce que c’est eux qui subissent, c’est nous qui savons ce que c’est de ne pas pouvoir faire des enfants naturellement et enfin voilà.

Jacques Leibowitch : C’était les paysans et les commerçants qui ont fait la révolution française, ce n’est pas les États majors.

Sandra : Le débat continue sur le site comitedesfamilles.net ou bien vous pouvez appeler au 01 40 40 90 25.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Notes

[1Intermittents En Cycles Courts Les Anti Retroviraux Restent Efficaces