Forum des auditeurs : l’homosexualité au Cameroun, entre les clichés et la réalité

, par Sandra

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Alice Nkom, avocate qui défend le droit des personnes homosexuelles au Cameroun
Forum des auditeurs : l’homosexualité au Cameroun, entre les clichés et la réalité

Alexandre : Le message de Laurette, qui est destiné à toi Christian.

- Message de Laurette

Bonjour Sandra,Christian

Je viens de lire l’intégralité de l’article, et je réagirai sur l’intervention de Christian.
Il est clair que la question de l’homosexualité au Cameroun est tabou et sujet à violence, stigmatisation, et pire, poursuite judiciaire, oui, mais la description que tu fais (Christian) n’est pas correcte, c’est clairement un cliché.

Tu l’as dit, tu ne connais pas les milieux du genre au Cameroun, mais ils existent bel et bien, et tous les gays n’essaient pas de ressembler aux femmes. Il y en a (une très grande partie d’ailleurs), qui sont viriles, ont une vie normale mais cachée, qui sont effectivement comme "monsieur tout le monde". Certains sont cadres, commerçants, mariés, pères, et vivent tant bien que mal ce côté là de leur sexualité.

En plus de cette femme dont tu parles, il existe des associations grandissantes de conseils,orientation, sensibilisation (sur les MST, VIH,etc.) des jeunes et des personnes LGBT la plus active en ce moment, Alternatives Cameroun. Hormis la question de l’homosexualité, ces petites associations font un travail formidable de sensibilisation, d’éducation auprès des ados/pré-adultes, et s’avèrent être des plates formes efficaces de communication.

Voilà ma petite contribution, c’est toujours un plaisir de faire un tour sur le site. Bon boulot les gars !!!!

Alexandre : Alors je ne sais pas si tu as une réponse à fournir à Laurette, Christian.

Christian : Peut-être que, nous ne vivons pas dans les… je ne sais pas, elle a parlé de Douala, nous ne vivons pas dans le même contexte. Mais je ne fais que dire ce que j’ai ressenti. Parce qu’autour de moi quand même, l’observation que j’ai faite, ça peut paraître comme un cliché mais c’est une observation que j’ai faite autour de moi quand même, sans chercher à choquer certaines sensibilités. Peut-être que j’ai été excessif sans le vouloir mais bon, vraiment si j’ai fauté à ce niveau-là, je demande à Laurette de ne pas prendre ça au premier degré. Ce que j’ai dit qu’il l’a heurté, qu’elle mette ça à côté et qu’elle voit le positif dans tout ce que j’ai dit. Donc voilà vraiment ce que je peux dire. Je sais que c’est un choix de vie. Moi, je ne suis qu’un observateur de tout cela.

Alexandre : D’après Laurette, si je résume bien, ce n’est pas si terrible, si je résume bien le propos, je ne sais pas si tu seras d’accord avec moi Sandra, ce n’est pas si terrible en fait, si impossible entre guillemets de vivre son homosexualité au Cameroun, c’est ça ?

Sandra : Ouais, c’est ce que je dirai. En tout cas, il y a pas mal d’associations qui existent et que ce n’est p’tre pas aussi tabou qu’on peut le penser ou que ce que Christian avait dit. Après, effectivement, Christian a partagé son expérience personnelle. Peut-être que dans sa famille, c’est vécu différemment. C’est comme en France…

Alexandre : Oui, ça doit dépendre des contextes.

Sandra : En France, l’homosexualité n’est pas tabou, ça dépend dans quelles familles on vit aussi.

Christian : Et je répète, j’ai dit qu’il y a une seule femme que je connais qui lutte pour cette histoire, elle s’appelle Alice Nkom. Elle est avocate. C’est elle qui essaye à son niveau de défendre, vraiment elle prend la parole, elle ne se cache pas. Et elle essaye à sa manière de défendre les homosexuels. A part elle, je n’ai plus vu quelqu’un défendre ça. Et franchement, les homosexuels, très honnêtement, ils ne sont pas épanouis au Cameroun. Je ne les vois pas s’épanouir, ils vivent cachés. Et peut-être que Laurette, si Laurette a une bonne mémoire, elle sait qu’elle avait parlé de l’histoire du Hilton, qui s’était passée à Yaoundé où on avait violé un monsieur et on l’a projeté de l’autre côté de la fenêtre. C’est-à-dire qu’on a violé un monsieur dans un hôtel, on l’a balancé comme ça de l’autre côté, et c’est toujours cette femme qui… c’était un homosexuel, peut-être ça avait mal tourné entre eux là-bas, je ne sais pas ce qui s’est passé mais ça a fait vraiment des gros tabous et…

Alexandre : C’est quoi cette histoire ?

Sandra : C’est un fait divers quoi.

Alexandre : Ouais.

Christian : Oui. Bon, les homosexuels que j’ai observé, parce que quand je suis arrivé ici, moi, ceux d’ici, ont une attitude, excusez-moi, vraiment si on te dit que ce monsieur est homosexuel, tu ne peux pas l’imaginer parce qu’il ne parle pas, je le répète, je dis ça, je ne veux pas choquer les sensibilités des gens, je n’indexe personne, ils ne parlent pas comme des femmes, ils ne parlent pas en faisant des gestes des mains, ils sont posés, ça ne se ressent même pas chez eux. Mais les nôtres au Cameroun, je le répète, je pèse bien mes mots, les nôtres pour la plupart, c’est ce que j’avais dit…

Sandra : Non mais ne fait pas de généralités, tu vois. Vous avez deux points de vue différents, voilà c’est tout. Accepte le témoignage de Laurette aussi.

Alexandre : Comme ce qui a été dit, je pense que c’est deux contextes différents, mais bon après au niveau du…

Christian : Voilà, c’est vraiment ça, c’est deux contextes différents, les pays sont différents. Les cultures aussi sont vraiment différentes. Si tu vois un homosexuel au Cameroun, tu sauras que tout de suite…

Sandra : Ne fais pas de généralités, vraiment. Si elle le dit, c’est que c’est vrai. Elle vit là-bas donc moi je la crois aussi. Comme je crois à ce que tu as dit, peut-être qu’il y a des homosexuels que tu as rencontrés et qui étaient un peu efféminés, si j’ai bien compris c’est ça, mais voilà, c’est comme en France. En France aussi il y a des personnes efféminées, puis il y en qui ne le sont pas. Il y a des personnes efféminées qui ne sont pas homosexuelles. Tu vois, ce n’est pas…

Mohamed : Ils ont des codes, des signes…

Sandra : Enfin bon, il ne faut pas faire de clichés, franchement…

Alexandre : Ce n’est pas un complot mondial non plus…

Sandra : Voilà, arrêtez…

Mohamed : Non mais s’ils veulent se reconnaitre entre eux, ils savent se reconnaitre.

Alexandre : Non mais non. Non, non, non. Là-dessus, pour le coup, je suis désolé de stopper entre guillemets le débat, et dire ils n’ont pas de signe entre eux qui permettent de se reconnaitre. Je veux dire, on fait comme tout le monde, si jamais on a envie de poser la question, on demande est-ce que tu es homo ou pas ou est-ce que tu es hétéro ou pas, c’est la seule manière de savoir. Pour le coup, mon expérience personnelle me prête à penser que la plupart de mes amis particulièrement efféminés ne sont pas du tout homosexuels. Et même si c’était le cas, on ne peut pas juger sur un comportement…

Mohamed : Ce n’est pas du jugement, je parle de l’homosexualité en tant que…

Sandra : Enfin bref !

Alexandre : On ne va pas épiloguer sur cette question-là. Merci Laurette pour ce message, je ne sais pas si on a pu répondre à tes attentes, mais…

Sandra : En tout cas, je la remercie pour sa fidélité. C’est toujours un plaisir de la lire, tout simplement. Merci pour ton écoute et n’hésite pas à réagir, à donner ton avis.

Alexandre : Sur d’autres sujets ou toujours sur le même, comme tu le souhaites.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE