Le vaccin contre le HPV / papillomavirus décortiqué avec l’épidémiologiste Rosemary Dray-Spira

, par Sandra

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Le vaccin contre le HPV / papillomavirus décortiqué avec l’épidémiologiste Rosemary Dray-Spira

Sandra : De retour à l’émission de radio Vivre avec le VIH, maintenant nous allons parler du vaccin HPV avec Rosemary Dray-Spira, médecin épidémiologiste. Alors déjà, juste pour savoir, dans l’équipe radio, est-ce que HPV / papillomavirus, ça vous dit quelque chose ?

Mohamed : Moi, j’en ai parlé avant un peu avec Rosemary, elle m’a un peu expliqué. Je pensais que c’était lié au VIH mais en fin de compte, ça n’a rien à voir et je préfère la laisser… bah oui, elle va vous expliquer.

Sandra : Vous avez entendu parler peut-être de la vaccination contre le virus HPV ?

Jacques : Pas du tout.

Sandra : Ok, on va découvrir ça ensemble. D’abord HPV ou papillomavirus, qu’est-ce que c’est ?

Rosemary Dray-Spira : Alors les papillomavirus ou HPV il y en a différents types, un peu comme le VIH, il y a le VIH-1, le VIH-2. Pareil le HPV, il y a différents numéros. Et ce sont des virus sexuellement transmissibles qui ont la particularité de provoquer chez la femme le cancer du col de l’utérus et chez l’homme ces virus peuvent provoquer des cancers anaux. C’est des virus responsables de cancer et parce qu’ils sont responsables de développement de cancer, des vaccins ont été développés contre ces virus et ils sont particulièrement intéressants, non seulement pour éviter l’infection par le virus mais aussi pour éviter l’apparition de ces cancers.

Sandra : Avant de parler du vaccin, comment ça se transmet, c’est uniquement par rapports sexuels ?

Rosemary Dray-Spira : Par rapports sexuels, par voie génitale ou par voie orale.

Sandra : Est-ce que ce virus pour les femmes vivant avec le VIH, est-ce que les femmes sont davantage concernées par ce virus ou pas du tout ?

Rosemary Dray-Spira : Le virus il touche tout le monde. Les hommes et les femmes de la même façon. Le problème du cancer du col de l’utérus, qui est un cancer très fréquent et qui touche forcément uniquement les femmes puisque c’est les seuls à avoir un col de l’utérus, c’est dans ce sens-là qu’elles sont plus touchées par ce problème, mais en sachant que les hommes peuvent également être touchés en terme de cancer anal.

Sandra : Il y a le gynécologue Joseph Monsonego qui a dit qu’il y avait moins de 3% pour qu’il y ait de lésion HPV chez l’homme. Effectivement, les hommes sont touchés mais c’est vraiment faible par rapport aux femmes. Comment est-ce qu’on le dépiste ce virus ?

Rosemary Dray-Spira : On fait des prélèvements locaux et on dépiste le virus de cette manière.

Sandra : Moi j’ai reçu dans la semaine un courrier qui me disait, voilà, vous avez 25 ans, le dépistage c’est important pour dépister le col de l’utérus, tout ça, faut faire les frottis tous les 3 ans. Je me suis dit ah ça y est, c’est la campagne de dépistage qui a été lancée, et voilà.

Rosemary Dray-Spira : C’est le dépistage du cancer du col, ce n’est pas le dépistage du virus. Ce qu’il faut savoir c’est que ce virus il est extrêmement fréquent et en gros, une fois qu’une personne a débuté la vie sexuelle, l’immense majorité des gens qui ont débuté leur vie sexuelle sont infectés par un ou des papillomavirus.

Sandra : Mais ils ne sont pas tous dangereux.

Rosemary Dray-Spira : Ils sont plus ou moins cancérogènes mais souvent on est infecté par plusieurs virus et donc à risque de développer un cancer.

Sandra : Ok. Quelques chiffres. 3000 à 3500 femmes touchés par le cancer du col de l’utérus chaque année et 1000 décès. C’est quelque chose d’important, à prendre au sérieux.

Rosemary Dray-Spira : C’est un cancer qui met des années à se développer. Souvent les personnes sont infectées au début de leur vie sexuelle et le cancer se développe plus après 40, 50 ans. Donc il met longtemps à se développer. Mais…

Mohamed : Mais il est virulent. Une fois qu’il est développé, il est assez virulent, il ne laisse pas beaucoup la durée pour les soins…

Rosemary Dray-Spira : Il y a des traitements possibles mais comme tout cancer ce sont des traitements lourds et c’est une maladie grave.

Sandra : Si on dépiste le cancer assez tôt, il y a des chances de guérison non ?

Rosemary Dray-Spira : Avec les traitements actuels oui. Mais malgré la possibilité de traitements, ce qu’il faut savoir c’est qu’une femme à qui on dépiste un cancer tôt, il y a un traitement par médicament mais aussi traitement local qui a des conséquences sur la reproduction parce qu’il y a une petite intervention au niveau du col de l’utérus qui fait qu’il y a un risque augmenté après d’accoucher prématurément quand on est enceinte ou de complication de la grossesse donc même si on arrive a bien traiter le cancer, il y a des effets secondaires sur la grossesse.

Alexandre : Et donc, le dépistage du papillomavirus, c’est uniquement par prélèvement local ? Ce n’est pas dans le sang…

Rosemary Dray-Spira : Mais le dépistage du virus lui-même, ce n’est pas très intéressant parce que comme je l’ai dit, l’immense majorité des gens sont infectés. Ce qu’on fait c’est le dépistage du cancer du col et ça, c’est par un prélèvement local au niveau du col de l’utérus.

Sandra : Le vaccin HPV, pour qui et pour quoi ? Quand est-ce que ce vaccin il faut le faire ?

Rosemary Dray-Spira : Actuellement en France comme dans pas mal d’autres pays, le vaccin contre le papillomavirus, il est recommandé chez l’adolescente, la jeune fille, avant l’entrée dans la vie sexuelle. Puisque, comme je l’ai dit, il suffit d’avoir un rapport sexuel pour être infecté. Si on veut prévenir l’infection, il faut arriver avant l’entrée dans la vie sexuelle. Donc c’est actuellement recommandé pour les jeunes de filles de 11 à 14 ans. Pour l’instant, ce n’est pas recommandé en France chez les garçons, mais il y a certains pays où c’est le cas. Peut-être que ça le deviendra un jour.

Sandra : Et comment ça se passe, il y a plusieurs injections à faire ? Il y a un rappel ou une fois qu’on fait le vaccin c’est bon ?

Rosemary Dray-Spira : Il y a deux injections à faire. Une première injection et un rappel deux mois après.

Sandra : Vous avez dit faut le faire de 11 à 14 ans. Après 14 ans, on ne peut pas ?

Rosemary Dray-Spira : On peut faire un rattrapage mais…

Sandra : Ca ne sert à rien ?

Rosemary Dray-Spira : Si, mais on estime qu’à partir de 14 ans les jeunes filles peuvent commencer à avoir des rapports sexuels et…

Sandra : Ah d’accord !

Rosemary Dray-Spira : Et donc l’efficacité est moins importante.

Sandra : D’accord, mais ça, c’est tout à chacun. Si la personne elle a 20 ans et qu’elle n’a pas eu de rapport sexuel, le vaccin est toujours valable ?

Rosemary Dray-Spira : Tout à fait.

Mohamed : Est-ce que ça ne pose pas des problèmes de stérilité ?

Rosemary Dray-Spira : Le vaccin lui-même ?

Mohamed : Oui. A cet âge-là quoi. Pris à 11-15 ans, parce que…

Jacques : Est-ce qu’on a assez de recul pour ça ?

Sandra : Alors les questions fusent. Alors Mohamed, stérilité et toi, est-ce qu’on assez de recul.

Jacques : Il y a toujours des conséquences. Il ne faut pas voir que le bon côté. Il faut voir aussi le mauvais côté des choses.

Rosemary Dray-Spira : Justement, il y a pas mal de questions qui se posent. Dans pas mal de pays, dont la France, actuellement il y a une grande défiance par rapport aux vaccins parce que tout le monde est d’accord pour dire que ça a des effets bénéfiques mais ça pourrait aussi avoir des effets secondaires indésirables. Vu le contexte actuel maintenant quand il y a un nouveau vaccin qui émerge, il y a une défiance très forte par rapport à ce vaccin et c’est le cas pour les vaccins à papillomavirus qui sont commercialisés en France depuis 2007/2008. Donc c’est quand même assez récent.

Jacques : Donc il n’y a pas de recul.

Rosemary Dray-Spira : On commence quand même à avoir du recul et justement je crois que je suis là essentiellement pour parler d’une étude, d’une très large étude qu’on a faite pour essayer de repérer s’il y avait des effets indésirables de ces vaccins en France. Jusqu’à maintenant, au niveau international il y a eu pas mal d’études qui ont essayé de repérer d’éventuels effets indésirables. Le risque de stérilité ça n’a jamais été évoqué. Il n’y a jamais eu de cas rapporté. Il y a énormément de vaccins qui sont administrés pendant l’enfance, pendant l’adolescence. Et je ne crois pas qu’il y ait de doutes par rapport au fait que les vaccins puissent induire une stérilité.

Mohamed : Bah je ne sais pas, du fait que vous les rappeler tous les 3 ans. C’est ce que j’ai bien compris.

Sandra : Non. Tu confonds, tu t’emmêles les pinceaux Mohamed.

Mohamed : C’est un vaccin qui est définitif ?

Rosemary Dray-Spira : Tout à fait. Une injection et une deuxième deux mois après. Après c’est pour toute la vie.

Mohamed : Ah, je pensais que tous les 3 ans, vous faisiez un rappel.

Sandra : Non, tous les 3 ans c’est pour aller chez le gynécologue et faire un frottis…

Rosemary Dray-Spira : Pour dépister, pour voir s’il n’y a pas un cancer qui apparait.

Mohamed : Comme le sein quoi à peu près.

Rosemary Dray-Spira : Tout à fait. Et donc, avec l’arrivée de ce nouveau vaccin, il y a eu pas mal de signalements de maladies qui sont apparus au décours de la vaccination. Après c’est très difficile de savoir si ces signalements ils sont dû au fait qu’il y a un nouveau vaccin, qu’on a peur et que donc, il y a une maladie qui survient et on la met sur le compte de la vaccination mais en fait, on n’est jamais sûr que c’est dû à la vaccination ou si c’est juste dû à autre chose. Pour vraiment étudier s’il y a un effet du vaccin, un effet néfaste du vaccin sur la santé, ce qu’il faut faire c’est prendre des personnes qui ont été vaccinées, des personnes qui n’ont pas été vaccinées et puis les suivre dans le temps et regarder si parmi celles qui ont été vaccinées, il y a l’apparition de certaines maladies plus souvent que parmi les non-vaccinés. Donc, c’est ce qu’on a fait là, l’ANSM, l’agence du médicament, on a réalisé une très grande étude en fait. A partir des données de remboursements de l’assurance maladie et des données d’hospitalisation en France. Donc on a considéré toutes les jeunes filles couvertes par le régime général d’assurance maladie, entre 2008 et 2013, toutes les jeunes filles de 13 à 16 ans, parce qu’au début de la vaccination où elle était introduite, l’âge de la vaccination n’était pas tout à fait le même que celui qui est recommandé actuellement. Et, on a considéré toutes les jeunes filles qui n’étaient pas vaccinées au départ, à partir de l’âge de 13 ans et puis on les a suivi dans le temps et celles qui étaient vaccinées au cours du temps, on les a comparé à celles qui n’ont pas reçu le vaccin. Et on a, à partir des données essentiellement d’hospitalisation, on a pu déterminer si ces jeunes filles étaient atteintes de certaines pathologies, les maladies auto-immunes. En fait, on s’est intéressé aux maladies auto-immunes parce que c’est ça en fait, plus que la stérilité, c’est ça la question qui était posée, est-ce que ce vaccin déclenche des maladies auto-immunes. On s’est intéressé à 14 maladies auto-immunes qui sont des maladies neurologiques, rhumatologiques, dermatologiques, endocriniennes ou encore des maladies gastro-intestinales. Des maladies très variées qui ont en commun qu’elles sont provoquées par un processus auto-immunitaire. Et donc au total, c’est une très grande étude parce qu’on a inclus plus de 2 200 000 jeunes filles. Parmi ces plus de 2 200 000 jeunes filles…

Sandra : Je crois que c’est une étude unique au monde !

Rosemary Dray-Spira : C’est la plus vaste étude sur le sujet dans le monde. Parmi l’ensemble de ces jeunes filles, il y en a 840 000 à peu près qui ont été vaccinées contre le papillomavirus et 1 400 000 qui n’ont pas été vaccinées. On a pu les suivre à peu près 3 ans jusqu’à ce qu’elles atteignent l’âge de 17 ans en fait on les a suivi. Qu’est-ce qu’on a observé ? C’est que pour la grande majorité des maladies auxquelles on s’est intéressé, ces 14 maladies dont je vous ai parlées, il n’y avait aucune différence. C’est-à-dire que la fréquence de survenue de ces maladies auto-immunes étaient exactement la même chez les jeunes filles vaccinées comparée aux jeunes filles non-vaccinées. Et en particulier c’était le cas pour les maladies neurologiques pour lesquelles il y avait un doute parce qu’en France par exemple, il y a eu des plaintes qui ont été déposées par des jeunes filles qui sont persuadées que le vaccin contre le papillomavirus a déclenché des maladies neurologiques…

Sandra : Comme la sclérose en plaques par exemple.

Rosemary Dray-Spira : Voilà, du type sclérose en plaques. Et ça, notre étude ne montre absolument pas ça, c’est-à-dire qu’elle montre qu’il y a eu des cas de sclérose en plaques chez ces jeunes filles mais que la fréquence de cette maladie est la même chez les jeunes filles vaccinées/non vaccinées. Donc ce n’est absolument pas en faveur d’un effet du vaccin sur l’apparition de ces maladies. Ce qu’il faut savoir c’est que ces maladies auto-immunes pour un grand nombre d’entre elles, l’âge de survenue de ces maladies c’est souvent l’adolescence. Donc c’est assez souvent autour de la vaccination mais parce que ce sont des maladies qui surviennent à cet âge-là. Et la vaccination aussi mais c’est plus le hasard qu’un effet de la vaccination. En tout cas c’est ce que montre nos résultats et ces résultats sont concordants avec d’autres études qui ont été réalisées dans d’autres pays avant qui sont des études de moindre ampleur mais qui donnent vraiment les mêmes résultats.

En revanche, il y a une maladie qui est survenue plus fréquemment parmi les jeunes filles vaccinées, c’est ce qui s’appelle le syndrome de Guillain-Barré. C’est une maladie neurologique qui touche les nerfs périphériques avec des sensations de fourmillements, de picotements, des choses comme ça. C’est une maladie qui est très rare dans la population générale qui souvent se développe pendant 1 à 3 mois et qui après disparait sans laisser de séquelles. Dans plus de 90% des cas c’est une maladie qui ne laisse aucune trace. Chez les personnes les plus jeunes, les enfants et les adolescents en particulier, c’est dans même plus de 95% des cas que la maladie ne laisse aucune trace. En revanche, c’est une maladie qui dans les premières semaines quand elle survient peut être sévère parce que ça touche les nerfs périphériques, ça peut remonter jusqu’aux nerfs plus centraux et provoquer des troubles de la respiration donc souvent il faut hospitaliser les gens en service de réanimation pour être sûr de pouvoir donner une assistance respiratoire si jamais la maladie touche la respiration. Dans notre étude, comme je vous l’ai dit, c’est une maladie très rare le syndrome de Guillain-Barré. Parmi nos plus de 2 200 000 jeunes filles, au total on a identifié 40 cas de Guillain-Barré. 19 cas chez les jeunes filles vaccinées et 21 cas chez les jeunes filles non vaccinées. En terme statistique, quand on mesure la fréquence de la maladie rapportée au nombre de jeunes filles, cette fréquence était plus élevée parmi les jeunes filles vaccinées, au décours de la vaccination. Dans les 2 mois qui suivent la vaccination on avait un risque plus élevé de syndrome de Guillain-Barré. Cette augmentation du risque de syndrome de Guillain-Barré, il a déjà été rapporté pour d’autres vaccins, en particulier le vaccin contre la grippe. Ce qu’il faut savoir c’est que dans notre étude, bien que ce risque ait été augmenté chez les jeunes filles vaccinées, avec le suivi qu’on a pu mettre en oeuvre dans notre étude, on a observé aucun décès chez ces jeunes filles qui ont eu un syndrome de Guillain-Barré, qu’elles étaient vaccinées ou non. A priori c’est des jeunes filles qui ont été hospitalisées pendant 15 jours à peu près en moyenne et qui ensuite ont retrouvé une bonne santé.

Cette étude, on l’a dit, c’est la plus vaste jamais réalisée dans le monde. C’est la première a déceler ce risque augmenté de syndrome de Guillain-Barré. C’est probablement la première parce que c’est la plus vaste et du coup, elle a pu mettre en évidence ce surrisque qui est très rare. Donc probablement que les études qui avaient été faite avant, n’ont pas pu mettre en évidence ce risque parce que juste, il n’y avait pas assez de cas, parce que c’est une maladie très rare. Pour nous et pour les différents scientifiques qui ont participé à cette étude, qui ont évalué notre étude, on pense que ce risque augmenté de syndrome de Guillain-Barré ne remet pas en cause les bénéfices de la vaccination parce que c’est une pathologie très rare encore une fois et qui laisse peu de séquelles chez les personnes de cet âge-là...

Sandra : Pour vous, c’est un risque à prendre.

Rosemary Dray-Spira : Pour nous, les résultats sont très rassurants et on pense qu’il faut vraiment continuer à recommander la vaccination et la soutenir et tout faire pour augmenter la couverture vaccinale parce que pour l’instant il y a une grande défiance par rapport à ce vaccin et le taux de couverture vaccinal en France est très faible.

Sandra : Avez-vous des questions par rapport à tout ce que vous avez entendu ? Parce que moi, j’en ai préparées mais je vais d’abord vous laisser la parole. Peut-être que vous avez des interrogations ou commentaires à faire.

Mohamed : Je voulais savoir comment ça se passe l’HPV au niveau européen et mondialement quoi ? Si la France n’est pas encore comme dans beaucoup de programmes, réticente ou en retard ou s’il y a une avancée européenne ou s’ils sont plus en avance par rapport à ça…

Sandra : Par rapport au vaccin tu veux dire ?

Mohamed : Oui, au vaccin et par rapport au cancer du col de l’utérus.

Sandra : Savoir les statisques.

Mohamed : Voilà. Pour savoir si c’est nous qui sommes encore à la traîne.

Rosemary Dray-Spira : En terme de couverture vaccinale comme je l’ai dit, la France, pour l’instant le taux de jeunes filles vaccinées est très bas, moins de 20% actuellement. Et dans d’autres pays européens en particulier et même aux Etats-Unis, la couverture vaccinale est meilleure, en particulier dans des pays comme l’Angleterre ou en fait la vaccination est proposée à l’école. Ici, c’est le médecin traitant qui doit proposer la vaccination ou alors c’est une démarche individuelle. Mais il n’y a pas du tout d’incitation collective à faire ce vaccin.

Mohamed : Mais justement, les gens qui ont l’âge de 11, 12 ans, qui est-ce qui décide ?

Rosemary Dray-Spira : C’est leur pédiatre, c’est leur médecin généraliste.

Mohamed : Il y a une campagne qui est faite autour de ça pour inciter les jeunes ?

Rosemary Dray-Spira : Oui, il y a quand même… en ce moment, quand on en parle avec les pédiatres et les généralistes, il y a tellement de réticences déjà à vacciner les enfants pour ce qui est des vaccinations obligatoires. Ca, c’est une vaccination qui est recommandée. Il faut vraiment que les médecins soient militants pour proposer et convaincre les parents et les jeunes filles de les vacciner parce que les gens sont très réticents. On espère que des études comme celles qu’on a faites vont permettre d’améliorer les choses.

Sandra : La vaccination, c’est à partir de 11 ans. Ca veut dire qu’il faut parler sexualité avec les parents et devant la petite fille. Car faut bien expliquer à la petite fille pourquoi on la vaccine. N’est-ce pas délicat ? C’est une question des gens se posent.

Rosemary Dray-Spira : Ca, c’est pour trouver des bonnes raisons pour ne pas vacciner. Mais quand on voit que dans pas mal d’autres pays européens ça ne pose aucun problème. Déjà, c’est entre 11 et 14 ans donc si on estime que 11 ans c’est trop tôt, on peut attendre un peu.

Sandra : C’est vrai.

Rosemary Dray-Spira : Je crois que 13 ans, 14 ans pour commencer à parler de sexualité avec une jeune fille ça ne me parait pas démesurément tôt.

Sandra : La présence d’aluminium présente dans le vaccin n’était-elle pas dangereuse ? Pourquoi ?

Rosemary Dray Spira : Il y a ce problème qui touche les vaccins en général sur le fait qu’il y a de l’aluminium dans les vaccins et que ça pourrait provoquer des pathologies. Ce qu’il faut savoir c’est que c’est quelque chose qui n’a jamais été montré de façon formelle sur le plan scientifique. Qu’il y a des personnes qui sont persuadées qu’il y a un effet néfaste de l’aluminium dans les vaccins. Il existe en France deux vaccins contre les papillomavirus qui sont de deux types différents avec pas les mêmes adjuvants. L’histoire de l’adjuvant et de l’aluminium ils ne concernent pas les deux vaccins. Nous, tout ce qu’on peut dire c’est que les maladies auto-immunes auxquelles on s’est intéressé, il n’y a pas de risque augmenté vraiment, les résultats de notre étude sont extrêmement concluants et s’il y avait la moindre différence on l’aurait mise en évidence. Après, les vaccins, plus largement que les vaccins contre le papillomavirus, les vaccins ont des bénéfices énormes sur énormément de pathologies. Ils ont permis d’éradiquer dans nos pays de nombreuses maladies. Il y a certaines personnes qui émettent des doutes sur leur sécurité. Il me semble qu’il faudrait que ça nécessite vraiment d’être montré et pour l’instant ce n’est pas le cas.

Alexandre : Une fois qu’on a le papillomavirus, que c’est acté, qu’est-ce qu’on fait et comment ça se traite ?

Rosemary Dray-Spira : On ne sait pas traiter le papillomavirus. C’est pour ça que la vaccination est particulièrement intéressante.

Alexandre : D’accord.

Rosemary Dray-Spira : J’ai vu tout récemment là, les résultats d’une étude en population séropositive. Parce que quand même, juste ce qu’il faut dire par rapport à la population séropositive, elle est concernée par ce vaccin. La vaccination est recommandée chez les personnes séropositives. Les femmes séropositives sont particulièrement à risque de cancer du col de l’utérus. Donc c’est une population qui est particulièrement touchée par ce problème. Et les hommes séropositifs aussi. Et donc, tout récemment il y a une étude aux Etats-Unis je crois, qui a étudié s’il y avait un bénéfice de vacciner les personnes séropositives au-delà de 20 ans je crois, et qui a montré qu’il n’y avait pas d’effet bénéfique de la vaccination parce qu’en fait, probablement les gens sont infectés, étaient déjà infectés avant la vaccination et que, du coup le vaccin n’a plus d’effet bénéfique. C’est trop tard.

Alexandre : Mais du coup, comme il y a plusieurs types de papillomavirus, est-ce que ça ne reste pas quand même une espèce de protection de se vacciner après avoir été infecté par une première souche ? Pour éviter les autres ?

Rosemary Dray-Spira : Les vaccins ne sont pas efficaces contre toutes les souches de papillomavirus mais en revanche ils sont efficaces contre les souches les plus oncogènes.

Mohamed : Est-ce qu’il se traite avec des séances de chimiothérapies ?

Sandra : Alors là, tu parles du cancer du col de l’utérus.

Mohamed : Ouais, bah justement c’est de ça que je parle. Justement, le traitement consiste en quoi ?

Rosemary Dray-Spira : Il consiste à enlever la partie du col de l’utérus qui est touché par le cancer, et c’est pour ça que ça a des conséquences après sur la grossesse. Et puis, chimiothérapie…

Mohamed : Ah voilà, des séances de chimio…

Rosemary Dray-Spira : Oui, c’est un traitement assez lourd.

Sandra : Alors, là un argument on va dire économique. C’est Sanofi Pasteur MSD qui a commercialisé le vaccin contre les papillomavirus, le Gardasil, en 2006 en Europe. Pendant l’été 2007, un spot a été diffusé et il était financé entre autres par Sanofi Pasteur MSD. Donc, certains pensent que c’est purement commercial, pour se faire de l’argent, sans aucune intention d’informer. Qu’en pensez-vous ? Et puis je rappelle qu’en 2008, il y a eu l’autre vaccin, le Cervarix de GSK. Que répondez-vous à ces gens-là ?

Rosemary Dray-Spira : Effectivement, ces vaccins sont commercialisés par des laboratoires pharmaceutiques, on ne peut pas le nier. Je pense que, à l’agence du médicament on a réalisé cette étude en toute transparence avec évidemment aucun lien avec l’industrie pharmaceutique. On a réuni un comité scientifique pour encadrer cette étude avec nous en s’assurant, en étant particulièrement drastique sur l’examen des liens d’intérêts de ces scientifiques qu’on a sollicités. Et s’il y avait le moindre doute, les scientifiques ne participaient pas au comité. Notre étude elle est vraiment faite de façon indépendante et transparente. C’est évident que nous, on ne travaille pas pour le compte des industriels. C’est sûr que les industriels, c’est leur job de produire des vaccins et de les vendre. Nous, on a travaillé de façon indépendante et on a mis en évidence de façon objective des résultats qui sont rassurants sur ces vaccins.

Jacques : C’est comme le VIH, c’est pareil. On n’arrive pas à trouver un vaccin.

Sandra : Mais la solution pour éradiquer le VIH…

Jacques : C’est une histoire d’argent…

Sandra : Oui, je me dis parfois qu’elle est simple parce qu’il suffirait que tout le monde ait le traitement et du coup les personnes séropositives auraient toutes une charge virale indétectable, donc ce qui veut dire plus de transmission et le virus s’éteindrait tout seul.

Jacques : Bien sûr.

Sandra : Mais bon, tout le monde n’a pas le traitement. C’est un autre sujet. Concernant le vaccin, comme il y a deux vaccins, le Gardasil et le Cervarix, est-ce que les deux sont valables ? Est-ce qu’on a le droit de choisir ou est-ce imposé par le médecin qui va nous vacciner ?

Rosemary Dray-Spira : Ca, on peut en discuter avec son médecin. C’est vrai qu’il y a deux vaccins qui sont en vente en France. Le Gardasil est très majoritairement utilisé en France. Dans notre étude, c’est 93% des jeunes filles vaccinées qui étaient vaccinées par Gardasil et seulement 7% par le Cervarix. Il y a d’autres pays où c’est le Cervarix qui est majoritaire. Ils ne vaccinent pas exactement contre les mêmes souches de papillomavirus mais ils ont en commun que les deux vaccinent contre les souches qui provoquent le plus de cancers. Donc en terme d’efficacité, en fait, comme je l’ai dit tout à l’heure, le cancer met beaucoup de temps pour se développer après l’infection par le papillomavirus. Il va nous falloir des années de recul pour pouvoir comparer l’efficacité d’un vaccin contre l’autre sur la prévention de l’apparition du cancer. En l’état actuel, il n’y a pas d’élément qui font penser que l’un des deux vaccins est plus efficace que l’autre et c’est vraiment…

Sandra : C’est une histoire de labo là du coup ?

Rosemary Dray-Spira : Oui. Et de choix du médecin…

Jacques : Lequel est le plus cher ?

Rosemary Dray-Spira : C’est à peu près le même prix.

Sandra : Donc vous, vous conseillez de faire vacciner les jeunes filles contre le papillomavirus ?

Rosemary Dray-Spira : Pour nous, les bénéfices de ce vaccin en terme de santé publique sont très importants et absolument pas remis en question par ce risque augmenté de syndrome de Guillain-Barré qu’on a mis en évidence dans notre étude.

Sandra : Je peux vous poser une question personnelle ?

Rosemary Dray-Spira : Oui.

Sandra : Avez-vous des enfants ? Des filles ? Voilà, donc vous, je ne sais pas quel âge à votre fille mais est-ce que, pour votre fille, le vaccin… oui ou non ?

Rosemary Dray-Spira : Moi, j’ai une de mes filles qui vient d’avoir 11 ans. Et je vais la vacciner.

Sandra : D’accord, vous êtes prête à prendre le risque…

Rosemary Dray-Spira : Pour moi, ce n’est pas un risque, c’est un bénéfice pour elle.

Sandra : D’accord. Même s’il y a le risque du syndrome de Guillain-Barré ?

Rosemary Dray-Spira : Tout à fait.

Sandra : Autour de la table, est-ce que maintenant que vous avez appris des choses, je ne sais pas si vous avez des enfants ou pas, mais en tout cas, qu’en pensez-vous ? En gros, êtes-vous pour ou contre le vaccin HPV ?

Alexandre : Pour l’instant, je ne vaccinerai pas ma fille parce qu’il se trouve que pour l’instant…

Sandra : Tu n’en as pas !

Alexandre : Voilà ! Mais non, je ne suis pas spécialement pour ou contre. Je pense que c’est une bonne chose à avoir et je me dis, pourquoi ne pas en effet essayer d’élargir si le problème touche aussi les hommes, c’est aussi transmissible vers les hommes, pourquoi ne pas étendre ce vaccin vers les hommes. Parce que, même si l’HPV n’avait aucune influence en terme de cancer vers les hommes, les hommes peuvent quand même le transmettre derrière à d’autres partenaires féminines. C’est une question à développer.

Sandra : Jacques, pour ou contre le vaccin HPV ?

Jacques : Pour et contre. Je rejoins un peu Alexandre. On ne met pas les pieds devant parce que, si on vaccine les femmes, il faut vacciner les hommes parce qu’autrement c’est le chat qui se mord la queue.

Mohamed : Moi, je dis que sur l’effet général ça fait comme beaucoup de vaccins qui ont été mis en circulation. Moi, je comprends que les gens soient réticents parce qu’ils ont eu des problèmes avec le vaccin anti-grippe et le vaccin hépatite B qui a laissé, certes, un petit pourcentage mais qui n’est pas à négliger non plus. Que ce soit 0,2% ou 5%, ce n’est pas tout le monde qui sera loti à la même enseigne. On ne peut pas avoir 100% de bons résultats. Mais je pense que c’est une bonne initiative.

Sandra : Une dernière question qui me vient, si une femme ou une jeune fille va régulièrement voir son gynécologue, et qu’elle fait son frottis tous les 3 ans, est-ce que c’est nécessaire de faire le vaccin ? Puisque, si jamais le cancer du col de l’utérus est dépisté tôt, il y a des chances pour que ce soit bien traité, est-ce que ça vaut le coup de faire le vaccin ? Si vraiment la prise en charge est nickel au niveau du gynécologue ?

Rosemary Dray-Spira : Je reviens sur ce que j’ai dit tout à l’heure, oui, ça vaut le coup parce que même si le cancer est dépisté très tôt, il va falloir le traiter et ce traitement va lui-même avoir des effets indésirables en particulier sur la grossesse. Donc oui.

Sandra : J’espère que vous avez pu faire votre avis, on arrive à la fin de l’émission, n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE