Lucie : « J’ai 26 ans, je suis séropositive et aujourd’hui je vais vous parler de ma vie avec le VIH »

, par Sandra

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Lucie : « J’ai 26 ans, je suis séropositive et aujourd’hui je vais vous parler de ma vie avec le VIH »

Sandra : Maintenant, je vous propose d’écouter le témoignage de Lucie. C’est une jeune femme qui a appris sa séropositivité en 2012. Pour interpeller la jeunesse, elle a décidé de témoigner. Elle l’a fait pour la première fois sur le site konbini où elle a écrit un long article. Aujourd’hui elle a écrit un livre qui s’appelle “Presque comme les autres / Ma vie de jeune séropositive”. Je l’ai lu, je vous conseille vraiment de le lire. Il est aux éditions Robert Laffont. Je compte bien sûr l’inviter prochainement à l’émission en espérant qu’elle pourra venir. Pour l’instant, je vous propose d’écouter un petit bout de son témoignage que vous pouvez voir sur Youtube.

Début de l’enregistrement.

Lucie : Je m’appelle Lucie, j’ai 26 ans, je suis séropositive et aujourd’hui je vais vous parler de ma vie avec le VIH. A priori, j’ai été contaminée par voie sexuelle. C’était certainement un partenaire d’un soir, une bêtise.

Au début ça a changé mon rapport au corps, mon rapport aux autres. J’ai dû prendre des médicaments tous les jours, je me suis demandé ce que ça allait me faire sur le long terme. Ca a changé mon rapport à ma santé. Dès qu’il y avait un petit truc qui n’allait pas, je me demandais si c’était grave, si ce n’était pas grave, si c’était lié à ça ou pas.

Ca a fait un choc autour de moi. Mes soeurs l’ont mal pris, mais tout le monde a su garder un peu la mesure des choses et quand on explique correctement ce qui se passe ou ce qu’il va se passer, les gens comprennent rapidement que je ne vais pas tomber gravement malade et que je ne vais pas mourir et que mon espérance de vie ne va pas être réduite de 40 ans. Et donc les gens comprennent, ils se disent, bon, c’est grave, c’est quelque chose, c’est important, mais ce n’est pas la fin du monde.

Je n’ai pas le sida, je ne l’ai jamais eu et a priori je ne l’aurai jamais si tout va bien. Le sida c’est quand le VIH dépasse un certain seuil justement, quand la charge virale devient trop importante et donc qui permet un affaiblissement du système immunitaire qui permet à d’autres maladies de s’installer, qui s’appellent les maladies opportunistes. C’est ça qu’on appelle le stade sida.

Mon traitement, c’est 3 pilules à prendre toutes les 24h. Ce que ça fait, c’est que ça diminue la charge virale du VIH dans le corps, qui fait que d’une part, il est assez peu présent, donc il n’a pas d’impact sur mon organisme et d’autre part, il ne peut pas être transmis. C’est ce qu’on appelle la charge virale indétectable. Au début, j’avais peur de contaminer l’autre et on devait garder le préservatif. Le premier petit copain que j’ai eu après l’avoir appris, on est resté deux ans ensemble et on a jamais arrêté le préservatif. Mais à part ça, il n’y avait rien qu’on ne pouvait pas faire en fait. Lui, il était assez inquiet donc il avait voulu venir en rendez-vous avec mon médecin pour savoir exactement est-ce qu’on peut faire certaines choses ou pas, comme le sexe oral, est-ce que c’est plus contaminant, est-ce qu’il y a des risques ? Le médecin nous a dit, non, parce que comme la charge virale est indétectable, justement, il y a aucun risque de transmission. Donc en fait, on peut tout faire. Actuellement, avec mon nouveau partenaire, avec qui je suis depuis un petit bout de temps aussi, depuis 2 ans, on a carrément pu arrêter le préservatif. Donc on n’a même plus ce truc-là qui nous rappelle qu’il y a le VIH en fait.

Le dépistage, connaitre son statut, qu’il soit négatif ou positif, c’est savoir si on protège l’autre et soi-même. Si on est positif, on peut commencer un traitement, on peut réduire sa charge virale et on peut ne pas transmettre le virus. Et si on est négatif, on peut le rester, surtout.

Il y a des gens qui ont donné littéralement leur vie pour que nous, on ne se contamine plus, pour que l’épidémie cesse. Derrière, on est encore trop nombreux à ne pas faire attention et à ne pas leur faire honneur en fait. Pendant un moment, je me suis senti très coupable d’avoir réussi à me faire contaminer alors qu’on m’avait prévenu quand même. J’étais informé, j’avais vu des campagnes, des affiches, j’avais vu des reportages. Et j’avais quand même fait ce choix inconscient ou pas, de ne pas faire attention. Donc, je me suis senti coupable d’avoir été inconsciente, insouciante. On ne peut pas dire qu’on ne nous prévient pas quoi. C’est juste qu’on n’écoute pas.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : C’était Lucie, vous pouvez lire son histoire dans son livre “Presque comme les autres / Ma vie de jeune séropositive” aux éditions Robert Laffont.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE