Carmen Hadey : « L’hépatite B est 100 fois plus transmissible que le VIH »

, par Sandra

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Carmen Hadey et Mohamed
Carmen Hadey : « L’hépatite B est 100 fois plus transmissible que le VIH »

Sandra : Continuons cette émission, maintenant nous allons parler de l’obligation vaccinale. Agnès Buzyn, ministre de la santé l’avait annoncé le 5 juillet 2017 lors d’une conférence de presse, 11 vaccins pédiatriques sont désormais obligatoires pour les enfants nés après le 1er janvier 2018. J’ai eu l’occasion de rencontrer la ministre à cette conférence de presse. Elle a eu droit à une pluie de questions de la part des journalistes comme moi. Ecoutez.

Début de l’enregistrement.

Question d’un journaliste : Madame la ministre pourquoi avoir pris cette décision d’obligation vaccinale pour ces 11 vaccins ?

Agnès Buzyn : Nous assistons aujourd’hui en France à une diminution de la couverture vaccinale sur un certain nombre de vaccins de la petite enfance. Des vaccins qui sont utilisés depuis des dizaines d’années partout dans le monde qui aboutissent à la réémergence d’épidémies comme la rougeole ou des cas de méningites. Nous avons donc des enfants qui ont des séquelles de ces maladies à la suite d’une infection ou qui décèdent. Nous avons par exemple des décès de la rougeole, des décès de méningite alors qu’il existe aujourd’hui des vaccins qui pourraient protégés ces enfants. Dans tous les cas, ces décès ont lieu chez des enfants qui n’ont pas été vaccinés. Je pense que c’est intolérable, je pense à ces familles qui par négligence ou par déchéance n’ont pas fait vacciner leurs enfants et voient un enfant mourir d’une infection que l’on peut totalement prévenir. Donc l’obligation vaccinale cherche à rassurer les Français sur le fait que la vaccination est un des plus beau progrès de la médecine, un des plus grands progrès de la médecine qui a permis de sauver des millions, des centaines de millions de vies, que ces vaccins sont sûrs, qu’ils ont fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché après des études cliniques, rigoureuses, qui sont utilisées depuis des dizaines d’années et je veux rassurer les Français et protéger nos enfants.

Sandra : Madame la ministre, est-ce qu’il y aura des sanctions prévues pour les parents qui ne font pas vacciner leurs enfants ?

Agnès Buzyn : Aujourd’hui, nous ne parlons pas de sanction. Nous souhaitons simplement rassurer en disant que l’Etat français prend ses responsabilités, que c’est un devoir à la fois individuel pour protéger ses propres enfants et c’est aussi participer à un effort de solidarité puisque se protéger par un vaccin permet aussi d’éviter de transmettre une maladie à des enfants en très bas âge à des personnes âgées ou à des personnes sous chimiothérapies par exemple qui ne peuvent pas se défendre contre la maladie et qui ne répondent pas aux vaccins. Donc il est impératif dans cet acte de solidarité que le taux de couverture de la population générale atteigne les recommandations de l’OMS qui sont de 95%. Nous en sommes loin pour l’instant pour les vaccins de la petite enfance puisqu’au maximum, 80% des enfants font la totalité des injections.

Question d’une journaliste : Concrètement, combien il y aura d’injections supplémentaires pour les enfants ?

Agnès Buzyn : Aujourd’hui, nous restons à 10 injections entre la primo-vaccination et les rappels. C’est ce que doivent avoir aujourd’hui les enfants de moins de 2 ans. 80% des enfants aujourd’hui ont entre 8 et 10 injections. Donc ça correspond simplement à augmenter la couverture vaccinale à 95% comme le recommande l’OMS et donc vacciner ces 15% restant qui aujourd’hui ne sont pas vaccinés.

Question d’une journaliste : C’est un gros effort ?

Agnès Buzyn : Ce n’est pas un gros effort. Je pense que quelque part ça rassurera les familles. Si je le rends obligatoire, c’est que je suis certaine que c’est sûr.
Dans les pays nordiques, étonnement, les besoins de rendre obligatoire la vaccination ne se sont pas fait sentir parce que les personnes dans ces pays-là se sentent un devoir de participer à des actions de santé publique. Ils fument moins que nous, ils se vaccinent plus que nous. Ils sont beaucoup plus sensibles aux messages de santé publique que leur donne l’Etat ou leurs médecins. Dans les pays du Sud, c’est plus compliqué, dans les pays de l’Est aussi. Dans 8 pays aujourd’hui en Europe les vaccins peuvent être obligatoires. L’Italie est en train de rendre 12 vaccins obligatoires.

Question d’une journaliste : Combien ça va coûter aux Français ?

Agnès Buzyn : L’idée est évidemment qu’il y ait zéro reste à charge. C’est déjà aujourd’hui le cas puisque pour les vaccins, aujourd’hui, ils sont remboursés à 65% par l’assurance maladie. Les 35% restants sont à la charge des contrats responsables et l’idée est de poursuivre ce même schéma pour les vaccins qui seront rendus obligatoires.

Question d’un journaliste : Est-ce qu’il y aura une clause d’exemption ?

Agnès Buzyn : La clause d’exemption a été évoquée par des associations de parents. Elle a été évoquée également lors de la concertation citoyenne. La clause d’exemption c’est d’accepter que des familles qui refusent absolument, complètement la vaccination malgré un entretien avec un médecin de la pédagogie puisse ne pas se soumettre à cette vaccination obligatoire. Cela pose un problème juridique de constitutionnalité. Nous sommes en train de l’explorer juridiquement.

Question d’un journaliste : La seule raison qui sera acceptée c’est des raisons médicales ?

Agnès Buzyn : Aujourd’hui pour raisons médicales il est évident que si un enfant est allergique à un vaccin, il n’est pas recommandé de lui refaire. C’est de la bonne pratique médicale.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Seuls trois vaccins infantiles étaient jusqu’à présent obligatoires en France : contre la diphtérie (depuis 1938), le tétanos (depuis 1940) et la poliomyélite (depuis 1964). Trois injections groupées plus connus sous le nom de DTP.

8 autres vaccins étaient recommandés : coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole (ROR), hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C. Ce sont eux qui sont maintenant obligatoires en plus des trois autres, soit un total de onze.

Dans la population générale en France, cela a créé le débat. Mais pas seulement, dans la communauté scientifique aussi.
"Nous ne sommes pas ici pour créer des polémiques mais pour lancer une alerte : nous risquons, avec une bonne volonté au départ, d’empoisonner petit à petit toute la population", a dit M. Montagnier, prix Nobel 2008 pour la découverte du virus du sida. Bon, sans vouloir diminuer les propos de Luc Montagnier, n’oublions pas que c’est lui qui avance le VIH/Sida se guérit par les plantes.

Les onze vaccins obligatoires seront indispensables à l’enfant pour être admis en collectivité (crèche, école, séjour de vacances...). Pour laisser à la réforme le temps de se mettre en place, les premières vérifications n’auront lieu qu’à partir du 1er juin 2018.

Un enfant qui aurait un handicap en raison d’un défaut de vaccination aurait « le droit de mettre en cause pénalement ses parents ».

Aujourd’hui nous allons parler de l’hépatite B. A l’émission Vivre avec le VIH, nous avons souvent parlé de l’hépatite C car malheureusement, il n’est pas rare qu’une personne séropositive soit aussi infectée par l’hépatite C. En revanche l’hépatite B, on n’en parle beaucoup moins alors que cela concerne aussi les personnes vivant avec le VIH, malheureusement, c’est aussi possible d’avoir le VIH et l’hépatite B. L’hépatite B qu’on appelle aussi VHB se transmet par voie sexuelle et de la mère à l’enfant. Les personnes nées dans les pays de forte prévalence pour le VHB représentent une part importante des personnes porteuses chroniques du virus B en France. L’hépatite B constitue en France un réel problème de santé publique, en raison de la gravité potentielle de ces infections (risque d’évolution vers la cirrhose par exemple), du nombre de personnes infectées et du coût engendré par leur prise en charge. (Dixit rapport de recommandations 2014, prise en charge des personnes infectées par les virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C)

L’incidence de l’hépatite B chez les personnes infectées par le VIH est mal connue. Et donc, il est recommandé un dépistage systématique et régulier du VHB chez tout patient infecté par le VIH. (Je cite le rapport Morlat 2013, prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH). Dans une prochaine émission, il serait intéressant de parler de l’hépatite B avec un hépatologue, parce qu’en fait il y a le VHB sauvage, des VHB mutants… bon. Tout un programme !

Aujourd’hui nous recevons Carmen Hadey, de l’association SOS hépatites. Nous allons faire connaissance avec vous. Tout d’abord, pourquoi faites-vous partie de l’association SOS hépatites ?

Carmen Hadey : Je fais partie de l’association SOS hépatites parce que je suis concernée par la pathologie, par l’hépatite B. Dans le but d’aider les autres malades à connaitre leur maladie, en avoir moins peur puisqu’elle est très stigmatisée et savoir aussi donner des règles d’hygiène de vie, également par rapport à l’observance des traitements.

Sandra : Vivre avec une hépatite B, au quotidien, comment ça se passe ? Qu’est-ce qui a changé dans votre vie ?

Carmen Hadey : Avant de parler de ce que ça a changé dans ma vie, j’aimerais peut-être vous expliquer la maladie en elle-même qui est très méconnue.

Sandra : D’accord, on vous écoute.

Carmen Hadey : L’hépatite B est due au virus B qui se trouve dans le sang et qui en l’absence de traitement provoque de la fibrose au niveau du foie qui évolue vers le cirrhose et le cancer du foie. Le cancer du foie est le plus fréquent des cancers primitifs du foie et en France, l’incidence annuel du cancer est en constante augmentation. C’est l’un des cancers ayant la mortalité la plus élevée, 6700 cas par an alors que les taux de survie pourraient être considérablement augmentés par une détection précoce, d’où l’intérêt du dépistage de l’hépatite B pour une prise en soin avant une atteinte hépatite grave.

Les modes de contamination : par les relations sexuelles non-protégées et par le sang. C’est souvent cette contamination par le sang qui est méconnue. Ils sont strictement les mêmes que ceux que pour le VIH. A savoir, le partage et l’échange de matériel pour la drogue, le tatouage, le piercing, le maquillage permanent en cas d’utilisation de matériel non stéril. Le partage du matériel d’hygiène comme brosse à dent, coupe ongle ou rasoir.

Le traitement de l’hépatite chronique B active ne guérit pas. Tout comme pour le VIH, il stoppe la multiplication du virus, il diminue la charge virale, c’est-à-dire le nombre de virus dans le sang jusqu’à le rendre indétectable mais ne l’éradique pas, ce qui veut dire, ne le tue pas. Il stabilise la maladie et freine l’évolution vers le cancer du foie tout comme le VIH freine l’évolution vers le sida. Le traitement, tout comme pour le VIH, ne peut être arrêté sous peine de voir le virus réapparaître. Une greffe du foie ne résout pas le problème non plus, étant donné que le virus est dans le sang et qu’il va à nouveau attaquer le nouveau foie. Quelqu’un qui est traité, qui a une maladie grave du foie, il peut être greffé mais le traitement ne peut pas être interrompu. Il aura un nouveau foie, ce qui lui permet de survivre mais le traitement, il faut qu’il l’ait avec le nouveau foie d’emblée.
Se rajoute à cela le risque d’être contaminé par l’hépatite D, l’hépatite Delta, qui est un virus qui ne contamine que les personnes qui sont déjà porteurs de l’hépatite B. Les modes de contamination étant identiques à ceux de l’hépatite B ou du VIH. Cette hépatite D aggrave la maladie hépatique et accélère l’évolution de la fibrose et/ou du cancer du foie. Le seul traitement utilisé actuellement pour l’hépatite D est l’Interféron. Ce qui nécessite pour un patient co-infecté un traitement antiviral pour l’hépatite B et l’Interféron pour l’hépatite D qui est un virus différent. Et lorsqu’on a le VIH, l’immunité étant fragile, on comprend très bien que les risques d’être contaminé par l’hépatite B sont augmentés en cas de prise de risque bien entendu.

L’hépatite B est 100 fois plus transmissible que le VIH. Elle peut conduire au cancer du foie et donc à la mort. En France, plus de 3 millions de personnes ont eu un contact avec l’hépatite B. Près de 280 000 de nos concitoyens sont porteurs chroniques de la maladie. C’est une maladie silencieuse pour une grande partie des personnes. Celles qui éprouvent des symptômes, c’est souvent une fatigue mais une fatigue invalidante, c’est un petit nombre de personnes. Ce sont des personnes qui ont la maladie, même celles qui sont co-infectées hépatite B/hépatite D qui n’ont aucun symptôme, mais la maladie hépatique progresse. Pourtant, la vaccination contre l’hépatite B est en panne même chez les personnes séropositives.

Sandra : Avez-vous d’autres choses à dire sur l’hépatite B ?

Carmen Hadey : Oui. Bon, j’avais aussi les recommandations du rapport Morlat, vous en avez parlé. Du fait du mode de transmission commun au VIH et au virus de l’hépatite B, la proportion des personnes vivant avec le VIH ayant été en contact avec le VHB s’élève à 37,6 % en France. C’est un chiffre de 2004, à l’heure actuelle, on aurait du mal à trouver la proportion. L’incidence annuel de l’hépatite B chez les personnes vivant avec le VIH est mal connue, probablement 1% en France. Et toujours par rapport au rapport Morlat, qui recommande de rechercher systématiquement une infection par le virus de l’hépatite C, de l’hépatite B et du virus de l’hépatite D, lors de la découverte d’une infection par le VIH et de maintenir une surveillance sérologique semestrielle chez les sujets séronégatifs dont l’exposition au risque persiste. Et la vaccination pour les personnes vivant avec le virus du VIH doit être une vaccination renforcée. Donc le schéma vaccinal classique de 3 injections ne donne pas la même réponse chez les personnes immunodéprimées. Et pour les personnes vivant avec le VIH il est recommandé d’avoir 4 injections. Donc une injection à jour zéro, 1 mois après, 2 mois après, 6 mois après, mais des doubles doses pour avoir une réponse identique que chez une personne qui n’a pas de problème d’immunité. Cette vaccination nécessite également un à deux mois après la dernière injection, un contrôle des anticorps pour vérifier si la personne est vraiment protégée. Il est également recommandé de faire ce contrôle une fois par an et si les anticorps sont inférieurs à 10 unités de faire une injection de rappel. Ca, c’est dans le rapport Morlat également.

Sandra : Merci pour toutes ces informations. Si vous avez d’autres informations à donner, vous aurez l’occasion de le faire durant l’émission. Du coup, je vais vous reposer ma question. Vous m’avez dit que vous êtes concernée par l’hépatite B, vivre avec une hépatite B au quotidien, comment ça se passe ? Qu’est-ce qui a changé dans votre vie ?

Carmen Hadey : Ce qui a changé dans ma vie, c’est déjà l’annonce d’une maladie chronique qui implique un suivi parce que dans le cas de l’hépatite B, il y a des personnes qui nécessitent un traitement pour stopper cette multiplication du virus et il y a des personnes qui ont fait une étape vers la guérison, c’est-à-dire la guérison complète nécessite deux étapes. Les personnes qui n’ont rien fait, c’est-à-dire qui reste chroniques actifs, nécessitent le traitement. Les personnes qui ont fait une étape vers la guérison ont du virus mais en faible quantité et ces personnes-là ne nécessitent pas de traitement mais un suivi régulier. Il faut rester dans le suivi pour justement détecter si la multiplication se refait pour pouvoir donner un traitement au cas où ça bouge.

Ce que ça a changé, il faut aussi en informer l’entourage. L’entourage est quelque chose de très important, dans le VIH aussi. Faire dépister les personnes qui vivent au moins avec nous dans la même maison, je dirai. De les faire vacciner si elles n’ont pas la maladie. Les personnes qui n’ont pas de symptôme continuent une vie comme tout le monde. Ca n’empêche pas d’avoir des enfants non plus. Le suivi est un peu différent par rapport à la grossesse.

Ce que ça a modifié pour moi, j’ai le symptôme de la fatigue. Fatigue qui n’est pas palpable, qui n’est pas très reconnu mais qui est invalidante. C’est une fatigue qui vous met à plat, qui vous empêche de réfléchir. Elle est fluctuante, elle n’est pas constante. Mais quand elle est présente, vous avez l’impression d’être embrouillé. Peu importe si vous avez bien dormi ou mal dormi. Vous avez du mal à vous exprimer, à chercher les mots, à réfléchir, à faire travailler votre mémoire. C’est un handicap. Mais c’est cette fatigue qui a permis de revenir à la source de ma contamination. Je suis professionnelle de santé, j’ai été contaminée par accident d’exposition au sang. Lorsqu’on l’a découvert, c’était beaucoup plus tard, c’est-à-dire des années après. Au début, où la vaccination a été instaurée, je dirai bon…

Mohamed : En 1990 ?

Carmen Hadey : En 1990, avant les conditions de travail en milieu hospitalier n’étaient pas sécurisante. Il y avait encore du matériel qui n’était pas à usage unique…

Mohamed : Oui mais le vaccin national, le premier c’était pour l’hépatite B…

Carmen Hadey : Mais avant on ne connaissait même pas l’hépatite B. Donc quand on l’a découvert, la contamination datait d’avant…

Mohamed : Avant ce vaccin n’était pas fiable…

Carmen Hadey : Si, il était fiable mais l’erreur qui a été commise c’est que la vaccination a été rendu obligatoire. Tous les professionnels de santé ont été vaccinés mais n’ont pas été dépistés avant. Alors les personnes qui avaient déjà la maladie, la vaccination ne servait à rien. Ce n’est pas le vaccin qui n’était pas efficace, c’est parce que les personnes avaient déjà la maladie.

Mohamed : Ceux qui ont été vaccinés et qui n’avaient rien, ils n’ont pas eu de conséquences, d’effets négatifs ?

Carmen Hadey : Non. Donc ça, c’est par rapport à l’efficacité du vaccin. Et à force d’expérience, ils ont mis en place le dépistage des anticorps pour contrôler l’efficacité du vaccin et c’est comme ça qu’ils ont découvert que certaines personnes ne fabriquaient pas d’anticorps et en recherchant s’ils étaient réfractaires au vaccin ou s’ils avaient la maladie, ils ont découvert, certaines personnes peuvent être réfractaires au vaccin non répondeur, ça existe. Il faut qu’ils restent en surveillance, c’est-à-dire une fois par mois, comme un dépistage et d’autres personnes qui étaient malades. Donc à ce moment-là, le vaccin n’a pas pu être efficace puisqu’il est arrivé trop tard. Justement, moi j’ai signalé à chaque visite médicale cette fatigue qui m’handicapait mais je continuais à travailler, je n’étais jamais en congés maladie pour ça, mais ça rendait ma vie plus difficile. Ils sont remontés en arrière jusqu’au moment où il y avait une période où je n’avais jamais signalé de fatigue, c’est comme ça qu’ils ont pu détecter à quel moment j’ai été contaminée. Cette fatigue existe vraiment et est décrite par exemple pour les personnes qui l’hépatite C de la même façon.

Mohamed : Combien de temps dure le traitement sur l’hépatite B ?

Carmen Hadey : L’hépatite B, les personnes qui sont traitées, ne peuvent pas l’arrêter. C’est comme pour le VIH. C’est le même objectif, c’est-à-dire arrêter la multiplication, diminuer la charge virale donc le nombre de virus jusqu’à être indétectable et ensuite on ne peut pas l’arrêter. Dès qu’on l’arrête, le virus réémerge.

Mohamed : Alors que celui qui a l’hépatite C, il se fait contrôler et après ça va quoi.

Carmen Hadey : L’hépatite C maintenant guérit. Le virus est tué. Certaines personnes croient qu’il reste dans un coin et se réveille de nouveau. Non. Parce qu’il y a des génotypes donc des sous-groupes dans l’hépatite C et s’il y a maintenant une personne qui a été traitée pour une hépatite C avec un génotype 1, et qu’il revient avec une hépatite C avec un génotype 3, ça veut bien dire qu’il y a une autre contamination. Ce n’est pas le virus qui s’est réveillé de nouveau. Il est vraiment éradiqué. Tandis qu’avec l’hépatite B, il y a des personnes qui peuvent guérir, parfois ils mettent de l’Interféron mais c’est vraiment le taux de guérison est très faible. Parce que l’Interféron, on ne peut pas le donner longtemps...

Mohamed : Une hépatite C, on sent quand elle est active. Une hépatite B, elle peut rester en sommeil…

Sandra : L’hépatite C aussi parfois. On peut être infecté par l’hépatite C et ne pas le savoir. Mais bon, on va rester sur l’hépatite B, on ne va pas tout mélanger, c’est déjà assez complexe comme ça.

Carmen Hadey : Les virus ont la même évolution. Ce sont des virus différent mais la maladie hépatique est la même, ça évolue vers la fibrose. Le virus est dans le sang et se greffe dans le foie. Le foie filtre le sang, lors du passage du sang dans le foie le virus en profite pour rentrer dans le foie. Il s’incruste dans les cellules hépatiques, il provoque des inflammations et ce sont ces inflammations lorsqu’elles guérissent qui laissent des cicatrices au niveau du foie. Et ces cicatrices se sont des plaques durs. Et comme c’est par poussé, plus il y aura des cicatrices, plus il y aura des fibroses et plus il y aura une partie du foie qui ne fonctionnent pas. C’est classé en fibrose 1, 2, 3. 4, c’est le stade de la fibrose et ensuite vient le cancer. L’évolution est la même. C’est pour ça qu’il y a un vaccin pour l’hépatite B. Il n’y en pas pas pour l’hépatite C. Il y a un traitement avec lequel on peut guérir de l’hépatite C mais on n’est pas protégé quand on est guéri. Les personnes qui guérissent d’elles-même par exemple avec l’hépatite B comme C. Quand on est contaminé, on peut guérir de soi-même. Et lorsqu’une personne contaminée par l’hépatite B guérit avec ses propres défenses, elle est protégée comme avec un vaccin. Elle ne peut pas être contaminée. Mais lorsque la maladie est chronique active, le traitement dont on parlait, il ne guérit pas. Il met le virus en indétectable comme avec le VIH et il stabilise la maladie, c’est-à-dire la maladie au niveau du foie n’évoluera pas. C’est un traitement à l’heure actuelle à vie avec les effets secondaires de ces traitements antirétroviraux à long terme.

Sandra : Tout à l’heure, vous avez dit que pour l’hépatite B, il y a aussi comme pour le VIH des situations de rejet où les personnes, si vous annoncer à quelqu’un que vous êtes infecté par l’hépatite B, il y a des personnes qui vont avoir peur ? C’est comme pour le VIH en fait ?

Carmen Hadey : C’est très stigmatisé, oui. Il y a des parents qui ont déjà eu l’honnêteté de le dire en milieu scolaire et ça a posé d’énormes problèmes. On leur conseille d’ailleurs d’en parler au médecin scolaire s’ils en ont envie mais qu’ils ne sont pas obligés de le dire au personnel enseignant.

Mohamed : Je crois qu’il y a de la confusion. Dans l’hépatite, il voit la contamination comme le VIH. Alors que les gens ne sont pas assez informés et ne savent pas que l’hépatite n’a rien à voir avec le VIH.

Carmen Hadey : Les modes de contamination par contact sang c’est le même pour les 3 virus. L’hépatite C, B et le VIH, par le sang, ce sont les mêmes modes de contamination.

Mohamed : Oui, mais vous dites à des gens l’hépatite, ils croient que c’est quelque chose…

Carmen Hadey : Ils associent l’hépatite B à des relations sexuelles…

Mohamed : Moi, j’ai parlé avec des ados et des adultes, ils ne sentaient pas inquiétés par le phénomène de l’hépatite. Ils sont plus inquiétés par le VIH que par l’hépatite.

Carmen Hadey : Oui et souvent ils découvrent que justement l’hépatite peut aussi être transmise par le piercing, le tatouage…

Mohamed : Ils ne connaissent pas les modes de transmission.

Carmen Hadey : C’est pour cette raison qu’on promeut le vaccin. Le vaccin est efficace à 100% et protège contre cette maladie. L’hépatite B et en même temps l’hépatite D.

Sandra : Vous avez accueilli avec grande joie l’annonce d’Agnès Buzyn à propos de l’obligation vaccinale. Pourquoi est-ce une bonne nouvelle pour vous cette annonce ? Avant c’était juste recommandé.

Carmen Hadey : Pour être protégé contre cette pathologie. En plus, j’ai été vaccinée, j’ai eu des rappels, on n’a pas découvert tout de suite que je l’avais. C’est d’autant plus frustrant. J’ai été vaccinée et j’ai la maladie. Alors quand on a la maladie, on ne peut pas être contre quelque chose qui protège contre, quand on peut l’éviter. Il y a quand même un autre revers avec l’hépatite B je dirai, c’est que certaines professions ne peuvent pas être exercées lorsque vous avez une hépatite B. On ne vous demandera pas si vous avez une hépatite B, on vous demande un taux d’anticorps suffisant pour être protégé contre la maladie. Si vous avez une hépatite, vous ne pouvez pas montrer ce taux d’anticorps protecteur, vous ne pouvez pas exercer ces professions. Ce sont toutes les professions médicales, médecin, infirmière, aide-soignant. Il y a aussi l’armée, la police, la gendarmerie, les pompiers, les ambulanciers, la boxe aussi et cuisinier il me semble aussi. Ce sont des professions où l’obligation vaccinale existe déjà. Ils ont récemment ajoutés les thanatopracteurs.

Mohamed : Ces vaccins, je trouve qu’ils sont assez efficaces. Ce sont des vaccins pédiatriques. Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas eu de conséquences, on n’a pas vu revenir d’épidémies comme elle en parle Agnès Buzyn mais je crois que ce serait bien de faire une vaccination obligatoire pour les nourrissons.

Sandra : De toute façon maintenant, c’est la loi. Il y a quelques années, j’étais chez un médecin qui a vérifié si j’étais vaccinée ou pas contre l’hépatite B. Et donc non. Et il m’a dit, vous pouvez le faire, ce n’est pas obligatoire, mais il peut avoir des effets secondaires. Aller voir sur Internet. Du coup, je l’ai écouté, et ça m’a fait peur. Jusqu’à présent, je ne suis pas vaccinée contre l’hépatite B. Ma question, que dites-vous à quelqu’un comme moi qui flippe des effets secondaires de la vaccination contre l’hépatite B ?

Carmen Hadey : Un vaccin doit être considéré comme un médicament. Un médicament a ses bénéfices et ses risques. Il peut ne rien provoquer chez de nombreuses personnes, comme tout médicament. Il y aura toujours un petit pourcentage qui ne le supporte pas ou qui aura quelque chose. Et par rapport à la polémique qu’il y a eu, il y a eu assez d’études faites, il n’y a pas de lien entre. Ce n’est pas le vaccin qui induit la maladie. Ca c’est sûr. Un vaccin perturbe l’immunité. Il suffit que vous ayez la maladie déjà en vous et par ce chamboulement immunitaire, la maladie peut se déclarer. Mais ce n’est pas le vaccin qui le provoque.

Sandra : J’aimerai revenir sur le traitement de l’hépatite B. J’ai oublié de vous demander, comment ça se passe pour votre traitement ?

Carmen Hadey : Je n’ai pas de traitement. Je fais partie des personnes qui n’ont pas besoin de traitement mais un suivi. Suivi annuel, donc une échographie hépatique pour surveiller l’apparition d’un nodule cancéreux. Ce risque existe même si on n’a pas de traitement ou pas une atteinte hépatique grave et un bilan marqueur de l’hépatite pour justement contrôler la stabilité.

Sandra : Et pour les personnes qui prennent un traitement, comment ça se passe ? Je sais que pour les personnes séropositives, parfois c’est 1 comprimé par jour. Est-ce que pour les personnes qui ont l’hépatite B, c’est ça ?

Carmen Hadey : C’est 1 comprimé par jour, à ne pas oublier. C’est très important. Je précise toujours, ce n’est parce qu’il est à vie, qu’on peut penser ce n’est pas grave si je ne le prends pas 1 jour ou l’autre, parce que si trop souvent on l’oublie, le virus peut réémerger malgré le traitement et tout ce qu’on peut faire dans ce cas-là, c’est changer de traitement. Or, pour l’hépatite B, il n’y en a pas beaucoup. Donc il vaut mieux être sérieux tout de suite avec le premier traitement. Respecter aussi l’intervalle entre deux prises. C’est-à-dire ne pas le prendre une fois le soir et le lendemain matin, essayer de trouver un moment de la journée, peu importe lequel où on sait qu’on peut le prendre régulièrement. Pas par exemple le matin quand on sait qu’on ne se lève pas toujours à la même heure mais que ce soit à peu près toujours le même intervalle à cause de la toxicité du médicament et boire 1 litre et demi tous les jours pour éliminer, parce qu’il faut penser à la fonction rénale. Le traitement a aussi des effets secondaires comme le vomissement, des diarrhées, des intolérances alimentaires, des troubles digestifs essentiellement, des épisodes de fatigue aussi.

Sandra : Le vaccin contre l’hépatite B quand on le fait, il est valable combien de temps ?

Carmen Hadey : Lorsqu’on fait les 3 injections, il est valable, surtout chez les enfants, il peut être efficace toute la vie. Si en cours de vie, une personne veut savoir s’il est encore efficace, il fait un dosage des anticorps, si c’est encore bon, il n’a pas besoin de rappel. Ce ne sont pas des rappels systématiques. Et c’est pour ça que c’est bien de le faire aux nouveaux-nés, parce que plus vous êtes jeunes pour le faire, plus longtemps il reste efficace. Si vous le faites plus âgé, il durera peut-être moins longtemps mais quelques années quand même. Ce n’est pas systématique tous les ans.

Sandra : J’aurai une dernière question. Il y a des pays où les personnes VIH ne sont pas autorisées à venir. Je pense à la Russie, au Qatar, où, si on dit qu’on est séropositif, on peut se voir refuser l’entrée du pays. Est-ce que pour les personnes qui ont une hépatite B, ça arrive ce genre de situation ?

Carmen Hadey : Parmi les personnes qui arrivent en France en ce moment, il y a beaucoup de personnes qui ont des hépatites. Ca laisse supposer que dans leur pays on ne les recherche même pas. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas dépistées, puisqu’elles le découvrent en arrivant en France.

J’aurais aimé rajouter un point par rapport à la grossesse. Ce sont des questions qui sont souvent posées. Lorsqu’on a une hépatite B, on peut avoir un enfant sans problème. Au 6ème mois de grossesse, par arrêté, il y a une obligation de dépistage du virus de l’hépatite B. Si on découvre le virus, donc la maman qui a une hépatite B, on procédera tout de suite à la naissance, ce sont des gammaglobulines, c’est un médicament spécifique pour l’hépatite B et la première dose de vaccin. La vaccination sera complétée et ce sera vérifié par les anticorps pour l’efficacité. Le bébé ne développera pas la maladie. Si le papa l’a, il n’aura pas le médicament spécifique mais le bébé peut être tout de suite vacciné. Le papa ne contamine pas.

Sandra : Une personne qui a l’hépatite B, qui prend un traitement. Du coup la charge virale devient indétectable. Pendant les rapports sexuels, il n’y a pas de contamination de l’hépatite B ?

Carmen Hadey : Le risque zéro n’existe pas. Si l’autre personne est vaccinée, il n’y a pas de risque.

Sandra : Oui, aussi.

Carmen Hadey : Une maman qui a une hépatite, elle est suivie par l’hépatologue et par le gynécologue. Et si elle a une hépatite déjà avant, connue, qu’elle est traitée, on mettra en place l’antiviral qui a le moins d’effet sur le foetus, elle aura un suivi plus rapproché par rapport à l’hépatite. Le bébé aura la sérovaccination à la naissance, il ne développera pas la maladie. Il n’y aura pas non plus de virus dans le lait. Mais il faut veiller à ce que cette sérovaccination soit faite. Et si jamais lorsqu’on découvre en cours de grossesse une hépatite, elle aura un traitement en fin de grossesse pour abaisser la charge virale au maximum. Parce que moins de virus il y a à l’accouchement, moins il y a de risque de contamination.

Sandra : Mohamed, as-tu quelque chose à rajouter ? Une question à poser peut-être ?

Mohamed : Non, pas spécialement. Je m’informe, je comprends. C’est intéressant. J’ai rencontré des personnes qui étaient hépatiques, qui avaient un foie très sensible et puis d’autres qui vivaient ça assez bien, et d’autres qui avaient des complications à chaque fois qu’ils buvaient de l’alcool. J’aurai aimé savoir si génétiquement, une personne qui a un foie fragile, est-ce qu’il peut transmettre à ses enfants aussi ?

Carmen Hadey : Non, parce que c’est l’hygiène de vie finalement. C’est sa façon de vivre. Mais quand on a une hépatite, il est vrai que l’alcool, il faut l’enlever. Ca rajoute un facteur aggravant. Manger trop gras, ce n’est pas bon non plus. Les boissons sucrées non plus. Surplus de sucre se transforme en graisse. La graisse qui se fixe sur le foie aggrave la maladie hépatique. Souvent, ce sont des habitudes alimentaires qui font qu’il y a déjà un terrain prédisposant. Mais ce n’est pas héréditaire.

Mohamed : Maintenant je comprends mieux. C’est un organe filtre…

Carmen Hadey : Oui, il régule le sucre, c’est pour ça qu’avec un foie malade vous pouvez développer un diabète.

Mohamed : Le foie c’est une pièce importante dans le corps.

Carmen Hadey : On ne peut pas vivre sans. C’est un organe vital.

Mohamed : Ils font des greffes de partie de foie. Même un foie amputé, on peut vivre avec.

Carmen Hadey : Parce qu’il repousse mais pour certains cancers, même la greffe n’est pas efficace.

Sandra : Merci pour toutes ces informations. C’est très riche. Ah ! Vous avez quelque chose à rajouter ?

Carmen Hadey : C’est par rapport à l’association France asso santé qui était anciennement le collectif interassociatif qui a donc été créée au niveau national. C’était dans la loi de santé et qui se positionne par rapport à l’obligation vaccinale qui disent qu’améliorer la couverture vaccinale c’est une nécessité. Mais étendre l’obligation c’est accompagner aussi les personnes. Ils demandent aussi un remboursement à 100% par l’assurance maladie obligatoire parce que toutes les personnes n’ont pas de complémentaire. Une information et une communication adaptée à chaque vaccin. Un financement publique pour la recherche, justement pour améliorer les vaccins ou étudier au moins les effets secondaires, comme pour toutes autres médicaments. Et un renforcement de la protection vaccinale pour les populations particulièrement vulnérables.

Le gouvernement s’était aussi engagé par rapport à l’obligation vaccinale, de faire une évaluation chaque année de justement sur comment cette obligation vaccinale est vécue. Au bout de 5 ans, il y aura un bilan de fait, l’obligation sera revue en quelques sortes ou quelque chose d’autre qui sera mis en place s’il s’avère que ce n’était pas efficace.

Sandra : Merci beaucoup pour toutes ces informations sur l’hépatite B. On aura l’aura l’occasion d’en reparler, je pense inviter prochainement un ou une hépatologue pour poser des questions plus précises. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser sur le site comitedesfamilles.net. Si vous avez envie de témoigner sur ce sujet aussi, c’est la même chose, comitedesfamilles.net, on se fera un plaisir de lire vos messages et même si vous voulez prendre la parole, n’hésitez pas, je rappelle le numéro 01 40 40 90 25.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE