Un vaccin curatif contre le VIH/Sida testé sur l’homme

, par Sandra

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Sandra et Christophe Vessier
Un vaccin curatif contre le VIH/Sida testé sur l’homme

Début de l’enregistrement

Erwann Loret : Je suis chercheur au CNRS, je dirige le seul laboratoire de recherches sur le VIH à Marseille, qui est situé à la faculté de pharmacie. Je suis à l’origine de l’essai clinique qui est actuellement en cours au CHU la Conception et dirigé par le docteur Isabelle Ravaux qui est l’investigatrice principale.

Sandra : Il s’agit d’un vaccin curatif ou préventif ?

Erwann Loret : Il faut savoir qu’un vaccin peut être à la fois préventif et curatif. Le premier vaccin qu’avait développé Louis Pasteur, par exemple contre la rage a été testé dans un protocole préventif parce que le petit Joseph Maester qui a été mordu par un chien avait déjà la rage quand Pasteur a testé son vaccin contre la rage. Évidemment un vaccin thérapeutique ne peut intervenir que dans le cas de maladies à développement lent, avec une incubation lente, comme c’est le cas pour la rage et comme c’est le cas pour le VIH puisque la période d’incubation du VIH avant de voir les signes cliniques du sida qui apparaissent 7 ou 8 ans après l’infection, c’est un peu plus court en Afrique, 3 à 5 ans mais ça laisse de toute façon tout à fait la marge pour une approche de vaccination en thérapeutique. Je dirai qu’un vaccin qui a montré son efficacité au niveau thérapeutique sera le meilleur candidat pour être testé dans un protocole préventif.

Sandra : Le vaccin que vous avez développé, comment agit-il sur le virus ?

Erwann Loret : Depuis une trentaine d’années, on a ciblé dans une approche vaccinale les particules virales en elle-même. C’est-à-dire pour cibler les protéines d’enveloppes des particules virales qu’on appelle GP 120 et ces approches n’ont pas donné de résultat probant jusqu’à présent. Aujourd’hui nous ciblons non pas les particules virales mais une protéine virale qui est sécrétée par les cellules infectées. Il faut savoir qu’aujourd’hui on peut bloquer la réplication du VIH grâce à ce qu’on appelle la trithérapie. Mais les cellules infectées par le VIH ne disparaissent pas. Nous pensons que ces cellules infectées par le VIH ne sont pas détruites par le système immunitaire parce que justement elles ont trouvé une sorte de parade à ce que nous appelons l’immunité cellulaire. Cette parade c’est de sécréter une sorte de toxine qui va empêcher l’immunité cellulaire d’éliminer les cellules infectées par le VIH. C’est pour ça que lorsque les patients sous traitement arrêtent leurs traitements, on voit réapparaitre au bout de 3 semaines à 1 mois à nouveau les particules
virales montrant qu’elles sont toujours infectées et donc notre objectif c’est de pouvoir grâce à ce vaccin permettre l’élimination des cellules infectées par le VIH.

Sandra : Et donc ce vaccin vous l’avez déjà testé sur des souris, des lapins et des macaques. Donc ça a donné un très bon résultat.

Erwann Loret : Le vaccin a été testé sur plusieurs espèces animales et en particulier le macaque puisque le modèle macaque a le gros avantage par rapport à d’autres espèces animales c’est qu’on peut ensuite tester in vivo l’efficacité de la vaccination avec ce qu’on appelle des virus hybrides entre le SIV et le HIV, ce qu’on appelle virus hybride SIV. Et donc ces virus hybrides permettent avec un système analogue à l’être humain de tester les approches vaccinales. Et nous avions publié nos résultats en 2006 puisque nous avions eu l’opportunité de tester notre vaccin sur le modèle macaque et nous avions pu démontrer que les cellules infectées par le virus SIV disparaissaient grâce à notre vaccin. Nos résultats ont pu être confirmés par l’université d’Harvard l’année dernière et très récemment encore avec des études complémentaires montrant que c’était bien la cible, la protéine TAT, les anticorps contre TAT qui permettaient aux macaques de pouvoir résister à une infection au virus SIV.

Sandra : Et du coup maintenant ce vaccin peut être testé sur l’être humain.

Erwann Loret : Absolument. Vu les études que nous avions faites au niveau préclinique sur l’animal. Le dossier a été évalué par l’agence du médicament, l’ANSM et non pas l’ANRS comme parfois ça a été repris. Il ne faut pas confondre l’Agence de recherche sur le sida qui n’a rien à voir avec ces essais et l’Agence nationale de sécurité du médicament qui elle, est la seule habilitée à donner des autorisations pour des essais cliniques. L’ANSM après évaluation des données des études précliniques réglementaires qui ont été faites a accordé l’autorisation d’essai clinique le 25 janvier de cette année. Ce qui donc a permis de commencer ces essais à partir de fin mars début avril sur des premiers patients.

Sandra : Qui sont ces patients ?

Erwann Loret  : Les critères d’inclusion ou d’exclusion sont de l’ordre d’une trentaine de critères. Pour citer les principaux il faut être donc séropositif sous trithérapie et pas de co-infection avec le virus de l’hépatite qui effectivement est assez malheureusement nous a obligé d’exclure beaucoup de volontaires puisqu’on trouve souvent de la co-infection entre le VIH et les différentes formes du virus de l’hépatite.

Sandra : Ce sont des patients qui viennent de quels pays ?

Erwann Loret : Je dirai bien que nous avons beaucoup de volontaires aussi bien du Brésil, des États-Unis et de nombreux pays. Pour des raisons pratiques, nous avons principalement inclus des patients français et donc aujourd’hui la période d’inclusion n’est pas encore terminée. Bien que la phase 2, c’est-à-dire la phase d’évaluation d’efficacité a commencé sur les premiers patients qui ont été inclus en avril.

Sandra : Combien de patients voulez-vous inclure dans votre essai ?

Erwann Loret : Il nous faut 48 patients et il reste encore 5 patients à inclure.

Sandra : Pouvez-vous expliquer c’est quoi la phase 1 et la phase 2 ?

Erwann Loret : C’est une bonne question puisque sur les 600 essais cliniques qu’il y a eu sur le VIH de vaccins depuis 30 ans, la plupart se sont arrêtés en phase 1. La phase 1 sert à évaluer la tolérance du vaccin et également l’efficacité sérologique. Nous avons pu répondre de manière satisfaisante au comité de surveillance sur ces deux points. Ce qui nous a permis effectivement de passer en phase 2 qui est vraiment le test d’efficacité du vaccin et cette efficacité sera évaluée par l’arrêt pendant 2 mois du traitement des patients, des volontaires. Sachant que si le vaccin est inefficace, on devrait observer chez ces volontaires une reprise de la virémie au bout de 3 semaines à 1 mois. De toute façon dans tous les cas les volontaires doivent reprendre leurs traitements après 2 mois d’interruption. Seulement le fait de garder une virémie indétectable après 2 mois d’interruption du traitement sera considéré comme un critère d’efficacité du vaccin.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Erwann Loret au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Daniel, Tina, Fati avez-vous compris la stratégie de ce vaccin ? Avez-vous compris comment ce vaccin peut agir sur le virus du VIH ?

Tina : Moi ce que j’ai compris c’est qu’il agit sur la protéine TAT. Cette protéine TAT fait partie du processus de la réplication virale et si elle est stoppée, le virus ne peut plus se répliquer voire disparaît.

Christophe Vessier : Il est neutralisé.

Tina : Neutralisé.

Sandra : Bravo.

Christophe Vessier : Je voudrais juste ajouter quelque chose. Je sais que c’est compliqué parce que c’est de la science pure et dure, qu’il ne faut pas se tromper parce qu’il y a plein d’essais effectivement autres dans le monde. Pourquoi choisir celui-là ? Dans le documentaire nous aurons une animation 3D de façon à ce que par l’image, on puisse voir comment le vaccin va agir sur la cellule, les cellules dans le corps, dans le microcosme de notre corps. De façon à ce que si les gens ne comprennent pas avec les mots puissent comprendre aussi avec des dessins comment ça se passe. Une sorte de dessin animé virtuel. Ce documentaire est destiné à aller partout et je le souhaite sincèrement et profondément pour encore une fois donner de l’espoir et dire aux gens qui pensent qu’on les a oubliés qu’il y a un vaccin qui se passe. Si les gens ne parlent pas forcément ou ne parlent pas la même langue, qu’on puisse comprendre avec des images.

Sandra : C’est super ça, vivement que le document Espoir positif sorte.

Christophe Vessier : Le documentaire suit la recherche fondamentale d’Erwann.

Sandra  : Ce sera au jour le jour en fait. Le documentaire va vraiment suivre les patients...

Christophe Vessier : Non.

Sandra : C’est ce que Erwann Loret m’a dit, que ce serait au fil de l’eau, que le documentaire...

Christophe Vessier : Oui mais d’abord il y a un respect de l’intimité. La personne qui va aller recevoir cet essai vaccinal je n’ai pas envie d’être intrusif. Imaginons que ça ne marche pas ? Vous imaginez l’espoir que vous placez dans quelque chose et qu’on vous dise bah non finalement ça ne marche pas. C’est terrible. Donc on prend toutes les précautions possibles, on avance en même temps que les résultats. Les résultats officiels sont donnés au mois de janvier 2015. Ensuite normalement si c’est bon, il y aura une deuxième cohorte de 80 patients. Nous, notre documentaire, la première partie du documentaire s’arrêtera là. Si on passe à 80, ça veut dire qu’il y a de grandes chances que ça fonctionne bien. Après on fera une suite certainement. Mais pour l’instant il s’agit d’envoyer au plus grand nombre un message lumineux sur ces recherches qui sont très prometteuses . Il y a une chose très particulière, ce dont parle le docteur Loret a été observé naturellement chez des femmes gabonaises en 1986, alors je ne sais pas si Erwann en parle après ?

Sandra : Non.

Erwann Loret  : Donc il y a eu des séroconversions naturelles. C’est là où cette protéine a été observée la première fois, après publié par l’institut Pasteur et donc les autres essais sont basés soit sur des molécules synthétiques ou soit sur des médicaments préexistants, Erwann cherche sur quelque chose qui a été observé dans la nature, que la nature a produite elle-même, d’une façon rare mais qui peut être répliquée d’une façon synthétique par la recherche du docteur Loret.

Sandra : Daniel, Fati et Tina. Erwann Loret a dit que l’inclusion des patients n’était pas terminée alors pourquoi pas vous ?

Fati : Voilà. Moi j’ai même discuté avec mon médecin en 2011, je suis allée à l’hôpital, j’en avais marre de prendre mon traitement. Je dis mais pourquoi vous ne faites pas quelque chose pour arrêter cette histoire de traitement, toujours des comprimés. Il me dit ça va aller, il va arriver un moment où on va prendre un traitement soit un vaccin, on est en train de mettre ça sur pied, on est en train de voir comment il faut faire les recherches pour arrêter tout ça. Arriver à un moment vous n’allez plus prendre votre traitement. Donc moi, franchement ce qu’il a dit ça me va droit au coeur, ça revient au même sur les mêmes décisions que mon médecin m’a dit un jour, un jour ce sera vous aussi qui aller arrêter votre traitement. Donc je suis bien d’accord, je suis confiante.

Sandra : Tu aurais aimé faire partie de cette recherche ?

Fati : Bien sûr, je suis pressée.

Sandra : Et toi Daniel ?

Daniel : Moi je ne suis pas trop, je n’ai pas trop envie de participer à des essais cliniques. Je préfère attendre la solution finale. J’encourage bien sûr les gens qui pourraient se porter volontaires à participer surtout que si apparemment il y a un bon encadrement, l’arrêt des trithérapies se fait pendant 2 mois donc je pense qu’on peut quand même espérer qu’il n’arrive pas grand-chose aux participants.

Tina : Moi j’ai d’autres projets dans ma vie qui font que ce n’est pas du tout le moment.

Sandra : Tu t’en sors bien.

Tina : Je m’en sors bien. Après c’est difficile de se projeter. Je suis aussi en couple sérodifférent donc je pense à mon partenaire. Ca ne me correspond pas mais c’est difficile de se projeter dans une situation où ce serait possible si je voulais bien ou non. Je pense que je me documenterai beaucoup plus pour décider si oui ou non je veux y participer. Je demanderai l’avis aussi à d’autres médecins parce que c’est vrai que, on a un son de cloche, on n’est pas chercheur, on n’est pas médecin. Mais je pense que je les gens qui se sont décidés c’est ce qu’ils ont fait et finalement ça les amené à y participer. Si déjà plus de 40 personnes ont décidé d’y participer c’est quand même une bonne chose.

Christophe Vessier : Il y a eu en fait beaucoup plus de demandes. Simplement les critères d’inclusion sont excessivement difficiles.

Sandra : Vous, vous y êtes dans l’essai ?

Christophe Vessier : Ah non, je ne le fais pas pour moi ce documentaire. Je le fais vraiment pour dans un sens commun. Je voudrais rebondir sur quelque chose qu’a dit Daniel, tu as dit je crois que tu attendais de savoir s’il n’y avait pas de toxicité.

Daniel : Oui.

Sandra : Justement ça on va en parler.

Christophe Vessier : S’il a réussi à avoir l’accord de l’ANSM c’est parce que justement les tests de toxicité phase 1, phase 2, ont été probants. Il n’y a pas de problème de toxicité du médicament. Ce n’est pas un poison. En plus il se trouve qu’Erwann Loret a recréé d’une façon synthétique un vaccin. C’est-à-dire que tous les vaccins que vous recevez actuellement, il y a des adjuvants, notamment des adjuvants d’aluminium qui créé des hépatites, qui peuvent créer des hépatites, qui peuvent créer des scléroses en plaques. Donc à double titre, la recherche d’Erwann est intéressante. Un, parce qu’il s’agit d’une tentative de trouver un vaccin contre le sida mais deux c’est une nouvelle façon de vacciner qui pourra s’appliquer à tous les vaccins dans le monde après. Donc il y a une double cible. Évidemment la plus intéressante ce serait d’avoir la merveille de découvrir un vaccin contre le sida et les critères d’inclusion sont effectivement difficiles pour rentrer et il y a des entretiens avec les médecins, notamment Isabelle Ravaux qui a commencé son métier avec la découverte du VIH en 1983 avec Rozenbaum et Montagnié. C’est une femme qui a suivi en fait toute l’évolution en fait de la maladie, qui contient et qui porte en elle l’histoire en fait de la lutte contre le sida avec Erwann qui cherche cette protéine depuis 13 ans contre vents et marées, contre les courants de pensées scientifiques ambiants. La lutte, ne serait-ce qu’être en lutte c’est de l’espoir.

Sandra : Il y a quelque chose qui m’a interpellée. Il est prévu dans l’essai que les patients arrêtent leur traitement pendant 2 mois. Quelles conséquences pour les patients ? On sait qu’une personne séropositive qui prend son traitement avec observance, qui a une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois et qui n’a pas d’autres maladies sexuellement transmissibles ne transmet pas le VIH. Mais la personne séropositive arrête son traitement pendant 2 mois ? Que se passe-t-il ? Et après, une fois les deux mois passés, le traitement VIH sera-t-il toujours efficace sur la personne séropositive ? J’ai posé la question au docteur Erwann Loret et je vous propose de l’écouter à nouveau.

Début de l’enregistrement.

Erwann Loret : Déjà sur la période d’interruption du traitement de deux mois nous nous sommes basés sur une étude qui a été faite aux États-Unis et au Canada démontrant qu’un arrêt de deux mois du traitement n’entrainait aucun risque de développement de résistance au traitement antirétroviral. Ça, c’est un premier point qui est important à souligner. Il faut savoir aussi ce qu’on appelle des fenêtres thérapeutiques sont très souvent effectuées par les patients avec ou sans l’accord de leur médecin. Nous avons de ce fait grâce à l’étude SMART que j’ai mentionnée, l’étude qui a été faite aux États-Unis et au Canada, nous savons qu’une interruption de deux mois de traitement n’a aucune incidence sur des problèmes de résistance ou de contamination qui pourrait intervenir suite à l’arrêt de ce traitement. La virémie effectivement reprend. Mais elle redevient indétectable mais comment dire, cela n’a pas d’incidence sur l’état des patients. Effectivement ces patients vont se retrouver avec une charge virale détectable et effectivement comme vous le souligner, plusieurs études ont montré que des patients avec une virémie indétectable étaient moins infectieux que des patients avec une virémie détectable. Donc effectivement ce point pourrait être souligné. Mais encore une fois les patients qui sont infectieux sont des patients qui n’ont jamais été traités et qui se retrouvent avec un nombre de copies de plusieurs millions de copies par ml, pour devenir vraiment infectieux. Ce ne sera pas le cas pour les patients qui sont en arrêt thérapeutique même de deux mois. Avant d’arriver à plusieurs millions de copies il faut quand même un certain temps. Donc au bout de deux mois ils vont avoir une virémie qui va certes être détectable mais ils ne vont pas devenir des patients susceptibles d’être plus infectieux que des patients qui ont une virémie indétectable.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Erwann Loret à nouveau au micro de l’émission Vivre avec le VIH. Vous étiez au courant que par exemple Daniel, tu arrêtes ton traitement pendant 2 mois, il n’y aura pas d’incidence sur toi, tu pourras le reprendre après, tu ne vas pas développer de résistance et donc il n’y aura pas d’incidence sur la contamination. Est-ce que ton médecin t’a déjà parlé de ça ?

Daniel : Non.

Sandra : Et du coup je me dis que, pour la prochaine émission j’espère que je pourrais avoir un infectiologue ou deux qui pourront me parler de ça.

Christophe Vessier : Il faut faire attention. Là c’est encadré. On n’arrête pas son traitement seul. Les vacances thérapeutiques ça a été un échec. Il faut être très clair là-dessus, c’est un échec les vacances thérapeutiques. Le VIH, même si vous avez une charge virale indétectable au bout de 3 mois redevient agressif. C’est là où la charge virale recommence à devenir, enfin le virus devient actif. C’est au bout de 3 mois. Ce qu’explique Erwann c’est qu’effectivement pendant 2 mois le risque est quasiment nul de déclencher une maladie, de déclencher un sida. En revanche ça se fait que dans des cadres médicaux, encadrés, thérapeutiques. Il y a eu des essais. Ça n’a pas marché. Les vacances thérapeutiques c’est quelque chose qui fait partie du passé. On n’arrête pas son traitement. On n’arrête pas son traitement. On est observant, on continue. C’est dur, c’est lourd mais c’est dans l’espoir justement d’avoir quelque chose comme le vaccin d’Erwann qui pourra peut-être soulager le traitement. Arrêter le traitement comme le disait Isabelle Ravaux, on ne sait pas. Pour l’instant on va peut-être arrêter le traitement pendant 6 mois, être vacciné, le vaccin va durer combien de temps ? Il y a encore plein d’inconnus devant et de réponse à attendre.

Sandra : Si nous n’avions pas parlé de cette étude à l’émission de radio, seriez-vous au courant de cet essai vaccinal Fati, Daniel et Tina ?

Fati : Oui, moi je suis au courant.

Sandra : Tu en avais entendu parler de cet essai ?

Fati : Oui plusieurs fois par mon médecin.

Sandra : D’accord, tu as un très bon médecin qui t’informe.

Fati : Oui, quand ça devait commencer, quand certaines personnes devaient se porter volontaires, j’étais au courant.

Sandra : Et toi Tina ?

Tina : En fait le souvenir que j’ai c’est que j’ai été au courant d’un traitement qui serait sous forme d’injection tous les 6 mois. Pas quelque chose de curatif mais je pense que c’est de ça qu’on parlait à ce moment-là mais plus dans le sens d’un traitement espacé dans le temps. Beaucoup plus facile à prendre puisque beaucoup plus espacé et effectivement ça se passait à Marseille, il y avait les premières inclusions. Donc la première fois qu’on s’est vu je n’avais pas fait le lien mais là je pense, je me suis dit finalement en écoutant le médecin ça doit être cette chose-là dont j’avais entendu parler.

Daniel : Moi j’en ai aussi entendu parler et comme Tina quand j’en entendais parler il s’agissait plutôt d’une possibilité de substituer la trithérapie à un vaccin en fait. Mais je n’ai jamais entendu parler du fait qu’il puisse être curatif.

Sandra : Donc finalement peut-être pas assez médiatisé. Je ne sais pas. J’ai demandé à Erwann Loret par qui était-il soutenu et voici sa réponse.

Début de l’enregistrement.

Erwann Loret  : Les résultats de l’étude, donc on a pris beaucoup de retard effectivement et tout va dépendre de ce qu’on appelle dans notre jargon la levée de l’aveugle pour avoir les résultats de l’étude. Tout va dépendre de la dernière inclusion c’est pour ça que nous avons hâte de terminer les inclusions de façon à ce que l’on puisse pouvoir lever l’aveugle et sachant qu’il faut au moins un an ou minimum 7 mois après la dernière inclusion pour pouvoir espérer être autorisé à lever l’aveugle. Donc vous voyez si nous faisons nos dernières inclusions en octobre il faudra attendre au moins 7 mois pour pouvoir avoir les résultats de l’essai.

Sandra : Est-ce que vous êtes soutenu ? Vous parliez tout à l’heure de l’ANRS, est-ce que l’ANRS ou le CNS se sont intéressés à vos recherches ?

Erwann Loret  : Nous n’avons aucun soutien de l’Agence nationale de recherche sur le sida ou du Sidaction. Nous avons un soutien de Ozéo en Var ainsi que de l’université et de la PHM, l’assistance publique hôpitaux de Marseille. Bien sûr une partie du financement de ces essais s’est fait sur des fonds privés.

Sandra : Pourquoi l’ANRS et le Sidaction ne vous soutiennent pas dans vos recherches ?

Erwann Loret  : Je vous engage à leur poser la question.

Sandra : Ah d’accord, parce que vous avez fait la démarche d’une demande de soutien...

Erwann Loret : Oui, oui la démarche a été faite à de nombreuses reprises et la réponse a été que l’ANRS avait fait le choix d’une autre approche vaccinale, l’approche lipopeptide. Je crois d’ailleurs que le dernier essai, le 5ème essai qui a été fait avec l’approche lipopeptide vient de s’arrêter par manque de résultat. Mais enfin bon vous pouvez leur poser la question je pense qu’effectivement, c’est intéressant de savoir pourquoi ils n’ont pas jugé utile de donner suite à nos demandes.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Bah voilà j’ai du boulot pour les prochaines émissions, il va falloir que je contacte l’ANRS et Sidaction pour savoir pourquoi ils ne souhaitent pas soutenir cet essai vaccinal. Êtes-vous surpris que l’ANRS et le Sidaction refusent de s’intéresser à cet essai vaccinal ?

Daniel : On finit par se poser des questions. On se demande s’il n’y a pas des intérêts derrière. À chaque fois qu’on entend parler d’une étude ou d’un essai qui pourrait être concluant, on a l’impression que derrière ça ne suit pas. On a dû mal à comprendre pourquoi.

Tina : Je ne saurais pas, il faudrait leur poser la question et après je préfère me prononcer suite à leur réponse...

Christophe Vessier : Je peux rajouter quelque chose ?

Sandra : Oui, on arrive à la fin de l’émission.

Christophe Vessier : C’est aussi un monde très cynique. C’est que nous en tant que séropositif on est des objets. Des objets de gens qui ont des intérêts particuliers ou collectifs mais dans le sens plutôt financier. Mais ce n’est pas que ça. Effectivement c’est une bonne question. Maintenant c’est là où c’est un combat et c’est là où c’est une comme dans une guerre. Dans une guerre il y a toujours des ennemis. Il y a un ennemi invisible chez nous, enfin il est visible c’est le virus VIH mais, il y a aussi des gens, des personnes avec des noms et c’est un sujet que j’ai volontairement écarté du documentaire pour laisser la place encore une fois... qu’ils se bouffent entre eux très bien, mais nous on est là. Il y a encore des gens qui sont en train de mourir, il y a des gens qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux et qu’on pense à eux et qu’on leur apporte un vaccin. Et qu’on protège au moins et Isabelle Ravaux le confirme dans l’interview qu’on a réalisé d’elle au mois de janvier, au moins si c’est une piste qu’on aille jusqu’au bout, qu’on nous laisser aller jusqu’au bout de cette piste.

Transcription : Sandra Jean-Pierre