Forum des auditeurs : « Il y a la présence du virus VIH dans mon sang, je n’ai aucune raison de vivre »

, par Sandra

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Forum des auditeurs : « Il y a la présence du virus VIH dans mon sang, je n’ai aucune raison de vivre »

- Le message de Fatma

Bonsoir à tous, au mois de ramadan passé je suis allé faire un test pour la tuberculose qu’avait eu mon frère, par peur de souffrir beaucoup, je me dis si c’est ça de commencer le traitement très tôt. J’ai fait les examens sanguin et on dit qu’il y la présence du virus vih dans mon sang. Alors que dernier rapport était protégé. Mais avant ça j’avais eu deux rapports non protégés en début janvier 2016. Cette nouvelle a changé ma vie à jamais, je n’ai pas commencé mon traitement. Pour moi je n’ai aucune raison de vivre. A part mon médecin, je ne parle avec personne de ca. Le stress, l’angoisse, la peur me guette à chaque instant.

Sandra : Avez-vous un message pour Fatma ?

Christian : Dans la plupart des cas, c’est vrai que les personnes qui sont sujets à porter le virus, nous au pays, la plupart sont aussi sujets à faire la tuberculose. Ca commence généralement par une tuberculose. Parfois vous avez d’autres types de pathologies qui vous sortent dans le corps. Mais je voudrai dire à Fatma de rester courageuse. Que dire ? La malchance a voulu que ça commence par une tuberculose après on se rend compte que le VIH est aussi là. Maintenant, il faut prendre la chose en main et ne pas perdre espoir, garder beaucoup de foi et du courage et commencer à suivre véritablement son traitement et à le respecter. Je crois qu’à la suite de ça, elle aura un peu plus les idées calmes. Vous savez, parfois quand ce n’est pas la tuberculose, c’est le zona. Chez nous, on voit beaucoup la sorcellerie au pays, parfois le zona te sort sur une partie du corps, ça peut sortir sur les côtes, peu importe l’endroit, sur le sexe, on commence à dire au pays, on t’a lancé un sort, une maladie, on t’a lancé un truc, sans essayer de toucher la chose du doigt, on mystifie la chose dans tous les sens et pourtant, c’est un début d’une maladie chronique qui est en train de s’annoncer au bout des examens que la personne va finalement faire, les diagnostics, les bilans et tout, on se rendra compte que la personne est porteuse de la maladie. Donc, beaucoup de courage à Fatma et nous pensons pour elle qu’il y aura véritablement une suite favorable dans ses idées.

Mohamed : Je ne peux que l’encourager. Même si elle a eu des rapports protégés et puis ensuite non-protégés, je pense que ça peut être dû aussi à la période d’incubation et qu’il ne faut pas qu’elle hésite à aller voir son docteur, il peut éventuellement lui en parler et puis commencer une trithérapie ou une bithérapie selon comment ça se présente et ne pas dramatiser pour ça. De se faire traiter et puis de continuer à vivre sa vie comme elle l’entend et de s’épanouir si elle le veut dans sa sexualité, tout en se préservant et puis essayer d’apprendre un peu le bilan médical, comme ça elle suit son état de santé et puis il ne faut pas que ça l’empêche de vivre. Faut garder espoir et il ne faut pas t’arrêter là-dessus parce que tu as eu un rapport non-protégé, ta vie va s’arrêter. Maintenant il y a des progrès, il y a des soins qui sont pris en charge, il y a un suivi. Je crois que les gens d’aujourd’hui, s’ils se font traiter, ils peuvent vivre assez longtemps. Ca a été prouvé.

Sandra : J’ai envie de dire, Mohamed et Christian, vous êtes la preuve vivante en tout cas…

Mohamend : Entre autres.

Sandra : Oui, entre autres, je sais. Mais en tout cas vous êtes la preuve qu’on peut vivre longtemps avec le VIH, ça, c’est déjà un message d’espoir pour Fatma.

Christian : C’est vrai. Puisqu’il y a des progrès, mais ces progrès ne sont pas partout, malheureusement. Les progrès sont en Europe mais chez nous au bled en Afrique, ces progrès ne sont pas partout.

Mohamed : Elle a la chance d’avoir l’accès aux soins…

Sandra : Apparemment oui. Je ne sais pas où elle habite mais elle dit qu’elle n’a pas commencé son traitement mais ça veut dire qu’en fait elle a la possibilité de commencer son traitement. Je l’encourage vraiment de tout coeur à commencer son traitement parce que c’est ça qui va lui permettre d’avoir une longue vie et comme on dit maintenant, les personnes séropositives ont quasi la même espérance de vie que les personnes séronégatives. C’est vrai, c’est dur, ça fout un coup. On a l’impression que le ciel nous tombe sur la tête mais il faut apprendre à vivre avec ce nouveau bagage qui est peut-être un peu lourd mais qui après, au long de la vie, va te paraître, j’en suis sûre, un peu plus léger, tu verras que la vie peut être belle malgré le VIH.

Mohamed : On t’invite à venir nous rencontrer si tu veux en parler. Il n’y a pas de problème Fatma.

Sandra : Avec plaisir. Je ne sais pas si vous avez quelque chose à rajouter Didier ?

Didier Roth-Bettoni : Peut-être juste… d’abord il ne faut pas en parler à tout le monde mais il ne faut pas s’interdire d’en parler. Il faut trouver les moyens et les personnes avec qui on est en confiance pour en parler, parce qu’il ne faut pas garder les choses pour soi et en même temps, ça n’a aucune nécessité de dire à tout le monde son statut sérologique. Ce n’est absolument pas une obligation mais il faut trouver les bonnes personnes pour se décharger parce qu’on se décharge de ce fardeau aussi en échangeant avec d’autres, qui nous permet de prendre une certaine distance par rapport aux choses je crois.

Christian : Heureusement dans ce pays, c’est visible. Il y a des maisons d’écoute, il y a le Comité des familles, il y a plein d’associations, il y a beaucoup d’endroits où tu peux t’y rendre et en parler, comparativement à nous au bled, où tu meurs dans ton petit coin, tu restes réserver, l’angoisse, l’anxiété, plein de choses et puis c’est dur.

Mohamed : Au bled, les séropositifs sont un peu montrés du doigt. Ce n’est pas comme ici, ils peuvent se fondre dans la foule et les gens parlent entre eux. C’est vrai, c’est différent là-bas. Parce que les gens savent que c’est des gens VIH qui viennent pour se faire traiter ou pour en parler un peu et donc, à partir du moment où ils savent, c’est comme si vous étiez des parias. Donc ici ça va, parce qu’on est à l’écoute, il y a des gens qui sont malades depuis longtemps, moins longtemps, qui peuvent en parler, il y a des différents formes de malades.

Sandra : En tout cas, n’hésitez pas à réagir chers auditeurs sur le site comitedesfamilles.net, si à votre tour, vous souhaitez apporter du soutien à Fatma et puis si vous aussi vous avez appris votre séropositivité, que vous vous sentez seul, on est là aussi pour vous soutenir moralement pour traverser cette épreuve.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE