Forum des auditeurs : les traitements VIH par voie injectable ? Patience !

, par Sandra

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Forum des auditeurs : les traitements VIH par voie injectable ? Patience !

Sandra : Je continue avec le message d’Hope Grace, vous vous souvenez aussi ? Elle nous avait demandé est-ce que les traitements VIH sous forme injectable, est-ce que ça existe ? J’ai rencontré la semaine dernière Pierre de Truchis, lors d’une conférence qui s’appelait POST CROI. En fait, tous les ans, il y a la CROI qui se déroule aux Etats-Unis. C’est une grande conférence internationale où les chercheurs disent un peu où ils en sont dans leurs recherches. Et ils ont évoqué la semaine dernière, les chercheurs français sont venus nous faire un compte-rendu de ce qui s’est passé aux Etats-Unis dans cette conférence et donc a été évoqué ces fameux traitements sous forme injectable. Je vous propose d’écouter Pierre de Truchis sur ce sujet.

Début de l’enregistrement

Pierre de Truchis : Les choses les plus avancées là-dessus, c’est une combinaison de traitements qui associent 2 médicaments, un inhibiteur non nucléosidique et une anti-intégrase, donc 2 produits qu’on connait qui sont délivrés en injection et pour l’instant, il y a des études en cours où c’est une injection par mois. Il y a des résultats qui ont l’air assez favorables. On n’a pas encore la fin de l’ensemble de cette étude à long terme pour juger de sa praticabilité. Ce qui est dit, c’est qu’il y a quand même des effets secondaires des injections qui sont des injections intramusculaires et quand ça revient, tous les mois, 2 injections, une de chaque produit, dans les fesses, ce n’est pas si bien toléré que ça pour tout le monde. Donc il faut peut-être attendre un peu de voir comment ça va pouvoir être délivré. Et alors, les choses un peu plus nouvelles c’est que justement il y a eu de nouveaux médicaments qui ont été testés pour leurs longues durées d’actions quand ils sont préparés par voie injectable et que ces nouveaux médicaments vont faire l’objet de nouvelles études et pourraient peut-être justement aboutir à des traitements éventuellement même moins fréquents, tous les 2, 3 mois, en entretien. Mais ça, pour l’instant on en est pour ces médicaments à un stade très précoce où ce n’est pas encore développé chez l’homme. Donc il faudra attendre un peu pour avoir ces molécules.

Sandra : Et pour le traitement avec injection tous les mois. Bon, il y a eu des effets secondaires importants. C’est fait sur combien de personnes ?

Pierre de Truchis : Là, ce sont des études qui sont commencées depuis l’année dernière en fait. Il y a actuellement plusieurs centaines de personnes qui sont dans les essais aux Etats-Unis notamment. Il y a quelques études en Europe aussi. Il y a des études multricentriques où il y a un certain nombre de patients en Europe, y compris en France. Ces études sont en cours et il faudra attendre je pense la fin de l’année 2017 pour avoir des renseignements plus complets là-dessus.

Sandra : Et du coup, si jamais admettons ça se fait, est-ce que ça ne va pas coûter trop cher ?

Pierre de Truchis : Là, on en n’est pas du tout à ce mode de réflexion-là. On est vraiment actuellement sur l’efficacité et la tolérance. Au point de vue coût, c’est un coût de fabrication qui est certainement plus important, puisqu’on sait que les drogues formulées en nanoparticules ça coûte un peu d’argent pour les préparer. Donc certainement il y aura un coût relativement important de préparation. Maintenant, le coût final d’utilisation, j’en ai aucune idée pour l’instant.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Pierre de Truchis, qui est infectiologue à l’hôpital de Garches, au micro de l’émission radio Vivre avec le VIH. Donc, le mot d’ordre est patience pour les traitements VIH sous forme injectable. Qu’en pensez-vous Mohamed et Christian ? Si jamais cela venait à voir le jour, s’il n’y avait plus du tout d’effet secondaire, est-ce que vous préféreriez prendre un traitement par mois sous forme injectable ou bien de prendre votre traitement que vous prenez quotidiennement ?

Christian : Franchement, c’est une très bonne avancée de la science. Heureusement aussi que je suis en Europe. Je pourrais bénéficier de ça. Malheureusement pour nos frères qui sont restés en Afrique, qui sont de l’autre côté en Afrique, qui peine d’ailleurs à prendre les simples médicaments. Mais je voudrai dire que pour ma part, franchement, si on parvient à résoudre ce problème, les effets secondaires et autres, vraiment, l’injectable il est le bienvenue. Si on t’injecte simplement, tu prends une injection tous les mois, tu n’as plus le temps de prendre… il y en a qui prenne un matin, un midi, un soir. D’autres prennent un matin et deux le soir. Des traitements lourds qui les fatiguent, qui les rendent davantage malades. D’autres sont même obligés de réduire leur traitement pour qu’il ne soit pas très lourd. Je pense que celui qui sera injectable sera le bienvenue. Mais aussi, par rapport au problème de l’injectable, moi je voudrai proposer que, est-ce qu’il n’y a pas, tu vois par exemple on prend Triumec. Ceux qui prennent Triumec, on le prend une fois par jour. Pourquoi ne pas créer un seul comprimé pour un mois ? Parce que, injectable, moi j’ai connu des gens, les simples injections au pays et tout, qui ont passé du temps à se faire injecter et aujourd’hui, des personnes qui sont paralysées. A force de prendre, de s’injecter, un jour l’injection peut rater et que ça crée une paralysie, ça crée un certain nombre de choses. Est-ce qu’ils n’ont pas vérifié aussi ce côté-là ? Parce que je connais des gens qui partent pour de simples injections, eux, ils ne marchent plus. Le médicament injectable il est vraiment le bienvenue. Je suis tout à fait d’accord avec ça.

Sandra : Je n’ai pas pensé à demander pour un traitement, un comprimé, une fois par mois. Prochainement, si je croise un infectiologue, on lui demandera pourquoi ça n’a pas été encore fait. J’imagine qu’ils ont déjà pensé. Il doit sûrement avoir des bonnes raisons scientifiques derrière tout ça.

Mohamed : Moi pareil, je suis assez satisfait. Je trouve qu’il y a des avancées, que ce soit de manière injectable ou de manière par des gélules buvables, l’essentiel est de pouvoir se faire soigner, de maîtriser cette épidémie. Et donc je ne serai pas défavorable à une injection mensuelle. Il faudrait que les études soient assez approfondies, faire des essais sur un public assez large et vaste pour pouvoir répondre après avec une évaluation, des pourcentages, comme ils ont fait pour le Truvada ou pour les autres médicaments. Je sais qu’il y en a qui sont contres l’injection mais il y en a d’autres ça ne leur fait pas plaisir aussi de prendre des cachets.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE