Marie Poupard, infectiologue : « Ce qui m’inquiète c’est ce tabou qui reste présent terriblement sur le VIH »

, par Sandra

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Marie Poupard, infectiologue : « Ce qui m’inquiète c’est ce tabou qui reste présent terriblement sur le VIH »

Sandra : Je vous propose de terminer l’émission en écoutant Marie Poupard qui est infectiologue à l’hôpital de Saint-Denis.

Début de l’enregistrement

Sandra : Quels sont les questions, les besoins qui reviennent auprès de vos patients lorsqu’ils viennent vous voir ? Surtout dans les premiers moments je dirai, quand ils apprennent leur séropositivité, qu’est-ce qui se passe dans leur tête ?

Marie Poupard : C’est un peu partagé. Clairement, il y a encore énormément d’angoisse et de gens qui se disent, je suis foutue. Mais moins. Moins qu’il y a 10 ans, c’est sûr. Après je trouve que c’est vraiment variable en fonction des types de population. J’ai reçu des jeunes hommes homosexuels qui ont pris les choses comme ça, en disant bon bah voilà, ça m’est tombé dessus, de toute façon, il y en a beaucoup autour de moi, c’est comme ça, je vais prendre le traitement et qui discutent tout de suite le traitement et qui sont hyper informés et avec qui la consultation est très différente d’une femme migrante parlant mal français qui ne va pas bien comprendre vraiment VIH - SIDA. Quand on va dire sida, on sent la terreur, pour lequel il va falloir vraiment un certain nombre de consultations avant qu’elle ait compris que le traitement va lui permettre de vivre complètement normalement. Et avant que ça ce soit vraiment accepté, ça prend du temps. Donc on a vraiment des choses très variables en fonction, surtout de l’origine des gens, de leur parcours de vie, etc. Il y a aussi quand même récemment un peu plus de gens qui ont un parcours migratoire très dur, une précarité énorme et pour qui finalement cette annonce-là, ne change pas grand-chose, au nombre de problèmes qu’ils ont déjà et on a un peu peur de ce relatif désintérêt de ce qu’on va pouvoir leur dire au niveau de leur santé où on sent qu’obtenir un titre de séjour, un toit et pouvoir manger tous les jours, c’est vraiment la priorité et que le reste après tout, ça passe derrière. Après, chez les patients qui sont suivis depuis un peu plus longtemps, reste je trouve très prégnant la question de l’annonce. A qui je peux en parler ? Parce que, nos patients vieillissent et leurs enfants grandissent et ils se posent la question très souvent de comment je vais le dire, quand je vais le dire, etc, avec vraiment encore des choses difficiles je trouve là-dessus. Alors, je ne sais pas si c’est plus mes patients mais clairement, une grosse problématique de l’annonce à ses proches, à son partenaire, à ses enfants qui grandissent, ça, ça reste là. Et moi ce qui m’inquiète c’est ce tabou qui reste présent, terriblement sur le VIH. Les gens ne veulent pas en parler. Je suis séropositif, mais je n’en parle pas à mon employeur, je n’en parle pas à mon conjoint, je n’en parle pas à ma mère, je n’en parle pas à mes enfants et je trouve que c’est lourd pour les gens. Et je trouve qu’on a tous dans notre société un devoir quand même d’essayer d’expliquer ça et que ça devienne comme quand quelqu’un dit j’ai une prothèse de hanches où j’ai un diabète. Ca devrait pouvoir être un peu plus banalisé et qu’il y ait moins de regards désagréables qui subsistent beaucoup encore. On le sait tous quoi mais on continue à le dire...

Sandra : C’est dur, vu que c’est lié à la sexualité, l’intimité, donc tout de suite…

Marie Poupard : Oui, bien sûr. Mais bon. C’est vrai que ça reste un tabou et dans certaines communautés où le VIH est très présent, ça reste terriblement connoté et c’est terrible. Bon, à la limite, on pourrait dire chacun ses secrets et puis voilà, une maladie comme ça, on peut ne pas trop en parler. Le problème c’est que non seulement on ne peut pas en parler mais en plus on entend des choses terribles dessus et c’est particulièrement dur à mon avis pour ceux qui sont séropositifs, qui ne le disent pas, qui entendent leurs proches insulter la moindre personne malade.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Marie Poupard au micro de l’émission radio Vivre avec le VIH. Nous arrivons à la fin de l’émission donc il vous reste 1 minute chacun pour réagir sur ce que vous venez d’entendre Christian et Mohamed.

Christian : Pas facile d’accepter. Vois-tu Sandra, j’avais perdu une copine et c’est là où j’ai pris conscience en 2007 de ce véritable mal. Pourtant, bien auparavant, j’avais déchiré par une fois, deux fois, les résultats qui prouvaient que j’étais malade et je ne croyais pas. Et même lorsque tu prends conscience, tu annonces à tes proches, tu as le courage d’annoncer à tes proches, tu as des personnes qui te reçoivent chez eux et dès que tu as mangé dans un plat, on prend le plat, on le jette. Si tu rends visite à la personne 10 fois, elle va tout jeter. Tout ce que tu utilises, si tu es allé aux toilettes, tu n’utilises plus, il y a trop de stigmatisation du fait, parce que beaucoup de personnes ne connaissent pas. La sensibilisation n’a pas atteint… c’est la vérité, il faut bien informer les gens et ce n’est pas facile de dire à quelqu’un qu’on est malade, porteur du VIH.

Mohamed : C’est vrai qu’il y en a encore, même à l’heure d’aujourd’hui, beaucoup de préjugés. Pour ceux qui vivent avec, moi je leur conseille de n’en parler qu’à des proches intimes et des gens à qui on peut se confier. Ceux qui ont des préjugés, ça ne sert à rien de boire un café chez eux ou d’aller manger chez eux parce qu’on va passer un interrogatoire. Donc il vaut mieux vivre comme un malade sain qu’un malade con. Tout simplement. Je remercie tout le travail que fait madame Poupard, parce que j’ai eu l’occasion de la croiser à l’hôpital Delafontaine, je trouve que c’est une infectiologue de très longue date qui elle-même sait parler aux parents et aux enfants. Je trouve son travail très louable.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE