Valérie Pécresse s’attaque aux étrangers précaires : les premières réactions

, par Sandra

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Valérie Pécresse s’attaque aux étrangers précaires - les premières réactions

Valérie Pécresse, Présidente de la Région Ile-de-France, l’avait annoncé dans son programme, et c’est cette première mesure sur les transports qu’elle décide d’appliquer : les aides aux transports pour les personnes sans-papiers sont supprimées.

Avant, une personne sans-papiers qui bénéficiait de l’aide médicale d’Etat (AME), obtenait de la part de la Région Ile-de-France une réduction de 75% du prix du Pass Navigo.

Grâce à ce petit coup de pouce, ces personnes, qui vivent en situation de grande précarité, pouvaient, entre autres, se rendre à leurs rendez-vous médicaux, faire leurs démarches pour chercher du travail, se rendre dans des structures associatives.

Mais depuis le 22 janvier 2016, c’est terminé.

Avec cette nouvelle mesure, elle porte atteinte à la vie de ces personnes qui ont quitté leur pays d’origine dans l’espoir d’avoir et d’offrir un meilleur futur pour leur famille.

Voici le bel avenir que leur prévoit la nouvelle Présidente de la Région Ile-de-France : faute de pouvoir s’offrir un titre de transport :

  • Leurs démarches pour une recherche d’emploi vont être interrompues,
  • Leur suivi médical à l’hôpital sera fortement complexifié car ils ne pourront pas honorer leurs rendez-vous.
  • Leur suivi au sein de structures associatives, qui fait partie d’un processus d’intégration en France, s’arrêtera aussi.

Mais, comme Valérie Pécresse les pousse à prendre le risque d’utiliser les transports illégalement :

  • Elles seront peut-être en infraction et devront payer des amendes.
  • Leurs ressources ne leur permettront pas de payer les amendes que les agents de contrôle de la RATP pourraient leur imposer.

Extrait de l’interview de Valérie Pécresse au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFM TV, le mercredi 26 août 2015

Valérie Pécresse : Est-ce vous savez monsieur Bourdin, que les étrangers en situation irrégulières et leurs familles ont 75% de réduction aujourd’hui dans les transports en commun ? Est-ce que c’est juste ? Est-ce que c’est juste qu’un étranger en situation régulière ou qu’un français paye plein pot alors qu’un étranger en situation irrégulière lui, il a 75% de réduction ? Je supprimerai cette tarification qui coûte des dizaines de millions d’euros chaque année à la SNCF et à la RATP.

Jean-Jacques Bourdin : Cela dit, ça ne va pas vous rapporter grand-chose ça, non ?

Valérie Pécresse : Ah bah des dizaines de millions d’euros.

Jean-Jacques Bourdin : Bon.

Parce que donner le choix, par exemple, à une maman séropositive avec un ou plusieurs enfants en bas âge, vivant dans la précarité, en situation irrégulière, de frauder pour aller se soigner c’est juste ?

NON, C’EST HONTEUX !

Marisol Touraine, ministre de la Santé, précise jeudi 28 janvier 2016, lors des vœux à la presse que :

« Tout ce qui vient fragiliser la situation de ceux qui sont déjà précaires est condamnable. La France dispose d’un système de santé qui permet de soigner tout le monde y compris des personnes en situation de précarité, nous devons préserver ce système tout en veillant évidemment à ce qu’il n’y ait ni fraude ni abus, c’est une exigence de solidarité. Mais tout ce qui vient fragiliser la situation de santé des personnes les plus précaires est évidemment éminemment condamnable. »

Nous, membres du Comité des Familles, décidons d’agir ! Nous allons nous battre pour nos membres qui n’ont pas encore les moyens de s’offrir le désormais luxe de prendre les transports !

Nous souhaitons que tous nos membres, sans exception, puissent bénéficier de nos activités, sans avoir la boule au ventre pendant leurs trajets en transports en commun.

Nous croyons que le droit de se soigner dans la dignité doit être accessible à tous, et pas seulement à des privilégiés, car la maladie ne choisit pas de frapper uniquement ceux qui peuvent payer un ticket de transport !

Le Comité des Familles est une association parisienne qui s’adresse à des personnes, en majorité migrantes, en situation de grande précarité économique et sociale, vivant avec le VIH/Sida. Notre association a une file active de 850 personnes en 2015.

En comparaison des 110.000 personnes potentiellement concernées par la mesure votée par le Conseil régional, nous nous adressons à une population certes parfois bénéficiaire de l’AME, mais surtout touchée par une question de santé publique.

Les programmes que nous proposons sont des programmes d’éducation à la santé, afin d’apprendre à vivre avec le VIH, de prévenir des contaminations, et de transmettre des messages d’information et d’espoir aux jeunes et aux personnes susceptibles d’être concernées.

Notre travail est reconnu au niveau national et nous sommes soutenus, entre autres, par nos 150 partenaires hospitaliers.

Nous engagerons des actions auprès du ministère des Transports, du ministère de la Santé, du Département de Paris, de la Région Ile-de-France et de la RATP/STIF, afin de trouver une solution pour nos membres qui ont besoin, momentanément, d’une aide pour payer leur titre de transport.

Nous ne laisserons pas Valérie Pécresse faire croire que ce sont les aides aux déplacements envers les étrangers qui plongent la Région Ile-de-France dans une situation économique catastrophique !

Les membres du Comité des familles vivant avec le VIH révoltés !
contacts presse : 01 40 40 90 25 / contact@comitedesfamilles.net

Sandra : Plusieurs réactions déjà à ce communiqué de presse :

- Le message de Jean-Louis :

Je soutiens votre lutte contre cette injustice qui s’annonce et je suis solidaire avec toutes les personnes concernées. Je suis avec vous dans cette lutte.

- Le message de Destin :

Nous sommes sidérés que les malades soient traiter comme des vermilles dans un pays de DROIT. Quelle honte pour la droite qui veut accéder au pouvoir avec des idées des barbares.Cependant dans les autres pays, lutte contre l’éradication du VIH/Sida et accompagnent les malades. Nous allons lutter tous ensemble et désormais en connaissance de cause. Il nous appartient de mettre en commun nos moyens d’action pour que cela change."LE DROIT A LA DIFFÉRENCE PEUT RAPIDEMENT CONDUIRE A LA DIFFÉRENCE DES DROITS." dixit Montesquieu.

- Réaction de Jean-Luc Romero, président des Elus locaux contre le sida, conseiller régionale d’Ile-de-France, entre autres.

Jean-Luc Romero souhaite vous informer que en Commission Permanente de la Région Ile-de-France, il s’est prononcé contre ce changement dans l’esprit de votre communiqué de presse et il a notamment évoqué les associations et les malades du VIH/sida.

Sandra : Alexandre, lundi 1er février, tu es parti à une conférence à l’Hôtel de Ville de Paris. Tu peux juste rapidement nous dire c’était quoi le contexte ?

Alexandre : Alors le contexte, c’était une conférence dans le cadre de la remise du rapport de France Lert, épidémiologiste, qui est déjà venue dans cette émission. Ce rapport c’est “Vers un Paris sans sida”. En fait, c’est dans l’objectif d’arriver à un Paris sans sida, dans la continuité de l’objectif des 3x90. Et donc, l’objectif, en fait… j’ai totalement oublié ce que je voulais dire (rires).

Sandra : Ce n’est pas grave (rires). Mais de toute façon, tu auras l’occasion d’en reparler.

Alexandre : J’aurai l’occasion d’en reparler pas plus tard que la semaine prochaine pour ce sujet.

Sandra : Je crois qu’Alain veut t’aider.

Alain : C’est quoi l’objectif des 3x90 ?

Sandra : Haha ! Bonne question ! Et Alexandre a oublié ! (rires). Je crois qu’il y a 90%...

Alexandre : 90% de personnes séropositives qui sont traitées, 90% de personnes sous traitement qui sont en charge virale indétectable, et le troisième je ne sais plus exactement…

Sandra : Je crois que ça concerne la discrimination ?

Alexandre : Voilà, le travail journalistique à son paroxysme ! (rires).

Sandra : De toute façon, on aura l’occasion d’en reparler la semaine prochaine. Oui, Alain ?

Alain : L’idée finalement, c’est que, enfin on peut toujours rêver, si toutes les personnes porteuses du VIH se faisaient traiter, la maladie s’éteindrait d’elle-même. C’est pour ça qu’on pousse au dépistage parce que la plupart des gens qui contaminent, c’est qu’ils ne le savent pas.

Sandra : Exactement, on a la solution pour éradiquer le VIH !

Alain : Et certains rentrent dans la maladie, ils sont déjà dans la maladie bien avancée, alors qu’ils n’étaient pas au courant qu’ils étaient porteurs du virus. Donc c’est très important de se faire dépister ne serait-ce que pour ça.

Alexandre : Certains s’en rendent comptent à cause des premiers symptômes et les premiers symptômes arrivent, pour certaines personnes, c’est que ça fait déjà plusieurs, un sacré petit paquet de temps que c’est déjà le cas et qu’ils ne sont pas même pas au courant.

Sandra : Pour revenir dans le sujet, Bruno je t’ai vu, mais juste pour revenir dans le sujet, on reste sur le communiqué de presse. Il y a deux personnalités politiques qui ont réagi suite à cette loi votée par le Conseil régional. Donc tu as rencontré Anne Hidalgo…

Alexandre : J’ai vu Anne Hidalgo, j’ai vu Bernard Jomier, maire adjoint de la ville de Paris, affilié à Europe écologie Les Verts qui s’occupe de la santé, du handicap.

Sandra : Là, je vous propose d’écouter d’abord Anne Hidalgo.

Début de l’enregistrement.

Anne Hidalgo : Permettez-moi de vous dire qu’une mesure a été prise récemment par le Conseil régionale d’Ile-de-France qui justement sur la question notamment des étrangers qui bénéficient de l’aide médicale ne pourront plus bénéficier de la gratuité des transports. Ca fait partie de ces mesures sur laquelle nous allons nous exprimer sans agressivité, mais on ne peut pas à la fois être dans cet engagement qui est le nôtre et en même temps considérer que pour des raisons de double, voire triple discrimination pour ces personnes, elles n’auraient pas droit à des droits essentiels, le droit à se déplacer qui est aussi un droit qui permet d’aller se soigner. Donc comptez sur nous pour porter avec vous toutes et vous tous ce combat. Je ne veux pas que le Conseil régionale d’Ile-de-France, pour de mauvaises considérations et des considérations politiciennes aillent dans une voie qui n’est pas cette voie que nous devons choisir tous ensemble. Et je le ferai dans l’esprit de dialogue qui est le mien et je sais qu’à la présidence du Conseil régionale, il y a aussi une volonté de dialogue. Je ne doute pas que nous arriverons à avancer également ensemble parce que le Sida, le VIH, ne connait pas de frontière et en tous les cas les frontières régionales ne peuvent pas être, en tout cas, la frontière de Paris et de la métropole et des autres territoires ne peut pas être opposés, c’est une stratégie globale dans laquelle nous devons nous engager.

Fin de l’engistrement.

Sandra : Anne Hidalgo, au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Et donc tu disais, tu as rencontré aussi monsieur Jomier ?

Alexandre : Bernard Jomier oui. Maire adjoint…

Sandra : Tu lui as posé une question…

Alexandre : Je lui ai posé une question, qu’est-ce qu’il pense qu’il est possible de faire pour non pas forcément contrecarrer mais palier à la mesure du Conseil d’Ile-de-France, et cette mesure prononcée par Valérie Pécresse, qui était présente dans son programme lorsqu’elle a été élue.

Sandra : On écoute ça tout de suite.

Début de l’enregistrement.

Bernard Jomier : La nouvelle présidente du Conseil régionale s’est engagée dans sa campagne électorale. Malheureusement elle a mis en oeuvre cette mesure. C’est de la responsabilité du Conseil régionale. Ce qu’Anne Hidalgo a indiqué c’est que socialement, ce n’était pas juste, que ça allait contrarier les capacités d’intégration de ces populations migrantes. Et donc, elle a appelé à réfléchir et à ne pas avoir ce type d’approche à l’avenir. Je ne sais pas si le Conseil régionale acceptera de revenir sur cette mesure, en tout cas il ferait preuve de sagesse en réfléchissant au-delà des emballements de début de mandature, aux conséquences de ce type de mesure sur les populations migrantes et aux messages qui est envoyé, qui est un message de relégation, tout à fait dommageable.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Vous l’avez compris, nous sommes plusieurs à vouloir combattre cette nouvelle loi que Valérie Pécresse a fait voter. Cette mesure a été malheureusement accepté par 131 pour, 64 voix contre. Bon, malheureusement. Bruno, Mohamed, Alain, peut-être une réaction sur cette mesure ? Qui commence ? Bruno !

Bruno : Je vais commencer. C’est vrai que comme notre communiqué l’explique bien, on est en réaction, c’est nous les associations qui devons être les premiers sur tous les fronts. C’est vrai qu’on essaye d’activer nos réseaux et tous nos membres pour défendre nos membres. Pour Jean-Luc Romero, j’ai pris contact avec lui. On doit se voir pour essayer de mettre en place toutes les stratégies pour pouvoir combattre. Samedi avec quelques membres, on a été à la manifestation où ça réunissait un peu tous les leaders de gauche. C’était la manifestation pour l’état d’urgence. On a distribué nos communiqués aux leaders. Donc là, voilà, on essaye vraiment d’être sur tous les fronts. Apparemment le gouvernement nous comprend. A nous de vraiment de faire remonter tout ça pour que cette loi aberrante change.

Sandra : Mohamed, as-tu quelque chose à dire ?

Mohamed : Pareillement, je trouve ça assez arbitraire et je pense pas que le Navigo, le fait d’empêcher les citoyens de se déplacer avec une légère réduction, ferait relativement des économies ou…

Sandra : Valérie Pécresse a dit qu’ils pourraient récupérer 52 millions d’euros. Mais bon…

Mohamed : Ca ne vaut pas la vie des êtres humains je pense. Ca n’a pas de prix.

Sandra : Je ne sais pas si Alain ou Alexandre vous avez quelque chose à dire ?

Alain : Si, je pense que que ça va encore fragiliser ces populations qui le sont déjà, et que justement, par rapport à ce qu’on disait tout à l’heure, si les gens ne se soignent pas, le virus se propagera encore davantage. C’est une mesure qui est stupide.

Alexandre : Mon avis va totalement dans le sens du communiqué de presse et du Comité des familles. Pour moi, c’est une mesure qui est honteuse. Je n’ai rien d’autre à dire parce que ça m’engagerait dans des paroles irrespectueuses.

Sandra : N’hésitez pas à réagir en tout cas sur le site, que vous soyez d’accord avec nous, ou pas. Vraiment on accepte tout avis. Vous pouvez réagir sur le site comitedesfamilles.net ou bien si vous n’avez pas accès à internet, vous pouvez aussi nous appeler au 01 40 40 90 25. On est ensemble, toutes les voix comptent. Je vous encourage à réagir. Il ne faut pas se laisser faire.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE