Cozette, séropositive : « Je ne me vois pas du tout être à poil devant un homme parce que j’ai perdu mes fesses »

, par Sandra

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Cozette, séropositive : « Je ne me vois pas du tout être à poil devant un homme parce que j’ai perdu mes fesses »

Sandra : Il était une fois Cozette ! Ca vous dit quelque chose ? Oui, c’est le retour des histoires de Cozette ! Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, c’est une femme pétillante de 52 ans, militante, qui a appris sa séropositivité en 2007. C’est son ex-mari qui lui a malheureusement transmis le VIH et c’est une chose qu’elle a réussi à lui pardonner. Son parcours de vie, ses premières prises de traitement, etc... elle l’a volontiers partagé au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Et si vous tapez, Cozette vous trouverez toutes ses interventions à lire ou à écouter. Aujourd’hui, nous allons l’écouter sur le thème de l’annonce de la séropositivité.

Début de l’enregistrement.

Cozette : De toutes les façons, je n’ai pas de conseil à donner. Je préfère faire part de mon expérience. A la suite de mon divorce, que j’ai eu l’occasion en fait d’avoir des relations amoureuses avec bon bah des… d’autres hommes que mon ex-mari. A ce moment-là, mon fils avait terminé ses études et il vivant avec une amie. Ma fille en revanche était encore étudiante et elle vivait chez moi. Moi, dans un premier temps, je n’ai même pas pensé à en parler à mes enfants. Déjà, j’étais tellement… comment dire, je ne maîtrisais pas les choses. Donc c’est en fait, lorsque j’ai eu appris un minimum de choses sur cette pathologie, que j’ai bien compris la différence entre la séropositivité et le sida, que je me suis senti parfaitement à l’aise avec cet état de santé que j’ai décidé d’en parler à mes enfants.

Mon fils, bon ça c’est sa personnalité, lui, il n’a pas osé me dire, alors maman, tu vas mourir ? Il l’a dit à sa compagne. Donc comme elle, elle travaille à l’hôpital Trousseau dans un service de recherche justement sur la séropositivité. Alors bon, elle s’y connaissait. Elle lui a dit, ne t’inquiète pas, ta mère ne va pas mourir. Enfin pas tout de suite en tout cas. Elle va mourir comme tout le monde, pas dans l’immédiat. Donc elle lui a expliqué un peu les choses.

Ma fille, elle, en revanche, c’est sa personnalité, elle pose des questions. Donc elle m’a dit ah bon mais maman qu’est-ce qui va se passer ? C’est grave ? Donc je lui ai expliqué. Du coup, ça l’a rassuré. Il n’y a eu aucun problème.

Moi je pense en fait, qu’à partir du moment où pour la personne qui est atteinte d’une pathologie X ou Y, si elle à l’aise, si elle se sent bien avec son état de santé, ça va forcément bien passer avec les personnes qu’elle informera.

Sandra : Donc pareil pour annoncer sa séropositivité à son partenaire ? Du coup, comme tu es bien, ça aussi, ça ne te pose pas de problème ?

Cozette : Bon… euh…

Sandra : Ah c’est différent !

Cozette : Oui, c’est vrai que là c’est différent. Je dirai que je ne suis pas très bien placée malgré tout pour parler des choses dans la mesure où j’ai considéré que mes partenaires seraient des séropositifs ou ne seraient pas. Ca, c’est vrai que je ne me suis pas du tout posé la question. Et en plus, compte-tenu de mon âge, maintenant, vu que bon les traitements ne m’ont quand même pas arrangé physiquement, du coup je ne me vois pas du tout être à poil devant un homme parce que j’ai perdu mes fesses. Je ne vois pas comment les récupérer. Donc du coup, c’est pour ça que je dis que je ne suis pas très bien placée pour dire les choses. En tout cas, je dirai que moi ma réaction, au moment où je me sentais tout à fait à l’aise dans les ébats amoureux, bah c’était de forcément prendre quelqu’un de séropositif pour être à l’aise.

C’est sûr que quand on a 50 et quelques, quand on a 30 ans, 40 ans… les choses sont différentes. C’est pour ça qu’il n’y a pas de recette quand même. Je pense qu’il faut toujours réfléchir en fonction de soi et en fonction de la question à résoudre, que ce soit la question du travail, la question des amis, la question de la famille, que ce soit les enfants ou autre, parce qu’il n’y a pas que les enfants dans la famille. On ne doit pas prendre des décisions semblables, quel que soit le problème à traiter.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Cozette, au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH que je remercie à nouveau pour avoir partagé avec tant de sincérité son expérience. Nous aurons le plaisir de l’écouter dans d’autres émissions de radio. Je ne sais pas si autour de la table vous avez une réaction, un commentaire à apporter pour Cozette ?

Christian : Oui tout à fait. Elle a perdu ses fesses ! Elle le dit ! C’est très important. Vous voyez, cette histoire, ce malaise, ce virus de merde là, nous fait perdre beaucoup de choses disons, honnêtement. Vous voyez parfois il y a des femmes qui ont perdu complètement toute leur beauté. A force d’être malade, d’être victime, elle ont stressé complètement, le fait de prendre des médicaments, un certain nombre de choses s’ajoutent, elle perdent tout complètement. Elles se jettent comme ça, elles ne se considèrent plus.

Ecoutez, moi par exemple en 2007, je contracte également la pathologie par une femme. J’avais une amie et c’est lorsqu’elle était mourante que le médecin me dit on ne peut plus rien faire pour elle mais va essayer de faire le test. Je fais le test et on se rend compte que je suis aussi malade. Mais… une autre personne devrait perdre sa libido, s’il était à ma place, tu perds ta sexualité complètement. D’ailleurs, quand on me l’a dit, j’ai déchiré les premiers examens, j’ai balancé ça ! Il a fallu encore attendre deux ans pour encore aller faire un autre test, on m’a dit, j’ai encore déchiré ces conneries. Je ne le croyais pas. Je ne croyais pas.

Donc, on peut comprendre cette femme qui dit qu’elle a perdu par exemple ses fesses et Dieu seul sait combien les gens souffrent lorsqu’ils apprennent qu’ils sont victimes de cette histoire-là, je vous assure.

Sandra : Merci Christian pour ton partage d’expériences. Pascal ?

Pascal : J’avais envie de dire un truc qu’on retrouve dans mes chansons. Qu’on n’a pas besoin de me toucher les fesses pour me parler d’amour. Je crois que l’amour ce n’est pas le sexe. C’est les affinités, c’est tout ça. Je crois que c’est vrai que quand on est séro, il y a des fois je me regarde dans la glace le matin, je vois un squelette, je me dis bon, ce n’est pas grave, c’est moi, mais derrière ça, il y a autre chose. Je crois que c’est un peu… il y a des années où on a associé le sida au sexe, je crois que les mecs ils te regardaient comme si tu étais là, tu t’es tapé des gonzesses à tire-larigot. Et je disais mais non gars, ce n’est pas comme ça. Parce qu’il y a des gens, il faut du temps avant de poser la main sur eux parce qu’il y a une sensibilité, parce que tu deviens beaucoup plus fragile et plus sensible. Donc les gens qui t’approchent, ce n’est pas que tu les tries mais ton intérieur fait que tu rencontres les bonnes personnes, tu sais qui peut te toucher et qui ne peut pas te toucher.

Je crois que c’est… le virus du sida c’est assez ambigu. Ca te fait souffrir et ça te rend plus riche et plus...plus amené à toucher la réalité, l’essentiel. Et moi, je retiens ça. Je me dis plus de 30 ans de sida et plus j’avance et plus je me rapproche de l’essentiel. Plus c’est dur à vivre, plus c’est difficile physiquement à vivre et à assumer la douleur, je l’assume. Mais ce qu’il y a derrière les petits instants où tu as le soleil, les vrais gens, c’est ça la vie en fait. Et parfois, j’ai l’impression de toucher la vie et que les autres ne la touchent pas. Et quand je joue en concert, souvent les gens arrivent, ils sont malheureux quand je commence et quand j’ai fini le concert, ils me disent, waouh, tu m’as donné envie de vivre. Et c’est ça qui est beau. Et je pense que c’est rien que pour ça, j’ai passé le cap de me dire que je ne ramasse pas en fait, je prends la vie comme elle vient et je l’apprécie d’autant plus. Parfois j’ai envie de dire, merci mon virus et parfois je dis à mon virus fous-moi la paix parce que j’aimerai bien descendre un peu du ring pour en profiter un peu. Dernièrement, j’ai pris une grosse fessée. Mon virus est dans un coin, je suis dans l’autre coin, on se regarde et puis on se dit à la prochaine et on respire tous les deux. Et c’est ça, c’est la vie de tous les jours en fait. Maintenant, c’est tellement facile de se protéger à l’heure actuelle, les traitements sont moins difficiles à assumer, je dis bravo la science, bravo à tous ceux qui ont donné de leur temps et de leur vie aux anciens séropositifs qui sont morts avant d’avoir essayé les traitements. Et je dis que rien que pour eux, je me dois de continuer mon combat et de faire le saltimbanque, le musicien qui dit je suis séro, je chante et je suis comme vous tous. Et que ceux qui ne peuvent pas le dire viennent me voir pour que j’en parle à leur place et qu’on avance.

Je voulais dire aussi un truc important, c’est que depuis que j’ai rencontré le Comité des familles, parce qu’on est en Bretagne, c’est beaucoup plus facile pour les gens séropo de Bretagne de l’ouvrir et d’avancer. Moi, ça m’aide énormément. Donc merci à toute l’équipe.

Sandra : La semaine prochaine, on aura une émission spéciale Bretagne avec Morgane. Une dernière réaction ?

Yann : Je voulais simplement rappeler que oui, Pascal alias Mister X est donc un pilier très important avec Morgane sur le Comité des familles Bretagne et que c’est deux personnes qui ont eu envie de monter une antenne, qui ont réussi. Donc grâce au Comité des familles Paris effectivement. Tout n’est pas possible mais en tout cas, chaque dossier est examiné et on fait sorte d’essayer de rendre les projets faisables.

Sandra : N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE